‹ L'Immaculée ConceptionChapitre 49 sur 127 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

l'immaculée conception et les nouveaux champions de marie

1. Reprise de la tradition jointe à la controverse. — II. L*abbé Oger et ses commentaires. Le poète Adam de Saint -Victor. Autres suiTragants, anonymes ou non, opposés à saint Bernard. Ses amis et ses admirateurs se tournent contre lui : Pierre de Celles, Nicolas de Saint -Alban. — 111. Pierre de Blois, Alain de Lisle, Jacques de Voragine, dominicain; saint Pierre Pa«»*;liaw, Raymond Lulle, Jean Bacon, Pierre d'Aquîla, etc. ^ rV'. En Allemagne, Jean Taulère, dominicain; Henri de liesse, en Autriche. Ses efforts pour ramener la paix. — V. Progrés de la doctrine. Suite des témoignages. François Martini, Jean de Va* rennes, Pierre d'Ailly, Raymond Jourdain, Michel de Bologne, Gerson, saint Vincent Ferrier, saint Bernardin de Sienne, saint Laurent Justinien. — ^^. Jean Trithème, saint Thomas de VîDeneuve, saint Louis Bertrand, saint François de Sales. Bossotf^L Les grands docteurs et les grands saints de 1 ère moderne favorables au privilège de Marie. Un seul bienheureux hostile, saint Antonin. Citation de dom Guéranger résumant les débats.

Tandis que les deux partis s'acharnaient aux luttes dont nous avons retracé les péripéties saillantes et niontré les acteurs principaux, Dieu continuait son œuvre d'enseignement du peuple catholique , et il défendait la croyance contredite , par l'adjonction de

nouveaux témoignages, destinés à relier le présent au passé , tout en édifiant Tavenir.

Chaque jour des voix s'élevaient apportant au procès, qui occupait l'univers chrétien, des dépositions favorables à la Vierge Marie.

Ce sont ces voix et ces dépositions qu'il convient de recueillir afin de terminer l'histoire de la tradition et l'histoire de la controverse, qui sont de plus en plus unies.

Il faut donc revenir en arrière et reprendre la tradition au point où nous l'avons laissée.

Tout est grand dans les matières religieuses, qui ont pour but de rattacher la terre au ciel. Elles renferment l'humanité ; elles contiennent à la fois le cours des siècles et l'étendue du globe. Plus le règne du Christ augmente, conformément à la parole qui lui a promis et lui donne le monde, plus elles prennent d'ampleur et de portée.

Dans notre question particulière , comme dans les autres questions vitales proposées par Dieu aux méditations et à la foi de l'homme, il était écrit que tous les âges, tous les pays fourniraient leur part d'information et d'acquiescement, jusqu'au jour de l'adhésion unanime.

L'Occident est venu après l'Orient, l'Europe après l'Asie; et dans l'Europe chaque race, par l'organe des plus sages et des plus autorisés , se présente à son heure.

Quoique dépourvus de nos moyens de communication, les peuples de notre continent avaient, même aux époques reculées dont nous parlons, à^^ rapports plus fréquents et plus rapides qu'on ne le suppose. Les querelles religieuses surtout avaient

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Dix ans après la publication de la leitiv de saint I^ernard, point de départ du conflit. Tabbé Oyer 1 1 5«j , savant théologien français, fait probablement allusion ^ la dispute quand il dit que tous les enfants des nommes sont conçus dans le péché, c à l'exception ^^ la Mère de Celui qui est immaculé et qui ne commet point de péché , mais qui efface les péchés du

monde. Quand il s'agit de péché, je n'admets point de contestation au sujet de celle-là '. d

La Mère sera immaculée , comme le Fils qu'elle a donné pour effacer les péchés du monde.

L'abbé Oger n'admet point de a: contestation » à son sujet, et ce trait, dont on devine l'intention, ne sera pas perdu pour ses successeurs.

Un autre contemporain de saint Bernard, Pierre le Vénérable (1155), répète et accentue, dans la même pensée de défense , on peut le croire , la métaphore de saint Pierre Damien.

Pour lui, Marie est « l'étoile brillante de TOrient qui dissipe les ombres de l'Occident, l'aurore qui annonce le soleil et ne connaît pas la nuit * » .

La nuit est l'état ténébreux , marqué dans le livre de Job, qui figure le péché originel, dont Jésus- Christ doit nous tirer.

Le poète Adam de Saint- Victor (1170) revient, comme Sedulius son devancier, à la comparaison de « l'épine ».

(( Je vous salue, dit-il dans un hymne consacré à la fête de l'Assomption , je vous salue , sainte Mère du Verbe , fleur sortie des épines sans épines , gloire du buisson d'épines. Nous sommes ce buisson, nous, blessés par l'épine du péché ; mais vous ne connaissez point l'épine : sed tu spinœ fiesciœ ^. »

* Ogerius abbas, Serm, xiii, De Cœna Domini, n® 1, intcr op. S. Bernardi , t. V, col. 640 , éd. 1090.

' Petrus Venerab., Prosa in honor. B, M. V., in Bibliothec. clu* niac, od. Marrier, col. 1349. Paris, 1614.

