LE FONCTIONNEMENT DU REGIME AMERICAIN
Ce qui frappe, dès les premières minutes d'observation, du côté américain, c'est l'organisation parfaite du bureau, au point de vue de la somme de labeur consciencieux à donner, de la part des fonctionnaires. Les Etats-Unis ont connu jadis, dans le domaine de l'immigration, les abus que uous avous signalés chez nous, au cours de cette série d'articles. Mais, depuis dix ans surtout, le pouvoir fédéral a exclu la politique de ce champ. Et, aujourd'hui, chaque fonctionnaire employé dans les bureaux de l'immigration américaine doit subir, au préalable, des examens d'aptitude, qui le classent dans telle ou telle catégorie, avec un traitement qui s'accroît d'année en année, d'une somme fixée par la loi elle-même. Sur ce point aussi, comme en ce qui a trait à son admission, le fonctionnaire ine dépend plus du boss politique. Que le nouvel élu à la présidence de la république soit républicain ou démocrate, le fonctionnaire américain de l'immigration n'a rien à craindre. Il occupe une situation encore meilleure que celle de son confrère canadien inscrit sur la liste du service civil intérieur et qui relève d'une commission où l'influence politique n'a pas de place. Le boss américain, au surplus, a si peu d'influence sur le régime de l'immigration, à Washington, que, en dépit de toutes les démarches qu'il ose encore, parfois, il n'obtient rien, là où l'un de nos députés, dans un cas analogue, emporterait le morceau.
Nous avons eu l'avantage, peudant notre séjour à Québec, de connaître, dans tous ses détails, un cas d'intervention extérieure puissante, mais qui ne réussit cependant pas à faire admettre aux Etats-Unis un enfant idiot dont le père vivait depuis sept ans dans le Nebraska. Le père, journaliste ué en Grande-Bretagne, et attaché à la rédaction d'une feuille dont le propriétaire est sénateur à Washington, n'était pas naturalisé sujet américain. Sa femme, au cours d'un voyage chez ses parents, outremer, ramena avec elle un enfant qu'elle avait laissé là-bas depuis sa naissance. Il avait une dizaine d'années. A l'examen médical, l'enfant fut écarté pour cause d'idiotie. Les Etats-Unis sont des plus sé-
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vères, quant â l'admission des faibles d'esprit et des imbécile,s. Le père de l'enfant, prévenu par télégramme, en appela de cette décision. Le bureau des enquêtes médicales, composé du médecin américain à Québec et de deux autres médecins, de Québec même, réexamina l'enfant, et conclut à l'unanimité à son renvoi en Grande-Bretagne. Le journaliste fit alors intervenir le sénateur américain, auprès du Secrétaire du Commerce et du Travail, à Washington. Celui-ci a bien le droit, en ce qui a trait à un immigrant atteint d'un défaut ou d'une infirmité physiques, de passer outre à la décision du bureau médical, et d'admettre "immigrant, moyennant une caution de $500, exigée afin d'empêcher que, plus tard, il soit à charge à la charité publique. Mais, s'il s'agit d'un cas de faiblesse ou d'anormalité mentales, la décision du bureau d'examen médical est finale, d'après la règle 17, paragraphe 4, de l'immigratioi;! américaine. Or, tel était le cas, à propos de cet enfant idiot. Le Secrétaire obtint du bureau médical qu'il examinât une troisième fois l'enfant, en présence même du sénateur, influent auprès du président, et qui se rendit à Québec, afin de tenter un dernier effort. Son voyage fut vain, comme ses autres démarches. Il dut reconnaître l'inadmissibilité du fils de son employé; et les Etats-Unis le renvoyèrent en Grande^Bret i-
gne ,dans la famille de son père. Ici le ministre eût certainement
admis l'enfant as a matter of grâce, sur les instances d'un sénateur ou d'un député. Les statistiques que nous donnions à la fin de l'étude précédente le démontrent à l'évidence.