AS A MATTER OF GRACE
L'admission par faveur ministérielle, soit pour des motifs politiques', soit pour toute autre cause,, eist assez fréquente. Bien entendu, A n'existe pas de .statistiques officielles à ce sujet. Mais des centaines ot des milliers d'immigrants, à chaque saison, bénéficient de ce traitement de faveur. Il suffit, pour s'en convaincre, de remarquer, par exemple, dans le-s salles de la maison de détention pour les immigrants, à Québec, tels cas médicaux, — des imbéciles ou des faibles d'esprit, — mis en observation par les inspecteurs de l'Etat, et d'aller ensuite surveiller les convois du Pacifique Canadien, pendant les jours suivants. La plupart du temps, on retrouve, dans une voiture de seconde, le détenu, relâché sur recommendation ministérielle.
Le rapport du directeur général du service médical de l'immigration et les statistiques qu'il renferme, depuis quelques années, confirment ce renseignement. Nous n'avons à notre disposition que ceux de 1910 et de 1911; mais ils suffisent pour la démonstration. En 1910, (table 1, classe IV), il y eut 74 cas de détention pour maladies nerveuses et mentales. De ces 74 personnes, 26 furent admises ensuite, sur ordre du ministre. En 1911, la proportion des admissions est plus forte, pour ces cas de maladie mentale mis en observation: il y eut 93 cas de détention; et 45 de ces malades furent admis, as a matter of grâce. La proportion des admissions, en 1912 et en 1913, est encore plus élevée. Et le ministère de l'Intérieur, qui laisse entrer par faveur ces faibles d'esprit, ces fous, ces épileptiques, ces imbéciles et ces idiots, ne se donne même pas la peine d'avertir de ce fait les provinces ou les municipalités dans lesquelles ils vont s'établir, et qui en auront certes la charge, sous peu d'aanées. Ces admissioins as a matter of grâce n'ont pas lieu, du reste, que pour les gens atteints de maladies nerveuses. Il y a des interventions en faveur d'immigrants atteints d'autres maladies ou écartés pour toutes sortes de raisons; et, si l'on écoutait les représentations de certains politiciens ignorants, l'Etat ouvrirait toutes grandes ses 'portes à des immigrants atteints de trachome ou de maladies analogues, de guérison longue, difficile ou même impossible.
Une réforme générale s'impose donc, dans le régime actuel; et plus on tarde à la faire, plus l'immigration et ses différents aspects compliquent la solution du problème canadien.
Le régime canadien et le régime américain
Il n'entre pas dans le cadre de cette enquête de mettre en comparaison par le détail et clause à clause la loi de l'immigration des Etats- Unis et celle du Canada, et de dire laquelle est supérieure à l'autre. Ce :i est surtout affaire aux législateurs et aux économistes. Mais il con-
vient, avant de tirer les conclusions de cette étude, de noter quelle différence, au point de vue pratique, existe entre les deux régimes; et l'on ne saurait mieux y parvenir qu'en examinant le fonctionnement des bureaux de rimmigration, dans les deux pays.
Or, à Québec même, à côté des services canadiens de l'immigration, il existe, sous le même toit, des bureaux américains. Car, chaque année, il arrive plusieurs milliers d'immigrants à destination des Etats-Unis, par la voie du Saint-Laurent. Et les compagnies de navigation et de chemins de fer se sont entendues avec les autorités canadiennes pour permettre aux inspecteurs de l'immigration américaine d'examiner à Québec même, au lieu de les arrêter à la frontière, les voyageurs dirigés vers un point quelconque des Etats-Unis. Nous avons pu, au cours de notre enquête, comparer, sur les lieux, la manière de procéder des deux pays, et passer plusieurs heures à suivre les examens d'immigrants, — au point de vue civil comme au point de vue physique et mental, — tantôt au bure u américain, tantôt au bureau canadien. Et nous consignons ici certaines constatations faites de bonne foi, après comparaison des deux régimes.