' Adam, de Sancto Victor., Prosa pro Assumpt, B, M. V., apud

ET LES NOUVEAUX CHAMPIONS DE MABJE t7i

Dans le même xii* siècle, Fauteur inconnu des «Srrnions célèbres sur le Salve Regina, joint sa profeftsîon à celles des saints personnages que nous avoni» cités.

« Pour moi, dit -il, j'adhère à la pieuse croyance qui professe que vous avez été préservée dans le sein de votre mère du péché originel , croyance qui n'est pas vaine, opinion qui n'est pas fausse... Vous avez paru, ô Marie, comme une aurore lumineuse et pourprée, parce que, affranchie du péché originel dani» le sein de votre mère, vous êtes née lumineuse par la connaissance de la vérité, et pourprée par Tamonr de la vertu * . »

Qu'on songe que ces fragments si clairs suivent à peu d'intervalle l'agression de saint Bernard , et Ton découvrira la profondeur des racines que la vérité projetait dans le monde chrétien , pour tenir solidement contre l'assaut du grand docteur.

On en peut dire autant de certains passages d'un second ouvrage du même siècle, la Couronne de là Vierge, dont l'écrivain est resté pareillement inconnu :

« Vous, ô notre souveraine, vous avez toujours été très pure..., tout entière belle, tout entière attrayante, tout entière immaculée, tout entière charmante. Vous nêtes ternie d'aucune tache; vous n'êtes maculée d aucune souillure ; vous rayonnez de toutes les grâces». »

Cette accumulation de périphrases et d'épithètes,

^aynaud, in glosscrio, t. Vil, op. p. 424, el apud Plazza, CauÈ9 ^fnm, ConcepLf p. 400, éd. Panorm.

* Serm, iv, In Salve Regina, n° 3, ap. S. Bernard, t. V, col. 731,

* Faussement attribué à S. Udefons., Vulgat, in Corona Virginie, cap. Tiii, ap. PP. Toletan., t. 1, p. 406. Madriti, 1782.

qui rend à peine la foi et l'enthousiasme de Tauteur, donne la note des sentiments publics.

Nous rangerons dans la même catégorie de témoignages anonymes contemporains, à l'adresse de saint Bernard , certaines déclarations du Traité de l'Immaculée Conception , faussement attribuées à saint Anselme de Gantorbéry. L'écrivain commence par réfuter la lettre de saint Bernard aux chanoines de Lvon. Or, comme la lettre date de 1140 et que saint Anselme est mort en IHO, il ne saurait être Fauteur du traité qui la combat.

Prouvé par d'autres circonstances péremptoires , telles que l'opinion incertaine ou variable de saint Anselme , l'anachronisme dont il s'agit n'enlève rien à la portée des citations suivantes , qu'il rend au contraire plus utiles :

« Quand je considère en vous, ô Vierge Marie, l'éminence de la grâce de Dieu , comme je vois que vous avez été créée, non pas au milieu, mais audessus de toutes choses, ainsi je pense que vous n'avez pas été soumise, comme les autres, dans votre conception, à la loi de nature, mais que vous avez été affranchie de toute atteinte du péché, par une force et une opération particulières de la divinité, impénétrables à l'esprit humain ^ »

L'écrivain anonyme continue, avec l'entraînement d'un homme qui a un adversaire devant lui :

« Est-ce que la sagesse et la force divines furent trop ignorantes ou impuissantes, pour se construire une demeure pure, exempte de toute tache humaine?

* Tract, de Concept. B. M. V., inter op. S. Anselmi, p. 500, cd. Gerberon, 4675.

ET L£& "««JlIVffiyCX ^^iM^— if lE 4L.âIlK

Quand les nuiE^QÛr .mi:e> i«^ omu Zuf*i. ir^-s^rva les bons da p«ciiA±. et I 3e 7r'^<r*'*ir'ui latr jl imniii' destinée à cievenir -m. zner» m itîtine f «Ecm . F :iir moi, jii<qa'^ ce «pi^ Tiiia oie ait.nir^ r -ûruî :à«.'^ de pins asL^^ast^ xme 7-tT^''*îI**iu:t iii^ V.c^-Itiaiif . 'x dirai ce que j*.!! iit. h oh inanc^ru 3«:»-i i^t \-^ ^ ^écrit : ço^ ^iri {m - rxp jrr'jA*: it n t z' »

Saint Benuiri a^mc t-uIx ^m^lj» xz:»; i rCL-.u.c: entre les sîmcies '^t jr*> smn.'-.r- Irrf rL:I:7Û^^ r^ *wV>»r— taient. les «a^anr.r «ru ?e'»t«'-à^»tîi* IIzizz.^:'J^r:r Cccception^ Tantetir ^ç-^iJi ri**- «i-ài* cc::e «xvurTvr.oe. les simples recip*:rvr*,r-t ^^ Lc^ sà-ran'-.

Succédant â Tcr^^T*? .i' .Tc^-^û^i::! de rùil-é de Clairvaux. ces textar^ p;it-i»:cji'r^ ACi^èrviit une valeur considérable.

