LA POLITIQUE ET LE BUREAU MEDICAL D'IMMIGRATION
Une chose toutefois est indispensable au médecin qui veut devenir inspecteur médical des immigrants: il doit être de politique ministérielle. Cette règle n'est pas écrite, et l'on n'y trouve pas la moindre allusion, dans la loi de l'immigration canadienne. Mais elle est presque
inflexible. Et les politiciens ne s'en remettent à personne du soin de l'Interpréter.
Le simple exposé des faits qui se sont passés à Québec, depuis une couple d'années, relativement à l'organisation du bureau d'in,spection,s médicales, en ce port, est, à lui seul, la meilleure démonstration que, là comme dans d'autres domaines, la politique et les intérêts de parti priment l'intérêt général du pays et des immigrants.
L'administration libérale, de 1902 à 1911, avait établi tout un système d'inspections médicales, à l'hôtel des immigrants, à Québec. Des médecins, la plupart nommés à cause de leurs sympathies politiques bien affichées, avaient charge de ces inspections, sous la surveillance d'un directeur et d'un adjoint entrés dans le service à la suite d'une série de circonstances spéciales. Ces examinateurs, — au nombre de cinq, — avaient appris, à la longue, comment remplir leurs devoirs. Mais leur compétence ne fut pour rien dans leur choix. Vinrent les élections de 1911, et le remplacement d'une administration libérale par un ministère conservateur. Au lendemain du 21 septembre, les politiciens bleus de Québec exigèrent la réforme du bureau d'inspection médicale sis à la Jetée Louise, — en bon français, la démission des titulaires libéraux. Vingt-huit médecins conservateurs demandèrent ces postes. Il y avait, à part le directeur et sou adjoint, cinq médecins à congédier. Devant l'affluence des candidats, le ministre du district prit un parti héroïque: il destitua les cinq médecins entachés de libéralisme, ou obtint leur démission; et, comme ils touchaient chacun un traitement annuel de $1,200, avec faculté de faire de la clientèle générale, il les remplaça par onze médecins, tous amis du ministère, qui ont maintenant chacun $500 à $600 d'appointements annuels. L'un de ces nouveaux inspecteurs était même membre du comité de patronage conservateur de Québec; et il l'est encore, aux dernières nouvelles. Les cinq libéraux une fois remplacés par les onze conservateurs, il restait deux médecins douteux, aux yeux des ministériels, dans la boutique, le directeur du service et son adjoint, nommés à ces postes dès 1904. Un commissaire fit même une enquête à leur sujet, mais elle n'a pas eu de suite, au grand désappointement de certains ministériels. Il est bon d'ajouter qu'aucun des onze médecins nouveaux n'a subi le moindre examen de compétence. Mais, par contre, le ministre du district et la comité de patronage québécois se sont enquis de leur allégeance politique avant de" leur confier l'inspection des immigrants. Comme si, pour distinguer un cas de trachome d'une conjonctive aiguë, il fallait plutôt être ministériel que d'avoir le diagnostic vif et sûr!