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CHAPITRE IV

L^IMMACULÉE CONCEPTION ET LES PÈRES OU LES DOCTEURS DE L*ÉGLISE GRECQUE DU YIII^ AU XIV* SIÈCLE

I. Nouveau défilé de témoins : saint Germain de Constantinople , saint Jean Damascène, Jean d'Eubée. — II. Suite et choix de documents. Saint Théodore Studite, saint Théophane, Pierre d'Argos, Georges de Nicomédie, Photius et le schisme, Nicétas de Paphlagonie. — III. L'empereur Léon le Sage. Les poètes: Jean Géomètre et Grégoire de Naregh; Michel Psellus, Jacques le Moine , Isidore de Thessalonique. Deux nouveaux empereurs : Mathieu Cantacuzène, Emmanuel Paléologue. Arrivée des barbares qui gardent la tradition favorable au privilège de Marie.

En reprenant la suite des Pères et des docteurs de TEglise grecque, rompue par Tintervention du chef des docteurs de Tislamisme, nous trouvons un saint illustre, saint Germain, patriarche de Constantinople vers 720, qui ressuscite les plus hauts souvenirs bibliques au profit de la Vierge Marie.

Partant d'une idée que d'autres ont énoncée avant lui , que d'autres perpétueront après lui , il voit dans les faits et les attributs du culte hébraïque consacré directement par Dieu, des images symbo-

liques figuratives de la vertu et de la gloire de Marie. C'est ainsi qu'il s'écrie, en s'adressant à ses fidèles, dans son homélie sur la nativité de la Vierge :

« Voyez de combien de noms la Mère de Dieu a été honorée, et dans combien de passages les livres saints nous Font révélée! Ils l'appellent successivement vierge, tabernacle, maison de Dieu, temple saint, second tabernacle, table sainte, autel propitiatoire, encensoir d'or, le Saint des saints, la gloire des chérubins, l'urne d'or, les tables du Testament, le diadème de la beauté, le candélabre, le paradis, le buisson ardent, la terre sainte qui produit la vérité Tarche, le tronc, la porte, le livre, la reine, le jour, le ciel, le soleil, la cité de Dieu, etc J. »

Dans l'esprit de saint Germain et de ceux qui remontent aux origines, les réalités augustes de l'ancienne loi annoncent et désignent les perfections et les beautés suréminentes de la Vierge.

Représentant tout ce qui servait d'intermédiaire entre Dieu et les hommes, tout ce que Dieu avait marqué d'un cachet particulier afin de rapprocher l'homme de Lui , les faits ou les objets sacrés de la religion juive fournissaient naturellement des points d'analogie et de comparaison, pour peindre la créature unique qui devait renouveler et cimenter à jamais par son Fils Jésus-Christ, l'union de Dieu avec les hommes.

Tel est le sens que les anciens Pères donnaient à ces évocations dont la liturgie offre tant de modèles et que les interprètes contemporains relèvent après

eux.

apud Passaglia, n* 462, p. 372 et ser,. ^ ' ^^

Saint Germain précise sa pensée au moyen du langage ordinaire, et il se plaît à répéter en cent endroits, de cent manières différentes, que Marie est « tout à fait pure, plus pure que toutes les créatures, sans péché, sans souillure, sans tache d'aucune sorte, fleur toujours brillante , temple immaculé , palais très saint du roi souverain, épouse très innocente de l'époux divin , terre immaculée , rayonnante d'une splendeur divine et plus blanche que la neige * ! n

Et, comme si tant de figures ne suffisaient point à son pieux enthousiasme et ne pouvaient exprimer la sainteté idéale qui le charme, saint Germain, après saint Tarase et. d'autres, appelle Marie a la fille de Dieu préparée comme une habitation au roi universel des siècles ».

Saint Germain ajoute que toutes les générations viennent confirmer la prophétie évangélique en proclamant (( bienheureuse d celle qui défie la louange humaine.

Dans le même siècle, vers 760, saint Jean Damascène , imitant saint Germain, met pareillement à contribution l'histoire biblique pour glorifier Marie.

On connaît le renom et l'autorité de ce docteur : il domine son époque par le triple éclat du génie, de la science et de la sainteté. Le septième concile général, réuni peu de temps après sa mort, déclara sa mémoire éternelle.

Ardent et pieux serviteur de la Vierge , saint Jean Damascène a rencontré, en parlant d'elle, ses pl^^

* Mensea die ix decembr. et apud Maracci, Mariale S. Germ^nif p. 150.

ET LES PÉRÈS OV LES Di.iCTECES DE L*É6IJSE GSECXK^ iO

belles inspirations, el produit ses meilleures œuvres.

Après avoir épuisé le fond de Tancienne loi dans un discours célèbre consacré an couronnement de la Mère de Dieu « il s'écrie que « entre le Fils et la Mère il n'y a pas de milieu * ».