H n*esi pai^ josqu'aux admirateurs et aux amis de ^nt Bernard qui ne prennent parti contre lui,

Arnold y abbé de Bonneville. Richard de Saint- Victor, Tun et l'autre renommés pour leur science et leur piété , sont de ce nombre.

Hervé du Mans, moine de Boui^-Déols, dans le Berry, mort en 1130, soutient expressément que Marie a été t préservée par Dieu lui -mi^ nie du péché soit originel , soit actuel * » .

Egbert, abbé de Saint-Florin, diocèse de TrèvoH, vers 1 1 60 , parle de la môme façon .

Deux vénérables prélats, Pierre de GelloH, Mn^ de Saint-Remi de Reims, puis évêque do (^harlroH, et Nicolas, abbé de Saint- Alban, en Anglotem^ correspondant entre eux vers 1180, s'expliquent vive-

* Tract, de Concept. B. M. V., intcr op. S. AiiHoImi, p, *M)\. ^ In Epist. ad Rom., cap. viii.

ment sur le compte de saint Bernard et sur la doctrine qu'il repousse. Le feu de la discussion flambe encore dans leurs épîtres.

« Je crois, je dis, j'affirme, je jure, écrit le premier, que notre bienheureuse Vierge a été pourvue , par une prédestination éternelle , d'un privilège unique , qu'elle est exempte du péché , même dans sa conception, et qu'elle a toujours été sans tache... Vous louez la Vierge , moi aussi ; vous exaltez sa sainteté , moi aussi; vous la mettez au-dessus des anges, moi aussi; vous la dites affranchie de tout péché, moi aussi : Dicis immunem ab omni peccato et ego\ »

Et son ami répond :

« Je vénère le bienheureux Bernard, je loue et j'aime sa sainteté ; mais je n'aime ni ne loue sa présomption en ce qui concerne la conception de la Mère du Seigneur*. »

La protestation, le blâme ne sauraient aller plus loin , et l'on est en droit de répéter que l'erreur d'un grand saint n'a servi qu'à faire éclater la vérité.

Troublée un moment par les objections du maître de Clairvaux, la croyance de la masse des chrétiens va monter et s'étendre de plus en plus.

Tout homme , tout écrit , tout discours qui attaque le privilège de Marie, provoque immédiatement

' Epist.f liber IX, opist. ix.

• IbiiL, cpist. X.

laiitagoniste et la riposte. Rien ne demeure sans réponse, et le torrent de la foi va grossir de telle sorte qu'il emportera tout.

Chaque pays, chaque peuple participe à la lutte.

Pierre de Blois, archidiacre de Bath, dans la Grande-Bretagne , mort en 11 99 , rappelle la formule initiale de saint André sur la « terre vierge » qui a formé le premier et doit former le second Adam ; il poursuit dans un sermon sur la nativité de la Vierge , et déclare Marie « sanctifiée dès le sein de sa mère et douée de la plénitude de la grâce parce qu'il fallait remédier à un mal originel par un bien également originel : c'est pourquoi Marie est exempte de la commune perdition * )> .

Alain de Tlsle, de Insu lis, mort en 1203, se plaît à redire « qu'il n'y a eu dans la Vierge Marie aucun péché , ni avant , ni après la conception * » .

Plaçons ici un dominicain célèbre, qui se sépare de ses frères , et rend hommage à la gloire sans tache de Marie.

Jacques de Voragine, archevêque de Gènes, mort en 1293, proclame que « Marie a été belle, parce qu'elle été exempte du péché originel ; sa pureté est parfaite , plus parfaite que celle des anges , sans mélange du péché d'origine : non habuit admixtionem peccati oriffinalis^. »

Même parmi les adversaires de l'Immaculée Conception, destinés à lui donner par la discussion plus

* Serm, xxxviii , De Nativit, B, M. V, ' In Elucidât, super Cantica,

' V. Plazza, Causa Imm, Concept. B. M, V,, act. I, n« 125, et act. VII, n«410.

de lumière , Dieu voulait que sa Mère eût des organes publiant ses grandeurs.

Ecoutons maintenant une voix qui arrive d'Espagne.

Saint Pierre Paschase, évêque de Jaen, miartyrisé par les Maures le 6 décembre 1300, canonisé par Clément X le 28 juin 1673, composa dans sa prison une défense de la religion catholique contre les insultes des mahométans et des juifs, dans laquelle on cite cette proposition :

« Il faut savoir et croire que la Vierge Marie est celle dont parlent les Proverbes de Salomon ; qu'elle a été choisie avant la création pour devenir la Mère de Dieu...; que Dieu a voulu la préserver du péché originel, et volait prœservare ab originali peccato, et de toute autre honte... Si Marie avait été souillée du péché originel, il faudrait dire qu'elle a été quelque temps sujette à la colère de Dieu, ce qui ne peut être dit ni cru. ... C'est pourquoi, reprend le pieux évêque, la Vierge Marie, choisie par Dieu pour enfanter le Fils de Dieu , a été préservée par Dieu de toute tache , tant originelle que mortelle ou vénielle. Et c'est d'elle que l'Ecriture a dit : Vous êtes, ô mon amie y entre les filles des hommes comme un lis bu milieu des épines, et : Vous êtes toute belle, 6 mon amie, et il n^y a point de tache en vous * / »

La persécution donne parfois à ceux qui la subissent la claire vision des vérités qu'ils proclament et qu'ils vont contempler au ciel. Le martyr de

* S. Petrus Paschas., Opus contra Mahom, et Judœos, tit. xxxi»> n<> 71 , p. 361. Op. éd. Madriti, 1676.

