‹ L'immigration canadienneChapitre 36 sur 77 · EN VOITURE · texte numérisé non relu

EN VOITURE

Seuls les immigrants d'entrepont débarquent de navire à Québec même, et, de là, <se rendent à Montréal en chemin de fer. Les voyageurs de seconde, eux, pour la plupart, remontent le fleuve en paquebot, jusqu'à Montréal, sauf ceux des Empresses. Mais, de Montréal même, tous les immigrants à destination de l'Ouest, ou de l'Ontario, se rencontrent, aux gares Bonaventure et Windsor, d'où le Grand Tronc et le Pacifique les dispersent à travers le Canada.

Le passager d'entrepont a un billet de chemLn de fer qui l'oblige à voyager en seconde, d'habitude. Les vendredi et samedi de chaque semaine, des milliers de ces voyageurs, amenés à Montréal par coinvois spéciaux, en repartent quelques heures à peine après leur arrivée, sans avoir rien vu, à vrai dire, des provinces de l'Est, qui resteront ignorées pour eux, et où ils ont eu, pour la plupart, avec les représentants de l'Etat, des relations qui ne les disposent guère favorablemeint envers le pouvoir fédéral.

La plupart des immigrants, logés Dieu sait comme, dans les paquebots qui les ont amenés ici, sont contents de quitter le navire pour le chemin de fer. Certains connaissent si peu les conditions du voyage que, à Québec même, dès le débarquement, il n'est pas rare de les entendre s'informer, auprès de ceux qui parlent leur langue, s'ils continueront de voyager en paquebot. Nous mous rappelons une paysanne venue de Ponevej, en Lithuanie, se rendant dans le sud de la Saskatchewan, avec ses deux fillettes blondes, proprement vêtues, et qui manifestait son grand plaisir de s'en aller en chemin de fer, de Québec jusqu'à la gare lointaine où l'atitendait son mari, au Canada depuis trois ans. D'un geste, elle désignait les enfants pâlottes, qui surveillaient, en babillant comme des oiselets, un humble ballot de vêtements, — tout leur bagage, — et disait au missionnaire qui la renseignait: "A bord, c'était malpropre, la nourriture était mauvaise, nous avons été malades, mais nous voici. Nous prenons le chemin de fer, tant mieux, mon Père! Dans quatre jours, j'aurai donc retrouvé mon mari, mous vivrons sur In terre qu'il cultive et qui produit bien, m'écrit-il. Dieu soit béni, si nous pouvons enfin vivre tranquilles ici!"

Et, pendant deux, trois, quatre jours, ces gens, empilés dans des wagons de seconde, couchés sur des banquettes de bois ou d'osier, nourris frugalement, feront encore un ou deux mille milles de trajet, afin d'aller s'établir en pays neuf. Et, soit sur le quai d'une gare de grande ville tumultueuse, soit à un arrêt perdu dans les replis de la plaine de rOue.st, un soir, le train déposera ce groupe bruyant de Russes, ce jeune ménage polonais silencieux, ces Galiciens aux manteaux de peaux de moutons, ces Bulgares biem découplés, qui viennent accroître la population canadienne. S'assimileront-ils? On ne sait. Mais l'arrivée de cha-

cun d'eux complique la solution du problème qui inquiète déjà les sociologues et ceux qui 3e demandent ce que sera la nation canadienine de demain.

Ceux qu'on garde à Québec

Pendant les examens civil et médical, le,s fonctionnaires chargés de l'inspection des immigrants en écartent un certain inombre qui ne peuvent subir avec succès la seconde épreuve, — le nouvel examen par les médecins ou par la eommission permanente d'enquêtes. Ceux-ci restent doinc à Québec quelques jours après le départ des immigrants admis. Le commissaire ou l'agent principal de l'immigration, sur les lieux, dirige ces détenus vers un hôtel spécial, aménagé sur les bords de la Petite-Rivière, où ils demeureront jusqu'au renvoi, ou jusqu'à l'admission finale.

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