I. IMMOaÀUSYH
— Anche tu sei bello, ragazzo, répondise; et comme j'étais penché vers lui, je n'y lUs tenir et, bientôt, l'attirant contre moi, 'embrassai. Il se laissa faire en riant.
— I Francesi sono tutti amanti, dit-il.
— Ma non tutti gîi italiani amati, répartise en riant aussi. .. Je le cherchai les jours suirants, mais je ne pus parvenir à le revoir.
Nous quittâmes Taormine pour Syracuse, •îous redéfaisions pas à pas notre premier royage, remontions vers le début de notre uuour. Et de même que de semaine en senaine, lors de notre premier voyage, je narchais vers la guérison, de semaine en semaine, à mesure que nous avancions vers le Sud, l'état de Marceline empirait.
i Par quelle aberration, quel aveuglement 'pbstiné, quelle volontaire folie, me persua- '1dai-je, et surtout tâchai-je de lui persuader '^qu'ii lui fallait plus de lumière encore et de chaleur, invoqual-je le souvenir de ma convalescence à Biskra... L'air s'était attiédi jpûurtant ; la baie de Palerme est clémente et
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Marceline s'y plaisait. Là, peut-être, elîe ai rail... Mais éiais-je maître de choisir mo vouloir? de décider de mon désir?
A Syracuse l'état de la mer et le servie irrégulier des bateaux nous força d'attendi huit jours. Tous les instants que je ne passi pas près de Marceline, je les passai dans vieux port. O petit port de Syracuse 1 odeui de vin suri, ruelles boueuses, puante échopf où roulaient débardeurs, vagabonds, mar oiers avinés. La société des pires gei m'était compagnie délectable. Et qu'avais-' besoin de comprendre bien leur langag< quand toute ma chair le goûtait. La brulali! de la passion y prenait encore à mes yeu un hypocrite asj^ect de santé, de vigueur. I j'avais beau me dire que leur vie misérabl ne pouvait avoir pour eux le goût qu'elle pr nail pour moi... Ahlj'uasse voulu roule avec eux sous la table et ne me réveill* qu'au frisson triste du matin. Et j 'exaspéra auprès d'eux ma grandissante borrenr d luxe, du confort, de ce dont je m'étais e
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touré, de cette protection que ma neuve santé avait su me rendre inutile, de toutes ces précautions que l'on prend pour préserver son corps du contact hasardeux de la vie. J'imaginais plus loin leur existence. J'eusse voulu plus loin les suivre, et pénétrer dans leur ivresse... Puis soudain je revoyais Marceline. Que faisait-elle en cet instant V Elle souffrait, pleurait peut-être... Je me levais en hâte; je courais; je rentrais à l'hôtel, où semblait écrit sur la porte : Ici les pauvres n'entrent pas.
Marceline m'accueillait toujours de même; sans un mol de reproche ou de doute, et s'efforçant malgré tout de sourire. — Nous prenions nos repas à part ; je lui faisais servir tout ce que le médiocre hôtel pouvait réserver de meilleur. Et pendant le repas je pensais : un morceau de pain, de fromage, un pied de fenouil leur suffit et me suffira il comme à eux. Et peut être que là, là tout près, il en est qui ont faim et qui n'ont même pas cette maigre pitance... Et voici sur ma table
3^ t'iMMOIULISYC
de quoi les soûler pour trois jours ! J'eusse voulu crever lesirurs, laisser affluer les convives... Car sentir souffrir de la faim me devenait angoisse affreuse. Et je regagnais le vieux port où je répandais au hasard les menues pièces dont j'avais les poches remplies.
La pauvreté de l'homme est esclave ; pour manger elle accepte un travail sans plaisir ; tout travail qui n'est pas joyeux est lamentable, pensais-je, et je payaisle repos de plusieurs. Je disais : — Ne travaille donc pas ; ça t'ennuie. Je révais pour chacun ce loisir sans lequel ne peul s'épanouir aucune nouveauté, aucun vice, aucun art.