Jaen a eu, dans sa prison, rintelligence parfaite, et il a donné la raison doctrinale de la croyance que d'autres, moins près de Dieu, niaient en ce moment.

Raymond Lu lie y un des hommes les plus savants qui aient existé, auteur d'une multitude d'ouvrages que l'on porte jusqu'à mille, fondateur du (Jrund Art, initiateur de la Croisade pacifique ^ lapidé dan» une mission par les infidèles à Tunis (1315), a écrit vers 1290 :

« La bienheureuse Vierge n'a pu être souillée , ni par le péché actuel , ni par le péché originel ; sans quoi le Fils de Dieu n'aurait pu s'incarner en elle... Il a fallu qu'elle fût conçue sans péché, afin que sa conception et la conception de son Fils pussent se correspondre : invicem se corresponcleanl * . ^

L'Anglais Jean Bacon y mort en 1346, dit le Docteur résolu, à cause de sa promptitude à résoudre les objections, affirme également cette vérité fort simple :

a La Vierge, qui devait contracter le péché originel, ne Ta point contracté, non contraxit, parce qu'elle était destinée à être la Mère de Dieu*. »

Le XIV* siècle est fécond en apologistes de Marie.

Les scolastiques et les dominicains, contraires à rimmaculée Conception , fléchissent peu à peu .

Après avoir déployé leurs plus grands efforts et atteint l'apogée de leur crédit pendant une partie du

* Quœst. in m Sent,, cap. xcvi.

* In III Sent, dist,, m.

xiii'' siècle , ils perdent chaque jour du terrain durant la période qui suit.

Pierre d*Aquila, mort en 1352, sentant le parti qu'on peut tirer de la tradition , oppose les docteurs comme saint Augustin, saint Jean Damascène et même saint Anselme aux adversaires de Tlmmaculée Conception, et il prouve avec leur aide que « la Vierge est exempte du péché originel , par une grâce spéciale et préservatrice * » .

Dans le même temps, Jean Bromyard, docteur d'Oxford, Robert Holkot, docteur de Cambridge, Jean Bassolis , Pierre Oriol de Verberie , Pierre Thomas , de Tordre des Carmes , patriarche de Constant] nople , et beaucoup d'autres théologiens de marque, soutiennent avec la même vigueur contre les mêmes adversaires l'opinion identique.

L'Allemagne , déjà sur le seuil de l'hérésie , prend à son tour le parti de la Vierge Marie; et c'est un dominicain, Jean Tau 1ère , de Strasbourg, qui se lève à la fois, vers 1350, contre saint Bernard et contre le Docteur angélique de son ordre.

Jean Tanière a joui d'une haute réputation pendant sa vie ; trait rare pour les écrivains de ce temps, ses livres mystiques vivent encore et sont devenus classiques. Bossuet les a gratifiés de sa souveraine approbation .

* In III Sent, dist.^ m, quîest. 1.

ce Marie, dit expressément Jean Taulère, a été créée souverainement noble, digne et belle, et préservée de tout péché et de toute tache, aussi bien originelle qu'actuelle ^ »

Après avoir rappelé, à la suite de tant d'autres, les Proverbes de Salomon figurant la gloire de Marie, et avoir répété que « Marie brille d*une pureté, d'une sainteté, d'une perfection si grandes, qu'elle surpasse de beaucoup toute pureté angélique, et qu'on ne peut même imaginer une pureté aussi grande au-dessous de la sainteté de Dieu , . . . de telle sorte que jamais elle n'a contracté la moindre souillure du péché ' » ;

Taulère ajoute ces paroles bien significatives :

« Et quoique, de notre temps, quelques personnes trop peu éclairées d'en haut, aient révoqué en doute la pureté de sa conception, cependant l'Eglise romaine, c'est-à-dire catholique, qui ne peut se tromper, l'enseigne et la professe assez clairement, par cela même qu'elle a adopté et qu'elle célèbre solennellement la fête de la conception de la sainte Vierge ; car elle n'agirait pas ainsi certainement, si elle n'était pas sûre que la conception de la Mère de Dieu est vraiment sainte et préservée de tout péché ^. p

Nous ne croyons pas qu'on puisse désirer une apologie plus juste de la doctrine et de la fête de l'Immaculée Conception. Venant d'un des plus illustres fils de saint Dominique, elle atténue l'effet des négations générales de l'ordre, et donne une

* Joan. Tauler., In decem cxciiaiihuSf cœc. iv, p. 135, cd. fol. co\. 1548.

^ Ibid, ^ Ibid.

information précieuse sur l'état de la question au xiv" sincle.

Trente ans plus tard , il nous arrive des confins de la chrétienté un renseignement non moins frappant.

