‹ L'immense effort, 1915-1916...: 1915-1916Chapitre 15 sur 26 · S'ILS AVAIENT VOULU · texte numérisé non relu

S'ILS AVAIENT VOULU

Ils n'avaient qu'à patienter. On dit que leur fécondité s'était ralentie, possible !

Mais elle avait sur nous une avance de vingt-cinq millions d'êtres, tous solidement entripaillés, voraces, et, en plus, ils continuaient à procréer. Déjà, ils s'infiltraient partout : c'était la conquête pacifique,, encore qu'arrogante et lourde. Notre littoral méditerranéen devenait la proie de leur invasion lente et tenace. On les voyait partout où notre main-d'œuvre faiblissait, où l'on avait besoin d'employés : usines, hôtels, bureaux, tout , leur était bon ; ils submergeaient nos marchés financiers ; et, atten-

tifs, ils espionnaient avec une application patriotique.

On le vit bien quand se fit, aux bruits de guerre, leur grand exode ; on le vit encore mieux quand, sous Tuniforme, ils revinrent, allant droit aux châteaux, aux fabriques, aux coffres-forts, aux caves, partout où il y avait à prendre.

La marée humaine montait à nos frontières, montait au dedans de notre pays, et nous laissions faire, un peu écœurés et paisibles, subissant leur coudoiement. Qu'opposer à un peuple qui fait tant d'enfants quand nous nous n'en faisions plus, bien mieux! quand nous n'en voulions plus faire?

Avec des économistes, avec des patriotes, j'ai poussé, il y a des années, le cri d'alarme; ^3 le répétais dans un dernier article, huit jours avant la guerre. L'a-t-ron entendu, maintenant ? A-t-on compris que si la France victorieuse, après cette efïroya-

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ble saignée^ veut vivre, il faudra qu'elle fasse des enfants? Dans ce temps-là, ce n'était plus de mode. Pour avoir écrit, dans un grand journal, que chaque famille française devrait avoir quatre enfants, j'aii été couvert d'injures.

Je sais bien : la vie coûte cher, et on avait pris des goûts de dépense et des besoins de confort ; les hommes, se mariaient beaucoup plus tard et, autant que possible, exigeaient une dot. Les laborieux s'inqqiétaient des fantaisies de luxe qu'ils supposaient aux jeunes filles. Les égoïstes pensaient qu'on peut arranger sa vie sans s'alourdir des charges d'un foyer. Les pères de famille à nombreuse progéniture se plaignaient, et non à tort, que l'État ne fît rien, ou presque rien pour eux. Et chacun avait d'excellentes raisons pour s'abstenir de mettre au monde des enfants. Les bourgeois aisés ne voulaient pas départager la

fortune grasse ou légère qu'ils laisseraient. Le peuple déclarait une duperie de fournir des travailleurs au capital. Et la France tarissait, tarissait avec sérénité, sous les yeux ironiques et avides de nos ennemis.

Ils n'avaient qu'à attendre, 'vous dis-je !

Ils se sont trop pressés, et c'est cela qui les a perdus. Se croyant les plus forts, ils n'ont pu résister à la tentation : nos terres fécondes, nos colonies magnifiques sollicitaient leur faim. Et c'est pour cela qu'ils ont déchaîné la plus injuste et la plus atroce des guerres.

Nous avons tenu le coup. Soulevée par le sentiment du plus grand péril qu'elle ait jamais couru, notre nation a retrouvé son énergie guerrière et a puisé, dans la conscience du droit, un courage invincible.

C'est par ce signe que nous vaincrons.

Mais, après, la leçon servira-t-elle ? Il le faut, si nous voulons reprendre toute notre

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place au soleil. Ce ne sont pas seulement les blés qui lèveront sur les grands cimetières ; nous devons appeler à nous toutes les forces de la vie, repeupler pour les morts, repeupler pour ceux d'aujourd'hui, repeupler pour ceux de demain.

La vie est chère, soit ! L'État, qui a bien ses devoirs, j'imagine, puisqu'une forte et féconde nation e^t la garantie de l'avenir, l'État se fera Éleveur. Par tous les moyens en son pouvoir : lois d'assistance, de prévoyance, de dégrèvements, de privilèges justifiés, il devra faciliter, encourager, fortifier, soutenir les naissances. Un esprit public nouveau devra modifier nos mœurs et honorer la paternité et surtout la maternité, Lei Code devra adoucir certaines de ses rigueurs, ' l'opinion s'habituer au respect des mères entourées d'enfants.

Déjà l'État a reconnu ce principe : il l'a admis dans ses statuts militaires, il le re-

connaît dans son impôt sur le revenu. II.

reste beaucoup à faire; ce sera Toeuvre d'après la victoire. Mais l'État ne pourra cependant, avec la meilleure volonté du monde, décider les gens à fonder de nombreuses familles si, dans notre conscience individuelle, une grande et indispensable transformation ne s'opère pas.

Faisons des enfants! tel devra être le programme civique de demain. Faisons- en, si nous avons compris à quel péril la France vient d'échapper.

Sans doute, le péril de cette guerre a été redoutable, et il n'est pas entièrement conjuré. Quelques sacrifices qu'il ait coûtés en belles vies humaines et en dépenses, en sang et en or, ce péril n'est rien à côté de celui que nous réservait la dangereuse paix sournoise, à l'abri de laquelle l'Allemagne pullulante enflait ses appétits à la grosseur de son ventre.

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Remercions-la d'avoir été ignoble et démente d'orgueil, remercions-la d'avoir fondu sur nous, car, en 1.914-15, nous pouvions encore la repousser, et, peut-être, en 1944, ne Taurions-nous pas pu.

Et surtout, ah ! surtout, faisons des enfants. Car si les Allemands avaient voulu attendre ! . . .

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