CHAPITRE XIV
l'immaculée conception et l'opportunité de la définition
I. Etat des esprits. Dispositions multiples et diverses. Dilemme qui pressait TÉglise et lui dictait la définition. -> II. État des temps. Recherches et discussions épuisées. Abstention et retard de^- ▼enus impossibles. Inspiration de TEsprit- Saint. Paroles de Pie IX. — III. Difficultés des temps. La Révolution satanique, La tempête et VÉloile de la mer. Citations tirées de Mffr Koett, de Mp* Studach, de Mffr Malou. — IV. Dangers matériels et moraux. Doctrine et but de la Révolution. Souveraineté et déification de rhomme. L'athéisme base de la Révolution. Guerre logique et implacable de la Révolution contre TÉglise. La déûnition de la doctrine de Tlmmaculée Conception répond et pourvoit à tout. — V. Le nouveau dogme ajoute à Téclat des autres dogmes, aux richesses de TEglise et aux grâces des chrétiens. — VI. Dernier grief contre TÉglise. Elle réplique par un acte souverain qui la rajeunit et rajeunit le christianisme. Annonce de la seconde partie de l'ouvrage .
L*opportunité d'un acte dépend de Tétat des esprits et des temps qui le voient naître , et qui seuls peuvent en faire apprécier la convenance.
L'état des esprits , premier point à considérer dans cette dernière enquête relative à la définition du
552 LIMMACULÉE CONCEPTION
dogme de Tlmmaculée Conception, demande quelques explications préliminaires.
Dans r accomplissement de sa mission surnaturelle, l'Église n'a pas à se préoccuper de l'opinion des incrédules et des blasphémateurs toujours aux aguets pour vilipender ou railler ses commandements, ses démarches, ses croyances et son culte.
Elle n'a pas davantage à se préoccuper des dispositions de gens appartenant à des confessions sépa* rées, plus ou moins prêts à revenir vers elle, selon que sa conduite aura ou non leur approbation , ni du sentiment des personnes faibles, timides, variables, indifférentes ou inconscientes vivant sous sa juridiction.
L'Église doit planer au-dessus des erreurs, des faiblesses ou des méchancetés humaines , et chercher avant tout l'intérêt de la vérité, le salut des âmes.
Elle ne s'est point laissée arrêter dans l'œuvre concernant l'Immaculée Conception, par les craintes vulgaires que des esprits timorés grossissaient autour d'elle; et le succès qu'elle a remporté, en les dédaignant, auprès des catholiques indécis ou des dissidents attentifs dont le retour à l'orthodoxie, loin de se ralentir, n'a cessé de croître à la suite de la définition, prouve qu'elle a bien fait de mépriser des appréhensions indignes d'elle et que Dieu lui a donné raison .
U faut maintenant examiner les choses sous un autre aspect, c'est-à-dire retourner la question et voir si l'absence ou le retard de la définition ne ris- .<{udit pas d'être plus préjudiciable à l'Eglise que i*acte de la définition;
Déjà , au xvii" siècle , des personnages considérables par leur science et leur vertu se plaignaient du dommage que le retard de la définition d*une croyance appuyée sur tant de preuves causait à la foi catholique, et de Tespèce de scandale qui en résultait pour quelques-uns.
Le danger avait grandi avec les éclaircissements et les adhésions que chaque jour multipliait.
La tolérance si longue du saint-siège, qui formait un commencement de définition et engageait Rome jusqu'à un certain point, ne pouvait qu'augmenter le désarroi. Elle acculait l'Eglise, pour ainsi dire, et Tobligeait à prendre un parti décisif. L'Eglise était contrainte ou d'aller jusqu'au bout, ou de se donner un démenti qui sapait tous ses autres dogmes. Son infaillibilité était en jeu. J^'ennemi avait bien plus de motifs de récriminer et plus de chances d'aboutir en accusant son inertie qu'en lui reprochant un arrêt favorable.
« Si vous niez, pouvait-il dire, et si vous repoussez la doctrine, vous vous désavouez : si vous vous taisez, vous doutez de vous-même comme de la doctrine : dans les deux casf, vous perdez tout crédit. »
Devant un tel dilemme, l'Eglise n'avait d'autre ressource que de suivre sa voie et de consommer l'entreprise. Il y allait de son autorité, tant aux yeux de ses amis qu'aux yeux de ses adversaires et de son action future.
• En outre , la croyance à l'Immaculée Conception , soutenue par le consentement universel, amoindrissait le prestige et la force du consentement universel
S54 LIMMACULÉE CONCEPTION
dans les autres matières, en restant plus longtemps indécise.
Le consentement uniyersel réclamait donc aussi la solution sous peine de se diminuer.
Pour toutes ces raisons la définition s'imposait et servait, au lieu de lui nuire, la cause de TEglise.
Les considérations qn'on Tient de lire regardent surtout nos adTcrsaires.
Quant aux croyants, é vêqnes , prêtres , fidèles , leur foi apparaissait si profoaide , le désir de la définition si constant, la sollicitation si générale et si ardente, que TEglise n'avait plus aucun mojen d'échapper à leurs légitimes revendications. De ce côté encore die était débordée et devait satisfaire le vœu des siens sous peine d'attrister, de décoinrager et de troubler profondément la conscience publique. Elle devait sceller la conviction et respérance universelles , ou bien porter à cette conviction et à cette espérance un coop mortel , qui risquait d'avoir un retentissement dangereux sur toutes les autres parties de son Credo.
UtUe aux dissidents, la définition devenait non seulement opportune, mais nécessaire et indiq>eiisable aux ctrthodoxes.
Si après ces réflexions sommaires snr l'état des esprits, nous envisageons l'état des temps, noQS trouvons que la doctrine de l'Immaculée Conception était arrivée à un point tel qu'elle ne pouvait plus demeurer en suspens.
Le concile œcuménique de Trente, les rescrits
ET LOPPORTUNITÉ DE LA 0ÉFLNIT1ON 556
de Paul V, de Grégoire XV, la déclaration si précise d'Alexandre VII avaient solennel] ement reconnu sa raison d'être et condamné ceux qui l'attaquaient. La question avait été examinée, sondée, discutée, jugée sous toutes ses faces. Les ténèbres étaient dissipées , les obstacles aplanis : Tentente semblait définitive. Nulle incertitude , nulle hésitation ne subsistait. Toutes les sources d'investigation étaient épuisées; il ny avait plus rien à espérer ou à craindre de l'avenir, ni de recherches ultérieures. L'Kcriture, la tradition, la controverse, l'histoire, le consentement universel avaient donné tout ce qu'ils pouvaient produire. Qu'attendre encore? La foi était aussi vive que la doctrine était sûre. La vérité se trouvait manifestement d'un côté. Terreur de l'autre. Il fallait proscrire l'erreur et publier la vérité. L'Eglise ne pouvait plus s'abstenir ou s'efiacer sans se discréditer, sans ébranler du même coup toutes ses bases. Sa tolé^ rance séculaire exigeait la conclusion affirmative, et le silea^ce prolongé eût non seulement porté atteinte à la doctrine , mais eût compromis son autorité sur tous les autres chefs.
A ces considérations puissantes nous devons joindre une circonstance décisive aux jeux de tout croyant.
Le moment opportun était venu , puisque TEsprit- Saint rindiqaait an «nccesseur de Pierre.
Et qu'on ne *e récrie pa.^!
Les successeur» de Pierre ne font p^M dire a J'fc*prit-Saint et qu'il» veulent.
Sixte IV. Paul V. Greffoir e XV et surtout Akxattdre VII ne v> .L;i*uieivt rien t;»nt que de ftonr^nctr la définitior. 'i-. <r,*:çtut de 1 Immaculée Coiie^pfion et
d^ recevoir à ce sujet l'inspiration de rEsprit-Saint. Or l'inspiration n'était pas venue ; les temps n'étaient pas prêts. Malgré leur ardent désir de clore la question et de couronner la Mère de Dieu, malgré leurs instantes prières , aucun d'eux n'avait senti ce souffle intérieur, parti d'en haut, qui pousse aux grande> choses et en promet la réussite.
Ils l'annonçaient eux-mêmes! L'Esprit -Saint na pas parlé : l'Esprit- Saint ne nous invite pas à décréter le dogme; nous n'éprouvons en nous-même rien qui nous autorise à une si solennelle mesure; au contraire, nous éprouvons une résistance intérieure contre laquelle nous n'oserions lutter. L'Esprit-Sainl n'a pas parlé et nous ne nous hasarderons pas à parler en son nom ; nous attendons , nous prions et nous demandons instamment que l'on prie avec nous.
C'est précisément ce souffle inspirateur, qu'aucun de ses prédécesseurs n'avait senti, qui a décidé et transporté Pie IX. L'Esprit-Saint, qui n'avait rien dit à ses devanciers, a pressé son âme de telle sorte qu'il n'a pu à son tour résister ni se taire.
Comme le malade de TEvangile qui devait, pour entrer dans la piscine et y trouver la guérison , saisir le moment où l'ange du Seigneur venait, en remuant les eaux, leur communiquer une vertu divine, Pie IX, sollicité par Dieu, a saisi le moment de la descente de l'Esprit, et, docile à sa voix, il a parlé conjointement et d'accord avec lui.
Ecoutons-le formuler ses impressions :
« C'est pourquoi, plein de confiance et persuadé dans le Seigneur que le temps opportun est venu de définir l'Immaculée Conception de la très sainte Mère de Dieu...
« Après avoir mûrement pesé toutes choses, après avoir répandu devant Dieu d'assidues et de ferventes prières, nous avons pensé qu'il ne fallait pas tarder davantage à décider et définir par notre jugement suprême l'Immaculée Conception de la Vierge...
« En conséquence , après avoir offert sans relâche
dans l'humilité et le jeûne nos propres prières et les
^ prières publiques de l'Eglise à Dieu le Père, par son
Fils, afin qu'il daignât, par la vertu de l'Esprit-
Saint, diriger et confirmer notre esprit , après avoir.. .
- . invoqué avec gémissement l'Esprit consoLiteur et
ainsi par sa divine inspiration (eoque sic adspirante),
:. en l'honneur de la sainte et indivisible Trinité , pour
-la gloire et l'ornement de la Vierge Mère de Dieu,
nous déclarons , nous prononçons et définissons ^ . . »
Le témoignage est formel.
Pie IX cède à l'impulsion de l'Esprit-Saint, que ses prédécesseurs ont vainement attendue , vainement invoquée. Il devient à la lettre, suivant l'expression d'un concile général, V organe de VEsprit- Saint ^ et le verbe du Dieu qui lui a promis son assistance jusqu'à la consommation des siècles. L'Esprit-Saint guide 1 Eglise , et en tête de l'Église le chef qu'il a choisi pour conduire l'Eglise sous son initiative. C'est grâce à son action toute -puissante que l'élu répond aux difficultés de chaque époque , profite des circonstances opportunes ; et c'est grâce à son attentive docilité, puisée dans une incessante prière, qu'il domine perpétuellement les forces inférieures de la nature et de l'enfer, soutenu par le peuple fidèle qui obéit au ' même souffle.
' Bulle Ineffabilis,
558 L'IMMACULÉE œNCEPTÏON
Les temps étaient difficiles, les dangers flagrants, les menaces terribles.
La Révolution athée, fille de la Réforme protestante, sœur du rationalisme incrédule , la Révolution satanique j a-t-on dit, que le même pontife Pie IX devait si vivement dénoncer et flageller dans un acte naémorable *, en voulait surtout à l'Eglise romaine. Excitée plutôt qu'apaisée par les persécutions de toute espèce qu'elle avait fait subir en divers lieux, depuis plus d'un demi -siècle, aux serviteurs du Christ et à ses représentants, elle rêvait et s'efforçait de les anéantir. Il n'était pas trop de toutes les forces de la terre et du ciel pour résister à l'ennemi le plus formidable que le catholicisme eût encore rencontré.
L'intervention et l'appui de la Mère de Dieu se présentaient au premier rang des secours que l'Eglise pouvait demander et attendre. Battue par la tempête, la barque de saint Pierre s'adressait à l'Etoile de la mer pour vaincre les flots déchaînés et revenir au port. En décernant à Marie des honneurs nouveaux, en proclamant par un jugement irrévocable le privilège que le monde catholique reconnaissait, après sept cents ans de controverse, d'un accord unanime, en mettant sa perfection immaculée à l'abri de toute attaque et de toute suspicion , le pilote de la barque avait le droit d'espérer que Marie , touchée de tant d'hommages, reprendrait avec une tendresse nou-
* Le Syllabus.
ET LOPPOnH^OTÉ n£ Lk DÉFINITION $59
velle son rôle intenBédiaire de patnmne de Ft^iflise , de protectrice des croyants . et Tiendrait à leur aide dans la crise formidable qne TEglise et les cit>yants traversaient.
Cette pensée, ceite eapéranee suprême ressentent avec clarté « non pas seulement de TceuTre et de la parole du pontife ^ mais encore des témoigni^es que nombre de prélats font Tal<Mr pour obtenir la définition du mystère.
« Plus le nombre de nos adversaires est grand, dit Mgr Koetty le savant évêque de Fulde, plus ils persécutent insolemment Jésus-Christ dans son Eglise , plus le bras séculier est raccourci, plus les rois qui la protègent sont devenus impuissants, plus aussi TEglise qui est en guerre avec les puissances des ténèbres doit demander le secours de Celle qui a écrasé la tête du serpent, plus elle doit louer et vénérer Celle qui, en priant son Fils , a écrasé seule toutes les hérésies... Il faut maintenant préparer à TEglise des armes sacrées et toujours victorieuses , afin d'abattre les ennemis du royaume de Jésus -Christ, et sans aucun doute l'Eglise catholique a toujours compté le patronage de Marie comme une de ses armes les plus puissantes ^ %
Le vicaire apostolique de Suède, Mgr Studach, parle avec la même ardeur, et les brillants rayons nous viennent maintenant du nord luthérien si longtemps enseveli dans les ténèbres.
a Le monde chrétien, écrit-il, est attaqué aux entrailles; donc le remède doit tenir aux entrailles, et
« Parcri , II , 43S.
tel sera Teffet de la définition finale de la doctrine catholique sur Tlmmaculée Conception. La décision tombera comme la foudre du haut du ciel sur le monde incrédule *. »
Nous sommes heureux de transcrire des déclarations si parfaitement concordantes et de nous rencontrer avec des prélats d'autant plus fermes qu'ils vivent et se soutiennent en pays ennemi.
