DE LAME
« Dira-t-on que la notion de force est vague et confuse, que nous ne connaissons les forces que par leurs effets? « Cela serait vrai^ si nous n'avions pas une âme et si nous « ne la connaissions pas... Se trouvera-t-il quelqu'un pour a révoquer en doute que Tâme pense et veut, qu'en nous- « mêmes nous tirons de nous et de notre fonds des volitions (( et des pensées, tout cela spontanément?... Ce serait « récuser ce témoignage de la conscience qui nous atteste « qu'elles sont nôtres, ces actions que nos adversaires « transportent à Dieu. »
a L'âme humaine, voilà le type toujours présent de l'activité. Otez à l'âme la raison et la liberté, réduisez-la à ces appétits aveugles, à ces sensations confuses, à ce que Leibnitz appelle des pehsées sourdes : vous avez la vie animale. Retranchez encore, concevez la conscience de plus en plus obscurcie, comme dans un rêve faible et confus,, tout proche de l'engourdissement complet : vous avez la vie purement organique. Enfin, là où il ne reste qu'une activité qui se disperse et s'échappe complètement à ellemême, c'est l'être inorganique, l'être brut. Voilà, dirat-on, un être inerte. Point du tout ; l'inertie n'est qu'à la surface. Ce qu'on appelle repos n'est qu'un mouvement devenu imperceptible. Ce qui paraît permanence passive est un équilibre passager produit par des forces qui luttent et se neutralisent.
a Combien d'ailleurs est petite la part de la matière inorganisée dans l'univers! a ... H y a un monde de créa-* « tures^ de vivants, d'animaux^ d'âmes^ dans la moindre cr partie de la matière. Chaque portion de la matière peut et être conçue comme un jardin plein de plantes, comme ff im étang plein de poissons; mais chaque rameau de la a plante, chaque membre de Panimal^ chaque goutte de « ses humeurs est encore un autre jardin et un autre a étang... Ainsi il n'y a rien d'inculte^ de stérile^ de mort o dans Tunivers; point de chaos^ point de confusion qu'en a apparence... »