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ET LES PÈRES OU LES I>OCTECRS DE L'ÉGLISE LATLNE

contracta jamais de péché 9 n'en a pas contracté elle-même. Mère de Dieu, assimilée à Dieu, Marie remporte sur le péché la même victoire que son Fils.

Pas plus que son adversaire, saint Augustin n'admet de doute et ne manifeste d'hésitation : Marie est indemne ; mais les autres sont coupables , et . appliquée à eux , sa thèse demeure victorieuse , en sauve* gardant les deux points.

Saint Augustin se retourne ensuite contre Julien d'Eclane , disciple de Pelage , qui , faussant les déclarations du grand docteur, lui reproche de livrer Marie au démon , par l'effet de sa doctrine :

« Vous livrez Marie elle-même au démon par la condition de sa naissance * . »

« Nous ne livrons pas Marie au démon par la condition de sa naissance, réplique vivement saint Augustin ; cette condition est abrogée pour elle par la grâce de la renaissance '. »

L'accusation de l'un, la réponse de l'autre sont également topiques.

Non seulement elles mettent au jour la pensée de Tévêque d'Hippone, mais encore elles prouvent qu'en ces temps primitifs la prérogative de Marie était tellement reconnue, même par les hérétiques, qu'on encourait une sorte de déshonneur à paraître la contester ou la vofler.

En dehors de cette explication, la polémique n'a pas de sens, et ce serait la rendre vaine que de voir dans la « grâce de la renaissance }» la grâce de la régénération accordée à tous les hommes.

* S. Aog., Opus imper f. contra Julianum, lib. IV, cb. cxsxi.

* Ibid.

La ce grâce de la renaissance » signifie, pour Marie, rimmunité et non pas le remède.

La différence que saint Augustin établit un peu plus loin entre Jérémie et Jean - Baptiste , « sanctifiés dans le sein de leur mère, mais souillés du péché originel » , et Marie , « qui a brisé la chaîne . vinculumy de la succession commune, successionis obnoxise^ », révèle encore une fois le sentiment de Fauteur et achève de placer la sainteté de Marie hors de pair et de conteste.

Dans une autre occasion , saint Augustin prononce une parole significative, conservée par la liturgie de l'Eglise syrienne :

« Il a fait cette Vierge si grande, Celui qui a été fait d'elle... Il s'est fait à lui-même sa Mère*. »

Saint Augustin veut démontrer que Marie est si (( grande », qu'on ne peut concevoir sa grandeur qu'en la supposant sortie de la main même de Dieu, et par conséquent sans défaut.

Les plus glorieux noms de l'Église latine se pressent maintenant sous la plume.

L'archevêque de Milan , vengeur de Thessalonique, saint Ambroise, contemporain de saint Augustin, vante Marie, « pure, intègre, sans tache, immaculée,

* S. Aug., Opus imperf. contra Julian., t. IV, n*» 134, col. 1218. ' S. Aug. Serm, clxxxvi, t. V, coL 615.

ET LES PERES OC LES UOCTTITLS !•£ LX-^i2fC LAT1>T i^

incorrupta. iiïiegru, îlliLjifa. im^^tjÊCGl^t'à' . m Xtouvant à peine « dans cette ^arîrié dépiihtrle^. rc^]iiivalent de sa pensée.

c Quoi de plus «plendi'je. dix euKX^Tc le maître, que celle que la Splendrur icrme «.hc'i^it seule? EJle a été prodamée à bon druit plrine de crâce, parce que seule elle a mérité la ji-i*.ie dt-ire remplie de lAuteur de la grâce '. »

Ailleurs « saint Ambroise personnifie la nature « comme le Père grec, Pierre d*Ar^'L-s, dans une création symbolique, et il la f<iit aîn^i parler au Vert>e étemel :

« Recevez -moi dans la chair qui est tombée en Adam ; recevez-moi, non pas de Sara, mais de Marie, afin qu'elle soit une Vierge sans corruption, une Vierge exempte, par la grâce, de toute tache du péché*. »

On lit enfin dans les anciens bréviaires un texte attribué au même saint, qui appelle Marie « la Vei^e dans laquelle il nj a jamais eu de nœud originel, ni d'écorce du péché actuel * » .

