LA BAGUE DES TRANCHÉES
Vous en avez une sans doute, et moi aussi j'ai la mienne, qu'un caporal vient de m'envoyer pour mon Noël. A face carrée, elle porte mes initiales ; elle est légère, brillante comme l'argent et douce comme rétain.
Qui croirait qu'elle provient de la fusée d'un obus boche, et qu'un de nos amis du front Ta martelée et découpée en gravant sur le coulant, de chaque côté, les chiffres : 1914, 1915! Date formidable! La plus grande des guerres modernes; une catastrophe mondiale, presque toute la vieille Europe en feu et l'ébranlement qui s'en
répercute jusqu'en Afrique, en Amérique, en Asie. Des hécatombes monstres, une masse formidable de misères et de douleurs, de la boue et du sang, les cités souterraines où les hommes vivent et meurent, les assauts hurlants, le vol des avions, la grêle des mitrailleuses, les gaz asphyxiants, le courage de notre peuple et de nos alliés combattant pour une cause sainte contre la fureur barbare; tout cela tient dans ce frêle et émouvant petit cercle d'aluminium.
Et c'est un obus boche qui a fourni ce délicat métal : un obus qui est venu, dans une longue rafale de bruit, s'abattre sur le sol et qui, de ses éclats, a fait des blessés et des morts; un obus boche, lourd de la cruauté et de la perfidie allemandes, imprégné de la détestable Kiditir^ chargé des espoirs de conquête de tout un peuple asservi à ridée de la Force maîtresse du monde; un obus boche que de rudes mains d'ouvriers.