‹ L'immigration canadienneChapitre 2 sur 77 · UNE LETTRE DE M. MONK · texte numérisé non relu

UNE LETTRE DE M. MONK

Montréal, 17 novembre 1913.

M. Georges PELLETIER,

"Le Devoir",

En Ville.

Cher Monsieur : —

J'ai suivi, avec le plus vif intérêt, votre enquête au Devoir sur noire système d'immigration.

Il faut reconnaître que nos hommes politiques en général ont peu étudié cette question vitale dont dépend tellement notre sain développement national ; d'autre part vous l'avez scrutée, analysée, approfondie, dans vos articles, et vous avez surtout mis à découvert les côtés défectueux de nos méthodes de recrutement.

Où allons-nous avec ce flot toujours montant de l'invasion étrangère, élément qui déborde dans nos miles, que nous ne pouvons guère assimiler et qui bientôt constituera un sur cinq de notre population ?

Cette anomalie, ce danger qui nous ont été signalés par des publicistes éminents comme M. H. G. Wells et le Vte d'Avenel, nous n'avons, jusqu'à présent, pris aucune mesure effective pour en conjurer les effets ; au contraire, nous dépensons des sommes folles en annonces, réclames, agents recruteurs, boni, et le but poursuivi par tous nos gouvernants n'est-il pas de remplir notre pays de nouveaux venus, pourvu qu^ils ne deviennent pas une charge publique, et sans égard à leurs aptitudes à devenir des membres désirables de la famille canadienne, de la jeune nation en voie de formation ?

Quant à l'inspection, vous avez bien montré à quoi elle se réduit.

Pour valoir, ce devrait être un examen rigoureux, et, à mon sens, les qualifications de notre immigrant devraient être recherchées et constatées aux ports étrangers, avant] qu'il s'embarque. Nous savons, par vos articles, à quoi se réduit cette formalité.

Par exemple, quoi de plus facile que d'exiger un passe-port ou son équivalent de certains immigrants ?

En Italie, on ne délivre aucun passeport à celui qui a subi une condamnation pénale; mais ceux qui appartiennent aux classes criminelles s'échappent de leur pays et s'embarquent pour notre continent dans les ports non italiens de l'Europe.

On a constaté, par une enquêta, il y a quelques années, qu'il y en avait plus de 700 débarqués aux Etats-Unis.

Ils viennent ainsi au Nouveau Monde reprendre la carrière néfaste qui les a éloignés de leur pays natal.

Mais au fond, ainsi que vous le démontrez si bien, notre système a

besoin d'être changé de fond en comble. Ce ne sont pas des foules quelconques qu'il nous faut, c'est une sélection judicieuse, un choix prudent des meilleurs éléments dans cette populaUon du vieux monde que tout porte vers nous, bons et ma\uvais, dans le même tourbillon.

Les obstacles qui se dressent contre les réformes que vous avez si courageusement prônées sont les grandes compagnies de transport que ce genre de trafic enrichit beaucoup, les agents préposés à la vmte des billets avec boni et tout le personnel si surchargé du service. Ce sont là de formidables entraves au progrès.

Nos voisins américains sont bien plus avancés que nous, en matière d'immigration. Leur inspection est meilleure, ils ne fôjht aucune annonce ou réclame et en prohibent l'usage par les compagnies ; ils n'ont jamais payé de primes et chargent un droit d'entrée dont le produit subvient à tous les frais de l'immigration.

Les conclusions auxquelles vous ont conduit vos intéressantes recherches me semblent justes.

Les abus criants qui abondent devraient être abolis tout de suite, le système d'inspection amélioré, les primes, et\c., supprimées ; mais il n'y a qu'une commission de choix, comme celle constituée aux Etats-Unis, qui puisse aller au fond des choses, mettre au jour Us vices du système, suggérer des moyens de délivrer le pays d'une politique aussi surannée qu'elle est menaçante pour l'avenir du peuple canadien.

J'espère que votre monographie sera lue et étudiée par tous ceux qui ont à coeur le bien-être futur de la nation.

Votre dévoué,

{Signé)

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