‹ L'Immaculée ConceptionChapitre 86 sur 127 · CHAPITRE XIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIII

l'immaculéb conception et le consentement universel'

1. Caractères du consentement universel et ses conséquences dans la thèse actuelle. Citations tirées de saint Augustin et de Pctao. Réalité et concordance des faits. Consentement universel démontré par le culte. — II. Coup d'oeil en arrière. Le xvm* siècle et les siècles antérieurs jusqu'au concile de B&le. Tolérance de rÉglise qui renforce le consentement universel. Poids de rargument repris par Pie IX. Un résumé historique de dom Guéranger. — III. Objection vaine de nos adversaires. L*£gLise a attendu la maturité du fruit avant de le cueillir. Citations tirées de Mffr Malou, de Mp* Dupanloup. — IV. Dernière réflexion. L'Église marche et progresse avec l'humanité. État présent du consentement universel touchant la doctrine de l'Immaculée Conception.

L'assentiment unanime des peuples, ou le conseDtement universel a été regardé de tout temps par les

^ Jésus-Christ a promis d'être avec son Eglise jusqu'à la consommation des siècles. Autrement dit, il a promis à son Église de lui épargner toute erreur, toute faute , toute chute , et de la mener intacte et impeccable jusqu'au ciel. Comment la promesse divine pourrait-elle s'accomplir si TÉglise est exposée h dévier, à tomber. A se blesser et à se perdre?

On a toujours cru dans TÉglise que l'Église ne pouvait se trooo-

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écoles philosophiques comme un critérium irrécusable de vérité.

Autant un ou plusieurs hommes, qui ne voient qu'une ou plusieurs faces d'une question, peuvent errer dans leur jugement sur la question; autant la généralité des hommes qui , à force de temps , d'investigation et de contrôle , voit toutes les faces d'une question, a chance de ne point errer, c'est-à-dire de posséder la vérité sur la question.

Les chances de vérité augmentent quand l'investigation et le contrôle sondent un sujet qui touche plus directement aux intérêts suprêmes de la destinée humaine.

La vérité devient ainsi le fruit naturel d'une conquête non individuelle , mais collective , et le consen-

per. Ce que TÉglise croit, ce que TÉglise ordonne de croire, ne saurait être Terreur et constitue la vérité révélée, ou conforme à la révélation. Le consentement universel, témoignage souverain dans Thumanité , est doublement souverain dans TÉglise, parce qu'il peut se réclamer des promesses du Christ. Le Pasteur céleste garde à la fois les pasteurs qu'il choisit pour le représenter et les brebis qu'il commet à leurs soins.

Il importe peu que ce consentement universel se montre plus tôt ou plus tard, dans un temps ou dans un autre. Il suffit quHl existe pour bénéficier des garanties que l'assistance divine lui procure et pour imprimer aux décisions de l'Église une force irréductible. L*infaillibilité de l'Église étant éterneUe , grâce à la parole du fondateur, ajoute à son verdict une éternelle autorité.

C'est le cas de rappeler les déclarations évangéliques par lesqueUes Jésus-Christ a promis l'infaillibilité à son Église, et les preuves que le Sauveur donne de cette infaillibilité par la réalisation continue des promesses de durée faites à la même Eglise.

L'infaillibilité ne coûte pas plus à Dieu et n'est pas plus extraordinaire aux yeux de l'homme que la durée.

D'autre part, l'absolutisme de la loi exigeait l'infaillibilité du législateur.

La conclusion de ces prémisses est facile à tirer et elle apporte un dernier argument au dogme de l'Immaculée Conception .

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tement universel assure la vérité indispensable à la vie de tous.

