‹ L'Immaculée ConceptionChapitre 33 sur 127 · ET LES PÈRES OU Ï.ES DOCTEURS DE L'ÉGLISE GRECQUE · texte numérisé non relu

ET LES PÈRES OU Ï.ES DOCTEURS DE L'ÉGLISE GRECQUE

qu^alors fécond dans tous ceux qui naissaient d'Adam, fut frappé de stérilité en Marie *. »

Irréprochable sur ce point, le néfaste auteur du schisme transmet à ses descendants la pure doctrine qui se maintiendra sans changement jusqu'à nous.

Les adversaires de Photius, partisans de Torlhodoxie et de la primauté romaines, sont d*accord avec lui, quand il s'agit de la prérogative de la Mère de Dieu.

Nicéfas de Paphlagonie (890), un des plus ardents, écrit, dans son homélie sur la nativité de la Vierge, que « sainte Anne, en concevant Marie, a arrêté le torrent de l'iniquité et répandu sur toute la terre un fleuve de bonne odeur... Marie, née selon l'esprit, par la grâce céleste *. »

Voici maintenant un empereur :

On sait que les Césars byzantins aimaient à s'occuper autant de théologie que de politique. Un des plus savants, Léon le Sage ou le Philosophe, ainsi nommé à cause de la protection qu'il accorda aux lettres et aux sciences, a composé vers la fin du ix' siècle une suite de Sermons, précieux documents où il soutient nettement notre cause.

* Photius, Homel. in S. Deip, nataL diem, ap. Combef. n, auclor, col. 1586.

• Nicetas Paphiag., Hom, in S. Deip, natal, diem^ ap. Combef. n, auctor, t. I, p. 437 et seq.

S'adressant à la Vierge dans son homélie sur TAnnonciation, il la remercie d'avoir oublié y suivant la parole de TEcriture, « la part que notre mère Eve a distribuée à toute la famille en lifi léguant, sous £orme d'héritage, la multitude de maux qui nous affligent. C'est pourquoi, ajoute-t-il, le roi vous a aimée en voyant la beauté de votre âme et vous a choisie pour son épouse * . »

Et, dans son homélie sur TAssomption, le même impérial docteur développe sa pensée :

« Vous êtes seule bénie entre toutes les femmes, vous qui avez secouru notre première mère et ses filles... La malédiction qui ravageait notre nature s'est arrêtée devant vous ; les flots destructeurs du péché sont revenus en arrière, afin de vous laisser apparaître à la lumière, pleine de bénédiction *. »

Un peu plus loin, Léon le Sage, appelle Marie « une lampe toujours brillante, qui nous a délivrés des ténèbres et de la mort^ ».

Le péché originel, les maux qui en découlent, le salut que Marie nous apporte, le triomphe qu'elle obtient sur la malédiction et la mort, grâce à sa clarté « toujours brillante )», autant de traits ne laissant aucun doute sur le genre de « bénédiction » dont Marie victorieuse est comblée.

Après l'empereur, les poètes.

Jenn Géomètre, contemporain de Léon le Sage, salue en strophes éclatantes la Vierge « étrangère à

^ Leonis Sapien. Mariale, cura et stud. Maracci, Hom, m de Annunt.y p. 50. Roniœ, 1G51.

« Ibid., p. 402.

5 Ibid., p. 107.

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Dotre crime. . . et délivrée de la tache du péché de notre premier père * » .

Au siècle suivant, vers 950, un autre grand "poète , gloire de FÉglise arménienne, que les panégyristes osent comparer à Pindare et à TibuUe *, Grégoire de Naregh, acclame de la sorte Marie :

« Vous aveï été comblée d'honneur par votre Créateur, ô Marie... Celui qui a fait le monde vous a appelée sa mère et Ton a toujours cru que vous avez été la fille sans péché de la première femme pécheresse, préservée de la malédiction du genre humain ^. »

Composé à la prière des religieux du monastère de Naregh, par leur frère Grégoire, cet hymne célèbre atteste la croyance unanime de TEglise arménienne, laquelle n'a cessé de le chanter et a toujours cru, assure au xui* siècle le commentateur Vardan, que « Marie a été exempte du crime de notre mère Eve ^ »

L'hommage rendu par le poète à la « fille sans péché de la première femme pécheresse » justifie pleinement la glose de l'interprète.

Le mot que nous cherchons revient cette fois sous la plume d'un laïque .

Michel Psellus, savant auteur qui vivait vers l'an 1060, donne à Marie la qualification d' c immaculée », de « très immaculée, immaculatissimn » ; et comme si le superlatif semblait insuffisant , il ajoute

* Bihlioth. PP, gr. lat,, t. III, p. 440 et Ul. Paris, 1624.

* Voir Quadro délie storia litteraria di Armenia , cstesa da M. P. Sukias Somai, arcives di Sinna, etc., p. 63 et 64. Vcnesia ,

^ Greg. Naregh, De laudibus B, V. M. Ed. Vencsia, 1827, ap. Pas- »a&Ua, p; 905, et A. Mai, Biblioth. nova Patrum, t. I, p. 452.