Marceline ne se méprenait pas sur ma pensée; quand je revenais du vieux port, je ne lui cachais pas quels tristes gens m'y entouraient. — Tout est dans l'homme. Marceline entrevoyait bien ce que je m'acharnais à découvrir ; et comme je lui reprochais de croire trop souvent à des vertus qu'elle inventait à mesure en chaque être :
z.°i>»MoaALi3ts iôg
— Vous, vons n'êtes eontent, me dit-elîe
que quan^ vous leur avez fait montrer
I quelque vice. Ne comprenez-vous pas que
j notre regard développe, exagère en chacun
le point sur lequel il s'attache? et que nous
le faisons devenir ce que nous prétendons
i qu'il est.
J'eusse voulu qu'elle n'eût pas raison, I mais devais bien m'avouer qu'en chaque I être, le pire instinct me paraissait le plus sin- Icère. — Puis, qu'appelais-je sincérité?
Nous quittâmes enfin Syracuse. Le souye- "nir et le désir du Sud m obsédait. Sur mer, Marceline alla mieux... Je revois le ton de la mer. Elle est si calme que le sillage du ^navire semble y durer. J'entends les bruits d'égouttement, les bruits liquides ; le lavage du pont, et sur les planches le claquement des pieds nus des laveurs. Je revois Malte toute blanche ; l'approche de Tunis...., Comme je suis changé 1
Il fait chaud. Il fait beau. Tout est splendide. Ah ! je voudrais qu'en chaque phrase.
a4o L'mMouiaisTi
ici, toute une moisson de volupté se distille... En vain chercherais-je à présent à imposer à mon récit plus d'ordre qu'il n'y en eut dans ma vie. Assez longtemps j'ai cher clîé de vous dire comment je devins qni je suis. Ah ! desembarrasser mon esprit de cette insupportable logique!... Je ne sens rien que de noble en moi.
Tunis. Lumière plus abondante que forte. L'ombre en est encore remplie. L'air luî« même semble un fluide lumineux où tou baigne, où l'on plonge, où l'on nage. — Cetî* terre de volupté satisfait mais n'apaise pas h désir, et toute satisfaction l'exnlîe.
Terre en vacance d'oeuvres d'art. Je mé prise ceux qui ne savent reconnaître !
beauté que transcrite déjà et toute interpré tée. Le peuple arabe a ceci d'admirable qu son art, il le vit. il le chante et le dissipe a jour le jour ; il ne le fixe point et ne i'eir baume en aucune oeuvre. C'est la cause i l'eiTet de l'absence de grands artistes... J' toujours cru les grauds artistes ceux qi
l'îMMO»Atl.1î«? S4l
osent donner droit de beauté à des choses si naturelles qu'elles font dire après à qui les voit : <r Comment n'avais-je pas compris jus qn "alors que cela aussi était beau... »
A Kairouan, que je ne connaissais pas encore, et oi) j'allai sans Marceline, la nuit était très belle. Au moment de rentrer dormir à l'hôteLje me souvins d'un groupe d'Arabes couchés en plein air sur les nattes d'un petit café. Je m'en fns dormir tout contre eux. Je revins couvert de vermine.
La chaleur moite de la côte affaiblissant
beaucoup Marceline, je lui persuadai que ce
qu'il nous fallait, c'était gagner Biskra au
plus vite. Nous étions au début d'avril.
