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L'EUROPE EN MARCHE VERS LE CANADA

Ecossais roux, calmes et économes; Anglais forts de leurs préjugés, — ils se croient ici les maîtres, en descendant de paquebot; Irlandais pauvrement vêtus, mais de bonne humeur, et qui plaisanteint même avec le médecin et rinspecteur; Français d'humble condition, mais au bagoût toujours riche; Allemands blonds, silencieux, aux moustaches en crocs; Danois solides; Norvégiens et Suédois à la forte carrure, aux yeux bleus de mer, au physique remarquable; Russes aux pommettes saillantes, aux visages qu'on dirait taillés à coups de serpe maladroite dans un bois rugueux et dur; Polonais, Lithuaniens, Galiciens, tous empressés à baiser la main du prêtre .catholique qui les accueille d'un salut en leur propre langue, dans un des couloirs du vaste édifice; Autrichiens à favoris plantés dans des joues grasses; Hongrois à la démarche souple et féline ,aux lèvres serrées, aux yeux expressifs; Bulgares droits, aux épaules effacées, et dont la tête rasée, la poitrine décorée de médailles militaires, disent bien la participation aux dernières guerres des Balkans; Turcs au fez d'un rouge bruni par la crasse et les rayons du soleil; Maltais brûlés par le soleil, petits et lestes comme des chats; Italiens du Nord, flegmatiques. Italiens des Calabres et de Sicile, qu'on idirait moulés dans une terre cuite, et dont les gestes vifs, l'allure agitée révèlent qu'ils viennent de la région des tremblements de terre; Grecs et Levantins au masque qui s'empâte déjà, sous la peau brune; Espagnols maigres aux yeux de flamme; Portugais à la bouche sensuelle; Hollandais gras, à la face rose; Juifs russes, coiffés de bonnets de fourrure sale, sordides et soupçonneux, dont les enfants ont de beaux yeux noirs aux reflets métalliques; Juifs polonais, drapés dans des houppelandes crasseuses; Juifs de la Baltique et de l'Allemagne, blonds ou roux, aux yeux chassieux, et dont les filles ont parfois des têtes superbes; Juifs roumains, qui parlent quatre ou cinq langues et semblent les plus intelligents de tous: c'est toute l'Europe qui déverse, pêle-mêle, chaque semaine, sur les quais de Québec, an hasard des paquebots, des gens de vingt ou trente nationalités distinctes et dont la mêlée eompose comme un tableau de ces cortèges de nations conquises que les grands eapitaines de Rome traînaient derrière leur char triomphal, au retour d'une campagne lointaine. Mais il y a cette différence que, cette fois-ci, c'est un pays neuf qui a conquis l'étranger et que l'étranger vient conquérir, en marche vers une terre riche, où il entre pauvre, où, demain, il sera à l'aise, et presque la majorité, si l'oin n'y prend garde, et qui s'assimilera difficilement, si les gouvernants n'y prêtent pas plus d'attention qu'ils n'ont fait jusqu'ici.

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