Il ressort de ces principes que les hommes ne se trompent pas à Tégard des croyances supérieures et nécessaires qui forment le fond commun de leur patrimoine spirituel. L'idée de Dieu, de Tâme, la notion de la justice, Tespérance et la crainte d'un monde ultérieur où tous les actes du nôtre seront passés au crible, punis ou récompensés par TLtre souverain , créateur et maître de toutes choses , n'ont jamais abandonné Tesprit des masses; et cet accord général, que rien n'a pu rompre ou supprimer, en dépit des rebelles, même aux époques mauvaises et troublées comme la nôtre, représente par rapport aux bases fondamentales de l'humanité , un des meilleurs gages de certitude.

a Le consentement commun proclame si bien la vérité, écrit saint Augustin, que quiconque le contredit doit passer pour un véritable insensé *. »

a Celui qui combat le jugement universel, a dit saint Jean Cassien, porte avec lui sa condamnation'. »

Or ce « consentement commun » , ce « jugement universel » , accepté et prôné par tous les théologiens ou philosophes, est favorable à l'Imniiaculée Conception, et proclame, selon le mot de saint Augustin, par son infaillibilité passive, le dogme que l'infaillibilité active de l'Eglise n'a fait que définir.

Il décrète la loi indépendamment de la formule doctrinale.

Laissons parler à ce sujet un des rois de la théolo-

« Epist. CXI, III, n. 11 , t. II, col. 468.

• Joan. Cassian., De Incarnat, ^ t. I, c. vi, p. 972, edii. Atrebat,

ET LE CONâENTEMENT INIVERSEL SIS

gie, le célèbre Peioa, qui pose le principe et déduit les conséquences d*une victorieuse façon.

« Ce qui m'émeut et me pousse de ce côté, dit-il, en parlant de la doctrine de Tlmmaculée Conception, c'est le consentement commun de tous les fidèles qui portent fixée au fond de leurs esprits, et qui attestent par tous les témoignages et les actes, la croyance que parmi les créatures de Dieu rien n'est plus chaste, plus pur, plus innocent, plus exempt de toute souil* lure et de toute tache que la Vierge ; qu'il n'y a rien de conunun entre elle, Tenfer et le diable, et que par conséquent elle est étrangère à toute offense vis-à-vis de Dieu et à toute condamnation. C'est pourquoi saint Paulin , évêque de Noie , nous exhorte avec raison à rester suspendus à la bouche de tous les fidèles , parce que le Saint-Esprit souffle dans chaque fidèle *. »

Toute l'Ëglise , évéques , prêtres , fidèles , dont chacun reçoit une part du souffle de l'Esprit- Saint, a donné son adhésion à la doctrine de l'Immaculée Conception ; donc cette doctrine , admise par le consentement universel de l'Eglise , est vraie. Le consentement s'est formé à travers des luttes et des contradictions qui ont duré près de mille ans ; il a toujours progressé jusqu'au moment où il est arrivé à l'entente unanime que Pie IX a ratifiée.

Rien ne peut tenir contre un pareil argument, décisif en théologie, qu'on a justement appelé le grand argument de la croyance à l'Immaculée Conception '.

> Petau, De Incarnat,, 1. XIV, c. ii , n. 10, t. V, part, ii, p. 216, edit. Anlv. Amstel. 1700.

^ Parepi, 1, 4S2.

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Le grand argument n'est pas unique; il s*appuie, on l'a vu y sur les autres raisons développées dans le cours de cet ouvrage, et tirées de TÉcriture, de la tradition , de la controverse , de l'histoire ; bref , sur toutes les raisons divines et humaines, qui peuvent forcer l'entendement, soumettre l'esprit, et il en est, pour ainsi parler, la résultante.

Il a passé par toutes les épreuves et se présente armé de tout ce qui peut engendrer la persuasion, satisfaire la conscience.

Il est la vérité, parce qu'il est le consentement universel , et il est le consentement universel parce qu'il est la conséquence et la fin de toutes les vérités discutées, établies, reconnues.

Nous répétons que ce consentement universel n'a pas surgi spontanément : il n'a pas éclaté comme un coup de foudre, suivant une expression banale : il s'est produit peu à peu ; il a grandi sous l'action des travaux, des recherches, des méditations, des prières de la catholicité. L'élan qui a tout emporté au milieu de notre siècle s* était lentement accru jusqu'à l'heure du succès.

Par surcroit , le consentement universel se double ici d'une tradition ininterrompue qui augmente singulièrement son effet.

Tous les âges chrétiens ont cru que la sainte Vierge était faite d'un élément sans tache ; tous l'ont affirmé par des témoignages innombrables, sous des apparences variées qui expriment la même conviction*

L'enseignement des Pères, des ordres monastiques, des écoles , les homélies , les discours , les polémiques, les liturgies, les paroles et les cérémonies

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