* Ibid, A. Mai.

que sa « pureté parfaite surpasse celle des chérubins et des séraphins* », restés toujours indemnes.

Un peu plus tard (i090), Jacques le Moine écrit que la Vierge a été « engendrée sans souillure, intemeratam illam genuerunt^, »

Chaque siècle, chaque période nous lèguent le même élément d'information.

Isidore de Thessalonique , illustré par ses beaux panégyriques de la sainte Vierge, publie vers Tan i200 la formule que toute TEglise répète en ce moment avec lui.

Après avoir appelé Marie une « divinité terrestre, que Dieu s'est unie par la parenté la plus intime * » ; après avoir déclaré que « Dieu délivra par Marie les esclaves du tyran infernal... et reprit à son image ceux qui avaient été ses ennemis * » ;

Il met dans la bouche de la Vierge ces mots sans réplique :

« Pour moi , je n'ai pas été conçue dans l'iniquité et je suis la seule que sa mère n'ait point conçue dans le péché ^. »

Le schisme, nous le répétons, ne touche pas à la doctrine qui grandit chaque jour dans TEglise séparée.

« Vous êtes, ô Marie, dit Germain j patriarche de

* In Cantica canticorum, cap. vi. — V. Biblioth. max. Patr., t. XVIII, p. 588.

* Oratio in Nativ. Dei Genitri, Marias, Biblioth, max, Patrum, p. 727, col. 2.

^ Isidor. Thessal., Oral, in Deip. Nativ, lu Marialiy p. 5, éd. Maracci.

* Isidor. Thessal., Hom, in Annunt. Deip, In Marialiy p. 62, cd. Maracci. Romœ, 1651.

^ Isid. Thess., Hom. in Prœsent, Deip, y n^ 14. Ap. Ballerini SylL mon, y t. I, p. 434, et dans le Mariale, éd. Maracci, p. 36.

ET LES PÉnES OU LES DOCTEURS DE L^ÉGLISE GRECQUE 173

CoDstantinople en 1223, un paradis planté de la main de Dieu... Il a ordonné aux chérubins d*agiter autour de vous leur épée flamboyante et protectrice, de vous garder de toute part à l'abri du serpent séducteur. »

Le paradis, Fange à l'épée flamboyante, mettent sufjdsamment en relief l'immunité de la seconde Eve, qui, c gardée de toute part à l'abri du serpent séducteur », répare la faute et refait l'œuvre de la première.

Nous terminerons ce magnifique tableau de TÉglise grecque par deux fragments empruntés encore aux thèses d'empereurs amis des méditations et des études saintes.

Au milieu du xiv* siècle, Matthieu Cantacuzène, monté sur le trône de Byzance en i355, compare Marie, dans sa glose sur le Cantique des cantiques, à la « tour de David , qui n'est jamais exposée aux attaques des ennemis », et il insiste sur la pureté de la Vierge, « plus sainte que toutes les créatures, échappée aux atteintes de l'enfer, toujours préservée des attaques frauduleuses du démon * . »

Trente -cinq ans après (i390), un troisième empereur, Emmanuel Paléologue, dans une homélie sur l'Assomption, consigne cette assertion caractéristique.

« Au moment où Marie fut conçue, Jésus -Christ, qui Tavait choisie pour mère, l'a remplie de sa grâce. La Vierge immaculée lui a été intimement unie dès l'instant où elle commença à exister dans le sein

^ Matth. Catacuz., Comm. in Cant. cant,, cap. iv, p. 29, éd. roman. 1624.

jusqu'alors stérile de sa mère. Telle est, ajoute Tinterprète, la signification des paroles de l'ange Gabriel: « Le Seigneur est avec vous * . »

L'union si parfaite de la Mère et du Fils, commençant au moment de la conception de la Mère, assure à Marie la grâce originelle suivant les paroles de l'ange , relevées par le docte et pieux empereur.

La chair sacrée de Tun n'a pu venir que de la chair sacrée de l'autre.

« Gomment la Mère d'un tel Fils pourrait - elle ne pas porter en elle l'image intacte de sa progéniture*? » a dit justement Anastasele Sinaïte, condensant la doctrine sous cette formule expressive.

L'Eglise grecque, on le voit, est demeurée fidèle jusqu'au bout.

Non seulement elle a gardé religieusement, sans une ombre d'altération ou de contradiction, la croyance au privilège de Marie transmise par les Apôtres; mais encore elle Ta énoncée, rafiFermie, éclairée, enseignée d'âge en âge pendant quatorze cents ans, si bien que l'Immaculée Gonception, est devenue pour elle en quelque sorte un dogme positif, professé à la fois par les pasteurs et le troupeau, bien avant la consécration souveraine de l'Eglise latine.

Les barbares vont venir; ils abattront la croix, mettront Mahomet à la place de Jésus, le Goran à la place de l'Evangile ; ils étoufferont durant quati*e siècles dans le monde oriental devenu leur proie, en Europe, en Asie, en Afrique, la semence chrétienne, sans

* Kmm. Paleol., llom, in dormit, Deip, V. Maracci, Mariale isidor, thess,, p. 184, et Passaglia, p. iSTSL

* Anasta. Sinait., In Hexaem,, 1. VI.

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