« Les circonstances où nous nous trouvons, écrivait Mgr Malou il y a un demi-siècle, le justifient déjà (ce langage); mais Tavenir lui imprimera un cachet plus frappant encore de vérité *. »
Ce pronostic si net devait se réaliser. Nous verrons ailleurs * que la pieuse clairvoyance du pontife et de ses frères dans Tépiscopat ne les trompait point. et que la définition du dogme de Tlmmaculée Conception , suivie de l'apparition de la Vierge venue à Lourdes pour la consacrer, a été le commencemenl d'une réaction qui, en dépit des efforts redoublés de l'ennemi, arrivés au paroxysme, empêche de désespérer de l'avenir.
* Pareri , III , 309.
' L'Immaculée Conception de la bienheureuse vierge Marie f par MP" J.-B. Malou, évêque de Bruges. Bruxelles, 1857.
^ Au tome II, livre IX : l'Immaculée Conception d'après la renausance catholique.
Le décret dogmatique ne répondait pas seulement aux dangers matériels qui menacent TEglise ; il répondait aux erreurs morales qui l'attaquent : il n'était pas uniquement le préservatif de l'avenir; il était aussi l'antidote du présent.
L'Eglise a charge d'âmes : elle tient les clefs qui ouvrent le royaume de la terre et le royaume du ciel; elle garde le trésor des vérités divines , qui maintiennent l'équilibre de la cité terrestre et procurent la paix de la cité céleste : c'est pourquoi elle doit veiller avec un soin maternel sur l'inviolabilité et l'intégrité du dépôt qui lui a été confié.
Son grand ennemi, disons-nous, est la Révolution athée, reproduction ou fin logique de toutes les erreurs passées.
La Révolution enveloppe , assiège , presse l'Eglise et tente de détruire, de falsifier ou de lui ravir son dépôt sauveur et vivificateur par toutes sortes de moyens violents ou détournés. Entre la Révolution et l'Eglise, entre les adeptes de la Révolution et les défenseurs de l'Église, la lutte est implacable. Nul pacte, nulle trêve, nulle conciliation n'est possible. La guerre ne peut finir que par l'écrasement de l'un des adversaires.
Or les prétentions de la Révolution moderne sont connues.
Elle a mis audacieusement l'homme à la place de
»62 LMMMACULËE CONCEPTION
Dieu , les droits de rhomme à la place des droits de Dieu.
Le grand dogme du philosophisme révolutionnaire est, la déification de l'homme , substitué , sous une forme ou sous une autre, à la divinité.
L'athéisme devient le credo et le pivot du nouvel état de choses politique et social.
Il se dresse comme Tantithède et le successeur de la foi religieuse sortie de la révélation chrétienne.
Au nom de lathéisme, le rationalisme militant veut compléter la Réforme, qui s'est attaquée seulement à TËglise , en s'attaquant à Dieu, et en renouvelant, dans le domaine de la pensée et de la vie, le déicide du Calvaire.
Son caractère doctrinal favorise ses progrès, el l'universalité , qui l'appuie et le propage à travers les peuples au moyen de ligues diaboliques, redouble les dangers de l'Eglise dans des proportions que l'histoire des révoltes humaines n'avait pas enregistrées jusqu'à ce jour.
Elle redouble aussi dans la même proportion les dangers de la société intimement liée aux vérités chrétiennes.
Semé et répandu méthodiquement parmi les classes populaires , l'athéisme contemporain menace de produire des ravages qui relégueront les invasions des premiers Barbares au rang d'une idylle historique.
Le monde n'a point encore vu une partie de Thumanité en guerre ouverte avec Dieu el nul ne peut prévoir ou mesurer les cataclysmes qui sortiront de cette nouvelle folie litanique.
L'homme est parfait, dit-on ; l'homme est souverain ;
il marche vers un progrès, vers un bonheur indéfinis.
Chaque jour accrott sa part de lumière , de scienc-e et de féUcité.
L'homme est tout; Dieu n'est rien, qu'un mot vide de sens.
Il n'y a pas de droit divin , de droit antérieur ou supérieur à l'homme.
11 n'y a qu'un droit humain , que Thomme établit à sa guise ; et le seul facteur de ce seul droit est le nombre, la majorité, c'est-à-dire la volonté, Topinion de l'homme; comme si rien dans le monde était plus variable, plus fragile, plus contradictoire que l'opinion , comme si le terrain mouvant de Vopinion ne préparait pas tous les effondrements.
L'opinion est souveraine , la majorité fait loi : le nombre crée le droit, parce que l'homme, qui forme l'opinion , la majorité , le nombre , est le seul maître de sa vie et de ses destinées , le seul législateur , le seul Dieu.
L'autre Dieu, qui n'existe pas, se trouve définitivement banni de la scène du monde et à tout jamais exclu du gouvernement des esprits et des corps.
L'évolution, on le voit, est radicale.
Le monde est renversé de son antique base ; la foi des siècles est répudiée. Les novateurs retournent la pyramide humaine et veulent désormais la poser et la faire tenir sur sa pointe.
Servie par le suffrage universel, plus ou moins inconscient et falsifié , représentée par des délégués plus ou moins authentiques du suffrage universel, qui gouvernent soi-disant en son nom , sans contrôle et sans frein : la souveraineté de l'homme , résumé de
ridée révolutionnaire, est la négation directe de la souveraineté de Dieu, la négation de toute loi, de tout ordre divin naturel et surnaturel, et elle constitue une erreur capitale, mortelle, que Tâme catholique ne saurait accepter.
Le grand obstacle à la déification de Thomme, but de la Révolution , est , pour tout révolutionnaire , l'Eglise qui se prétend mandataire de Dieu, TEglise ennemie de l'homme qui, par ses allures despotiques^ ses principes surannés, ses dogmes éventés, son obscurantisme systématique, s'oppose, d'après lui, au triomphe futur.
Donc il faut supprimer TËglise, seul obstacle à l'apothéose de l'homme.
Ceux des rebelles qui parlent encore du Christ fondateur de l'Église, ne voient en lui qu'un philosophe humanitaire , un philanthrope révolutionnaire comme eux * , que l'Eglise a faussé , déformé pour le faire servir à ses vues tyranniques, et qu'il faut ramener dans sa voie naturelle, réduire à ses proportions humaines, pour être le modèle et le guide de tous *.
^ Un « sans-culotte » suivant le mot caractéristique de Camille Desmoulins.
* Garibaldi, dans une lelti^e aux étudiants de Pavic (24 décembre 181)1) ), a précisément dénoncé « le chancre de la papauté... (jui, faussant les maximes sublimes du Christ, leur a substitué le mensonge ». C'est le sentiment traditionnel de la secte, exprimé de nouveau dans une circonstance solennelle par un des héros anarchistes du fameux Procès des Trente.
Sébastien Faure a dit devant ses jupes, après une prosopopéc brûlante où il venait de rappeler le drame du Calvaire et le forfait des « pharisiens et des princes des prêtres » récompensant l'œuvre fraternolle du Christ :
« Messieurs, que la voix de ce grand philosophe, au-dessus des dix -neuf siècles qui nous en séparent, couvre celle qui ne vous parle que de vengeance et de représailles! » (Paris, 12 août 1894.)
« Jésus-Christ était un révolutionnaire de son temps..., un malan-
Tel est le plan et le mouvement de la bataille.
Que vient faire, au milieu de ces rêves grandioses de la perfection indéfinie de Thomme , le dogme de la chute, du péché originel, le dogme de l'expiation et de la rédemption?
Que parle-t-on à Thomme, qui a des ailes et qui monte aux astres, de déchéance primitive, d'efforts, de
drin , comme vous dites des nôtres , » s'écriait à Blois , la même année, un orateur socialiste, dans une assemblée publique signalée par r Avenir de Loir-et-Cher, ( 16 octobre 1894.)
Et dans une réunion commémorative de ravcncment de la Commune tenue bruyamment à Paris , à la Maison du Peuple , le 17 mars 1895, le poète député radical Clovis Hugues, fait dire par Jésus crucifié aux deux larrons :
ft Ma croix reparaîtra dans respace et le nombre A tout jamais debout sur les flots impuissants... Et je resplendirai parce que je fus bon... Ayez pitié de tout ce qui soufTre ici-bas! »
Comme si les chrétiens avaient besoin du conseil des mécréants pour formuler et suivre ce précepte :
u Tournez vos fronts vers moi : sauvez - vous par l'amour, Je vous bénis tous deux ! »
« — Et moi je te pardonne ! »
répond à Jésus le mauvais larron, le malandrin du temps, anarchiste avant la lettre, pardonnant probablement à Jésus les mensonges et le mal qu'on commet sous son nom, en faveur de sa philanthropie révolutionnaire .
Ce dialogue en vers, tiré de la scène du Golgotha, fut reçu, disent les journaux, par la fleur des communistes athées contemporains, avec d'unanimes et d'enthousiastes applaudissements.
Autre exemple :
N'a-t-on pas dit que Wagner avait conçu primitivement son Jésus de Nazareth dans un esprit révolutionnnaire et qu'il lui avait prêté ses idées socialistes?
Les philosophes du xviii« siècle niaient, raillaient et blasphémaient Jésus : on n'a pas oublié la parodie de l'entrée de Jésus à Jérusalem figurée par Voltaire et ses amis dans une soirée de débauche, à la cour du roi de Prusse.
Les libres penseurs du xix« siècle revendiquent Jésus, l'acclament et le glorifient à leur façon.
C'est un progrès I
566 L'IMMAOJLÉE CONCEPTION
douleurs, de prières pour revenir à la perfection, arriver à Tidéal et conquérir le ciel qui en est le dei^ nier terme !
Autant proposer au soleil de descendre sur la terre et de rouler dans les ornières, à l'aigle de se faire hibou et d'habiter dans les ténèbres 1
Devant ces clameurs outrecuidantes de gens mille fois terrassés par la raison et par les faits, l'Eglise n'avait pas à reprendre des réfutations ou des démonstrations séculaires qui restaient invincibles.
Elle s'est contentée de répliquer par une nouvelle profession de foi, qui a repoussé d'un seul coup toutes les attaques. A la négation orgueilleuse de la chute et du péché originel, au rejet de rexpiation et de la rédemption ^ à la déification fausse et anticipée de l'homme par la nature, elle a opposé l'afiGrmation de la chute et du péché originel , la nécessité de l'expiation et de la rédemption , la déification de l'homme par la grâce ; et tout cela se trouve contenu dans la définition du dogme de l'Immaculée Ck>nception.
A la sécularisation humanitaire du Christ elle a opposé l'exaltation de sa divinité , rejaillissant jusque sur la conception de sa Mère.
« Du moment que l'Immaculée Conception est proclamée dogme de foi , il en résulte que Thomme est tombé , que le péché originel passe à tous les enfants d'Adam , que Jésus-Christ a dû réparer la chute du premier homme, que la grâce est nécessaire pour l'expiation du péché , que l'homme ne trouve pas son bonheur en lui-même, qu'en ce monde nous vivons dans l'exil , que nous devons expier nos péchés , que
ET LOPPORTUKtTÉ VfE LÀ DÉFiMTION 5e7
nous ne pouvons arriver au ciel qu en nous appliquant les mérites du Sauveur ^ »
Par un acte , par un mot , par une formule simple^ brève, retentissante et populaire, qui contentait la foi universelle , formule capable de plaire autant au cœur qu'à Tesprit des multitudes, TEglise a non seulement proclamé une croyance traditionnelle édifiée sur les croyances fondamentales du christianisme ; elle a encore démasqué, confondu toutes les erreurs pré* sentes et confirmé toutes les vérités anciennes.
L'Église a obtenu un autre résultat immédiat.
En établissant un nouveau dogme, elle a augmenté la somme des vérités divines et ajouté, par cet accroissement doctrinal, à la sonmie des lumières et des grâces deslinées à nous sauver.
Le fait de l'Incarnation acquiert une nouvelle force et un nouvel éclat, à la suite de la définition du dogme proclamant l'incomparable perfection de la femme . qui le prépare et qui lopère.
Nous ne pouvons plus douttfrdijjo'ifd'h ;j 'J*^ /:>-♦>/: perfection ait été voulue, pi''"î<r'^M,''*'. '^'//,f' j/, •; y^t Dieu , afin de dorj ner à Ui r*r;> ^-r 'i*- 9//f* Y , * 4 «^/fr apostolat dan» le ncwitr^ a ^4l w'//^ f« t^.} g^ <« '-^r.
tics $uir Lmjm^juliili, *yji^^,^*,ii»^f,', * - / ' y
à Toeuvre de la régénération universelle une efficacité d'autant plus grande que Tintermédiaire de celte régénération aura été elle-même plus soustraite au démon, plus rapprochée de Dieu, plus élevée audessus des autres créatures, plus digne des hommages de la terre et des faveurs du ciel.
Le dogme de la Rédemption s'éclaire encore par l'exemple de celle qui en éprouve, jusque dans celle vie, grâce à un privilège unique, les bienfaits préventifs.
La chute, le péché originel, Tlncarnation , la Rédemption reçoivent de la sorte un surcroît de certitude et de cohésion, tandis que le spectacle d'une mère commune ramenée à Tétat d'innocence de nos premiers parents et tenant la tête des élus pour les présenter à Dieu, en vertu d'un crédit tout-puissant, fruit de sa merveilleuse élection , est pour chacun de nous un encouragement et un appui.
Sans insister sur ces propositions que le but de l'ouvrage ne comporte pas , nous montrerons d'autres effets sensibles de la définition.
On accusait l'Église de sénilité, d'épuisement, d'atonie, d'inertie signes de mort prochaine.
L'Eglise répond par un acte de virilité qui rappelle les temps les plus féconds de Tâge apostolique.
Elle répond par un acte d'autorité que nul siècle
chrétien n'avait osé entreprendre et qu'elle fait unanimement accepter.
Elle répond enfin par F initiative spontanée de son chef, qui triomphe sans soulever une protestation dans le monde orthodoxe.
La vitalité , Tunité de TÉglise , le crédit , le magistère du successeur de Pierre, qui d'un mot attire tout à lui, et courbe devant son arrêt l'humanité croyante, n'ont jamais paru avec une telle puissance ni une telle majesté.
