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CHAPITRE VI

l.'iMMACl LÉE CONCEPTION ET LES PÈRES OU LES DOCTEURS DE l'kGLISB latine DU Xl" AU XI l' SIÈCLE

I. Témoignage de TÉglise d'Angleterre. Saint Anselme : ses contradictions ou ses incertitudes ; leur naturelle explication ; décision du concile d'Oxford. — II. Insistance et part glorieuse de l'Église de France. Yves de Chartres, Honorius d'Autun, Hildebert du Mans, saint Bruno d'Asti, Hugues de Saint -Victor. Les grands fondateurs d'ordres : saint Dominique, saint Norbert. — III. Lo péché originel; la grâce de Marie; sentiment général; résumé de ce qui précède, annonce de ce qui suit.

Restée dans Tombre jusqu'à ce jour, l'Église d'Angleterre entre en scène sous les auspices du prêtre italien saint Anselme, devenu archevêque de Cantorbéiy (1093).

Le concile provincial d'Oxford, de l'an 1328, attribue à ce grand évêque Tinstitution de la fête de l'Immaculée Conception, et il est constant que la manière dont saint Anselme a parlé de la Vierge Marie le rend digne d'un tel honneur.

L'illustre docteur a résumé en quelques mots tout

L'OfllACULÉE C0NCSa>T10N l«i

ce qu'on peut dire de l'union de Marie et de la sainte Trinité :

c U convenait, écrit- il, que le Fils unique de Dieu fût conçu d'une m^e très pure , d'une vierge si pure, qu'on ne peut imaginer une pureté plus grande après celle de Dieu*.,. Cette Vierge à qui le Père se disposait à donner son Fils, égal à Lui, afin qu'il fût un Fils commun à cette Vierge et à Lui; ce^te Vierge, que le Fils choisissait pour être substantiellement sa Mère ; cette Vierge, dans laquelle le Saint-Esprit voulait et devait opérer, afin que fût conçu et naquit le Verbe, d'où il procède lui-même*. »

Plus loin, saint Anselme compare la pureté, la sainteté de Marie à la sainteté même de Dieu le Père et de Dieu le Fils :

a Gomme Notre -Seigneur est né d'un Père juste selon la nature divine et d'une Mère juste selon la nature humaine, il est vraiment juste lui-même dès rorigine. Au lieu de l'injustice originelle que tous les autres enfants d'Adam contractent, il a, dès l'origine, la justice originelle^. »

Autant que la a nature humaine » peut supporter la comparaison avec la ce nature divine )!) , la « justice » de la Mère se rapproche de la « justice > du Père.

Ajoutons que la « justice originelle » ne peut sortir de «c l'injustice originelle ».

L'archevêque de Gantorbéry reprend ailleurs et développe sa pensée :

« O Marie, s'écrie- 1- il, qui parmi les saints avez joui de la plus grande sainteté possible après celle

* De Concept, virfjinali et origin&li peccafo, cap. xvuz.

' /(/., cap. XVIII.

^ ld,y cap. XX, p. 103.

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de Dieu * , sainteté qui a été exaltée par votre divin Fils au-dessus de toute autre, à l'exception dé la sienne ". O temple de Dieu aimé de Lui! O sanctuaire du Saint-Esprit! O porte du royaume du ciel par qui, après Dieu, toutTunivers respire'!... »

Après avoir relevé une autre fois les analogies bibliques chères aux Pères grecs, qui tiraient de l'Ancien Testament des images symboliques favorables à leur croyance, saint Anselme termine son discours par ces paroles décisives :

« O Vierge des vierges dont ni le cœur ni la bouche ne furent jamais souillés, tout entière sans tache, Vierge immaculée de corps, Vierge immaculée par Tâme, qui ne devez rien aux lois communes, etc. *... »

Il est impossible de mieux définir le fond de la doctrine.

L'opinion du maître, si clairement manifestée, reparaît dans les ouvrages de son disciple, Eadmer, et acquiert de la sorte un surcroît de certitude.

Néanmoins il faut tout dire, et nous ne pensons pas que l'exposé suivant puisse affaiblir l'effet des déclarations présentes ou nuire à la mémoire de saint Anselme, non plus qu'au prestige de la vérité : au contraire, la divergence que nous allons signaler dénote dans l'esprit du saint une marche ascendante d'où peut venir un nouveau secours,

Croira-t-on que l'auteur des belles pensées qu'on vient de lire ait pu , dans un moment de sa vie , nier

* s. Anselm., Orat, xlix, op., p. 279, éd. Gerberon.

* Id., Orat. Li, p. 280 et 281. Paris, 1675. » /(/., Orat. LU , p. 282.

* Id., Orat. Lxiii, p. 285.

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