‹ L'immortalitéChapitre 17 sur 50 · UNE VIEILLE GRAVURE · texte numérisé non relu

UNE VIEILLE GRAVURE

Un jeune homme mène par la main une jeune fille élégamment parée, qu'on voit par derrière et qui tient une rose. Ils sont dans une chambre. Il la conduit vers un canapé, en la tenant délicatement du bout des doigts.

Ils vont être ensemble, tout entiers l'un à l'autre, dans l'émotion du premier amour... La Mort entre pour la ravir.

En effet tant de bonheur n'est pas de ce monde. C'est ce que se dit ce jeune homme. Il ne voit pas la Mort, mais il la pressent. Elle le gêne et l'oppresse.

— il6 — Il y a dans son regard, dans son geste, tant d'anxieuse tendresse, tant de sollicitude que je comprends ainsi ce respect infini pour cette vie qui va lui échapper. Le poignant, c'est que cette jeune fille paraît forte; elle est bien prise de corps, il semble qu'elle ait tout pour vivre; mais lui, qui la connaît, il sait qu'elle a trop.

Pour exprimer cette apparition, ce souffle de jeunesse qui va s'envoler, le burin a effleuré le cuivre, et il a rendu, avec une délicatesse exquise de linéaments, le satin de la robe, les cheveux, le duvet de cette tendre fleur.

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Amour y tu es réchelon sublime , d'où mon âme peut se confondre aux vertiges de son voyage à travers Vunivers infini.

« A Finfini de l'amour, il faut Tinfini de Funivers. »

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La consdence^principe de toute éducation volontaire, de toute réforme, de tout progrès de la personn nalité.

Les Gaulois disaient à Alexandre : « Nous ne craignons que la chute du ciel. »

Pour nous, nous ne craignons plus que le ciel tombe, ni que la terre se brise, ni que rhumanité périsse. Mais nous craignons que notre conscience s'obscurcisse.

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Mire indéfiniment perfectible dans un univerê en mouvement qui ne change que pour $*améliorer et se perfectionner sans cesse. ^.

« Tous compagnons, tous associés, tous frères, mais tous libres individus.

« Associés, pour quelle œuvre? Pour le progrès de cette harmonie universelle successive, et dont la marche en avant constitue l'histoire propre de Dieu.

a Nos pères l'ont dit : Dieu souffre avec nous dans Abred [les Migrations^] .

a Notre progrès fait le progrès de Dieu.

« Nos pères disaient encore: «Dieu est l'équilibre,» c'est-à-dire l'Harmonie.

* V, Triades bardiques.

a Équilibre qui se fortifie. Harmonie qui croît. Chaque être qui s'augmente augmente l'être universel.

a Chaque être qui se diminue, diminue il est vrai, l'être universel. — Mais qui ne sent que la liberté vainc l'obstacle, que la lumière vainc les ténèbres?

a Tu cultives ta force propre. Eh bien ! sache que tu cultives la force de tous.

a Et voilà pourquof on va pourrir volontairement sur un ponton, pourquoi on monte légèrement sur un bûcher, pourquoi on livre au fer du bourreau une tête sereine et souriante »

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Car, ô douleur, ô remords, ô angoisse pires que les autres! toute cette vie je suis resté comme étranger ai^ hommes... et je vis prés d'eux stérile, fermé, égoïste par lâcheté, par malentendu ou par infirmité de nature.

Dans une composition dont j'ai cité un fragment *, je trouve le même sentiment exprimé, mais du point de vue de l'affranchissement par la mort.

« Ah bonheur! les glaces de Fégoïsme sous lesquelles notre cœur emprisonné battait à peine se fondent dans l'épanouissement de la lumière éternelle. D est vrai, nous fûmes durs, lâches souvent; hélas! c'était l'ignorance et la lutte, aujourd'hui c'est la réconciliation dans la lumière de Dieu, la fraternité. Ici l'on aime. »

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Page 69;| Que cette vie m*e$t donc insuffisante i

Personne ne peut dire ce qui lui sera permis sur terre. Mais ce que je sens bien, c'est que j'ai des ailes cachées qui se déploieront un jour; c'est que j'ai dans le cœur une plénitude d'amour qui n'a pas aimé encore. Pour que ces réserves de l'âme^ richesses sans fond ni mesure^^ apparaissent^ il ne fout le plus sourent qu'un moment, un regard, une parole, une situation, un aspect de la nature... Quand sera-ce? Qu'importe ! Combien de plus dignes l'ont attendue^ cette occasion , et ne l'ont pas eue sur terre l

Nous mesurons cette courte vie aux besoins de notre âme^ et cette vie n'est qu'un moment de notre immortelle vie.

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n est temps, après tant de séparations^ de pertes, de ruines et de catastrophes, de faire parler la vérité des choses, et d'ouvrir à notre comr op^ pressé les libres espaces d'un avenir sans limites.. ^

(Après une audition de la Symphonie Héroïque de Beethoven.)

La crainte de la mort est une fantasmagorie qui fausse l'Histoire. Les batailles, les ruines, les grandes destructions, qui nous semblent les coups terribles d'une divinité impitoyable, ne déconcertent en rien les lois de la Providence. Cette grande mère n'e poursuit pas moins dans chaque âme ses voies d'initiation, que cette âme quitte la terre ou qu'elle y reste.

Nuit noire que ces événements pour l'homme

aveugle, mais où se déploie pourtant l'héroïsme de ceux qui les aflErontent et s'y mêlent bravement, sans rien savoir au delà.

La Symphonie Héroïque est conçue dans cette inspiration de dégagement. C'est si peu de chose de mourir entre les mains de la Providence ! Il me semble que cette musique porte dans ses souffles des légions d'âmes qui transmigrent, tant une poitrine d'homme libre respire de mystères sublimes!

Qu'importent les déplacements? Rien ne se perd rien ne s'abime, rien ne se sépare vraiment. Ce sont évolutions delà destinée dont nous n'avons pas encore conscience, et dont Beethoven, le grand artiste, se rit dans sa ferveur.

En ce sens, les œuvres de Beethoven me représentent les hommes des sociétés futures qui, sûrs de ne pas mourir, se donneront carrière, comme se déploie la libre inspiration de cet homme de génie.

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Ce n'est ici que le balbutiement d'une créature imparfaite quiy sentant en soi un esprit immortel, s'essaye et cherche une langue pour son âme infinie.

AHJourd'hiû que les vérités de rimmortalité peuvent être balbutiées à peine, la meilleure éloquence à y apporter serait le naïf abandon de Fenfance, son sourire ineffable et la ferveur d'une âme enchantée aux premières lueurs de ce bonheur immense.

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Au fond je n'ai point de peur^ car je me sens immortel.

a Qui me vaincra jamais^ filg immortel de Dieu et confiant en la magnanimité de mon père! o

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