LES INCONVENIENTS DU REGIME ACTUEL
Le système actuel de détention mixte, — cas civils confondus avec les cas médicaux, — a de multiplet inconvénients. C'est ainsi, par exemple, qu'une personne saine, internée seulement parce qu'elle attend de l'argent, 3era, pendant tout son séjour à la maison de détention, en contact avec des tuberculeux, des syphilitiques, des gens d'une malpropreté repoussante, au risque d'attraper de la vermine ou d'être contaminée p fond. L'absurdité de ce régime, au point de vue hygiénique, frappe tous les visiteurs de l'institution. On n'ignore pas, à Ottawa, le vice de cette organisaîion bâtarde; mais il y a tant et tant d'intermédiaires, entre les médecins qui ont charge de la maison de détention, et le ministère des Travaux Publics, responsable des améliorations matérielles à faire subir à l'établissement, tant de "red tape" et de formalisme que la situation reste à peu près la même, depuis 1905. Peut-êlre s'améliorera-t-elle, le printemps prochain; car l'on croit, dans les milieux de fonctionnaires, à Québec, que le ministère des Travaux Publics s'est enfin décidé à faire ajouter, au-dessus du nouvel hôtel de l'immigration en cours de construction, sur les quais de la Jetée Louise, un nouvel étage, de quatre cents pieds de long, par quatre-vingts pieds de large, exclusivement affecté à la détention civile des immigrants.
Il n'y a pas, non plus, dans l'hôpital actuel, de pavillon distinct pour les maladies infectieuses qui peuvent éclater parmi les détenus. C'est ainsi que, pour des cas de scarlatine ou de rougeole, il a fallu loger dans une vieille construction délabrée, voisine de la maison de détemtion habituelle, et infestée de rats, plusieurs malades incapables de rester avec les autres. Il y a eu de nombreuses protestations, auprès du ministère des Travaux Publics; mais celui-ci, jugeant sans doute que l'hygiène n'est pas de son ressort, n'y a pas encore prêté l'oreille. Et cependant voilà encore une réforme qui s'impose au plus tôt, si l'on a le moindre souci de l'immigrant malade. Les Etats-Unis ont, à Ellis Island, un hôpital séparé pour des maladies de ce genre, et tout un service hygiénique dont le ministère des Travaux Publics du Canada n'a jamais eu la moindre idée. Il faut ajouter que l'habitude de faire établir, par le principal architecte de ce ministère, les plans des hôpitaux et des maisons de détention médicales du gouvernement canadien, sans consultation préalable des médecins responsables, à l'égard du ministère de l'Intérieur, de l'hygiène et de la santé de l'immigrant, m'a pas l'ombre de bon sens. Et c'est toutefois ce qui se pratique; d'où il résulte que l'Etat, pour approprier un peu ces constructions au service auquel elles sont destinées, doit débourser plusieurs milliers de piastres en travaux supplémentaires, au bénéfice exclusif des eintrepreneurs et de la caisse électorale.
L'immigrant, à son arrivée, est parfois d'une malpropreté hideus^î. Aux Etats-Unis, tout immigrant interne à l'hôpital est, dès la première heure, dépouillé de ses vêtements habituels, et vêtu d'un costume spécial, tandis que ses hardes sont expédiées dans une chambre de fumigation, afin de les débarrasser des parasites et des mauvaises odeurs. Les
immigrants eux-mêmes subissent, — c'est un supplice pour plusieurs d'entre eux, mais un supplice bienfaisant, — un nettoyage à fond, de la tête aux pieds, qui les rend parfois mécoiinaissables. Il n'y a rien de cela, à la maison de détention de Québec. Aussi l'odeur de certaines pièces où sont enfermés les immigrants, le soir venu, est-elle nauséabonde, en dépit de toute la ventilation que les gardiens de la maison peuvent pratiquer. Depuis des années, les autorités fédérales doivent faire des travaux d'amélioration, de ce côté, mais tout est encore à venir. Aussi l'immigrant qui reste à Québec pendant quelques jours ou quelques semaines doit-il, s'il est le moindrement propre, souffrir beaucoup de l'état de choses actuel, dont le ministère de l'Intérieur est moins responsable que celui des Travaux Publics, puisque, à maintes fois, le premier a demandé au second des travaux de réfection que celui-ci n'a jamais exécutés. Un médecin qui visiterait l'hôpital actuel serait certes fort mal imipressioinné, à l'endroit d'un gouvernement qui tolère un tel état de choses. Et, si cet établissement ne relevait des autorités fédérales, le moindre inspecteur provincial d'hygiène qui entend son affaire le condamnerait.