Dans deux autres instructions affectée^. Tune â la conception et à la nativité de la Vierge, l'autre â son assomption glorieuse, saint Jean Dama^cêne s'explique plus formellement.

« 0 fille très sainte de Joachim et d'Anne, vous avez échappé aux Principautés et aux trait< enflammés du méchant: vous avez reposé dans la couche de l'Esprit ; vous avez été gardée sans tache, afin que vous fussiez Tépouse de Dieu , et au^i par nature la mère de Dieu *. »

Les affirmations qui suivent achèvent la déclaration que nulle autre postérieure ne rendra plus sensible.

<r O fille chérie de Dieu..., digne de Dieu la

beauté de la nature humaine, la réparation de notre première Eve..., qui a trompé le serpent trompeur et restitué l'immortalité au monde... Vous surpas^z en dignité toutes les choses créées..., ô prodige qui surpasse notre pensée et notre langue '! »

Et encore :

« Vous êtes tout entière, ô Vierge sainte, la couche du Saint-Esprit, tout entière la cité du Dieu vivant, que réjouit Timpétuosité du fleuve .'Ps. xlv , je veux dire le flot des grâces de TEsprit- Saint : vous êtes belle tout entière, et tout entière proche de Dieu;

* S. Joan. Dama se., Orat. de dormit. Deip., p. R06. V. PaftMglia , n* 360-363, p. 301 et seq.

* S. Joan. Damasc., Oral, i in \ativ. Deip., n* 7, p. 845 et seq. » Ibid.

car, élevée au-dessus des Chérubins et des Séraphins, vous avez été placée à côté du Créateur ^ »

Toutes les prérogatives, toutes les grâces, toutes les grandeurs de la Vierge Marie sont rassemblées dans ce long cantique d'admiration et d'amour qui résume les sentiments de l'Eglise grecque , et forme , depuis douze cents ans, le panégyrique anticipé du dogme de l'Immaculée Conception.

La doctrine n'est pas moins clairement énoncée dans le passage du discours sur l'Assomption :

« Aujourd'hui l'Eden reçoit le paradis spirituel du nouvel Adam , dans lequel la condamnation est abrogée, et l'arbre de vie planté... Le Fils unique de Dieu, étant Dieu, consubstantiel à son père, s'est fait homme lui-même de cette terre pure et vierge*. »

La n condamnation est abrogée et l'arbre de vie planté » par celle qui, placée en dehors du cercle satanique renfermant le péché et la mort, est une c terre » assez « pure » pour former le Fils de Dieu égal au Père.

Une dernière citation va les couronner toutes :

« Marie exempte de toute tache » est « immaculée de toute part, labis omnis expers, undequaque immaculata^ », « ignorante de toute faute, culpœ omnis nescia*. »

Parlant à son tour sur la conception de la sainte Mère de Dieu, un autre grand théologien du vin*

* Ibid.j n* 9, p. 840. Voir encore Hom, in dormit. Deip,, n« 8 et seq., p. 862.

' S. Jean Damascène, Orat. in Deip, Asnumpt.f n° 2, p. 869. ^ Paraclit. V. le P. Passaglia, De Immacul, Deip, Concept., p. 107.

* Ibid.

ET LES PÉRÈS OC LES POCiïïJCmè »C LISEURS ï9Xr^.C£ f^

siècle (740;, /eau dTabée. proc£^ yLs^^itf^ fei» Marie c entièremeol immacclée ci er^zipcc de Vx.ie tache, plane imm^culai^ »: 2 V^t^tVi^ c ^^ Pjir»ils céleste..., la demeore. le troae d'Eizirur...T!.... le palais da roi dn ciel qui n'a pa§ r^é £ki: d^ cv^ia d'homme, b

Il déclare qne € Jésos- Christ. Fils d^ I»a. qui est la pierre angolaire. l'a bâtie lui-mro^e p%r la volonté de Diea le Père et par la c*>:j,-^rat;'>n dj très saint et virifiani esprit... -. m

Noas n'en finirions pas si nous voulions rapporter toute la série des affirmations qui se succèdent dans les Églises orientales. Dociles aux inspirations sorties du fond de leor âme chrétienne, les grands génies. les grands saints Tiennent Tun après Taatre Caire leur profession de foi : et cette accumulation de témoignages, il ne faut pas se lasser de le redire , présente un front inébranlable. Tout en restreignant de notre mieux Texposition des preuves, nous devons continuer leur filiation et la mener jusqu*au bout, afin de donner à Tœu^Te la consistance et le couronnement qu'elle réclame.

Au commencement du ix* siècle 820', saint Théodore Studite sert de pendant à saint Jean Damas-

* Johan. Euboiensis, Sermo in Concept. S. Deip., apud P. Ballerini, Sylloge monum., t. I, p. i02.