Henri de Hesse, directeur de l'université de Vienne, un des personnages les plus pieux, les plus savants, les plus vénérables de son temps, se mêle au débat qui passionne depuis deux cents ans le monde catholique. Désolé des querelles que la divergence d'opinion suscite entre les dominicains et les franciscains, il essaye de les apaiser en cherchant une base d'union, et il écrit sur l'Immaculée Conception un traité destiné à mettre les deux ordres d'accord.

On n'agirait pas autrement ou mieux de nos jours, et l'entreprise d'un grand docteur prouve une fois de plus la profondeur des sentiments qui animaient les contemporains sur un sujet qu'on a prétendu ignoré de nos prédécesseurs. Henri de Heçse commence par disculper saint Bernard du grief qu'on lui adresse d'avoir nié et rejeté catégoriquement le privilège de Marie : saint Bernard a voulu dire seulement que le privilège de Marie n'était pas assez démontré pour qu'on pût lui consacrer une fête solennelle , rien de plus.

Venant ensuite aux raisons que le saint et ses adeptes mettent en avant, Henri de Hesse prouve qu'aucune ne peut légitimement amener la conclusion qu'ils tirent. Il fait voir la vanité de leurs propositions, autant par des commentaires de l'Écriture que par des déductions théologiques, et il termine la série de ses considérations par cette phrase :

<r Comme nos pères sous rÂncien Testament ont été délivrés en vertu des mérites futurs de Jésus- Christ du péché originel qu'ils avaient contracté, de même Marie, par une prérogative spéciale et en vertu des mêmes mérites, a dû être préservée du péché originel* . »

C'était résumer la dispute en donnant gain de cause à « l'opinion commune d, soutenue par les franciscains.

Henri de Hesse se prévaut de cette a opinion commune , favorisée par l'Eglise , qui permet la célébration de la fête de l'Immaculée Conception, opinion qui a pour elle une très grande vraisemblance , et par les autorités et par les arguments , . .* . et qui n'a plus contre elle qu'un ordre religieux ' » .

Il finit en reprenant le mot de Gamaliel :

^ Si l'œuvre vient de Dieu, elle triomphera; si elle ne vient pas de Dieu , elle périra seule ; or que voyons-nous? l'opinion favorable de l'Immaculée Conception croît, se fortifie, gagne chaque jour de nouveaux adhérents, et s'enracine de plus en plus dans le peuple chrétien. Donc l'afiaire vient de Dieu : igitur a Deo videtur negotium esse^. »

Voilà comme on défendait au xiv"* siècle, par la raison et par la foi, une vérité dont les bases traditionnelles restaient encore peu connues, et qui allait

Henricus de Hassia , plantalor gymnasii Viennensis in Austria , Montra disceptatione» et contrarias prœdicationes Fralrum mendican- "Mm super Conceptione Beata* Marias Viryinis et contra maculam «anc/o Bernardo mendaciter inipositam, cap. vin, fol. 11, verso 4<». argentin», 1566.

* I^id., part. III, cap. ix, p. 12.

' Ibid.

282 LIMMACULÉE CONCEPTION

prendre, en revenant à elles, un si bel épanouissement.

Voilà comment les partisans de la Vierge Marie répondaient à l'ennemi et préparaient sa défaite.

Suivant les paroles caractéristiques de Henri de Hesse, Topinion favorable à Tlmmaculée Conception ne cessait de « gagner de nouveaux adhérents et s'enracinait de plus en plus ».

Tous les documents de Tépoque sont unanimes sur ce point.

A la fin du même xiv" siècle, François Martini, Catalan, religieux du Carmel, se réjouit de voir la croyance à Tlnmiaculée Conception se répandre , non seulement dans les ordres religieux et les grandes universités , mais encore dans le peuple chrétien ; il voit là une preuve nouvelle de la vérité de la doctrine et de son triomphe futur * .

Affligé du trouble que tant de discordes jettent dans rÉglise et désireux d'y mettre fin , Jean de ^ f^rennesy plus tard chanoine de l'église métropolitaine de Reims, chapelain de Benoit XIII, auditeur du palais apostolique , adresse au pape Benoît XIH (1395) un opuscule Via pro pace Ecclesiee, où il propose au pontife l'institution d'une fête de Vlmm^' culée Conception, pour obtenir la paix de l'Église*.

* V. Plazza, Causa Imm, Concept., aet. viii, n« 223.

• V. Martene, Colleci, Velerum Scriplorum , t. VII, col. 580.

ET LES NOUVEAUX aiAMPiONS DE MARIE 2S3

Pierre à'Ailltfy cardinal, évêque de Cambrai, va plus loin : il charge durement les contradicteurs. Parlant au nom des grands saints, docteurs, papes, cardinaux , et s appuyant sur l'opinion de la majorité des églises qui célèbrent la conception de Marie , il qualifie de € fausse et de scandaleuse » la proposition du dominicain Jean de Montéson , contraire à la foi générale (1397).