Voilà comment l'Eglise meurt; elle meurt en se rajeunissant!
Pie IX parle , et soudain les évèques accourent des extrémités du globe : ils se pressent autour du pape, accueillent sa parole , s'inclinent devant sa décision ; et l'univers catholique, qui, de concert avec ses guides, a réclamé la définition pendant des siècles, la reçoit avec le même ensemble , avec la même joie.
Pie IX parle, non point au nom d'un concile, en qualité de représentant d'une assemblée de sages et de docteurs; il parle seul, de son propre mouvement, en son nom personnel, comme le représentant de Dieu, le vicaire du Christ, l'inspiré de l'Esprit-Saint et son mandataire infaillible.
Il parle et tous, pasteurs et fidèles, applaudissent. Nul écho discordant, nul symptôme d'indécision ou de révolte. Le pape a prononcé : c'est le Christ, c'est l'Esprit- Saint qui s'exprime par sa bouche ; et d'un bout du monde à l'autre, les catholiques se prosternent.
Jamais le pape n'a été aussi fort; jamais l'épiscopat et l'Eglise ne furent aussi doc" 'e catholi-
570 L1MMACULÉE CONCEPTION
cisme ne (ut aussi compact, aussi vivant qu'en cet âge qui dénonce sa faiblesse et qui prédit sa raine.
Et c'est au moment où le roi temporel est «battu par la Révolution et chassé de ses États , que le roi spirituel fait entendre, la première fois, sa voix souveraine et rallie tout son peuple , comme pour bien découvrir que l'un est supérieur à l'autre , et que 1« chocs terrestres capables de renverser le premier ne peuvent rien sur le second.
Venant après la journée du 21 février 1849, la journée du 8 décembre 1854 a provoqué des contrecoups sans fin.
, Elle a liquidé le passé et fixé l'avenir ; elle n a rien innové , modifié , dérangé ni brisé ; elle a tout rejoint et raffermi . Elle a resserré les liens entre le ppe et tous les évêques de l'univers ; elle a ranimé TEgli» et retrempé son unité, par l'exaltation de Celle qui en est la tige sainte et la source immaculée.
Nous montrerons dans un second volume les biens spirituels attendus, prédits par les serviteurs de b Vierge comme le fruit providentiel de son couroftnement, se réalisant malgré des apparences contraires; et la vérité du dogme tirera de cette dernière exposition mie nouvelle autorité.
La sainte Vierge ne pouvait demeurer indifférente au redoublement d'hommages et de prières qui saluaient ses grandeurs et la proclamation de sa «inteté surhumaine ; elle ne pouvait demeurer indifférente aux témoignages de foi , de tendresse filiale qui célébraient sa gloire et jetaient à ses pieds rhumanitê croyante .
Elle a répondu à l'universelle manifestation p^^
sa présence visible, par sa descente sur la terre, par son acquiescement verbal ; elle a répondu en s'annonçant sous le nom caractéristique qu on venait de sanctionner et en produisant au bruit de ce nom, désormais irrévocable, le plus beau mouvement d'ardeur chrétienne et d'empressement pieux qu'on ait vu dans Tère moderne.
L'œuvre de TÉglise militante était à peine terminée, que rÉglise triomphante, ou plutôt la reine de TÉglise triomphante, y mettait la dernière main, par un événement prodigieux, suivi de faveurs spirituelles el de grâces insignes qui restent à considérer.
rw DU TOME PHEîinER
Nous croyons bien faire en donnant, à la suite de ce premier volume , le texte entier de la Bulle Ineffubilis que nous avons annoncé, et qui en fornie, pour ainsi dire, le fond.
Des renvois méthodiques ramènent le passage reproduit au chapitre qui Tencadre, et permettent au lecteur de contrôler l'exactitude des citations el la justesse des commentaires.
Nous empruntons en outre à Touvrage de M^' Malou deux pièces importantes émanées de l'Espagne. Elles prouvent que ce noble pays tenait à honneur de conserver la foi de ses ancêtres maintes fois signalée dans notre livre, et qu'il s'empressa de témoigner ^a fidélité traditionnelle en adhérant le premier publiquement à la proclamation pontificale.
L'une des pièces ordonne de célébrer l'anniversaire de la définition ; l'autre encourage rérection d'un monument destiné à en perpétuer la mémoire.
LETTRE APOSTOLIOLE
NOTRE TRES SAINT Pf.P.Z I.Z
P%Jt L^ DCVrSFE ?ni '"DRTî. il
DC
L'IMMACULÉE COXCEPTIOV
DE LA VIEP-L M':.':.':. Il ::iV
Plus EPISGOPUS
SERVUS SERVORUM DEI Ad perpetuam rei memoriam.
inelîabilis Deus, cttjus viœ mîsericordia et veritas, cujus voluntas omnipotentia , et cujus sapientia attin^it a fine usque ad finem fortiter et disponit omnia suaviter, cum ab omni aeternitate pra&viderit luctuosissîmam totius humani generis ruinam ex Adami transgressione derivandam, atque in mysterio a saîculis abscondito primum suœ bonitatis opus decreverit per Verbi incarnationem sacramento occultiore complere, ut contra misericors suum propositum bomo diabolic® iniquitatis Tersutia actus in culpam non periret, et quod in primo Adamo casurum erat in secundo felicius erigeretar, ab initio et ante sœcula unigenito Filio suo Matrem, ex qua caro factus in beata temporum plenitudine nasceretur, ele^t atque ordinavit , tantoque prœ creaturis universis est prosequuti^s amore, ut in illa una sibi propensissima voluntate complacuerit. Quapropter illam longe ante omnes angelicos Spiritus , cunctosque Sanctos cœlestium omnium charismatum copia de thesauro divinitatis deprompta iU mirifice cumulavit, ut Ipsa ab omni prorsus peccati labf semper libéra, ac tota pulchra et perfecta, eam innocentiœ et sanctitatis plenitudineni prœ se ferret, qua major sub Deo nuUatenus intelligitur, et quam prœter Deum nemo assequi cogitando potest. Et quidem decebat omnino. ut perfectissimœ sanctitatis splendoribus semper ornata
PIE, É\^QIE
SERVITEUR DES SERVITEURS DE DIEU Eh mémoire perpétuéUe de la chote.
Le Dieu ineffable, dont les voies sont miséricorde et vérité, dont la volonté est toute puissance, dont la sagesse atteint d'une extrémité jusqu'à Tautre avec une force souveraine et dispose tout avec une merveilleuse douceur, avait prévu de toute éternité la déplorable ruine en laquelle la transgression d'Adam devait entraîner tout le genre humain; et dans les profonds secrets d'un dessein caché à tous les siècles, il avait résolu d'accomplir, dans un mystère encore plus profond, par l'Incarnation du Verbe, le premier ouvrage de sa bonté, afin que l'homme, qui avait été poussé au péché par la malice et la ruse du démon, ne pérît pas, contrairement au dessein miséricordieux de son Créateur, et que la chute de notre nature, dans le premier Adam, fût réparée avec avantage dans le secoad. II destina donc , dès le commencement et avant tous les siècles, à son Fils unique, la Mère de laquelle, s'étani incarné , il naîtrait dans la bienheureuse plénitude des temps; il la choisit, il lui marqua sa place dans l'ordre de ses desseins; il Taima par-dessus toutes les créatures d'un tel amour de prédilection, qu'il mit en elle, d'une manière singulière, toutes ses plus grandes complaisances. C'est pourquoi , dans le puissant trésor de sa divinité, il la combla, bien plus que tous les Esprits angéliques , bien plus que tous les Saints , de l'abondance de toutes les grâces célestes, et l'enrichit avec une profusion merreillense , afin qu'elle fût toujours sans aucune tache , entièrement exempte de l'esclavage du péché , toute
fulgeret , ac vel ab ipsa originalis culpœ labe plane immunis amplissimum de antiquo serpente triumphum referret tam venerabilis mater, oui Deus Pater unicum Filium suum , quem de corde suo œqualem sibi genitum tanquam seipsum diligit, ita dare disposait, ut naturaliter essel unus idemque communis Dei Patris et Virginis Filins, et quam ipse Filius substantialiter facere sibi matrem elegit. et de qua Spiritus sanctus voluit , et operatus est , ut conciperetur et nasceretur ille, de que ipse procedit.
Quam originalem augustœ Virginis innocentiam cum admirabili ejusdem sanctitate, pra^celsaque Dei Matris dignitate omnino cohœrentem catholica Ecclesia, qu^e a Sancto semper edocta Spiritu columna est ac fîrmamentum veritatis, tamquam doctrinam possidens divinitus acceptam, et cœlestis revelationis deposito comprehensam multiplici continenter ratione, splendidisque factis magis in dies explicare, proponere, ac fovere nunquam destitit. Hanc enim doctrinam ab antiquissimis temporibus vigentem, ac fidelium animis penitus insitam, et sacrorum Antistitum curis studiisque per catholicam orbem mirifice propagatam ipsa Ecclesia luculentissime significavit, cum ejusdem Virginis Conceptionem publico fidelium cultui ac venerationi proponere non dubitavil. Quo illustri quidem facto ipsius Virginis Conceptionem veluti singularem , miram , et a reliquorum hominum primordiis longissime secretam, et omnino sanctam colen-
belle, toute parfaite et dans une telle plénitude d'innocence et de sainteté, qu'on ne peut, au-dessous de Dieu, en concevoir une plus {grande, et que nulle autre pensée que celle de Dieu même ne peut en mesurer la grandeur. Et certes il convenait bien qu il en fût ainsi; il convenait qu'elle resplendit toujours de Téclat de la sainteté la plus parfaite, qu'elle fût entièrement préservée, même de la tacbe du péché originel , et qu'elle remportât ainsi le plus complet triomphe sur l'ancien serpent , cette Mère si vénérable , Elle à qui Dieu le Père avait résolu de donner son Fils unique , Celui qu'il engendre de son propre sein , qui lui est égal en toutes choses et qu'il aime comme luimême, et de le lui donner de telle manière qu'il fût naturellement un même unique et commun Fils de Dieu et de la Vierge; Elle que le Fils de Dieu lui-même avait choisie pour en faire substantiellement sa Mère, Elle enfin dans le sein de laquelle le Saint-Esprit avait voulu que, par son opération divine, fût conçu et naquit Celui dont il procède lui-même.
Cette innocence originelle de l'auguste Vierge, si parfaitement en rapport avec son admirable sainteté et avec sa dignité suréminente de Mère de Dieu, l'Eglise catholique, qui, toujours enseignée par l'Esprit -Saint, est la colonne et le fondement de la vérité, l'a toujours possédée comme une doctrine reçue de Dieu même et renfermée dans le dépôt de la révélation céleste. Ainsi, par l'exposition de toutes les preuves qui la démontrent, comme par les faits les plus illustres, elle n*a jamais cessé de la développer, de la proposer, de la favoriser chaque jour davantage. C'est cette doctrine, déjà si florissante dès les temps les plus anciens, et si profondément enracinée dans l'esprit des fidèles, et propagée d'une manière si merveilleuse dans tout le monde catlio lique par les soins et le zèle des saints Evoques, sur laquelle l'Église elle-même a manifesté son sentiment d'une manière si significative, lorsqu'elle n'a point hésité à proposer au culte et à la vénération publique des fidèles la Conception de la Vierge. Par ce fait éclatant, elle mon-
578 LIMMACULËË CONCEPTION
dam exhibuit , cum Ecclesia nonnisi de Sanctis dies festos concelebret. Atque idcirco vel ipsissima verba, quibus divinœ Scripturœ de increata Sapientia loquuntur, ejusque sempiternas origines repracsentant , consuevit tum in ecclesiaslicis OfBciis, tum in sacrosancta Lilurgia adhibere , et ad illius Virginis primordia transferre , qua» ano eodemque decreto cum divinœ Sapientiae incarnatione fuerant prœstituta.
Quamvis autcm hœc omnia pênes fidèles ubique propc recepta ostendant, que studio ejusmodi de Immaculata Virginis Conceptione doctrinam ipsa quoque Romana Ecclesia , omnium Ecclesiarum mater et magistra , (uerit prosequuta, tamen illustria hujus Ecclesiee facta digna plane sunt , qute nominatim recenseantur, cum tanta sit ejusdem Ecclesiic dignitas, atque auctoritas, quanta illi omnino debetur, quœ est catholicœ veritatis et unitatis centrum , in qua solum inviolabiliter fuit custodita rcligio , et ex qua traducem fîdei reliquat omnes Eccle>ia' mutuentur oportet. Itaque eadem Romana Ecclesia nihil potius habuit quam eloquentissimis quibusque motfo Immaculatam Virginis Conceptionem , ejusque cultura el docUûnam asserere, tueri, promovere et vindicare. Q^oi apertissime planissimeque testantur et déclarant tôt ifl^ignia sane acta Romanorum Pontiiicum Decessoruni N^ strorum, quibus in persona Apostolorum, Principis ab ipso Christo Domino divinitus fuît commissa sapre»^ cura atque potestas pasccndi agnos et oves, confirmandi fratres, et universam regendi et gubernandi Ecclesiam
LETTRE DB N. T. S. P. LE PAPE PIE IX 57f
trait bien que la Conception de la Vierge devait être honorée comme une conception admirable, singulièrement privilégiée, différente de celle des autres hommes, tout à fait à part et tout à fait sainte, puisque TÉglise ne célèbre de fêtes qu'en Thonneur de ce qui est saint. C est pour la même raison qu'empruntant les termes mêmes dans lesquels les divines Ecritures parlent de la Sagesse incréée et représentent son origine éternelle, elle a continué de les employer dans les offices ecclésiastiques et dans la liturgie sacrée, et de les appliquer aux commencements mêmes de la Vierge; commencements mystérieux, que Dieu avait prévus et arrêtés dans un seul et même décret, avec l'incarnation de la Sagesse divine.
Mais encore que toutes ces choses connues, pratiquées en tous lieux par les fidèles, témoignent assez avec quel zèle l'Ëglise romaine, qui est la Mère et la Maîtresse de toutes les Eglises, a montré pour cette doctrine de TlmmaciUée Conception de la Vierge; toutefois il est digne et très convenable de rappeler en détail les grands actes de cette Église, à cause de la prééminence et de Tautorité souveraine dont elle jouit justement, et parce qu'elle est le centre de la vérité et de l'unité catholique , et celle en qui seule a été garanti inviolablement le dépôt de la religion , et celle dont il faut que toutes les autres Eglises reçoivent la tradition de la foi.
