‹ L'immigration canadienneChapitre 37 sur 77 · LA MAISON DE DETENTION · texte numérisé non relu

LA MAISON DE DETENTION

On appelle cette institution "l'hôpital de l'immigration". Le nom n'est pas juste. Ce devrait être un hôpital, réservé aux cas médicaux mis ein observation par les médecins de l'Etat. Il n'en est rien. C'est une maison de détention, où les cas médicaux et les eas civils se confondent. Ou plutôt, la masse des immigrants qui passent dans cette institution sont détenus pour de simples raisons civiles. Ainsi, de mai a octobre, cette année, il y a eu là 4,950 détenus, dont 700 à peine pour observation médicale. Le reste de ces gens, — soit 4,250, — manquaient d'argent, ou bien n'avaient pu répondre de manière satisfaisante à l'inspecteur civil, et attendaient une décision finale quant à leur admission ou à leur renvoi.

La fondation de cette institution remonte à 1904. A venir à cette époque, il y avait à Québec, rue Saint-Paul, un simulacre d'hôpital, tenu par le Pacifique Canadien et d'autres compagnies de navigation, on s'imagine de quelle manière. Le gouvernement canadien, en 1904, imagina d'ouvrir une sorte d'hôpital pour les eas de trachome, qui fourmillaient alors. Les débuts de cette institution ne furent guère heureux. Par acciden* un bon matin, l'on y administra soixante grains de bi-chlorure de mercure au lieu de quinze grains d'antipyrine, à un Juif polonais, qui en mourut au bout de trois jours. L'incident fit du bruit et le médeein de l'hôpital fut congédié; le ministre de l'Intérieur, par l'entremise du surintendant médical de l'Immigration ,à Ottawa, réorganisa alors de son mieux l'hôpital de la Petite-Rivière; depuis lors, cette maison a perdu sa destination première de maison de détention pour les immigrants atteints du trachome; et c'est aujourd'hui un endroit où l'on expédie pêle-mêle tous les nouveaux-venus mis de côté par les fonctionnaires de l'hôtel de l'Immigration.

11 y a, à cette maison de déteintion, un surintendant médical chargé de diriger les médecins qui font l'examen des immigrants; l'un de ces médecins est aussi attaché au service de l'hôpital. Ces deux fonctionnaires, qui ne devraient s'occuper que de la partie médicale de l'immigration, sont contraints, à l'heure actuelle, de s'occuper aussi des détenus internés à l'hôpital pour raisons civiles. Ils ont dû introduire de nombreuses réformes dans le régime d'internement, organiser un code médical pour distinguer, par exemple, les immigrants faibles d'esprit de ceux qui n'oint pas d'argent et sont détenus en attendant d'en recevoir, inaugurer un système de classification et de numérotage des détenus, afin de savoir par quelle voie ils sont arrivés, et pour éviter d'avoir à apprendre tous leurs 'noms, impossibles, fort souvent, à prononcer et à écrire, à cause de leurs désinences étranges. Le surintendant et son assistant entretiennent aussi une volumineuse correspondance avec le surintendant médical et le surintendant général de l'Immigration, à Ottawa, quant aux plaintes reçues par le ministère, de la part de gens mécontents, ou qui croient avoir raison de se plaindre de certains faits. Besogne d'administration, besogne de surveillance, besogne médicale, le système actuel impose tout cela au personnel de la maison de déLcintion, composé, outre les médecins, de quelques autres fonctionnaires de rang secondaire.

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