Vers la même époque, un autre maître de la vie spirituelle, très estimé de ses contemporains et de la postérité, Raymond Jourdain y chanoine régulier de Saint- Augustin, se rallie à « l'opinion commune » par cette invocation, insérée dans son traité sur la vie de la sainte Vierge :

« Vous êtes toute belle , 6 Marie , dans votre conception , qui a eu lieu afin de faire de vous le temple du Très-Haut..., et la tache du péché, soit mortel, soit véniel, soit originel, n'est point, n'a jamais été, ne sera jamais en vous * . »

Michel de Bologne, général de l'ordre des Carmes dans Tannée 1381 , enseigne que « la Vierge n'a pu être un instant entachée du péché originel * % .

Le célèbre Gerson. le docteur très chrétien (13011- 1419), chancelier de l'université de Paris, inaugure glorieusement le xv"" siècle en répétant que « la Mi're de Dieu est indemne de tout péché, soit originel ^ Hoit actuel », et il engage tous les chrétiens à célébrer la fête de la conception, <x très utile au salut comme

* Haymundi Jordani, Tract, de vita et laudibus fjior» V» M», part. II , contemplât, m , p. 244 et 245 , éd. Theopb. Raynaud , 4*. Paris, 1654.

^ In m Sent, dUt, nu

elle se pratique, ajoute -t- il, dans presque toutes les églises*. »

Les adhésions, ou si Ton veut les défections, se produisent même dans Tordre de Saint- Dominique.

Saint Vincent Ferrier, né à Valence Tan 1357, mort en 1419, canonisé par Calixte III en 1455, célèbre par son éloquence et les succès qu'il remporta à travers l'Espagne, la France, TAngleterre, ritalie, s'écrie un jour, dans l'entraînement d'un discours , à rencontre de l'opinion de ses frères :

« Dès que le corps de cette glorieuse Vierge fut organisé et que son âme fut unie au corps par sa création, Dieu a sanctifié son tabernacle*. »

Cette pensée fondamentale emporte saint Vincent Ferrier, en dépit des gloses de son ordre, et elle finira par emporter tout le monde croyant.

Si certains religieux dominicains parlent ainsi, malgré l'esprit dominant de l'institut, que ne peut-on attendre des maîtres franciscains, dont la congrégation resta toujours si fidèle à la cause de la Vierge?

Un saint d'Italie, renommé comme saint Vincent Ferrier par sa merveilleuse éloquence, Bernardin de Sienne, né l'an 1380, entré chez les franciscains en 1404, mort en 1419, et fêté au 10 mai, n'est pas moins explicite dans un autre sermon sur la matière.

(( Marie, dit-il, reçut la sanctification dans le sein de sa mère , sanctificatio maternalisy laquelle éloigne

* Herm, de Concept. B, M, V.

' S. Vincent Ferrier, Serm, in Feslo Concept, B. M, V. in Fe- Hlivalij serm. iv, p. 14, éd. Aug. Vind., 1729.

le péché originel, confère la grâce, écarte aussi Tinclination au péché, tant mortel que véniel... Dieu la créa , sous le rapport de la noblesse naturelle et de la perfection de la grâce, telle que sa mère devait être pour contenir sa très glorieuse majesté ^ »

Un autre saint d'Italie, né à Venise, la même année 1380, saint Laurent Ji/^/mien ^ chanoine régulier de Saint-Georges, patriarche de Venise (1451), mort en 1455, parle à son tour de la doctrine de rimmaculée Conception comme d'une croyance indiscutable .

a Marie, déclare-t-il dans un sermon sur la Nativité de la Vierge , sanctifiée dans le sein de sa mère , a été choisie par le Verbe , prévenue d'une bénédiction surabondante, purifiée par le Saint-Esprit et préservée de la contagion de tout péché *. »

Désireux d'affirmer sa foi , saint Laurent Justinien répète ailleurs , à trois reprises , que « Jésus et Marie exceptés, tous les enfants d'Adam contractent le péché originel' ».

* S. Bernardin. Senens., De 1mm. Concept, B, M. V., serm. iv, op. I, t. IV, p. 83. Venet., 1745.

* S. Laurent. Justin., Sermo mv, De Nativit, B. M. V., op. t. II, P'îO, éd. 1751.

S. Laurent. Justin., i De perfectionis gradihuSf ii De casto connubio, m Fascic, amoris.

La polémique, après avoir traversé le moyen âge, arrive aux temps modernes. Les partisans de T Immaculée Conception deviennent de plus en plus nombreux et forts ; ils croissent avec la foi du peuple. Tolérés par TÉglise, encouragés par l'opinion, ils acculent et renversent leurs adversaires. Chaque période compte un champion et un vainqueur nouveau.