Or cette sainte Église romaine n'a rien eu de plus à cœur que de professer, de soutenir, de propager et de défendre, par tous les moyens les plus persuasifs, le culte et la doctrine de Tlmmaculée Conception : c'est ce que prouvent et attestent de la manière la plus évidente et la plus claire tant d* actes importants des Pontifes romains. Nos prédécesseurs, auxquels, dans la personne du Prince des Apôtres, Notre -Seigneur Jésus-Christ luimême a divinement confié la charge et la puissance suprême de paître les agneaux et les brebis, de confirmer leurs frères, de régir et de gouverner TÉglise universelle.
Nos prédécesseurs, en effet, se sont fait une gloire
Enimvero Prœdecessores Nostri vehementer gloriati sunt Apostolica sua auctoritate festum Conceptionis in Romana Ecclesia instituere, ac proprio Officio, propriaque Missa, quibus praerogativa immunitatis ab hœreditaria labe manifestissime asserebatur, augere, honestare. et cultum jam institutum omni ope promovere, amplifîcare sive erogatis * indulgentiis , sive facultate tributa civitatibus , provinciis , regnisque , ut Deiparam sub titulo Immaculato) Conceptionis patronam sibi deligerent, sive comprobatis Sodalitatibus , Congregationibus , Religiosisque Familiis ad Immaculatœ Conceptionis honoreni inslitutis, sive laudibus eorum pietati delatis, qui monasteria. xenodochia, altaria, templa sub Immaculati Conceptus titulo erexerint, aut sacramenti religione interposita Immaculatam Deipara3 Conceptionem strenue propugnare spoponderint. Insuper summopere hetati sunt decernere Conceptionis festum ab omni Ecclesia esse habendum eodem censu ac numéro, quo festum Nativitatis, idenique Conceptionis festum cum octava ab universa Ecclesia celebrandum , et ab omnibus inter ea qua» prœcepta sunt, sancte colendum , ac Pontif iciam Capellam in Patriarchali Nostra Liberiana Basilica die Virginis Conceptioni sacro quotannis esse peragendam. Atque exoptantes in (ideliuiu animis quotidie magis fovere banc de Immaculata Deipara' Conceptione doctrinam , eorumque pietatem excitare ad ipsam Virginem sine labe originali conceptam colendam , et venerandam , gavisi sunt quam libentissime facultatem tribuere, ut in Lauretanis Litaniis, et in ipsa Missa' Prœfatione Immaculatus ejusdem Virginis proclamaretur Conceptus, atque adeo lex credendi ipsa supplicandi lege statueretur. Nos porro tantorum Praedecessorum vestigiis inha'rentes, non solum quœ ab ipsis pientissime sapientissimeque fuerant constituta probavimus, et recepimus, verum etiam memores institutionis Sixti IV proprium de Immaculata Conceptione Oflicium auctoritate Nostra mu-
d'instituer de leur autorité apostolique la fête de la Conception dans rÉglise romaine, et d'en relever l'importance et la dignité par un Office propre et par une Messe propre, où la prérogative de la Vierge et son exemption de la tache héréditaire étaient affirmées avec une clarté manifeste. Quant au culte déjà institué , ils faisaient tous leurs efforts pour le répandre et le propager, soit en accordant des indulgences, soit en concédant aux villes, aux provinces, aux royaumes, la faculté de se choisir pour protectrice la M^re de Dieu, sous le titre de l'Immaculée Conception, soit en approuvant les confréries, les congrégations et les instituts religieux établis en rhonneur de Tlmmaculée Conception; soit en décernant des louanges à la piété de ceux qui auraient élevé, sous le titre de l'Immaculée Conception, des monastères, des hospices, des autels, des temples, ou qui s'engageraient, par le lien sacré du serment, à soutenir avec énergie la doctrine de la Conception Immaculée de la Mère de Dieu, En outre, ils ont, avec la plus grande joie, ordonné que la fête de la Conception serait célébrée dans toute TEglise avec la même solennité que la fête de la Nativité; de plus, que cette même fête de la Conception serait faite par l'Eglise universelle avec une octave, et religieusement observée par tous les fidèles comme une fête de précepte, et que chaque année une chapelle pontificale serait tenue , dans Notre basilique patriarcale Libérienne, le jour consacré à la Conception de la Vierge.
Enfin, désirant fortifier chaque jour davantage cette doctrine de Tlmmaculée Conception de la Mère de Dieu dans l'esprit des fidèles, et exciter leur piété et leur zèle pour le culte et la vénération de la Vierge conçue sans la tache originelle, ils ont accordé, avec empressement et avec joie, la faculté de proclamer la Conception Immaculée de la Vierge dans les litanies dites de Lorette, et dans la préface même de la Messe, afin que la règle de la prière servît ainsi à établir la règle de la croyance.
Nous-même, suivant les traces de Nos glorieux prédécesseurs, non seulement Nous avons approuvé et reçu
Sê« L'IMMACULÉE CONCEPTION
nivimus, illiusque usum universœ Ecclesiœ Isetissimo prorsus animo concessimus.
Quoniam vero qua? ad cultum pertinent, intimo plane vinculo cum ejusdem objecte conserta sunt, neque rata et fixa manere possunt, si illud anceps sit, et in ambiguo versetur, idcirco Decessores Nostri Romani Pontifices omni cura Conceptionis cultum amplificantes, illius etiam objectum ad doctrinam declarare et inculcare impensissime studuerunt. Etenim clare aperteque docuere^ festum agi de Virginis Conceptione, atque uti falsam,' et ab Ecclesia» mente alienissimam proscripserunt illorum opinionem , qui non Conceptionem ipsam , sed sanctificationem ab Ecclesia coli arbitrarentur et affirmarent. Neque mitius cum ils agendum esse existimarunt, qui ad labefactandam de Immaculata Virginis Conceptione doctrinam, excogitato inter primum atque alterum Conceptionis instans et momentum discrimine, asserebant, celebrari quidem Conceptionem, sed non pro primo instanti atque momento. Ipsi namque Prœdecessores Nostri suarum partium esse duxerunt, et beatissimae Virginis Conceptionis festum, et Conceptionem pro primo instanti tanquam verum cultus objectum omni studio tueri ac propugnare. Hinc decretoria plane verba, quibus Alexander VII Decessor Noster sinceram Ecclesiœ mentem declaravit inquiens : < Sane vêtus est Christî fidelium erp ejus beatissimam Matrem Virgînem Mariam pietas sententium, ejus animam primo instanti creationis, atque infusionis in corpus fuisse speciali Dei gratia et privilegio, intuitu meritorum Jesu Christi ejus Filii humani generis Redemptoris , a macula peccati origlnalis pw servatam immunem, atque in hoc sensu ejus Gonce-
ce qu'ils avaient établi ayec tant de piété et de sagesse , mais nous rappelant Tinstitution de Sixte IV, Nous avons confirmé par Notre autorité l'office propre de Tlmmaculée Conception, et nous en avons, avec une grande joie, accordé l'usage à toute l'Église.
Mais comme les choses du culte sont étroitement liées avec son objet, et que lun ne peut avoir de consistance et de durée si Tautre est vague et mal défini , pour cette raison, les Pontifes romains. Nos prédécesseurs, en même temps qu'ils faisaient tous leurs efforts pour accroître le culte de la Conception, se sont attachés avec le plus grand soin à en faire connaître l'objet et à en bien inculquer et préciser la doctrine. Ils ont en effet enseigné clairement et manifestement que c'était la Conception de la Vierge dont on célébrait la fcte, et ils ont proscrit comme fausse et tout à fait éloignée de la pensée de r Eglise l'opinion de ceux qui croyaient et qui affirmaient que ce n'était pas la Conception, mais la Sanctification de la sainte Vierge que l'Église honorait. Ils n'ont pas cru devoir garder plus de ménagements avec ceux qui, pour ébranler la doctrine de l'Immaculée Conception de la Vierge, imaginaient une distinction entre le premier et le second instant de la Conception, et prétendaient qu'à la vérité c'était bien la Conception qu'on célébrait, mais pas le premier moment de la Conception.
Nos prédécesseurs, en effet, ont cru qu'il était de leur devoir de soutenir et de défendre de toutes leurs forces, tant la fête de la Conception de la Vierge bienheureuse, que le premier moment de sa Conception, comme étant le véritable objet de ce culte.
De là ces paroles d'une autorité tout à fait décisive, par lesquelles Alexandre VII, l'un de Nos prédécesseurs, a déclaré la véritable pensée de l'Église.
« C'est assurément, dit-il, une ancienne croyance que celle des pieux fidèles qui pensent que l'âme de la bienheureuse Vierge Marie, Mère de Dieu, dans le premier instant où elle a été créée et unie à son corps, a été, par un privilège et une grâce spéciale de Dieu, préser-
ptionis festivitatem solemni ritu colentium, et celebrantium *. >
Âtque illud in primis solemne quoque fuit iisdem Decessoribus Nostris doctrinam de Immaculata Dei matris Gonceptione sartam tectamque omni cura , studio et contentione tueri. Etenim non solum nulla tenus passi sunt, ipsam doctrinam quovis modo a quopiam notari, atque traduci , verum etiam longe ulterius progressi perspicuis declarationibus , iteratisque vicibus edixerunt. doctrinam , qua Immaculatam Virginis Conceptionem profitemur, esse, suoque merito haberi cum ecclesiastico cultu plane consonam, eanique veterem, ac prope universalem et hujusmodi, quam Romana Ecclesia sibi fovendam, tuendamque susceperit, atque omnino dignam. quae in sacra ipsa Liturgia , solemnibusque precibus usurparetur. Neque bis contenti , ut ipsa de Immaculato Virginis Gonceptu doctrina inviolata persisteret, opinionem huic doctrinœ adversam sive publiée, sive privatim defendi posse severissime prohibuere, eamque multiplici velutl vulnere confectam esse voluerunt. Quibus repetitis luculentissimis declarationibus, ne inanes viderentur, adjecere sanctionem : qua? omnia laudatus prœdecessor Noster Alexander VII bis verbis est complexus :
a: Nos considérantes , quod Sancta Romana Ecclesia de Intemeratœ semper Virginis Mariœ Gonceptione feslum solemnitcr célébrât, et spéciale ac proprium super hoc offîcium olim ordinavit juxta piam, devotam, et laudabilem institutionem , quœ a Sixto IV Pra^decessore Nostro tune emanavit; volentesque laudabili huic pietati et devo-
' Alexander VII, Const. SoUicitudo omnium Ecclesiarum , 8 Dcccmbris 1661.
XETTRE de N. t. s. p. le pape pie IX 585
vée et mise à l'abri de la tache du péché originel , et qui, dans ce sentiment, honorent et célèbrent solennellement la fête de sa Conception'. »
Mais surtout Nos prédécesseurs ont toujours, et par un dessein suivi, travaillé avec zèle et de toutes leurs forces à soutenir, à défendre et à maintenir la doctrine de rimniaculée Conception de la Mère de Dieu. En effet, non seulement ils n'ont jamais souffert que cette doctrine fût l'objet d'un blâme ou d'une censure quelconque, mais ils sont allés beaucoup plus loin. Par des déclarations positives et réitérées, ils ont enseigné que la doctrine par laquelle nous professons la Conception Immaculée de la Vierge était tout à fait d'accord avec le culte de l'Eglise, et qu'on la considérait à bon droit comme telle; que c'était l'ancienne doctrine, presque universelle et si considérable, que l'Eglise romaine s'était chargée ellemême de la favoriser et de la défendre; enfin, qu'elle était tout à fait digne d'avoir place dans la liturgie sacrée et dans les prières les plus solennelles. Non contents de cela, afin que la doctrine de la Conception Immaculée de la Vierge demeurât à l'abri de toute atteinte, ils ont sévèrement interdit de soutenir publiquement ou en particulier l'opinion contraire à cette doctrine, et ils ont voulu que, frappée, pour ainsi dire, de tant de coups, elle succombât pour ne plus se relever. Enfin, pour que ces déclarations répétées et posititives ne fussent pas vaines, ils y ont ajouté une sanction. C'est ce qu'on peut voir dans ces paroles de Notre prédécesseur Alexandre VII :
<ï Nous , dit ce Pontife , considérant que la sainte Église romaine célèbre solennellement la fête de la Conception de Marie sans tache et toujours vierge, et qu'elle a depuis longtemps établi un oflîce propre et spécial pour cette fête, selon la pieuse, dévote et louable disposition de Sixte IV, Notre prédécesseur; voulant à notre tour, à l'exemple des Pontifes romains Nos prédécesseurs, favo-
* Alexandre VII, Const. SoUicitudo omnium Ecclesiarum , 8 Décembre 1661.
tioni, et festo, ac culta secundum illam exhibito, in Ecclesia Romana post ipsius cultus institutîonem ntnnquam immutato , Romanorum Pontifîcum Pra?decessorum Nostrorum exemplo, favere nec non tuerî pietatem, et devotionem hanc colendi , et celebrandi beatissîmam Mrginem , prœveniente scilicet Spirîtus Sanctî gratia , a peccato original! prœservatam , cupientesque in Christi grege unitatem spiritus in vinculo pacis ,*sedatis ofTensionibus et jurgiis , amotisque scandalis conservare : ad pnefatorum Ëpiscoporum cum Ecclesiarum suanun Capitiilis, ac Philippi Régis, ejusque Regnorum oblatam Nobis instantiam, ac preces; Constitutiones , et Décréta, a Romanis Pontilicibus Praedecessoribus Nosiris, et pra?cipue a Sixto IV, Paulo V et Gregorio XV édita in favorem sententia^ asserentis. Animam beataî Mariœ Virginis in sui creatione, et in corpus infusione, Spiritus SancU gratia donatam , et a peccato originali prœservatam fuisse, nec non et in favorem festi , et cultus Conceptionis ejusdem Virginis Deiparfr secundum piam istam sententiam, ut pra^fertur, exhibiti, innovamus, et sub censuris et pœnis in eisdem Constitutionibus contentis, obscrvari mandamus.