Il Ce voyap;e est très long. Le premier jour
Jqous gngnons d'une traite Constanline ; Is
:: second jour, Marceline est très lasse et nous
a! n'allons que jusqu'à El Kantara. — Là nous
m ivons cherché et nous avons trouvé vers le
tioir une ombre plus délicieuse et plus
^'raîche que la clarté de la hme, la nuit. Elle
U'Aît comme un breuvage intarissable ; elle
i4t L*IMMORAUSI9
ruisselait jusqu'à nous. Et du talus où nouj étions assis, on voyait la plaine embrasée Cette nuit Marceline ne peut dormir ; l'étran gcté du silence et des moindres bruits linquiète. Je crains qu'elle n'ait un peu de fièvre. Je l'entends se remuer sur son lit. Le lende main je la trouve plus paie. Nous repartons Biskra. C'est donc là que je veux en ve nir... Oui ; voici le jardin public; le banc. Je reconnais le banc où je m'assis aux pr micrs jours de ma convalescence. Qu'y li sais-je donc?... Homère; depuis je ne l'aipa rouvert. — Voici l'arbre dont j'allai palp l'écorce. Que j'étais faible, alors 1... Tiensi voici des enfants... Non; je n'en reconnai aucun. Que Marceline est grave 1 Elle e.* aussi changée que moi. Pourquoi tousstj t-elle, par ce beau temps? — Voici l'hôte Voici nos chambres ; nos terrasses. — Qr pense Marceline? Elle ne m'a pas dit mot. — Sitôt arrivée dans sa chambre, el s'étend sur le Ht ; elle est lasse et dit voul dormir uo peu. Je aora.
l'imuorali-'^tb a4^
Je ne reconnais pas les enfants, mais les îfants me reconnaissent. Prévenus de moii rivée tous accourent. Est-il possible que .e soient eux? Quelle déconvenue ! Que s'estil donc passé? Ils ont affreusement grandi. Eu à peine un peu plus de deux ans, — cela n est pas possible... quelles fatigues, quels vices, quelles paresses, ont déjà mis tant de laideur sur ces visages, où tant de jeunesse éclatait. Quels travaux vils ont déjelé si tôt s beaux corps? Il y a là comme une banleroule... Je questionne. Bacliir est garçon ^.iongeur d'un café ; Ashour gagne à grand'pcine quelques sous à casser les cailloux des roules ; Ilammatar a perdu un œil. Qui l'eût cru? Sadeck s'est rangé ; il aide un frère, aîné à vendre des pains au marché; il semble ,' devenu slupide. Agib s'est établi bouclier i es de son père ; il engraisse ; il est laid ; il j est riche ; il ne veut plus parler à ses corarngnons déclassés... Que les carrières honoic.bles abêtisenti Vais-je donc retrouver chez eux ce que Je baissais parmi nous ? ~ Bou-
»4i t'iMMORAlISta
baUer? — îl s'est marié. Il n'a pas quinzi ans. C'est grotesque. — Non, pourtant ; j
I ai revu le soir. Il s'explique : son mariag n'est qu'une IVinie. C'est, je crois, un sacr débauché ! Mais il boit, se déforme... El voil donc tout ce qui reste? Voilà donc ce qu'e fait la vie ! — Je sens à mon intolérable tri tesse que c'était beaucoup eux que je vena revoir. — Ménalque avait raison : le souv( nir est une invenlion de malheur.
Et Moklir? — Ah ! celui-là sort de prisoi
II se cache. Les autres ne fraient plus av< lui. Je voudrais le revoir. Il était le plus bes d'eux tous; va-l-il me décevoir aussi?... C le retrouve. Ou me ramène. — Non! celu là n'a pas failli. Même mon souvenir ne n le représentait pas si superbe. Sa force et beauté sont parfaites... En me reconnaissa il sourit.
~ El que laisais-tu donc avant d'être i piison?
— Rien.
— Tu volai» ï
L'niMORALISTB 245
Il proteste.
— Que fais-tu maintenant?
îl sourit.
— Eh! MoktirI 'si tu n*as rien à faire, tu ûus accompagneras à Tonggourt. — Et je
suis pris soudain du désir d'aller à Toug- ,;ourt.
