‹ L'Immaculée ConceptionChapitre 89 sur 127 · ET LE CONSENTEMENT UNIVERSEL · texte numérisé non relu

ET LE CONSENTEMENT UNIVERSEL

période dix -huit fois séculaire, survit à toutes les secousses, a ce qu'il faut pour remplir les exigences de la raison humaine. Elle est fille du ciel. Sortie de terre, elle fût cent fois rentrée sous terre par l'effort désespéré de tant de siècles. Son triomphe, à la lumière du soleil, à la face du monde, découvre son origine et sa force surnaturelles. Il n'a fait d'ailleurs que contenter le sens intime et réfléchi du peuple croyant, en fixant l'idée qu'il avait de la sainteté extraordinaire de la Mère de Dieu. Le consentement universel a non seulement précédé, mais provoqué, entraîné la définition.

C*est pourquoi la controverse a pu durer sept cents ans. Elle pénétrait et fécondait le dogme. L'Eglise laissait faire, se réservant de céder à la pression générale qu'elle approuvait. Elle laissait faire et attendait son heure, sûre du résultat qu'elle préparait, constante et ferme dans sa voie , toujours semblable à elle-même et a pensant autrefois ce qu'elle dit au* jourd'hui, si elle n'a pas dit autrefois ce qu'elle pense aujourd'hui' », formule juste qu'il est bon d'opposer sans cesse à ses détracteurs.

D'autre part, l'Eglise devait attendre le moment où tous les catholiques , unis dans une foi commune , seraient animés du même feu pour la Vierge immaculée.

Ecoutons sur ce point un illustre prélat contemporain.

Outre que les citations nombreuses coupent et varient heureusement le texte, elles ont l'avantage de

* Mp" Malou y l'Immaculée Conception de la B, K. Marie» Bruxelles, «857.

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fortifier les preuves et de rehausser les jugements.

L'Église (( a pu et dû attendre , a dit Mgr Dupanloup. Il fallait que la définition de Tlmmaculée Conception tùi acceptée non seulement avec unanimité, mais avec amour : ce dogme consolant ne devait irriter personne; la Vierge sans tache ne devait pas triompher de quelques-uns, mais pour tous et par tous ^ » .

Il fallait que Tattente eût produit partout la paix et l'harmonie, afin de donner au c dogme consolant i son entière efficacité.

« En effet, qu'est-il arrivé? L'attente a chaque jour dissipé les nuages, affaibli les résistances, éclairé les esprits , enflammé les cœurs * », de telle sorte que l'Eglise, au lieu d'imposer la croyance et de décréter l'unanimité, n'a eu qu'à prononcer l'une et à confirmer l'autre. L'unité était faite dans les esprits, par suite « de la force persuasive de la vérité et de l'inclination des cœurs ' » quand l'Eglise l'a scellée et rendue définitive.

Loin de forcer ou d' « irriter » un seul de ses membres, à propos d'une œuvre où il s'agissait de l'honneur et de l'exaltation de la Mère commune, l'Eglise a voulu voir tous ses enfants associés dans l'effusion des mêmes sentiments, pour faire du jour béni de l'exaltation la fête de tous, heureuse de se joindre aux transports universels et de les diriger.

Au résumé, il en est du dogme de l'Immaculée Conception comme des autres dogmes du christia-

* Instruct, pasiôr. sur Vlmm, Cane, de la très Uiinie Vierge, p. 108. Paris, 1855.

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nisme ; ils prouvent leur vie par leur mouvement ; ils attestent la vérité par la durée; ils existent en dehors des lois humaines ; ils progressent en dépit des obstacles humains ; donc ils viennent de Dieu et reposent sur Dieu.

L attitude présente de nos adversaires à Tégard du dogme nouveau suggère une dernière réflexion.

Il est curieux de voir les mêmes gens qui reprochent à rÉglise son immobilité se scandaliser et la prendre à partie dès que FEglise marche , docile à la pensée divine qui la tient, jusqu'à la consommation des siècles, au niveau des besoins et à la tète de l'humanité.

L'Église n'est pas immobile : elle suit les évolutions et les progrès du monde ; elle sort de la révélation comme la science sort de la nature. Comme la science, l'Eglise s'élève sur des bases primordiales par des conquêtes successives. Elle conduit ainsi l'humanité, dressant devant sa marche, en guide de fanaux, les dogmes que Dieu lui découvre et qu'elle fait briller à son tour, suivant les temps et les nécessités.

Cinquante ans après sa définition, le dogme de l'Immaculée Conception est si bien entré dans la conscience du monde catholique, qu'on ne comprend pas qu'U ait jamais pu faire le sujet d'une incertitude ou d'une discussion. Il nous paraît si conforme à

SSO L'IMMACULÉE CONCEPTION

toutes les lois chrétiennes , à toutes les règles de la logique, qu'il est devenu naturellement un des trésors dé notre foi et une des vérités les plus éclatantes de rÉglise. Nous ne savons plus croire à l'Incarnation, c'est-à-dire au Dieu se faisant homme , sans croire du même coup à la sainteté absolue, à la pureté originelle de la Vierge qui l'enfante.

La Mère immaculée est la condition logique du Fils Dieu, et nous ne pouvons plus admettre l'un sans l'autre, dernière victoire de la définition et dernier témoignage du consentement universel que la définition a sanctionné.

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