« Et insuper omnes et singulos, qui prsefatas Constitiones, seu Décréta ita pergent interpretari , ut favorem per illas dicta* sententia?, et festo seu cultui secundnnî illam exhibito, frustrentur, vel qui hanc eamdem sententiam, festum seu cultum in disputationem revocare, aut contra ea quoquo modo directe, vel indirecte aut quovis prœtextu, etiam definibilitatis ejus examinanda^, sive sacram Scripturam, aut sanctos Patres, sive Doctores glossandi vel interpretandi , denique alio quovis praptextu seu occasione, scripto seu voce loqui, concionari, tractare, disputare, contra ea quidquam determinando , aut asserendo, vel argumenta contra ea afferendo, et insoluta
riser cette piense et louable dévotion, ainsi que la fête et le culte qni en est Texpression , lequel culte n'a jamais changé dans TEglise romaine depuis qu'il r a été insti* tue; et voulant aussi protéger cette pieuse dévotion qui consiste k honorer par un culte public la bienheureuse Vierge comme ayant été, par la grâce prévenante du Saint-Esprit, préservée du péché originel; désirant enfin conserver dans le troupieau de Jésus-Christ l'unité d'esprit dans le lien de la paix, apaiser les troubles et les dissensions 'et ôter toute cause de scandales : sur les instances et les prières des susdits Kvéques et des Chapitres de leurs Kglises, du roi Philippe et de ses royaumes. Nous renouvelons les constitutions et les décrets que les Pontifes romains Nos prédécesseurs , et spécialement Sixte IV, Paul V et Grégoire XV, ont publiés en faveur du sentiment qui aflirme que Tâme de la bienheureuse Vierge Marie, dans sa création et au moment de son union avec le corps, a été dotée de la grâce du Saint- Esprit et préservée du péché originel, et aussi en faveur de la Conception de la même Vierge , Mère de Dieu , lesquels sont établis et pratiqués, comme il est dit plus haut , en conformité de ce pieux sentiment ; et Nous commandons que Ton garde lesdites constitutions sous les mêmes censures et peines qui y sont portées.
« De plus, tous et chacun de ceux qui continueront à interpréter lesdites constitutions ou décrets de manière à rendre illusoire la faveur qu'ils accordent au susdit sentiment ainsi qu'à la fête et au culte établis en conséquence, ou qui oseront renouveler les disputes sur ce sentiment, cette fête ou ce culte, de quelque manière que ce soit, directement ou indirectement, et aussi sous quelque prétexte que ce puisse être, même sous celui d'examiner s'il peut y avoir lieu à une définition sur ce sujet, ou sous le prétexte de faire des gloses ou des interprétations sur la sainte Ecriture, les saints Pères ou les Docteurs; ou qui oseront enfin, sous quelque autre prétexte et à quelque occasion que ce soit, de vive voix ou par écrit, parler, prêcher, disserter, disputer, soit en
relinquendo , aut alio quovis inexcogitabili modo disserende ausi fuerint; prœter pœnas et censuras in Constitutionibus Sixti IV contentas, quibus illos subjacere volumus, et per prsesentes subjicimus, etiam concionandi, publice legendi, seu docendi, et interpretandi facilita te, ac voce activa, et passiva in qnibuscumque electionibus , eo ipso absque alia declaratione privâtes esse volumus; nec non ad concionandum , publice legendum, docendum, et interpretandum perpétua* inhabilitatis pœnas ipso facto incurrere absque alia declaratione; a quibus pœnis nonnisi a Nobis ipsis, vcl a Successoribus Nostris Romanis Pontifîcibus absolvi , aut super iis dispensari possint : nec non eosdem aliis pœnis, Nostro, et eorumdeni Romanorum Pontificum Successorum Nostrorum arbitrio infligendis, pariter subjacere volumus, prout subjicimus per prœsentes, innovantes Pauli V et Gregorii XV superius memoratas Constitutiones sive Décréta.
« Ac libros, in quibus pra?fata sententia, festum, seu cultus secundum illam in dubium revocatur, aut contra ea quomodocumque , ut supra , aliquid scribitur aut le^tur, seu locutiones, conciones, tractatus, et disputationes contra eadem continentur ; post Pauli V supra laudatum Decretum édita, aut in posterum quomodolibei edenda, prohibemus sub pœnis et censuris in Indice librorum prohibitorum contentis, et ipso facto absque alia declaratione pro expresse prohibitis haberi volumus et mandamus. >
Omnes autem norunt quanto studio hœc de Immaculata Deiparœ Virginis Conceptione doctrina a spectalis-
atfiirmant et décidant quelque chose à Tencontre, soit en élevant des objections et les laissant sans réponse, soit en employant enfin quelque autre forme ou moyen de discussion que Nous ne pouvons pas ici prévoir;
« Outre les peines et les censures contenues dans les constitutions de Sixte IV, et auxquelles Nous voulons les soumettre et les soumettons en elFet par ces présentes. Nous voulons de plus que par le fait même, et sans autre déclaration, ils soient privés de la faculté de prêcher, faire des leçons publiques, enseigner et interpréter, et de toute voix active et passive dans quelque élection que ce soit; et en outre que, toujours par le seul fait, et sans autre déclaration préalable, ils soient frappés d'une perpétuelle inhabileté à prêcher, faire des levons publiques, enseigner et interpréter, desquelles peines Nous Nous réservons à Nous seul, et aux Pontifes romains Nos successeurs, le droit d'absoudi^e ou de dispenser, sans préjudice des autres peines qui pourraient Nous paraître, à Nous et aux Pontifes romains nos successeurs, devoir leur être infligées, et auxquelles ils seront soumis , comme Nous les y soumettons par les présentes , renouvelant les constitutions et décrets de Paul V et de Grégoire XV, rappelés plus haut.
€ Quant aux livres dans lesquels le susdit sentiment ou la légitimité de la fête et du culte établis en conséquence sont révoqués en doute, ou dans lesquels est écrit ou se lit quelque chose à Tencontre comme il a été dit plus haut, ou qui contiennent des dires, discours, traités et disputes contre les sentiment, fête et culte susdits, soit que ces livres aient été publiés après le décret précité de Paul V ou qu'ils voient le jour à l'avenir, de quelque manière que ce soit. Nous les défendons sous les peines et les censures contenues dans Tlndex des livres prohibés, voulant et ordonnant que par le seul fait et sans autre déclaration, ils soient tenus pour expressément défendus, d
Au reste, tout le monde sait avec quel zèle cette doctrine de l'Immaculée Conception de la Vierge Mère de
simis Religiosis Familiis, et celebrioribus Theologicis Academiis ac prœstantissimis rerum divinarum scientia Doctoribus fuerit tradita, asseria ac propug^nata. Omnes pariter norunt quantopere solliciti fuerint Sacrorum Antistites vel in ipsis ecclesiasticis conventibus palam publiceque profiteri, sanctissimam Dei Genitricem Virginem Mariam ob prœvisa Christi Domini Redemploris mérita nunquam originali subjacuisse peccato, sed prapservatam omnino fuisse ab originis labe, et idcirco sublimiori modo redemptam. Quibus illud profecto gravissimum, et omnino maximum accedit, ipsam quoque Tridentinam Sjnodum. cum dogmaticum de peccato originali ederet decretum, quo juxta sacrarum Scripturarum, sanctorumque Painun. ac probatissimorum Conciliorum testimonia statuit, ac deiinivit, omnes bomines nasci originali culpa infectos. tamen solemniter déclarasse, non esse suœ intentionis in decreto ipso, tantaque deiinitionis amplitudine comprehendere beatam, et immaculatam Virginem Dei Genitricem Mariam. Ilac enim declaratione Tridentini Patres, ipsam beatissimam Virginem ab originali labe solutam pro rerum temporumque adjunctis satis innuerunt, alque adeo perspicue significarunt , nihil ex divinis Litteris. niliil ex traditione, Pati'umque auctoritate rite afferri posse, quod tantœ Virginis praTogativœ quovis modo refragetur.
Et re quidem vera hanc de Immaculata beatissima> Virginis Conceptione doctrinam quotidie magis gravissiroo Ecclesiaî sensu, magisterio, studio, scientia, ac sapienlia tam splendide explicatam, declaratam, confirmatam, el apud omnes catholici orbis populos, ac nationes mirandum in modum propagatam, in ipsa Ecclesia seraper
LETTRE DE N. T. S. P. LE PilkPE PIE IX 591
£>ieu a été enseignée, soatenue, défendue par les ordres religieux les plus recommandables , par les Facultés de théologie les plus célèbres et par les docteurs les plus versés dans la science des choses divines. Tout le monde sait également combien les évèques ont montré de sollicitude pour soutenir hautement et publiquement, même dans les assemblées ecclésiastiques, que la 1res sainte Vierge Marie, Mère de Dieu, en prévision des mérites de Jésus-Christ, Notre- Seigneur et Rédempteur, n*avait jamais été soumise au péché originel, mais qu'elle avait été entièrement préservée de la tache d'origine, et par conséquent rachetée d'une manière plus sublime. A tout cela il faut ajouter une chose qui est assurément d'un grand poids et de la plus haute autorité, c'est que le Concile de Trente lui-même, en publiant son décret dogmatique sur le péché originel, dans lequel, d'après les témoignages des saintes Ecritures, des saints Pères et des Conciles les plus autorisés, il est établi et défini que tous les hommes naissent atteints du péché originel; le saint Concile déclare pourtant d'une manière solennelle que, malgré l'étendue d'une définition si générale, il n'avait pas l'intention de comprendre dans ce décret la bienheureuse et immaculée Vierge Marie, Mère de Dieu. Par cette déclaration , les Pères du Concile de Trente ont fait suffisamment entendre, eu égard aux circonstances et aux temps, que la bienheureuse Vierge avait été exempte de la tache originelle, et ils ont très clairement démontré qu'on ne pouvait alléguer avec raison, ni dans les divines Ecritures, ni dans la tradition, ni dans l'autorité des Pères, rien qui fût, de quelque manière que ce soit, en contradiction avec cette grande prérogative de la Vierge.
C'est qu'en effet cette doctrine de l'Immaculée Conception de la bienheureuse Vierge a toujours existé dans rÉglise : l'Église, par la très grave autorité de son sentiment, par son enseignement, par son zèle, sa science et son admirable sagesse, l'a de plus en plus mise en lumière, déclarée, confirmée et propagée d'une manière
extitisse veluti a majoribus acceptam, ac revelate doctrinaî charactere insignitam illustri venerandœ antiqmtatis Ecclcsiae orienialis et occidentalis monumenta validissime testantur. Christi enini Ecclesia sedula depositorum apud se dogmatum custos, et vindex, nihil in his unquam permutai, nihil minuit, nihil addit, sed omni industria vetera fideliter, sapienterque tractando si qua antiquitus informata sunt, et Patrum fides sévit, ita limare, expolire studet, et prisca illa cœlestis doctrinœ dogmata accipiant evidentiam , luccm , distinctionem , sed retineant plenitudinem , integritatem , proprietatem , ac in suo iantum génère crescant, in eodem scilicet dogmate, eodem sensu, eademque sententia.
Equidem Patres , Ecclesia?que Scriptores cœlestibus edocti eloquiis nihil antiquius habuere , quam in libris ad explicandas Scripturas, vindicanda dogmata, erudiendosque iideles elucubratis summam Virginis sanctitatem, dignitatem, atque ab omni peccati labe integritatem. ejusque pra^claram de teterrimo humani generis hoste victoriam multis mirisque modis certatim praîdicare atque efferre. Quapropter enarrantes verba, quibus Deus pra^ panvta renovandis mortalibus sua^ pietatis remédia mter ipsa mundi primordia pra^nuntians et deceptoris serpentis retulit audaciam, et nostri generis spes mirifice erexil inquiens : c Inimicitias ponam inter te et mulierem. semen tuum et semen illius , ï> docuere divino hoc oraoulo clare aperteque prœmonstratum fuisse misericordem humani generis Uedemptorem, scilicet Unigenitum Del Filium Christum Jesum, ac designatam beatissimam Eju^
merveilleuse chez tous les peuples et chez toutes les nations du inonde catholique; mais de tout temps elle Ta possédée comme reçue des anciens et des Pères, et comme revêtue des caractères d'une doctrine révélée. Les plus illustres monuments de TEglise d'Orient et de rÉglise d'Occident, les plus vénérables par leur antiquité , en sont un témoignage irrécusable. Toujours attentive à garder et à défendre les dogmes dont elle a reçu le dépôt, l'Eglise de Jésus-Christ n'y change jamais rien, n'en retranche jamais rien , n'y ajoute jamais rien : mais portant un regard fidèle, discret et sage, sur les enseignements anciens, elle recueille tout ce que l'antiquité y a mis , tout ce que la foi des Pères y a semé. Elle s'applique à le polir, à en perfectionner la formule, de manière que ces anciens dogmes de la céleste doctrine reçoivent l'évidence, la lumière, la distinction, tout en gardant leur plénitude, leur intégrité, leur caractère propre; en un mot, de façon qu'ils se développent sans changer de nature, et qu'ils demeurent toujours dans la même vérité, dans le même sens, dans la même pensée*. Or les Pères et les écrivains ecclésiastiques, nourris des paroles célestes, n'ont rien eu plus à cœur, dans les livres qu'ils ont écrits pour expliquer l'Ecriture, pour défendre les dogmes et instruire les fidèles, que de louer et d'exalter à Tenvi , de mille manières et dans les termes les plus magnifiques, la parfaite sainteté de Marie, son excellente dignité, sa préservation de toute tache du péché et sa glorieuse victoire sur le cruel ennemi du genre humain. C'est ce qu'ils ont fait en expliquant les paroles par lesquelles Dieu, annonçant dès les premiers jours du monde les remèdes préparés par sa miséricorde pour la régénération et le salut des hommes, confondit l'audace du serpent trompeur, et releva d'une façon si consolante l'espérance de notre race. Ils ont enseigné que par ce divin oracle : « Je mettrai l'inimitié entre toi et la femme, entre ta postérité et la sienne, » Dieu avait
* Livre V, chap. i, p. 395.
Matrem Virginem Mariam , ac simul ipsissimas utriusque contra diabolum inimicitias insigniter expressas. Quocirca sicut Christus Dei hominumque mediator humana assumpta naturà delens quod adversus nos erat chirographum décret! , illud cruci triuraphator aflixit , sic sanctissima Virgo arctissimo, et indissolubili vinculo cumeo conjuncta una cum Illo , et per Illum sempiternas contra venenosum serpentem inimicitias excrcens, ac de ipso plenissime triumphans illius caput immaculaio pede contrivit.