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cène, au viii', et comme lui il proclame nettement sa croyance en Tlmmaculée Conception.

a Quoi de plus pur et de plus immaculé que Marie? s'écrie-t-il dans son homélie sur la nativité de la Vierge. C'est une terre dans laquelle l'épine du péché n'a jamais paru , une terre non point maudite comme la première... Marie, nouvelle mère de la seconde création, forme les prémices d'une génération très sainte * . »

Et plus loin :

« Marie..., splendide et magnifique rançon d'Eve, remède de la mère Eve, nouveau ferment d'une réformation divine..., racine d'une tige qui sort de la houche de Dieu •. »

Tous ces mots figuratifs , « rançon, remède, nouveau ferment », indiquent assez les qualités et les effets du contrepoison représenté par Marie; et nous n'avons pas besoin d'entendre que « l'épine du péché n'a jamais paru » sur celte seconde terre destinée à purifier , à restaurer la première et à donner par le produit d'une nouvelle création une « génération très sainte. »

Suivant jusqu'au bout saint Jean Damascène, saint Théodore Studite le complète en disant :

« Marie, exempte entièrement de toute tache, est tout à fait immaculée, maculœ prorsus omnis exsors, penitus immaculata '. »

Saint Théodore Studite jouit d'un grand crédit parmi les théologiens.

* S. Theod. Stud., Orat, in Naliv. Deip., ap. Maracci, in Mariali Isidori Thess., p. 179.

• S. Theod. Stud., Oral, in Nativ, Deip,, n*» 5, inter. ap. S. Joann. Damas., t. II, p. 852.

' Triodium Graecorum, P. Passaglia, p. 105.

ET LE5 MJIES -JC LIS IM»7rcn5 DE LtfiLISE GRClO^ K \%1

c Quel homntÈtt ! » »-4-<mi Hi axec admiration de ce maitre. qui rempbt le ix* siècle de son nom et du bruit de ses omire».

Un peo plus tard, saint Théophane et Pierre d*Argos reprennent toor à toor Tépithète décisive et no changent que Fadverbe, cherchant à mieux exprimer iear pensée.

c Peni/ox. îmmaco/a/a * », dît le premier.

« Prorsas immacul^ia^ », dit le second.

Pierre d'Argos voit dans Marie « TMre qui surpasse tous les êtres, excepté son Fils et Dieu V »

Il fait dire à la nature qu*il personnifie :

c Marie enlève l'infection que j'ai contracU^e pur la corruption du péché, et en me pénétrant de i«n bonne odeur, elle me fait participer à sa joie ct^esto : une femme m'avait rendue malheureuse ; une autre femme me rend heureuse *. »

Les deux femmes sont toujours opposées Tuno h l'autre.

Le malheur vient de Tune avec « rinfeclion » ; le bonheur vient de l'autre avec la « bonne 0(hnir », (|ui ne peut sortir de la « corruption ».

Toutes les propositions et les formuler \)v(*v{*i\v\\\i*n sont concentrées en quelque sorte dans len ii*uvri*M ili* Georges de Nicomédie, qui vivait à la fin du uiAhm^

siècle (880).

' Mensea Grœcorum die xv ocl,

* Orat. in Concept, S. Annx, V. Ballerini , SyUo(/ti mitninn^itî ntl mysterium Concept, im. V, Deip,

^ Petr. Arg., Orat, de Concept, Deip,, %%** 12.

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Personne n'a plus écrit, ni mieux écrit sur la Mère de Dieu. Georges de Nicomédie prend un trait et le trait typique à chacun de ses prédécesseurs: il exploite l'Ancien Testament, comme saint Germain de Constantinople et saint Jean Damascène ; il reproduit, en les rajeunissant, les pensées de saint Méthode, de saint Éphrem , de saint Théodore Studite ; il accentuerait leurs déclarations plutôt que de les amoindrir, et il demeure autant et plus qu'eux, si la chose est possible, le croyant et le champion du privilège de Marie; il l'appelle « une fleur immarcessible, la seule belle par nature et inaccessible au péché ^ j> .

Il va jusqu'à assimiler l'impeccabilité de la Vierge à celle de son divin Fils, ajoutant que Marie fut non seulement « inaccessible à toute souillure », mais qu'en se consacrant à Dieu elle montra un courage digne « d'une âme qui ne peut contracter le péché* »; et qu'elle ravit l'admiration des anges, en extase devant a cette Vierge soustraite à toutes les souillures de notre nature' ».

Photius lui-même, malgré ses démêlés avec Rome et sa séparation du centre de l'unité, reste un des plus fermes appuis de la croyance traditionnelle (880).

Il trouve Marie a digne de son créateur » ; il défend son « innocence inviolée , sa sainte préélection , sa volonté inébranlable contre le péché... * », qui < jus-

* Georg. Nicom., Hom, in Dei ingress. in temp,, ap. Combefîs n, auctor, t. I, col. 1098. Paris, 1648.

* Ibid., col. 1126.

3 Ibid., col. 1122.

* Photius, comm. in Luc, i. 3, apud Mai, Script, veter., t. IX ^ p. 632.

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