Saint Jérôme y mort en 420, ou Tauteur du même siècle qui a conunenté les psaumes sous son nom, parle de « la sainte Vierge Marie, sur laquelle ne pesait aucune souillure humaine » ; il la compare à la nuée € toujours dans la lumière, semper in luce^ i.

* In ultimo sermone de Naiivitate Domini,

' S. Ambros., Comm, in Luc, t. II, col. 1284. ' Id., in Pêalm, cxviii, Serm, 22, n» 30, t. I, col. 1254, éd. Bene. Paris, 1686.

* Id., Mariale. Serm. v, de Concept. B. M. V.

* Opéra S. Hieronym. Edit. B. B., t. II, append., coll. 319.

1^ LIMMÂCULÉE CONCEPTim

Et un contemporain de saint Jérôme, Sopronius r Ancien, écrit que « la Vierge Marie est immaculée parce qu'elle n'a souffert de corruption en rien, ideo immaculata quia in nullo corrupta^ ».

A la même époque, vers Tan 400, le poète Prudence y interprète de la foi commune, chante la défaite du a serpent, écrasé maintenant sous les pieds de la Vierge, digne d'enfanter le Fils de Dieu, laquelle triomphe de tous les poisons et force le serpent à vomir son virus impuissant sur l'herbe verte ' » .

Echappant aux influences professionnelles ou cléricales, l'écrivain laïque nous apporte des témoignages d'autant plus dignes d'attention, qu'ils semblent l'écho du sentiment public.

Un autre poète, celui-ci prêtre, Sédulius (430;, exprime encore en termes clairs la croyance de son temps.

a Comme une tendre rose , écrit - il , surgit du milieu des épines aiguës, n'ayant rien qui blesse, effaçant par sa gloire la tige qui l'a portée, ainsi Marie, née de la race d'Eve, efface, Vierge nouvelle, le crime de la vierge antique^. »

La rose efface la tige d'où elle sort. Marie, « Vierge nouvelle... n'ayant rien qui blesse... efface le crime de la vierge antique. »

L'éclat, la pureté, la supériorité bienfaisante et rédemptrice de Marie , opposée à Eve , revivent sous

* Ilom. de Assumpiione. V. Salazar, Defensio pro Hom. de Imm. Concept, B, M, V., cap. xxv.

' Aurel. Prudent., Calhemerinon III. Anie cibum, v. 146 et seq., p. 269, éd. d'Arevalo. Romœ, 1788.

^ Sédulius, Carmen paschaUf 1. II, c. xxviii, p. 199, cd. d'Arevalo.

ET LES PERES OC US BOdlTBS BC LXâUsC LiTlX'E lU

une forme poétique . desdnée à fixer en même temps qu'à nourrir la piété des croTants.

Au commencement da même siècle {4i^ FuigencCy évéque de Ruspe, en Afrique, voit dans la Salutation angélique la preuve que € la sentence de la colère divine est abn^ée , pour Marie , par la plénitude de la grâce et la bénédiction de Dieu ' . »

On se souvient de la belle apostrophe jetée par saint André à la face de son bourreau.

L'apôtre martyr figure et découvre le mystère de rimmaculée Conception, en comparant Marie, la Vierge pure, d'où sort le nouvel Adam^ à la terre pure du paradis terrestre, d'où le premier Adam vA sorti.

Cette analogie caractéristique, devenue traditionnelle en quelque sorte dans TEglise grecque, et commentée tour à tour par Proclus, André de (]rcti% saint Jean Damascène, reparaît au v" siÈclc ditiiM rÉglise latine.

Saint Pierre Chrysologue, évoque de HiivcniM*, en 440, montre en Marie le fond imm^uiil^î iHim nouveau limon, digne de former le second Ad;ini,

« Celui qui a créé, dit-il, le premier liomuM' /Imo limon intact, a créé le second d'un corpH inf;f< I ' //

Marie, dit ailleurs le même docteur, m h éf/ *\ouu* é en gage à Jésus-Christ lorsqu'elle fut cr^'/'^î /|.i//#, j/ sein de sa Mère ^. »

Le gage donné par Dieu à «^on l'iU u^* |// m< tU* que d'une sainteté parfaite.