Ilunc eximium, singularemque Virginis triumphum . excellentissimamque innocentiam , puritatem , sanctitatem, ejusque ab omni peccati labe integritatem , atque ineffabilem coelestium omnium gratiarum, virtutum, ac privilegiorum copiam, et magnitudinem iidem Patres viderunt tum in arca illa Noe, quœ divinitu constitnta a communi totius mundi naufragio plane salva et incolumis evasit; tum in scala illa, quani de terra ad cœlum usquc pcrtingere vidit Jacob, cujus gradibus Angeli Dei ascendebant, et descendebant , cujusque vertici ipse innitebatur Doniinus; tum in rubo illo, quem in loco sancto Moyses undique ardere, ac inter crépitantes ignis flammas non jam comburi aut jacturam vel minimam pati. sed pulchre virescere ac florescere oonspexit; tum in illa inexpugnabili turri a facie inimici, ex qua mille clypei pendent , omnisque armatura fortium ; tum in horto illo concluso, qui nescit violari, neque corrumpi ullis insidiarum fraudibus; tum in corusca illa Dei ci\âtate, cujus fundamenta in montibus sanctis; tum in augustissimo illo Dei templo , quod divinîs refulgens splendoribus plénum est gloria Doniini; tum in aliis ejusdem generis omnino plurimis, quibus excelsam Deipara3 dignitatem, ejusque illibatam innocentiam, et nulli unquam na?vo
clairement et oarertement moatré à TaTanoe le miséricordieux Rédempteur du genre humain, son Fils unique, Jésus-Christ; désigné sa bienheureuse Mère, la Viei^e Marie, et nettement exprimé l'inimitié de Tun et de Tautre contre le démon. En sorte que. comme le Christ, médiateur entre Dieu et les hommes, détruisit, en prenant la nature humaine. Farrêt de condamnât ir»n qui était contre nous et l'attacha triomphalement à la croix: ainsi la très sainte Vierge, unie étroitement, unie inséparablement avec lui, fut, par lui et arec lui. l'étemelle ennemie du serpent venimeux, le vainquit, le terrassa sous son pied virginal et sans tache, et lui brisa la tête. Cette éclatante et incomparable victoire de la Vierge, cette innocence, cette pureté, cette sainteté par excellence, cette exemption de toute tache du péché, celle grandeur et cette ineffable abondance de toutes les grâces, de toutes les vertus, de tous les privilèges dont elle fut comblée, les mêmes Pères les ont vues, soit dans cette arche de Xoé qui seule, divinement édifiée, a complètement échappé au commun naufrage du monde entier: soit dans l'échelle que contempla Jacob, dans cette échelle qui s'élevait de la terre jusqu'au ciel , dont les anges de Dieu montaient et descendaient les degrés et sur le sommet de laquelle s'appuyait Dieu lui-même; soit dans ce buisson ardent que Moïse vit brûler dans un lieu saint, et qui, loin d'être consumé par les flammes pétillantes, k>in d'éprouver même la moindre altération, n'en était que plus vert et plus florissant; soit dans cette tour inexpugnable k 1 ennemi et de laquelle pendent milh? boucliers et toute Tarmure des forts; soit dans ce jardin fermé qui ne saurait être profané et qui ne craint ni les souillures ni les embûches; soit dans cette cité de Dieu tout étincelante de clartés et dont les fondements sont assis sur des montagnes saintes; soit dans cet auguste temple de Dieu tout rayonnant des splendeurs divines et tout plein de la gloire du Seigneur; soit enfin dans une foule d'autres figures de ce genre qui, suivant les Pères, ont été les emblèmes éclatants de la haute dignité de lu
obnoxiam sanctitatem insigniter praenunciatam fuisse Patres tradiderunt.
Ad hanc eamdem divinorum munerum veluti summam, originalemque Virginis, de qua natus est Jésus, inlegritatem describendam iidem Prophetarum adhibentes eloquia non aliter ipsam augustam Virginem concelebrarunt, ac uti columbam mundam, et sanctam Jérusalem, et excelsum Dei thronum, et arcam sanctiiicationis et domum , quam sibi œterna aedificavit Sapientia , et Réginam illam, quw deliciis affluens, et innixa super Dilectum suum, ex ore Altissimi prodivit omnino perfecla, speciosa ac penitus cara Deo, et nullo unquam labis mvxo maculata. Cum vero ipsi Patres, Ecclesiapque Scriptores anime menteque reputarent , beatissimam Virginem ab Angelo Gabriele sublimissimam Dei Matris dignitatcm ei nuntiante , ipsius Dei nomine et jussu gratia plenam fuisse nuncupatam, docuerunt hac singulari solemnique salutatione nunquam alias audita ostendi, Deiparam fuisse omnium divinarum gratiarum sedem; omnibusque divini Spiritus charismatibus exornatam, imo eorumdem charisma tum infinitum prope thesaurum; abyssumque mexhaustam, adeo ut nunquam maledicto obnoxia, et una cum Filio perpétuée benedictionis particeps ab Klisabeth divino acta Spiritu audire meruerit : Benedida Tu inter mulieresy et bencdictus fructus ventris lui.
Hinc non luculenta minus, quam concors eorumdem sententia, gloriosissimam Virginem, cui fecit magna, qui potens est, ea cœlestium omnium donorum vi, ea grali* plenitudine , eaque innocentia emicuisse , qua veluti ineffabilc Dei miraculum, immo omnium miraculorum apeï, ac digna Dei Mater extiterit, et ad Deum ipsum pro
Mère de Dieu, de sa perpétuelle innocence, et de cette sainteté qui n'a jamais souffert la plus légère atteinte.
Pour décrire ce même assemblage de tous les dons célestes et cette originelle intégrité de la Vierge, de laquelle est né Jésus , les mêmes Pères . empruntant les paroles des Prophètes, ont célébré cette auguste Vierge comme la colombe pure, comme la sainte Jérusalem, comme le trône élevé de Dieu, Tarche de sanctification et la demeure que s'est bâtie réternelle Sagesse; comme la Reine qui , comblée des plus riches trésors et appuyée sur son bien-aimé, est sortie de la bouche du Tn-*^llaut, parfaite, éclatante de beauté, entièrement ajrréable k Dieu, sans aucune tache, sans aucune flétrissure, (le n'est pas tout : les mêmes Pères, les mêmes écrivains ecclésiastiques ont médité profondément les parrihfs que l'ange Gabriel adressa à la Vierge bienheureuse, lors^iuc, lui annonçant qu'elle aurait l'honneur insigne dc-tre la Mère de Dieu, il la nomma pleine de grâce: et considérant ces paroles prononcées au nom de Dieu njémrr é-i par son ordre, ils ont enseigné que par cette s^>h:nn/'ll^ salutation, salutation singulière et inouïe juvjue-b, h Mère de Dieu nous était montrée comme le pr#>di;r^; fh: toutes les grâces divines, comme ornée de to»jf>s l#'s faveurs de l'Esprit divin, bien plus, conim^* un \r^^/,t presque infini de ces mêmes faveurs, connue un hllruf de grâce et un abîme sans fond, de U:\\e v^rt/; a/^M'i n'avait jamais été soumise à la malédiaion . ff.,...S ;i.;,,t toujours partagé la bénédiction de Mm fjK, k n^a^i mérité d'entendre de la bouche d'KIisalHlh, iiiHp.r^V j^^r l'Esprit-Saint : c Vous êtes bénie entre hs f^rrnrn'n, <rt Us fruit de vos entrailles est béni. >
De là ces pensées, exprimées aussi unanimenufnt qii'^l/,. quemment par les mêmes Pères, que la iti-s ^l,ts*...^, Vierge, celle en qui le Tout-Puissant a f;iit il, ^tuwU^ choses, a été comblée dune Udle effusion dé, totin U-^ dons célestes, d'une telle plénitude de gn'joï-s, d'un Ul éclat de sainteté, qu elle a été comme le miradl UulhUU* de Dieu, ou plutôt le chef-d'œuvre de Umn Un umHiUn'
598 LIMMACULÉE CONCEPTIOX
ratione creatae natiirœ, quam proxime accedens omnibus, qua humanis, qua angelicis pneconiis celsior eTaserit. Alque idcirco ad originalem Dei Genitricis innocentiam, justitiamque vindicandam , non Eam modo cum Heva adhuc vilaine, adhuc innocente, adhuc incorrupta, et nondum mortiferis fraudulentissimi serpentis insidiis decepta sœpissime contulerunt, verum etiam mira quadam verborum, sententiarumque varietate prœtulerimt. Heva enim serpenti misère obsequuta et ab originali exâdit innocentia, et illius mancipium evasit, sed beatissima Virgo originale donum jugiter augens, quin serpenti aures unquam pra^buerit, illius vim potestatemque virtute divinitus accepta funditus labefactavit.
Quapropter numquam cessarunt Deiparam appellare vel lilium inter spinas, vel terram omnino intactani, wgineam, illibatam, immaculatam, semper benediclam, et ab omni peccati contagione liberam, ex qua novus formatus est Adam, vel irreprehensibilem , lucidissimum. amœnissimumque innocentiœ, immortalitatis , ac deliciarum paradisum a Deo ipso consitum et ab omnibus venenosi serpentis insidiis defensum, vel lignum immarcescibîle, quod peccati vermis nunquam corruperit, vel fontem semper illimem, et Spiritus Sancti virtute signatum, yà divinissimum templum, vel immortalitatis thesaurum. vel unam et solam non mortis sed vitœ filiam, non irs sed gratiœ germen, quod semper virens ex cornipta infecUque radice singulari Dei providentia preéter statas communesquc leges efflonierit. Sed quasi heec, licet splendidissinia. satis non forent, propriis definitisque sententiis edixerant, nullam prorsus , cum de peccatis agitur, habendam esst qua3stionem de sancta Virgine Maria, cui plus gratis colla tum fuit ad vincendum omni ex parte peccalum tum professi sunt, gloriosissimam Virginem fuisse paren-
qu'elle était digne d'être la Mère de Dieu; qu*elle s'est approchée de Dieu même autant qu'il est permis à la nature créée, et qu'ainsi elle est au-dessus de toutes les louanges, aussi bien de celles des Anges que de celles des hommes. C'est aussi pour cela, qu'afin d'établir Tinnocence et la justice originelle de la Mère de Dieu, non seulement ils l'ont très souvent comparée avec Eve encore \Tierge, encore innocente, encore exempte de corruption, avant qu'elle eût été trompée par le piège mortel de l'astucieux serpent: mais, avec une admirable variété de pensées et de paroles, ils la lui ont même unanimement préférée. Eve, en effet, pour avoir misérablement obéi au serpent, perdit l'innocence originelle et devint son esclave ; mais la Vierge bienheureuse, croissant toujours dans sa grâce originelle, ne prêta jamais Toreille au serpent, et ébranla profondément sa puissance et sa force par la vertu qu'elle avait reçue de Dieu.
Aussi n'ont- ils jamais cessé d'appeler la Mère de Dieu ou bien un lis parmi les épines, ou bien une terre absolument intacte, une terre vierge dont aucune tache n'a même effleuré la siirface, une terre toujours bénie, libre de toute contagion du péché, et dont a été formé le nouvel Adam; ou bien un irréprochable, un éclatant, un délicieux paradis d'innocence et d'immortalité, planté par Dieu lui-même et inaccessible à tous les pièges du serpent venimeux ; ou bien un bois incorruptible que le péché, ce ver rongeur, n'a jamais atteint; ou bien une fontaine toujours limpide et scellée par la vertu du Saint- Esprit; ou bien un temple divin, un trésor d'immortalité; ou bien la seule et unique fille non de la mort, mais de la vie; une production non de colère, mais de grâce; une plante toujours verte qui par une providence spéciale de Dieu, et contre les lois communes, est sortie florissante d'une racine flétrie et corrompue. Tout cela est plus clair que le jour : cependant, comme si ce n'était point assez, ils ont, en propres termes, et d'une manière expresse, déclaré que, lorsqu'il s'agit de péché, il ne doit pas même être question de la sainte Vierge Marie, parce qu'elle
tum reparatricem , posterorum vivificatricem , a sœculo electam, ab Altissimo sibi pra^paratam , a Deo, quando ad serpentem ait : « Inimicitias ponam inter te et mulierem, > pra?dictam, quœ procul dubio venenatum ejusdem serpentis caput contrivit; ac propterea affirmarunt, eamdem beatissimam Virginem fuisse per gratiam ab omni peccati labe integram , ac liberam ab omni contagione et corporis, et animœ, et intellectus, ac semper cum Deo con versa tam , et sempiterno fœdere cum illo conjunctam, nunquam fuisse in tenebris, sed semper in luce, et idcirco idoneum plane extitisse Christo habitaculum non pro habitu corporis, sed pro gratia originali.
Accedunt nobilissima effata, quibus de Virginis Conceptione loquentes testati sunt, naturam gratiœ cessisse ac stetisse tremulam pergere non sustinentem ; nain fulurum erat, ut Dei Genitrix Virgo non antea ex Anna conciperetur, quam gratia fructum ederet; concipi siquidem primogenitura oportebat, ex qua concipiendus essel omnis creatune primogenitus. Testati sunt carmen Virginis ex Adam sumptam maculas Adœ non admisisse, ac propterea beatissimam Virginem tabernaculum esse ab ipso Deo creatum, Spiritu Sancto formatum, et purpureae rêvera operœ quod novus ille Beseleel auro intextum variumque effînxit, eamdemque esse meritoque celebrari ut illaror quœ proprium Dei opus primum extiterit, ignitis niali^m telis latuerit, et pulchra natura, ac labis prorsus omni^ nescia, tanquam aurora undequaque rutilans in mundum prodiverit in sua Conceptione Immaculata. Non enim decebat, ut illud vas electionis communibus lacesserelur injuriis, quoniam plurimum a cœteris differens, natura communicavit non culpa , immo prorsus decebat ut sicul Unigenitus in ca4is Patrem habuit, quem Seraphiro Ut
a reçu plus de grâces, afin qu*en elle le péché fût absolument vaincu, et vaincu de toute part. Us ont encore professé que la très glorieuse Vierge avait été la réparatrice de ses ancêtres et qu'elle avait viviGé sa -postérité; que le Très -Haut Tavait choisie et se Tétait réservée dès le commencement des siècles; que Dieu Tavait prédite et annoncée quand il dit au serpent : t Je mettrai l'inimitié entre toi et la femme, > et que, sans aucun doute, elle a écrasé la tête venimeuse de ce même serpent; et pour cette raison, ils ont affirmé que la même Vierge bienhea* reuse avait été, par la grâce, exempte de toute tache du péché, libre de toute contagion, et du corps, et de Tâme, et de rintelligence ; qu'elle avait toujours conversé avec Dieu; qu'unie avec lui par une alliance étemelle, elle ii*avait jamais été dans les ténèbres , mais toujours dans la lumière, et par conséquent qu elle avait été une demeure tout à fait digne du Christ, non à cause de la beauté de son corps, mais à cause de sa grâce originelle.