Marceline ne va pas bien ; je ne sais pas ce qui se passe en elle. Quand je rentre à l'hôlel ce soir-là, elle se presse contre moi sans rien dire, les yeux fermés. Sa manche large, qui se relève, laisse voir son bras amai- ,ii. Je la caresse et la berce longtemps, comme un enfant que l'on veut endormir. Est-ce i amour, ou l'angoisse, ou la fièvre qui la fait trembler ainsi?... Ah ! peut-être il serait temps encore... Est-ce que je ne m'arrêterai pas? — J'ai cherché, jai trouvé ce qui fait ma valeur : une espèce d'entêtement dans le pire. — Mais comment arrivé-je à dire k Mrîrceline que demain nous partons pour îouggourt?...
A présent, elle doi dans la chambre roi-
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sine. La lune, depuis lon^ernps levée, inonde à présent la terrasse. — C'est une clarté presque effrayante. On ne peut pas s'en cacher. Ma chambre a des dalles l/L^rches, et là surtout elle paraît. Son fiot entre par la fenêtre grande ouverte. Je reconnais sa clarté dans la chambre et i'ombre qu'y dessine la porte. Il y a deux ans elle entrait plus avant encore... oui, là précisément où elle avance maintenant — quand je me suis levé renonçant à dormir. J'appijjais mon épaule contre le montant de cette porte-là. Je reconnais l'immobilité des palmiers... Quelle parole avais-je donc lue ce sfi»ir-là?... Ah I oui ; les mois du Christ à Pierre ; « Mainlennnt tu te ceins toi-même, et tu vas où tu veux aller. Oùvais-jç? Où veu.x-jc aller?... Je ne voua ai pas dit que, de Naples, cette dernière fois, j'avais gagné Pœstum, un jour, seul... ah! j'aurais sangloté devant ces pierres ! L'an cienne beauté paraissait, simple, parfaite, souriante —r abandonnée. L'art s'en va de ttoi, je le sens. C'est pour laiic place à quoi
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d'autre? Ce n'est plus, comme avant, une souriante harmonie... Je ne sais plus le dieu ténébreux que je sers. 0 Dieu neuf! donnezmoi de connaître encore des races nouvelles, des types imprévus de beauté.
Le lendemain, dès l'aube, la diligence nous emmène, Moktir est avec nous. Moktir est heureux comme un roi,
Chegga; Kefeldorh' ; M'reyer... mornes étapes sur la route plus morne encore, interminable. J'aurais cru pourioat, je l'avoue. plus riantes ces oasis. Mais ])!us rien que la pierre et le sable; puib quelques buissons nains bizarrement fleuris ; jîariois quelque essai de palmiers qu'alinjenle une source cachée... Â l'oasis je piéJère à présent le désert... ce pays de mortelle gloire et d'intolérable splendeur. L'elTort de l'homme y paraît laid et misérable. Maintenant toute autre terre m'ennuie.
— Vous aimez l'inhumain, dit Marceline.
Mais comme elle regarde ellft-même ! et avec quelle avidité i
S^S t'iHMORAUSTB
Le temps se gâte un peu, le second jour ; c'est à-dire que le vent s'élève et que l'horizon se ternit. Marceline souffre ; le sable qu'on respire, brùie, irrite sa gorge : la surabon dante lumière fatigue son regard ; ce pnysiigt hostile la meurtrit. — Mais à présent il es trop lard pour revenir. Dans quelques heure.' nous serons à Touggourt.
C'est de cette dernière partie du voyage pourtant si proche encore, que je me souviens le moins bien. Impossible, à présent de revoir les paysages du second jour et c( que je fis d'abord à Touggourt. Mais ce qut je me rappelle encore, c'est quelles étaien mon impatience et ma précipitation.