Un écrivain religieux, qui jouit encore dans TEglise d'une grande autorité, l'abbé Jean Trilhème, déjà cité (1462-1519), nous a laissé, en parlant de sainte Anne, des indications précises sur le mouvement des esprits au déclin des temps gothiques. Il s'attaque directement aux détracteurs de Marie, avec des termes un peu vifs qu'il est bon de rapporter :

« Nous savons, dit -il, que la très pure conception de Marie a été posée comme un signe de contradiction pour ceux qui, nombreux encore de nos jours, prétendent défendre le cours de la nature et ne craignent pas de combattre la grâce de Dieu. Pourquoi les insensés aboient-ils? Pourquoi les malhabiles murmurent-ils? Dieu ne peut-il pas faire ce qu'il veut? Voici que l'Eglise vénère, comme pure et sans tache, la conception de la Mère de Dieu ; voici qu'elle

en célèbre chaque année la fête ; et ces hommes artificieux et téméraires s'efforcent de la souiller... J^ ne condamne pas ton erreur, ô adversaire , mais ton arrogance , ton audace , ta présomption 1 Je sais qu'on

peut hésiter sans péché au sujet de la conception de la Vierge , que Dieu a voulu tenir voilée ; mais la nier ouvertement et définir témérairement ce que tu ignores est un crime inouï...

«c Pour nous, le motif qui nous pousse à défendre la très sainte conception de la Mère de Dieu , c'est la considération de sa très grande dignité, qui brilla de tant de manières, qu'elle comporte toute sorte d'honneurs*. »

Que répondre à ces apostrophes véhémentes ?

Elles ont une grande valeur documentaire.

Elles résument la situation , et tout en découvrant le progrès des idées et la lutte des opinions à la fin de la période scolastique , elles fournissent les moyens de pénétrer plus à fond le mystère.

La longue revision que nous menons systématiquenient aura donc pour effet de présenter le débat sous tous ses aspects, de telle sorte que du même coup elle éclaire le passé, soutien de l'avenir, et donne l'inteDigence parfaite du sujet.

Cette double considération suffit à justifier le soin que nous mettons à suivre la série des œuvres et des temps, et compense largement la monotonie littéraire qui en résulte.

On remarquera que tous les témoignages sortent simultanément de tous les points de la chrétienté*

C'est le signe que la discussion remplissait l'Eui*ope, entraînait les esprits et créait une agitation universelle et continue, qui devait nécessairement arriver au dénouement logique, nouvelle preuve de

* Joan. Trithem., De laudibus SS. matrU Annœ, cap. vu. Mayant..

la soi-disant nouveauté de la croyance renfermée dans le dogme.

L'Espagne tient dorénavant la tète du courant.

Un autre bienheureux espagnol, Thomas de Villeneuve y religieux augustin, né au royaume de Léon ( 1 488 ) , professeur , écrivain , orateur , prédicateur de Charles-Quint, évéque de Valence, mort en 1555, canonisé par Alexandre VII en 1658, célèbre autant par ses talents que par ses vertus, a consacré quatre sermons à l'Immaculée Conception. Il a dit dans le second :

(( Quelle dignité peut ne pas appartenir à la Mère de Dieu? Qu'y a-t-il que Dieu n'ait pu lui donner? Qu'y a-t-il que son Fils n'ait voulu lui donner? ... Tout l'honneur rendu à la Mère retombe sur le Fils... Non, il ne convenait pas que la Mère de la grâce soit la fille du péché, la Mère de la vie, esclave de la morl ; ni que la Reine de gloire fût soumise à la honte...

«... Jamais Dieu ne s'est éloigné d'elle, ni à cause d'un péché mortel, ni à cause d'un péché véniel, ni à cause du péché originel *. »

Dans tous ces fragments, le fond de l'affirmation reste le même : il revêt néanmoins, sur les lèvres ou sous la plume de chaque docteur, une expression personnelle qui, tout en variant la forme, illumine chaque recoin de la doctrine.

Voici encore un Espagnol et un dominicain :

Saint Louis Bertrand, né à Valence (1526), célèbre orateur en Amérique et en Espagne, canonisé l'an

* S. Thomas a Villanova, Concio ii in Concept. B, M, K, op. 1. X, p. 142 et 145. Salmant., 1764.

ET LES NOCVEAUX CHAIIf*,*^^ I* UUr.lt 2»

1621 , fêlé le 9 octobre, s'écrie, dajof mm ^nmifMt «ir riramaculée Conception, que ♦ Marie — le bui*-Mni ardent de Moïse..., resta sans se eon*4jfl»er. *^ yi*rservée de l'incendie commane du fé<htr ori^'A»*r\ : Verum incombusta ac a communi ptcrjtti orit:iiL!ilu incendia remansii illiesa* #.

Saint François de Sales vient enfin. ave<: vpîi *-\\\*' inimitable, mettre le sceau au triomphe que. d'jraiit quinze siècles, le génie, la science et la foi d^krement à Marie immaculée.

« Dieu, écrit le pieux évéque de Genève daii«& le second livre de son Traité de V amour de Dieu, àe^ iina pour sa saincte Mère une faveur dij^ne de Tamour dun Fils..., de sorte qu'elle fut rachetée si excellemment qu'encore que par après le torrent de l'iniquité originelle vint rouler ses ondes infortunées sur la conception de cette sacrée Dame, avec autant d'impétuosité comme il eût fait sur celle des autres filles d'Adam : si est-ce qu'estant arrivé là, il ne passa point outre, ains s'arrêta court, comme fist anciennement le Jordain du temps de Josuë et pour le même respect ; car ce fleuve retint son cours en révérence du passage de l'arche de l'alliance, et le péché originel retira ses eaux, révérant et redoutant la présence du vrai tabernacle deréternelle alliance *. b

Un peu plus tard Bossue t intervenait, et le maître tant de fois cité , dont la gloire fait partie des gloires

* S. Ludov. Bertrand., Serm. de purissima Concept, li» M, V., ap. P. Noerenberg in operibus parthenicis, p. 205, éd. Lugd., 1659, et ap. Plazza , p. 89.

