COMMENT L'IMMIGRANT ENTRE AU CANADA
Mais, pour l'heure, esquissons à la hâte, quitte à les reprendre ensuite par le détail, dans des articles subséquents, les diverses phases de l'entrée de l'immigrant au Canada.
Et tout d'abord, dès le débarquement, les immigrants, chargés de leurs bagages légers, défilent dans une immense salle, où ils sont parqués dans de vastes enceintes. Des gardes, préposés au service d'ordre, les surveillent, et les font entrer par détachements séparés, d'une centaine chacun, dans un autre enclos, d'où ils passent, un à un, dans une allée vers le milieu de laquelle un premier médecin, chargé de l'examen général de l'immigrant et posté sur une chaise haute, les regarde venir. Il les arrête un moment, au passage, leur parle et les fait parler, afin de s'assurer s'ils ne sont pas sourds, ou sourds-muets, voit s'ils ne sont pas difformes, s'ils ont une bonne apparence physique. Un second médecin, posté plus loin, au tournant de l'allée, arrête à son tour l'immigrant, lui examine les paupières, s'il vient d'un pays où le trachome, — maladie d'yeux contagieuse et fort loingue, — sévit à l'état endémique, et vérifie de manière générale l'examen du premier médecin. Si l'immigrant semble un tant soit peu suspect, il est poussé dans une chambre spéciale où, l'examen général fini, les médecins considéreront plus attentivement son cas. Si, au contraire, le nouvel arrivant semble en bon état de santé, le second médecin le laisse continuer sa route. A la seule issue de cette allée se trouve un garde qui appose sur la carte d'identité de l'immigrant un timbre certifiant qu'il a subi l'examen médical satisfaisant; et, par numéro d'ordre, le garde le dirige vers l'un des cinq autres comipartiments, à la sortie de chacun desquels un inspecteur, accompagné d'un interprète, lui fait maintenant subir un examen quant à son nom, son âge, son origine, sa destination, la somme d'argent qu'il porte avec lui, le but pour lequel il est venu au pays; il lui demande aussi s'il y a des parents, et ce qu'il entend faire au Canada. L'inspecteur note ipar écrit les réponses sur une page, — il y a trente noms par page, — et si elles ne lui donnent pas satisfaction, pour quelque raison que ce soit, il fait consigner l'interrogé dans une pièce
dont la porte unique est soigneusement gardée. L'examen général terminé, un bureau d'enquête civil entendra le suspect, et adjugera .s'il doit être admis ou déporté. L'immigrant admis par l'inspecteur civil ou par le bureau d'examen supplémentaire, celui-ci appose à ses papiers un autre timbre certifiant qu'il a subi un examen civil satisfaisant. Alors, l'immigrant défile en liberté dans un vaste couloir où il ira chercher ses billets de chemin de fer, jusqu'à destination finale, s'approvisionner pour le reste du trajet, prendre un repas complet, ou se rafraîchir quelque peu, faire enregistrer ses malles, télégraphier ou écrire aux siens, faire changer son argent étranger pour des billets, de l'or ou de la monnaie du Canada, prendre contact avec les représentants accrédités des diverses Eglises du Canada, — Eglises d'Angleterre, d'Ecosse, de Rome, — ou l'Institut Hirsch, s'il est de race hébraïque. Puis ,au long de l'hôtel de l'immigration, des convois de chemins de fer s'alignent, et c'est pour la plupart l'embarquement vers l'Ouest canadien, dans des wagons où l'on s'entasse pour vingt, trente, quarante heures, jusqu'à ce que le nouvel arrivant, après un voyage de dix ou quinze jours, se trouve enfi i là où il voulait aller.