‹ L'immense effort, 1915-1916...: 1915-1916Chapitre 9 sur 26 · LA BAGUE DES TRANCHÉES · texte numérisé non relu

LA BAGUE DES TRANCHÉES

dans les forges et les usines de Westphalie, ont tourné et ciselé, avant que, spirituellement, joliment^ à la française, de la fusée détachée qui règle Téclatement du meurtre, un des nôtres ait fait ce rien, ce bijou qui tente les femmes et qu'aujourd'hui les hommes portent avec orgueil quand il vient de la terre d'héroïsme : une bague !

Comment ne pas la regarder, cette bague, avec une émotion profonde pour tout ce qu'y a su repétrir le génie inventif et pittoresque de notre race? Elle n'a pas été faite en une heure, et les loisirs qui l'ont limée et ornée sont ceux que la fatigue, les mauvais sommeils ou les nuits de veille permettent aux jours de repos. Pour pouvoir la créer, des soldats, courant hors des tranchées, ont risqué leur vie. Regardez bien, vous verrez tant de choses dans son mince miroir magique ! Elle porte en son contour lisse le signe de la patience de

celui qui, des jours et des mois, vécut face à Tennemi, face au danger, face à la mort.

Elle porte le signe de l'adresse qui le fit s'adapter à cette guerre où l'homme dût retrouver la ruse animale de ses ancêtres des cavernes. Elle porte le signe de la grâce cordiale qui est au fond de ses pensées et qui le distingue de son adversaire, cette grâce légère et moqueuse qui le fait rire comme un gosse aux moins mauvais moments. Elle porte le signe de la tendresse qui lui fait destiner ce lien de métal au doigt de sa mère, de sa femme, de sa sœur ou de son amie.

Je ne donnerais pas pour les plus belles bagues d'or ma petite bague des tranchées.

Elle m'enseignerait, si j'en avais besoin, le confiance tenace; elle incarne, vivant symbole, le faisceau qui assemble les armées; elle m'unit aux combattants, aux blessés, aux morts, à la terre insultée par

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