• S. François de Sales, Traité de l'amour de Dieu, 1. II, chap. vi, œuvrts, t. I, col. 312. Paris, 1663.

françaises, résumait toute la tradition catholique dans cette magnifique synthèse :

« Non , ni Tobéissance des patriarches , ni la fidélité des prophètes, ni le zèle infatigable des saints apôtres , ni la constance invincible des martyrs ^ ni la pénitence persévérante des saints confesseurs, ni la pureté inviolable des vierges, ni cette grande diversité de vertus, que la grâce divine a répandues dans les difiFérents ordres des bienheureux, n*a rien qui puisse tant soit peu approcher de la bienheureuse Marie '. »

Une autre fois , le sublime orateur achevait sa pensée et proclamait la conclusion :

«... S'il est vrai que le Fils de Dieu aime si fortement rinnocence, dites-moi, sera-t-il possible quil n*en trouve point sur la terre?... n'aura-t-il point le contentement de voir quelque chose qui lui ressemble ou du moins qui approche un peu de sa pureté..., la consolation de rencontrer quelque âme sans tache? Et dites-moi quelle sera-t-elle, si ce n'est sa divine Mère?... »

Jésus -Christ « a fait dans ses apôtres et dans ses ministres ce qui était le plus utile au salut de tous; mais il a fait en sa sainte Mère ce qui était de plus doux , de plus glorieux , de plus satisfaisant pour luimême; par conséquent, je ne doute pas qu'il n'ait fait Marie innocente..., elle n'est qu'un écoulement de l'innocence du Sauveur Jésus... Il suffit de considérer cette haute dignité de Mère de Dieu pour juger qu'elle a dû être exempte de tache ' » .

* Bossuct, Premier sermon ftour la fêle de la Conception de /« sainte Vierge.

* Bossuct , Premier sermon pour la fête de la Nativité de la sainU Vierge,

Voilà comment s'exprimait Bossuet au sujet du dogme que le saint- siège n'avait pas encore sanctionné.

Ces témoignages suprêmes, en tout semblables aux déclarations des premiers apôtres du christianisme, sont d'autant plus dignes d'attention qu'ils représentent l'opinion de l'université de Paris, la plus estimée de toutes, et l'opinion du clergé contemporain.

Il est temps de finir.

Les autres docteurs et saints glorieux, qui ont honoré l'Eglise depuis le xvi" siècle jusqu'au nôtre, ont parlé comme leurs innombrables devanciers.

Saint François de Paule, mort en 1507; saint Ignace de Loyola, mort en 1556 ; saint François Xavier, mort en 1552; saint Pierre d'Alcantara, mort en 4562; saint François Borgia, mort en 1572; sainte Thérèse, morte en 1582; saint Charles Borroïnée, mort en 1584; saint Jean de la Croix, mort en 1S91; saint Joseph de Copertino, mort en 1663; saint Alphonse de Liguori, mort en 1787, et beaucoup d'autres d'une renommée moindre, continuant le témoignage, enseignent et défendent la doctrine de rimmaculée Conception , qui s'alimente pour chacun d'eux aux sources brûlantes de l'amour.

Depuis le jour où la controverse s'est emparée de l'Occident, un seul bienheureux a nié résolument l'Immaculée Conception : c'est saint Antoniriy de l'ordre de Saint-Dominique, archevêque de Florence, qui a discuté et rejeté, plus en théologien qu'en fidèle , la croyance généralement acceptée , mais libre encore de son temps.

A pari saint Antonin , tous les autres bienheureux ont salué et célébré le privilège de Marie.

La tradition explicite et vivante remplit donc toul le catholicisme, appuyée sur la sainteté comme sur la science, et elle arrive sans cesse en progrès jusqu'à nous.

Le passage suivant d*un auteur éminent de notre siècle servira à justifier les dissonances trop nombreuses qui déparent cet accord :

i( Dans la recherche des témoignages de la tradition sur im point de la doctrine, il ne faut pas s'étonner de trouver, dans les auteurs de divers siècles, des passages contraires au sentiment qui a prévalu depuis , et est même devenu plus tard Tobjel d'une définition de l'Eglise. La question n'étant pas suffisamment éclaircie, et pouvant être agitée conlradictoirement sans blesser les droits de la foi, ces divergences n'ont rien de surprenant en elles-mêmes et ne sauraient faire aucun tort à la doctrine que TEglise a définie plus tard, lorsque, peu à peu les contradictions ayant cessé, cette doctrine parut environnée de l'assentiment général*. »

* Mémoire sur la question de l'Immaculée Conception de la très sainte Viert/e, par dom Prosper Guéranger, abbé de Solesmes, p. 65. Paris, 1850.

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