Viennent enfin les plus nobles et les plus belles expressions par lesquelles, en parlant de la Vierge, ils ont attesté que, dans sa Conception, la nature avait lait place à la grâce et s'était arrêtée tremblante devant elle, n'osant aller plus loin.
Il fallait, disent-ils, avant que la Vierge Mère de Dieu fût conçue par Anne, sa mère, que la grâce eût fait son œuvre et donné son fruit; il fallait que Celle qui devait concevoir le premier- né de toute créature fut elle-même conçue première- née. Ils ont attesté que la chair re^.ue d'Adam par la Vierge n'avait pas contracté les souillun-^ d'Adam , et que pour cette raison la Vierge bienheur^ruM; était un tabernacle créé par Dieu lui-même, formé par le Saint-Esprit, d'un travail aussi beau que b pourpre, ^t sur lequel ce nouveau Béséléel s'était plu à répandra; Y m et les plus riches broderies; quelle devait être cél^br^ comme Celle qui avait été d'abord Tœavre propre de Dieu, comme Celle qui avait échappé aux traita de leu du malin ennemi, et qui, belle par nature, ignorafti aW». lumen t toute souillure, avait para dans le ny
602 L*IMlf ACULÉE CONCEPTION
Sanctum extoUiint^ ita Matrem haberet in terris, qnm nitore sanctitatis nunquam caruerit. Atque ba^c quidem doctrina adeo majorum mentes, animosque occupavit, ut singularis et omnino mirus pênes illos in valuerit loquendi usus, quo Dciparam sœpissime compellarunt immaculatam omnique ex parte immaculatam, innocentem et innocentissimam , illibatam et undequaque illibatam , sanctam et ab omni peccati sorde alienissimam, totam puram, totam intemeratam , ac ipsam prope puritatis et innocentiœ formam pulchritudine pulcbriorem, venustate venustiorem. sanetiorem sanctitate, solamque sanctam purissimainque anima et corpore, quœ super^essa est omnem integritatem et virginitatem , ac sola tota facta domicilium uoiversarum gratiarum Sanctissimi Spiritus et cpiap. solo Deo excepte, extitit cunctis snperior, et ipsis Chenibira et Seraphim, et omni exercitu Angelonim natura pulchrior, formosior et sanctior, cui prjedicanda^ cœlestes et terrenœ ling'uœ minime sufficiunt. Quem usum ad sancUssimœ quoque Liturgiœ monumenta atque ecclesiastica oflicia sua veluli sponte fuisse traductum, et in illi* passim recurrere, ampliterque dominari nemo ignorât, cum in illis Deipara invocetur et praxlicetur veluti una incorrupta pulchritudinis coluroba, veluti rosa semper vigens, et undequaque purissima, et semper immaculata semperque beata, ac celebretur uti innocentia, qus* dudquam fuit lœsa y et altéra Heva , quae Emmanuelem pe péril.
CoDceptîoo immaculée, comme rëclataiite aurore qui jette de tous côtés ses rayons, il ne eonrenait pas, eo Hfet, que ce vase d'éiection subit le commun outrage, puisqu^U était si diiTérent des autres, et n'avait avec eux de commun que la nature, non la faute; ou plutôt» comme le Fils unique a dans le ciel un Père que les Séraphins proclament trois fois saint, il convenait absolument qu*il eût sur la terre une Mère en qui l'éclat de la sainteté n'eût jamais été flétri. Et cette doctrine a tellement rempli Tesprit et le cœur des anciens et des Pères, que, par un langage étonnant et singulier, qui a prévalu parmi eux, ils ont très souvent appelé la Mère de Dieu Immaculée et parfaitement Immaculée, innocente et très innocente, irréprochable et absolument irréprochable, sainte et tout à fait étrangère à toute souillure de péché, toute pure et toute chaste, le modèle et pour ainsi dire la forme même de la pureté et de Tinnocence, plus belle et plus gracieuse que la beauté et la grâce même, plus sainte que la sainteté, seule sainte et très pure d*àme et de corps, telle enlin qu'elle a surpassé toute intégrité, toute virginité, et que, seule devenue tout entière le domicile et le sanctuaire de toutes les grâces de T Esprit-Saint, elle est, à l'exception de Dieu seul, supérieure à tous les êtres, plus belle, plus noble, plus sainte par sa grâce native que les Chérubins eux-mêmes, que les Séraphins et toute Farméc des Anges; si excellente, en un mot, que pour la louer les langues du ciel et de la terre sont également impuissantes.
Personne, au reste, n'ignore que tout ce langage a passé, comme de lui-même, dans les monuments de la Liturgie sacrée et dans les olHces de l'Église, qu'on ïy rencontre à chaque pas et qu'il y domine ; puisque la Mère de Dieu y e^ invoquée et louée comme une colombe unique de pureté et de beauté; comme une rose toujours belle , toujours fleurie; comme l'innocence même, toujours pure, toujours immaculée, toujours heureuse, qui n'a jamais été blessée; enfin comme la nouvelle Eve, qui a enfanté FEmmanuel.
Nil ig^itur mirum si de Immaculata Deipane Virginis Conceptione doctrinam judicio Patrum divinis Liiteris consignatam , lot gravissimis eorumdem testimoniis tra< ditam, lot illustribus venerandœ antiquitatis monuinenti> expressam et celebratam, ac maximo gravissimoque Ecclesifie judicio propositam et confirmatain tanta pietate, religione et ai^iore ipsius Ecclesiae Pastores, populicpe fidèles quotidie magis proiiteri sint gloriati, ut nihil iisdem dulcius, nihil carius, quam ferventissimo affectu Deiparam Virginem absque labe originali conceptam ubique colère, venerari, invocare, et prtedicare. Quamobrem ab antique temporibus Sacrorum Antistites, Ecclesiastici viri, regulares Ordines, ac vel ipsi imperatores et Reges ab hac Apostolica Sede enixe efflagitarunt , ut Immaculata sanctissimœ Dei Genitricis Conceptio veluti catholicîe fidoi dogma deilniretur. Quœ postulationes hac nostra quoque «etate iteratee fuerunt ac potissimum felicis recordationis Gregorio XVI Prtvdecessori Nostro, ac Nobis ipsis oblala' sunt tum ab Episcopis, tuni a clero sœculari, tum a Religiosis Familiis, ac summis Principibus et fidelibus populis.
Nos itaque singulari animi Nostri gaudio hase omnia probe noscentes, ac serio considérantes, vix dum licet immeriti arcano divinœ Providentiœ consilio ad hanc sublimem Pétri Cathedram evecti totius Ecclesiœ gubernacula tractanda suscepimus, nihil certe antiquius habuimus, quam pro summa Nostra vel a teneris annis erp sanctissimam Dei Genitricem Virginem Mariam veneratione, pietate et affectu ea omnia peragere, quae adhuc in Ecclesiœ votis esse poterant, ut beatissimœ Virgin^ honor augeretur, ejusque prœrogativœ uberiori luce niUrent. Omnem autem maturitatem adliibere volentes con-
Fa ut -il s'étonner, après cela, si une doctrine qui, au jug-ement des Pères, est consignée dans les saintes Ecritures, qu'ils ont eux-mêmes transmise et attestée tant de fois et d*une manière si imposante, que tant d'illustres monuments d*une antiquité vénérable contiennent d'une manière expresse, que TËglise a proposée et confirmée par la très grave autorité de son jugement : en un mot, si la doctrine de Tlmmaculée Conception de la Vierge Mère de Dieu a été l'objet d'une telle piété, d'une telle vénération, d'un tel amour; si les pasteurs de TKglise elle-même et les peuples fidèles se sont fait une gloire de la professer chaque jour davantage , en sorte que leur plus douce consolation, leur joie la plus chère, a été d'honorer, de vénérer, d'invoquer et de louer partout, avec la plus tendre ferveur, la Vierge Mère de Dieu, con^'ue sans la tache originelle? Aussi, dans les temps anciens, les Evéques, les ecclésiastiques, les ordres réguliers et même les empereurs et les rois ont instamment prié le Siège apostolique de définir comme un dogme de la foi catholique l'Immaculée Conception de la très sainte Mère de Dieu. De nos jours même, ces demandes ont été réitérées, et surtout elles ont été présentées à Notre prédécesseur Grégoire XVI, d'heureuse mémoire, et à Nousmême, tant par les Evéques, par le Clergé séculier et par le Clergé régulier, que par les princes souverains et les peuples iidèles.
Prenant donc en sérieuse considération, dans une joie profonde de Notre cœur, tous ces faits, dont Nous avons une pleine connaissance ; à peine élevé sur la chaire de saint Pierre, malgré Notre indignité, par un secret dessein de la Providence, avons-Nous pris en main le gouvernail de toute TÉglise, que Notre plus ardent désir a été, suivant la vénération, la piété et l'amour dont Nous sommes animé depuis Nos plus tendres années envers la très sainte Mère de Dieu, la Vierge Marie, d'achever tout ce qui pouvait être encore dans les vœux de l'Eglise, aiin d'accroître l'honneur de la bienheureuse Vierge et de répandre un nouvel éclat sur ses prérogatives. Mais
stituimus peculiarem VV. FF. NN. S. R. E. Cardinalium religione, consilio, ac divin amm rerum scientia illustrium Congregationem , et viros ex clerc lum sa^culari, Intn regulari, theologicis disciplinis apprime excultos selejrimus, ut ea omnia, qufe Immacnlatam Virginis Conceplionem respiciunt, accuratissime perpenderent, propriamquc sententiam ad Nos déferrent. Quamvis autcm Nobis ex receptfs postulationibus de definienda tandem aliquando Immaculata Virginis Conceptione perspectus esset plurimorum Sacrorum Antistitum sensus, tamen Encvclicas Litteras die 2 Februarii anno 1849 Cajeia* datas ad omnes Venerabiles Fratres totius catholici orbi Sacrorum Antistites misimus, ut, adhibitis ad Deum precibus, nobis scripto etiani significarent , qnœ esset fuonim fidelium erga Immaculatam Deiparie Conceptioneni pietas, ac devotio, et quid ipsi prflesertim Antistites de hac ipsa definitione ferenda sentirent, quidve exoptarent, ut, quo fieri solcmnius posset, supremum Nostrum judicium proferremus.
Non mediocri certe solatio aiFecti fuimus ubi eorunidem Venerabilium Fratrum ad Nos responsa venerunt. Nam iidem incredibili quadam jucunditate, lœtitia, ac studio Nobis rescribentes non solum singularem suain, et proprii cujusque cleri, populique fidelis erga Immaculattim beatissimse Virginis Conceptum pietatem, mentemque denuo confîrmarunt, verum etiam communi veluti voto a Nobis expostularunt , ut Immaculata ipsius Virginis Conceptio supremo Nostro judicio et auctoritate definiretur. Nec minori certe intérim gaudio perfusi sumus, cum VV. FF. NN. S. R. E. Cardinales oommemoratœ peculiaris Congregationis et praedicti Theologi Consultores a Nobis electi pari alacritate et studio post examen diligenter
voulant j apporter toute maturité, Nous avons institué une Congrégation particulière, formée de Cardinaux de la sainte Église romaine, Nos vénérables frères, illustres par leur piété, leur sagesse et leur science des choses divines; et Nous avons choisi, tant dans le Clei^ séculier ijue dans le Clergé r^ulier, des hommes spécialement versés dans Tétude de la théologie, afin qu'ils examinassent avec le plus grand soin tout ce qui regarde l'Immaculée Conception de la Vierge, et Nous fissent connaître leur propre sentiment. En outre, bien que les demandes par lesquelles on Nous sollicitait de définir enfin T Immaculée* Conception Nous eussent instruit du sentiment d'un grand nombre d'Evéques, Nous avons adressé une Encyclique, datée de Gaëte, 2 février 1849, à tous Nos vénérables frères les Evéques de tout le monde catholique, afin qu'après avoir adressé à Dieu leurs prières, ils Nous fissent connaître par écrit quelle était la dévotion et la piété de leurs fidèles envers la Conception Immaculée de la Mère de Dieu, et surtout quel était le propre sentiment des Évoques sur la définition à porter et leurs désirs à cet égard, de manière que Nous puissions rendre Notre jugement suprême le plus solennellement possible.
Certes, Notre cœur n'a pas reçu une médiocre consolation lorsque les réponses de Nos vénérables frères Nous sont parvenues; car non seulement dans ses réponses, toutes pleines d'une joie, d'une allégresse et d*un zèle admirable , ils Nous confirmaient leur propre sentiment et leur tendre dévotion, ainsi que ceux de leur Clergé et de leur peuple fidèle envers la Conception Immaculée de la bienheureuse Vierge; mais ils Nous demandaient, comme d'un vœu unanime, de définir par Notre jugement et autorité suprême l'Immaculée Conception de la Vierge. Notre joie n'a pas été moins grande lorsque Nos vénérables frères les Cardinaux de la sainte Église romaine, membres de la Congrégation particulière dont Nous, avons parlé plus haut, et les théologiens consulteurs choisis par Nous, Nous ont demandé, avec le même empressement
adhibitum hanc de Immaculatà Deiparœ Conceptione définitionem a Nobis efflagitaverint. »
Post haec illustribus Prœdecessorum Nostrorum vestigiis inhœrentes, ac rite rectequè procedere optantes indiximus et habuimus Consistorium, in quo Venerabiles Fratres Nostros Sanctœ Romanœ Ecclesia? Cardinales alloquuti sumus, eosque summa animi Nostri consola tione audiviraus a Nobis exposcere, ut dogmaticam de Immaculatà Deiparie Virginis Conceptione defînitionem emittere vellemus.