Il avait fait très froid le malin. Vers le soir un simoun ardent s'élève. — Marceline, ex ténuée par le voyage, s'est couchée sitôt ar rivée. J'espérais trouver un hôtel un peu plu confortable ; notre chambre est aîTreuse ; h sable, le soleil et les mouches ont tout terni tout sali, défraîchi. N'ayant presque riei mangé depuis l'aurore, je fais servir aussitô
LtuMOBALisn a4$
le repas ; mais tout paraît mauvais à Marceline et je ne peux la décider à rien prendre. Nous avons emporté de quoi faire du thé Je m'occupe à ces soins dérisoires. Nous nous contentons, pour dîner, de quelques gâteaux secs et de ce thé, auquel l'eau salée du pa^'s a donné son goût détestable.
Par un dernier semblant de vertu, je reste jusqu'au soir près d'elle. Et soudain je me sens comme à bout de forces moi-même. O goût de cendres ! 0 lassitude 1 Tristesse du surhumain effort ! J'ose à peine la regarder; je sais trop que mes yeux, au lieu de chercher son regard, iront affreusement se fixer sur les trous noirs de ses narines ; l'exp: ession de son visage souffrant est atroce. Elle non plus ne me regarde pas. Je sens, comme si je la touchais, son angoisse. Elle tousse beaucoup; puis s'endort. Par moments ua frisson brusque la secoue.
La nui» pourrait être mauvaise et, avant qu il ne soit trop tard, je veux savoir à qui je pourrais madresser. Je sors. Devant la
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poile de l'hôtel, la place de Touggourt, les rues, l'atmosphèi o même est étrange au point de me faire croire que ce n'est pas moi qui les vois. — Après quelques instants je rentre. Marceline dort tranquillement. Je m'etïrayais à tort; sur cette terre bizarre, on suppose un pé; il partout ; c'est absurde. Et, suffisamment rassuré, je ressors.
Etrange animation nocturne sur la place ; circulation silencieuse ; glis-iement clandestin <îes burnous blancs. Le vent déchire par instants des lambeaux de musique étrange et les apporte je ne sais d'où. Quelqu'un vient à moi... C'est Moktir. Il m'attendait, dit-il, et pensait bien que je res:5<)rtirais. 11 rit. Il connaît bien Touggourt, y vient souvent et sait où il m'emmène. Je me laisse entraîner par lui.
Nous marchons d.îns ïa Quil; nous entrons dans un café maure ; c'est de lu que venait la musique. Dcb femmes arabes y dansent — si Ion peut appeler une danse ce monotone glissement. — Une d'elles ive
li^IMMORÂLiSTS aSl
prend par la main ; je la suis ; c'est la maîtresse de Moktir; il accompagne... Nous entrons tous les trois dans l'étroite et profonde chambre où l'unique meuble est un lit... Un lit très bas, sur lequel on s'assied. Un lapin blanc, enfermé dans la chambre, s'effarouche d'abord puis s'apprivoise et vient manger dans la main de Moktir. On nous apporte du café. Puis/ tandis que Moktir joue avec le lapin, cette femme m'attire à elle, et je me laisse aller à elle comme oa se laisse aller au sommeil...
Ah i je pourrais ici feindre ou me taire — mais que m'importe à moi ce récit, s'il cesse d'être véritable?...
Je retourne seul à l'hôtel, Moktir restant là-bas pour la nuit. Il est tard. Il souffle un siroco aride ; c'est un vent tout chargé de able, et torride malgré la nuit. Au bout de 'iiatre pas je suis en nage ; mais j'ai sou- Isin trop hâte de rentrer, et c'est presque $n courant que je reviens. — Elle s'est réveillée peut-être... peut-être elle » besoin de
a 5a hhayioKktwfrÊ
moi?... Non : la croisée <le la chambre est sombre. J'attends un court répit du vent pour ouvrir ; j'entre très douc(Mncnt dans le noir. — Quel est ce bruit?... .le ne reconnais pas sa toux pourtant... Est-ce bica elle?... J'allume.