* Sermo de laméihuB M»rÛK ex p^rin Suhutof f

* S. Pelnis ChrysoL, Serm, t.xf,\fu, hf htntnt'tt »'»* Mtn ^ *, / i ' Jbid.f Serm. czi. , p. SOO.

184 L'IAiMACULÉE CONCEPTION

Quelques années plus tard, saint Maxime ^ évêque de Turin vers 450, fait de Marie a une demeure digne du Christ, à cause de la grâce originelle qui se trouve en elle * . »

La « grâce originelle » est Topposé du « péché originel », suivant la formule que saint Augustin a enseignée et propagée dans toutes les écoles.

Plus nous allons, plus la doctrine se dégage et prend corps.

Vers 475 Fauste, ahbé de Lérins, puis évêque de Riez, disait : « Marie a été sanctifiée dans sa conception et conçue exempte de tout péché, absque omni peccato concept a est in utero *. »

Les Papes se joignent aux docteurs, et les plus grands énoncent des opinions qui vont devenir le patrimoine immuable du saint- siège et ne feront que s'élargir.

Saint Léon le Grand (440) glorifie la prédestination de Marie, « dans laquelle et de laquelle la Sagesse éternelle s'est construit une demeure '. »

Saint Grégoire le Grand (590), se souvenant du mont d'Isaïe, « préparé au sommet des montagnes,

* s. Maxim. Turin., Uom, v. in Nativit. Domini, p. 18, éd. Romse,

* De ralione fideL V. Veterum aliquot GallisB iheologorum scripta, Parisiis, 1587.

^ S. Léo. Mag., Serm, xxv, In Nativ. Domini, y. d. 2, p. 83.

ET LES PÉRÈS OU LES IMXnTURS DE L'ÉGUSE LATINE 185

qui sera la demeure du Seigneur, » part de là pour établir la sainteté de Marie « au-dessus de la hauteur des anges mêmes ' » .

Dans les deux Eglises les termes se ressemblent « venant d'un fond pareil de sentiments et de pensées. L'une et Tautre rappellent et consacrent à Marie dans leurs prières la même parole de la Bible : «c La Sagesse s'est bâtie à elle-même une demeure ; le Très- Haut a sanctifié son tabernacle. »

L'Espagne suit l'Italie, l'Afrique et la Gaule.

Saint Ildefonse, évêque de Tolède, en 658, dit que « la Yierge est sortie pure et sans tache de la racine viciée du genre humain • j> .

Au siècle suivant, Paul Warnefride, diacre d'Aquilée, plus connu sous le nom de Paul Diacre, mort en 801, écrivain célèbre, estimé de Charlemagne, remercie dans une hymne « le Créateur, qui , ému de compassion et contemplant du haut du ciel le sein de la Vierge , étranger au péché , inscia cernens peccati viscera Virginia^ s'en sert pour porter au monde languissant sous le poids du crime, les joies du salut' >.

Ce bref commentaire, qui remonte sûrement à l'époque de Paul Diacre, s'il ne vient pas de lui, ne laisse rien à désirer.

Dans ses sermons, le même auteur rend plusieurs fois hommage au privilège de Marie :

« Quelle place, dit-il, peut-il y avoir dans son

' S. Greg. Magn., Comm. in lib, Reg,, en. 5, p. 9.

* Sem. de Maria. V. Plazza, Cauia Imm, Concept, B, M. V., acl. V, art. i , n» 64.

'V. J. B. Frederici, VJmmacolata Concezione délia B, V. M,^ p. ISet 16. Naples, 1792.

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âme ou dans son corps au moindre vice, quand elle est comme le ciel et le temple du Dieu vivant qui contient tout?... Tige qui monte au ciel et n'a aucun nœud de la nature corrompue * . . . »

Ailleurs, Paul Diacre proclame que « la Mère ne fut jamais spirituellement séparée de son Fils * » .

Les discussions d'école commencent à s'emparer de la doctrine.

Des théologiens du ix* siècle prétendaient que Marie n'avait échappé à la malédiction générale qu'à partir du moment de la Salutation angélique et de la visite du Saint-Esprit, faisant d'elle une femme nouvelle et unique.