Itaque plurimum in Domino confisi advenisse temporum opportunitatem pro Immaculatà sanctissimae Dei Genitricis Virginis* Mariap Conceptione dcfinienda, quam divina eloquia, veneranda traditio, perpétuas Ecclesi» sensus, singularis catholicorum Antistitum, ac fidelium conspiratio et insignia Prœdecessorum Nostrorum acta, constitutiones mirifice illustrant atque déclarant; rébus omnibus diligentissime perpensis, et assiduis, fervidisque ad Deum precibus effusis, minime cunctandum Nobis esse censuimus supremo Nostro judicio Immaculatam ipsius Virginis Conceptionem sancire, definire, atque ita pientissimis catholici orbis desideriis, Nostra^ue in ipsam sanctissimam Virginem pietati satisfacere, ac simul in Ipsa Unigenitum Filium suum Dominum Nostrum Jesum Christum magis atque magis honorificare, cum in Filium redundet quidquid honoris et laudis in Matrem 'impenditur.
Quare postquam nunquam intermisimus in humilitate et jejunio privatas Nostras et publicas Ecclesiîe preces Deo Patri per Filium Ejus offerre, et Spiritus Sancti virtute mentem Nostram dirigere, et conGrmare dignaretur, implorato universœ cœlestis Curiœ praesidio, et advocato cum gemitibus Paraclito Spiritu, eoque sic
et la même joie, après un mûr examen, cette définition de la Conception Immaculée de la Mère de Dieu.
Après ces choses, suivant donc les traces illustres de Nos prédécesseurs, et désirant procéder régulièrement et selon les formes, Nous avons ordonné et tenu un consistoire, dans lequel, après avoir adressé une allocution à Nos vénérables frères les Cardinaux de la sainte Eglise romaine. Nous les avons entendus avec la plus grande consolation Nous demander de vouloir bien prononcer la définition dogmatique de l'Immaculée Conception de la Vierge Mère de Dieu.
C'est pourquoi, plein de confiance et persuadé dans le Seigneur que le temps opportun est venu de définir Tlmmaculée Conception de la très sainte Mère de Dieu, la Vierge Marie, que la parole divine, la vénérable tradition, le sentiment constant de l'Église, l'unanime accord des Evéques catholiques et des fidèles, les actes mémorables de Nos prédécesseurs ainsi que leurs constitutions, ont mise dans une admirable lumière et si formellement déclarée; après avoir mûrement pesé toutes choses, après avoir répandu devant Dieu d*assidues et de ferventes prières, Nous avons pensé qu'il ne fallait pas tarder davantage à décider et définir par Notre jugement suprême rimmaculée Conception de la Vierge, à satisfaire ainsi les si pieux désirs du monde catholique et Notre propre piété envers la très sainte Vierge, et en même temps à honorer de plus en plus en elle son Fils unique Notre* Seigneur Jésus-Christ, puisque tout Thonneur et toute la gloire qu'on rend à la Mère rejaillit sur le Fils.
En conséquence, après avoir offert sans relâche dans l'humilité et le jeûne Nos propres prières et les prières publiques de l'Église à Dieu le Père par son Fils, afin qu'il daignât, par la vertu de l'Esprit- Saint, diriger et confirmer Notre esprit; après avoir imploré le secours de toute la cour céleste et invoqué avec gémissement l' Esprit consolateur, et ainsi, par sa divine inspiration, en l'honneur de la sainte et indivisible Trinité, pour la gloire et l'ornement de la Vierge Mère de Dieu , pour l'exaltation
610 I/IMMAGULÉE CONCEPTION
adspiranie, ad honorem SancUe et Individuœ Trinitatis, ad decus et ornamentam Virginis Deiparœ, ad exaltationem Fidei catholica^, et Chrisiianfle Religionis augmentum, auctoritate I>omim Nostri Jesu Christi, beatoram Apostolonim Pétri et Pauli, ac Nostra declaramus pronunciamus et definimus, doctrinam, quœ tenet beatissimam Virçinem Mariam in primo instanti suae Gonceptionis fuisse singulari omnipotentis Dei gratia et privilégie, intuitu meritorum Christi Jesu Salvatoris humani generis, ab omni originalis culpa? labe praeservatam immunem, esse a Deo revelatam, atque idcirco ab omnibus fidelibus fîrmiter constanterque credendam. Quapropter si qui secus ac a Nobis de&nitum est, quod Deus avertat, pra?suinpserint corde sentire, ii noverint, ac porro sciant, se proprio judicio condemnatos, naufragium circa fidem passes esse. et ab unitate Ecclesia? defecisse, ac prieterea facto ipso suo semet pœnis a jure statutis subjicere si quod corde senti unt, verbo aut scripto, vel alio quovis externo modo signifîcarc ausi fuerint.
Repletum quidem est gaudio os Nostrum et lin^a Nostra exultatione, atque humillimas maximasque Chnsto Jesu Domino Nostro aginius et semper agemus gratias, quod singulari suo beneficio Nobis licet immerentibus concesserit hune honorem atque banc gloriam et laudem sanctissimœ suae Matri offerre et decernere. Certissima vero spe et omni prorsus fiducia nitimur fore, ut ipsa beatissima Virgo , quœ tota pulchra et Immaculata venenosum crudelissimi serpentis caput contrivit, et salulem attulit mundo, quœque Prophetarum, Apostolorumque praeconium , et honor Martyrum , omniumque Sanctorum laetitia et corona, quœque tutissimum cunctorum periditantium perfugium, et fidissima auxiliatrix, ac totius Ur-
LETTRE DE N. T. S. P. LE PAPE PIE IX 61 i
de la foi calliolique et raccroissement de la religion chrétienne : par l'autorité de Notre- Seigneur Jésus- Christ, des bienheureux apôtres Pierre et Paul, et de la Nôtre ^ Nous déclarons, Nous prononçons et définissons' que la doctrine qui tient que la bienheureuse Vierge Marie, dans le premier instant de sa Conception, a été, par une grâce et un privilège spécial du Dieu tout-puissant, en vue des mérites de Jésus - Christ , sauveur du genre humain, préservée et exempte de toute tache du péché originel, est révélée de Dieu, et par conséquent qu'elle doit être crue fermement et inviolablement par tous les fidèles. C'est pourquoi , si quelqu'un avait la présomption , ce qu'à Dieu ne plaise, de penser contrairement à Notre définition, qu'il apprenne et qu'il sache que, condamné par son propre jugement, il aurait souffert naufrage dans la foi et cessé d'être dans Tunité de l'Kglise; et que de plus il encourt par le fait même les peines de droit, s'il ose exprimer ce qu'il pense de vive voix ou par écrit, ou de toute autre manière extérieure que ce soit.
En vérité. Notre bouche est pleine de joie et Notre langue est dans l'allégresse; et Nous rendons et Nous rendrons toujours les plus humbles et les plus profondes actions de grâces à Notre-Seigneur Jésus-Christ de ce que, par une faveur singulière, il Nous a accordé, malgré Notre indignité, d'offrir et de décerner cet honneur, cette gloire et cet hommage à sa très sainte Mère. Nous avons la plus ferme espérance et la confiance la plus assurée que la Vierge bienheureuse qui, toute belle et toute immaculée, a écrasé la tête venimeuse du cruel serpent et apporté le salut au monde; qui est la louange des prophètes et des apôtres, l'honneur des martyrs, la joie et la couronne de tous les saints, le refuge le plus assuré de tous ceux qui sont en péril, le secours le plus fidèle, la médiatrice la plus puissante auprès de son Fils unique pour la réconciliation du monde entier, la gloire la plus
' Livre V, chap. xii, p. 527.
' LîTre V, chap. xiv, p. 557.
rarum orbis potentissima apud unigenitum Filium suum mediatrix, et conciliatrix , ac prœclarissîmum Ecclesis sanctœ decus et ornamentum, firmissimumque praesidium, cunctas semper interemit h«ereses, et fidèles populos, gentesque a maximis omnis generis calamitatibus eripuit, ac Nos ipsos a tôt ingruentibus periculis liberavit; velit validissimo suo patrocinio elRcere, ut sancta Mater Caiholica Ecclesia cunctis amotis diilicultatibus , cunctisque profligatis erroribus ubicumque gentium, ubicumque locoruniy quotidie magis vigeat, floreat, ac regnet a mari usque ad mare et a flumine usque ad terminos orbis terrarum, omnique pace, tranquillitate, ac libertate frualur, ut rei veniam, œgri medelam, pusilli corde robur, afilicti consolationem , periclftantes adjutorium obtineant, et omnes errantes discussa mentis caligine ad veritatis ac justitiœ semitam redeant, ac fiât unum ovile, et unus pastor.
Audiant hœc Nostra verba omnes Nobis carissimi Ca-
tholicœ Ecclesiœ filii, et ardentiori usque pietatis, religionis, et amoris studio pergant colère, invocare, exorare beatissimam Dei Genitricem Virginem Mariam sine labe originali conceptam , atque ad banc dulcissiniam misencordiœ et gratiœ Matrem in omnibus periculis, angustiis, necessitatibus , rebusque dubiis ac trepidis cum omni fiducia confugiant. Nihil enim timendum, nihilque desperandum Ipsa duce, Ipsa auspice, Ipsa propitia, Ipsa protegente, quœ maternum sane in nos gerens animum, nostrœque salutis negotia tractans de universo humàDO génère est sollicita, et cœli terrœque Regina a Domino constituta, ac super omnes Angelorum choros Sanctorumque ordines exaltata adstans a dextris Unigeniti Filu sui Domini Nostri Jesu Christi maternis suis precibus
belle, romemeiit le plus éclatant, le plus solide appui de la sainte Eglise; qui a détruit toutes les hérésies, arraché les peuples et les nations fidèles à toutes les plus grandes calamités, et Nous a Nous-même délivré de tant de périls menaçants, voudra bien faire en sorte, par sa protection toute -puissante, que la sainte mère TÉglise catholique triomphe de toutes les difficultés, de toutes les erreurs, et soit de jour en jour plus forte, plus florissante chez toutes les nations et dans tous les lieux; qu'elle règne d'une mer à l'autre et depuis les rives du fleuve jusqu'aux extrémités du monde; qu'elle jouisse de toute paix, de toute tranquillité, de toute liberté, et qu'ainsi les coupables obtiennent leur pardon, les malades leur guérison, les faibles de cœur la force, les affligés la consolation, ceux qui sont en danger le secours; que tous ceux qui sont dans l'erreur, délivrés des ténèbres qui couvrent leur esprit, rentrent dans le chemin de la vérité et de la justice, et qu'il n'y ait plus qu'un seul bercail et qu'un seul pasteur.
Que les enfants de l'Eglise catholique, Nos fils bienaimés, entendent Nos paroles, et qu'animés chaque jour d'une piété, d'une vénération, d'un amour plus ardent, ils continuent d'honorer, d'invoquer, de prier la bienheureuse Mère de Dieu, la Vierge Marie, conçue sans la tache originelle; et que dans tous leurs périls, dans leurs angoisses, dans leurs nécessités, dans leurs doutes et dans leurs frayeurs, ils se réfugient avec une entière confiance auprès de cette très douce Mère de miséricorde et de grâce. Car il ne faut jamais craindre, il ne faut jamais désespérer, sous la conduite, sous les auspices, sous le regard, sous la protection de celle qui a pour nous un cœur de Mère, et qui, traitant elle-même Taffaire de notre salut, étend sa sollicitude sur tout le genre humain ; qui , établie par le Seigneur Reine du ciel et de la terre , et élevée au-dessus de tous les chœurs des anges et de tous les ordres des saints, se tient à droite de son Fils unique, Notre-Seigneur Jésus-Christ, et intercédant auprès de lui avec toute la puissance des prières maternelles,
614 LIMMACULÉE CONCEPTIOÎÏ
yalidissime impetrat, et quod qu<ent invenit, ac frustrari non potest.
Denique ut ad universalis Ecclesiœ notitiam hsBC Nostra de Immacnlata Conceptione beatissimae Virginîs Maria definitio deducatur^ has Apostolicas Nostras Litteras, a<i perpetuam rei memoriam extare voluimus ; mandantes ut harum transumptis , seu exemplis etiam impressis, manu alicujus Notarii publici subscriptis , et sigillo persona? in ecclesiastica dignitate constitutœ munitis eadem prorsus fides ab omnibus adhibeatur, quaî ipsis priesenUbus adbibcretur, si forent exbibiUe, vel ostensa?.
Nulli ergo bominiun liceat paginam banc Nostrae declarationis, pronunciationis ac definitionis infringere, vel ei ausu temerario advcrsari et contraire. Si quis autem hoc attentare praesumpserit , indignationem omnipotentis Dei ac beatorum Pétri et Pauli Apostolorum ejus se noverit incursurum.
Datum Romap apud Sanctum Petrum Anno Incarnationis Dominicm millesimo octingentesimo quinquagesimo quarto, VI Idus Decembris anno MDCCCLIV, Pontificatus Nostri anno nono.
Plus PP. IX
trouve ce qu'elle cherche, et son intercession ne peut être sans effet.
Enfin, pour que cette délinition par Nous prononcée touchant T Immaculée Conception de la bienheureuse Vierge Marie soit portée à la connaissance de l'Kglise universelle, Nous avons voulu la consigner dans nos présentes Lettres apostoliques, en perpétuelle mémoire de la chose, ordonnant que les copies qui seront faites desdiles Lettres, ou même les exemplaires qui en seront imprimés, contresignés par un notaire public, et munis du sceau d'une personne constituée en dignité ecclésiastique, obtiennent foi auprès de tous, de la même manière absolument que feraient les présentes Lettres elles-mêmes, si elles étaient exhibées ou montrées.
Qu'il ne soit donc permis à qui que ce soit de détruire, ou d'attaquer, ou de contredire, par une audacieuse témérité, cet acte écrit de Notre déclaration, décision et définition. Que si quelqu'un avait la hardiesse de l'entreprendre, qu'il sache qu'il encourrait l'indignation du Dieu tout-puissant et des saints apôtres Pierre et Paul.
Donné à Rome, près de la basilique de Saint- Pierre, l'année mil huit cent cinquante-quatrième de l'Incarnation de Notre- Seigneur, le sixième jour avant les Ides de décembre de l'an 1854, de Notre Pontificat le neuvième.