MONDE DU BONHEUR ET MONDE DES VOYAGES
Ceux qui ont diminué leur être par le mal redescendent dans les existences inférieures, humaines, animales, inorganiques, et parfois jusqu'au fond de l'abîme (le cnaos), d'où ils sont forcés de recommencer toute la série des existences. . . Ceux qui ont augmenté leur être par la connaissance et la force (morale) s'élèvent, de voyage
état de grâce sans avoir expié leurs péchés^ les expieront en purgatoire avant d^aller au ciel^ expiation (pi n*est plus une épreuve, Tissue en étant connued'avance. Les saints vont droit au ciel.
Ils y sont placés inégalement suivant les mérites inégaux de Tunique épreuve. Les innocents morts baptisés vont aussi droit au ciel. L^état des âmes dans le ciel est immuable. Plus d'espérance ni d'activité.
Point d'explication des destinées si diverses des êtres q[ui meurent sans mérite ni démérite personnel ; des enfants qui mepent baptisés ou non baptisés; ou, du moins, pour toute explication, la prédestination gratuite.
en voyage^ jusqu'au monde du bonheur. Les sages et les âmes héroïques franchissent les intermédiares et vont droit au ciel. On obtient^ dans le monde du bonheur, la pleine connaissance de soi-môme, de l'individualité absolument distincte que Dieu a donnée à l'âme en la créant, et qu'elle avait à l'état latent dans les existences inférieures^ à l'état de demi-lumièrcj de réminiscence, de pressentiment dans l'état où nous sommes présentement. On ressaisit dans le ciel la mémoire de toutes les existences passées, mémoire qui nous accablerait, au lieu de nous aider, dans la &iblesse de notre condition terrestre. Dans le cercle des voyages, les existences successivesproc^tiatan^ de la mort (se renouvelaient
Sarla mort). Dans le monde u bonheur, les phases successives de l'existence procèdent de la vie; la vie du ciel est éternellement active et progressive. On ne tombe pas du monde de pleine lumière et de pleine liberté ; mais on y monte toujours de plus en plus vers Dieu, seul unmuable, t^ans jamais se confondre à lui.
On remarquera peut-être que, pour les deux doctrines, M. Henri Martin se sert des mots moyen âge et druidisme. Nous ne sachions pas que, dans les temps modernes, les diverses Églises chrétiennes disent plus sur les destinées de l'homme et aient modifié sur ces questions leurs dogmes immuables.
Quant à la philosophie, sa voie a été assez rude sur terre pour qu'elle ait ajourné jusqu'ici de suivre l'homme avant la vie et par delà la mort.- Mais aujourd'hui que la tradition de la vieille Gaule a été retrouvée, s'en tenir à une négation stérile ou à la résignation muette et fière d'un nouveau stoïcisme, c'est se condamner à subir indéfiniment l'indifférence universelle. Devant l'insuffisante affirmation de l'immortalité dans l'Évangile, devant les dogmes chrétiens contraires par la doctrine de la prédestination aux institutions d'égalité de la Révolution française, la philosophie est amenée à prendre le plus beau rôle qui se soit jamais offert à elle, la consolation de ce monde.