‹ L'immigration canadienneChapitre 54 sur 77 · LES RESULTATS DE CE SYSTEME · texte numérisé non relu

LES RESULTATS DE CE SYSTEME

Les nouveaux médecins, choisis surtout à cause de leurs tendances politiques, ont dû apprendre sur les lieux une foule de choses que, s'ils eussent fait partie du service civil américain, on les eût obligés de savoir, avant de les désigner à ce poste. Se figure-t-on combien de gens atteints de trachome, de fauus, et d'autres affections analogues leur ont échappé, aux premiers temps de leur entrée en fonction, et combien d'erreurs ils ont commises, tantôt au détriment des immigrants, tantôt, — et le plus souvent, vu la précipitation avec laquelle se font les exa

mens médicaux, — au détriment du «pays lui-même? Ils ont examiné, en 1912 et en 1913, près de quatre cent mille nouveaux arrivés, à raison de trois cents à l'heure, et cela, sans avoir, dès le début, des notions bien étendues quant à la nature du devoir qui leur incombait. Quelle proporîion d'indésirables ont-ils admis, — tout comme leurs prédécesseurs libéraux ont fait, en 1903 et en 1904, — on ne sait. Mais si, comme l'écrivait, il y a à peine quelques semaines, un médecin attaché au service de l'examen physique et mental des immigrants, à Ellis Island, New- York, le docteur E. K. Sprague, des inspecteurs entraînés par de longues années d'études et de pratique ne réussissent à mettre de côté, pour renvoi dans leur pays d'origine, que cinq pour cent des faibles d'esprit, au port de New-York même, il est aisé de coinclure raisonnablement que, grâce à l'emprise de la politique sur un domaine d'où elle devrait strictement être exclue, au Canada, le pays s'enrichit chaque année de quelques centaines d'imbéciles, d'épileptiques, de fous et de déséquilibrés, qui seront bieintôt à charge aux provinces et aux municipalités vers lesquelles ils se dirigent.

Le traitement de famine accordé à ces examinateurs, — cinq ou six cents piastres l'an, — sous prétexte qu'on leur donne la permission de faire de la clientèle générale, et que, somme toute, au port de Québec, ils ne travaillent que pr idant la saison de navigation, — de mai à décembre, exclusivement, — est encore un des vices du régime, vice provoqué par l'intrusion de la politique dans un service où elle ine devrait avoir rien à voir. On comprend que le médecin chargé de telles fonctions s'en acquitte au plus tôt, sans nul souci des conséquences de cette hâte, pour courir à sa clientèle, ou à son bureau, parfois sis à cinq ou six milles de l'endroit où se fait Fexamen de l'immigrant. Il ne négligera pas, pour six cents piastres, des clients qui lui rapporteront de cinq à dix fois cette somme, pendant cette période. Et l'on ne saurait en blâmer le praticien qui, dans une heure, retourne cinq ou six cents paupières, décoiffe deux ou trois cents têtes et tâte le pouls d'autant d'artères. "Nous faisons notre devôir, autant que nous le pouvons", disait un de ces examinateTirs, des plus consciencieux. Et c'est déjà fort beau.

Il est facile aussi de deviner que l'intrusion de la politique dans ce corps médical est de nature à soulever, à maintes reprises, des différends entre certains des examinateurs et l'autorité chargée de les diriger.

Des réformes nombreuses s'imposent donc, sur ce point, comme sur celui du choix des inspecteurs de l'état civil des immigrants. Nous y reviendrons, lorsque nous établirons la comparaison entre le système américain et le système canadien. Disoins, pour le moment, que rétablissement d'un sous-ministère de la Santé Publique, qui aurait entre autres attributions celle de l'inspection médicale des immigrants faite par des médecins nommés après examen d'aptitudes, pourrait amener la disparition de plusieurs des abus du régime actuel. Car, tant que la politique seule guidera le choix des examinateurs médicaux, le régime restera ce qu'il est, un fouillis d'ordres et de recommendations contr^'dictoires, une anarchie déguisée, la plus dangereuse de toutes.

L'immigrant, son admission et les influences extérieures

A tour de rôle, l'intérêt de chaque parti politique prime celui du pays, dans notre système d'immigration, et vicie le régime du haut en bas, avons-mous dit. Mais les politiciens ne sont pas satisfaits d'avoir étendu leur emprise sur tous les rouages de la machine compliquée par laquelle pas.se l'immigrant. Et, dès l'arrivée de chaque paquebot, ils interviennent, dans de nombreux cas, pour faire admettre au Canada, grâce à leurs manoeuvres et à leur influence dans les ministères, des individus indésirables et marqués pour le renvoi dans leur pays d'origine, . ar les fonctionnaires consciencieux chargés d'examiner l'état civil et la condition mentale et physique des nouveaux venus. D'autres influences aussi s'exercent en faveur de l'immigrant détenu au port d'entrée.

Page 1