Un écrivain français renommé pour son intelligence et sa piété, Paschase Ratbert, abbé de Corbie, mort en 865, descend dans l'arène et répond par des coups décisifs :

« Gomment, s'écrie-t-il, la sainte Vierge n'auraitelle pas été sans péché originel, elle que TEspril- Saint remplissait ' ? j>

Et se prévalant des honneurs solennels que l'Eglise lui rend au jour de « sa naissance heureuse et glorieuse » , ce pieux abbé déclare , de par l'autorité de l'Eglise, que « Marie, sanctifiée dans le sein de sa mère, n'a point contracté le péché originel..., qu'elle est exempte du péché originel * » .

* Paulus Diacon., Serm. in Assumpt, B, M. F., apud Martene, Scripl. veter., t. IX, p. 267 et 268.

* Paulus Diacon., Aquil, Hom, in Ev. Intravit Jésus, ap. Martene, Script, veter., t. IX, p. 274.

•* Paschas. Ratbert, De partu Virginis inter P. P. Tolelanos, t. I, p. 298, ad caloem S. lidcfonsi.

* Ihi(L

ET LES PÈRES OC LES D0C7S3IS BC VT^SJst.

U ajoute qae « la bienliearevse Mer^ eit gère à la malédiction de la première dmiÉwia * »

Deux évêques siciliens, saint Jo»epk de Syncost: et Théophane de Tauromine . répètent à on Mt-de de distance la même proposition.

D'après le premier 880 , Marie est « entièrement pure de toute tache, singulièrement^ souverainement immaculée, seule pure, au-dessus de toute créature, absolument pure de tout péché ' » .

D'après le second ( 980 1 , Marie est t très pure de toute part , omni ex parte parissima * » .

Dès cette époque la France , qui devait jouer un si beau rôle dans l'histoire du culte de Marie , se signale par l'ardeur de sa foi.

Après Paschase Ratbert, \oici Fulbert , évéque de Chartres, mort en 1028, une des lumières de son temps, qui professe hautement la croyance de nés devanciers.

a ...Il est permis de lassurer, écrit-il, Tàme et la chair de Marie, que la Sagesse divine se choinit pour demeure, furent exemptes de toute malice? id de toute impureté...; et d'autre part nous affirmons hardiment que Marie, à laquelle le messager rlir Di/'ii assurait la plénitude de la grâce, ne fut privé** tlnu' cun genre de vertus ^ . >

« Est-il possible de croire, dit ailleur<( h twtuéf

* Mariale S. Joseph, Roma?, 701.

^ llom, in Trangfigur^Uonem de \, J*'»» iJwtnU

* Fulbert Camut &€rm. vi de SiUirM. U. H. V. /'#//////,///> ,.. Migne, t. CXLI , p. 332.

savant théologien, que TEsprit- Saint ait été jamais absent de cette jeune fille admirable , qu'il devait un jour ombrager de sa vertu * ? »

On remarquera que si tous les auteurs cités arrivent au cœur de la thèse renfermant pour Marie Texemption du péché originel, beaucoup explorent les sources doctrinales et sondent les diverses bases du mystère.

Longtemps avant la déclaration officielle , le dogme sera constitué de toutes pièces, et pour le fixer, les maîtres des derniers temps n'auront qu'à reprendre les paroles mêmes de leurs prédécesseurs.

Dans le siècle de saint Fulbert, un autre grand docteur, saint Pierre Damieriy cardinal, évêque d'Ostie, mort en 1072, publie et commente la même doctrine.

(( Marie, dit -il, ne connaît pas les ténèbres des enfants d'Adam"... Elle est Taurore qui annonce la vraie lumière.,., l'aurore qui suit le soleil de justice, ou plutôt dont ce soleil naît..., l'aurore que ne vit point celui qui vit toute chose sublime (le démon)..., l'aurore qui chasse la nuit éternelle et répand le jour sur le monde *. »

Le démon n'a pas vu et par conséquent n'a pu toucher Marie.

Saint Pierre Damien est une autre fois plus explicite et s'écrie :

* /(/., Serm, vi, in ortu aimas Virginis et Marim inviolatœ, loc. cit,y col. 326, 327.

* S. Petrus Damian. , Serm, de Annunt,^ t. II, p. 51.

' S. Petrus Damian., Serm, zi, de Assumpt, B. M. V., n* 4, t. II, p. 98.

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