Marceline est assise à moitié sur son lit ; un de ses maigres bras se cramponne aux barreaux du lit, la tient dressée; ses draps, ses mains, sa chemise, sont inondés d'un flot de sang ; son visage en est tout sali ; ses yeux sont hideusement agrandis ; et n'importe quel cri d'agonie m'épouvanterait moins que son silence. — Je cherche sur sou visage transpirant une petite place où poser un aiïreux baiser ; le goût de sa sueur me reste aux lèvres. Je lave et rafraîchis son front, ses joues... Contre le lit, quelque chose de dur sous mon pied : je me baisse, et ramasse le petii chapelet qu'elle réclamait naguère à Paris, et qu'elle a laissé tomber; je le passe à sa main ouverte, mais sa main aussitôt s'abaisse et le laisse tomber de dou<
L IKM0&AU3TB
veau. — Je ne sais que faire ; je voudrais demander du secours... Sa main s'accroche à moi désespérément, me relient ; ah 1 croitelle donc que je veux la quitter? Elle me dit :
— Oh 1 tu peux bien attendre encore. Elle voit que je veux parler :
— Ne me dii> lien, ajoute-t-elle ; tout va bien. — De nouveau je rainasse le chapelet; je le lui remets dans la main, mais de nouveau elle le laisse — que dis-ie? elle le fait tomber. Je m'agenouille auprès d'elle et presse sa main contre moi.
Elle se laisse aller, moitié contre le traversin et moitié contre mon épaule, semble ormir un peu, mais ses yeux restent grands verts.
Une iieure après elle se redresse ; sa main e dégage des miennes, se crispe à sa cheise et en déchire la dentelle Elle étoullè. Vers le petit matin, un nouveau vomisseleut de i.?r!g...
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J'ai fini de vons raconter tnarr histoire. Qu'ojouîerais-je de plus? — Le cimelière français de Touggourl est hideux, à moitié dévoré par les sables... Le peu de volonté qui me restait, je l'ai tout employé à l'arracher de ces lieux de détresse. C'est à El Kantara qu'elle repose, dans l'ombre d'un jardin privé qu'elle aimait. îî y a de tout cela trois mois à peine. Ces trois mois oîst éloigné cela dîî dix itss.
Michel resta longtemps silencieux. Wous nous taisions aussi, pris chacun d'un étran^ge malaise. Il nous semblait hélas I qu'à nous la raconter, Michel avait rendu son action plus légitime. De ne savoir où la désapprouver, dans la lente explication qu'il en' donna, nous en faisait presque complices. Nous y étions comme engagés. — Il avait achevé ce récit sans un tremblement dans la voix, sans qu'une inflexion ni qu'un geste témoignât qu'une émotion quelconque le troublât, — soit qu'il mît un cynique orgueil à ne pas nous paraître ému^ soit qu'il craignît, par une sorte de pudeur, de provoquer
a5S L'iuMonALisn
notre émotion par ses larmes, soit eniin qu'il ne fût pas ému. Je ne distingue pas en iui, même à présent, la part d'orgueil, de force, de sécheresse ou de pudeur. — Au bout d'un instant, il reprit :
Ce qui m'effraie c'est, je l'avoue, qne je suis encore très jeune. Il me semble parfois r que ma vraie vie n'a pas encore commencé. Il Arrachez-moi d'ici à présent, et donnez-moi des raisons d'être. Moi je ne sais plus en trouver. Je me suis délivré, c'est possible; mais qu'importe ? je souffre de cette liberté sans emploi. Ce n'est pas, croyez-moi, que je sois fatigué de mon crime, s'il vous plaît de l'appeler ainsi, — mais je dois me prouver à moi-même que je n'ai pas outrepassé mon droit.
J'avais, quand vous m'avez connu d'abord une grande fixité de pensée, et je sais que c'est là ce qui fait les vrais hommes ; — je ne l'ai plus. Mais ce climat, je crois, en es eause. Rien ne décourage autant la pensée que cette persistance de l'azur. Ici toute re-