‹ L'immortalitéChapitre 38 sur 50 · LA BONTÉ DE DIEU · texte numérisé non relu

LA BONTÉ DE DIEU

Plus te révèle à moi la magnificence de TuniVers» plus je me regarde et m'interroge avec inquiétude, perdu que je suis au milieu de tant de merveilles.

Au moment où les découvertes se pressent^ lorsque des horizons de toute grandeur et de toute profondeur se dévoilent dans Tinfiniment grand et dans tinfiniment petit, où m*établirai-je pour n'en être ni confondu ni anéanti? Où s'abritera mon infime personnalité? Entouré d'abîmes où mon intelligence se perd 9 à quoi ma vie présente suspendra-t-elle sa trame?— Ce n'est ni vanité, ni orgueil, mais nécessité de sauver ma lumière. Mes yeux se ferment aux œuvres de Dieu, s*il a tout créé pour sa gloire, sans soud de m'en accabler, pauvre créature.

mon âme, qui te rassurera?....

Je ne puis vivre ni mourir ainsi, étranger aux au^ très hommes, indifférent à la nature, victime ou jouet d'un Dieu qui m'a créé sans qu'il m'ait dit pourquoi !

Ma conscience proteste. Eh bien ! oui, elle se révolte de savoir Dieu si grand et de me sentir si misérable ; et, vous, théologiens et philosophes, qui no trouvez d'autre explication que d'opposer sans cesse ma vanité à tant de puissance, vous me rendez impie.

J'aime mieux écouter cette voix secrète qui tressaille en moi devant les spectacles de Dieu. Elle m'emplit d'une espérance ineffable. Quand j'ai cru reconnaître Dieu visible, ma vie est comme enchantée. Je me sens affranchi de la douleur, j'ai un courage intrépide. Il semble en vérité que je doive me réjouir de ce qui paraît fait pour m'accabler. — Mais ce n'est là rien qu'un sentiment vague que je ne puis définir. Ce n'est ni une base de conviction pour moi, ni un argument de persuasion pour les autres hommes.

Quelle démonstration assez ferme, assez concluante, quel fondement irréfragable opposerai-je à mon incertitude et à la dissolution des systèmes qui ont tenté d'expliquer l'homme devant Tinfini de Dieu?

Est-ce plus de science? mais plus j'apprends, plus je reconnais mon ignorance. — Est-ce mon âme plus pure? mais plus je suis sincère, plus je ne vois en moi que faiblesse.— Est-ce une inspiration d'en haut? mais quand la mériterai-je? et pourquoi, entre tint d'innombrables créaliuTS, serais-jc Téiu de Dieu? C*est dans cette Aie, c'est maintenant, t'est aujoin-

dliui qu'il me faut cette réponse. Demain, que seraije devenu?.... Quand une telle question se pose, la réponse doit venir. Ce cri d'angoisse deviendrait blasphème. — Mon Dieu, ayez pitié de moi, car je m'épouvante de vous interroger ainsi. Mais vous Tavtîz voulu, puisque vous m'avez donné cet esprit qui vous cherche. Je ne me surfais point. Je suis lés lois dénia nature. Je ne vois en moi qu'un désir de vous comprendre et de me comprendre. Si vous m'avez permis de concevoir ce problème, c'est que probablement j'ai en moi la puissance de le résoudre.

Or je trouve dans mon cœur un mot (jui suffit pour me convaincre et sur lequel je puis édifier une démonstration invincible.

Bonté de Dieu ! je t'oubliais, quand, confondu de «i grandeur, je ne voyais que ma faiblesse.

Bonté de Dieu ! je t'oubliais, quand, ne considérant que les imperfections des sociétés humaines, je n'y voyais qu'une réunion de malheureux comme moi.

Bonté de Dieu! je t'oubliais, quand je ne voyais dans la nature que des lois fatales.

Donc quelles que soient les limites et les incertitudes de ma connaissance; — quelles que soient les choses inconcevables et écrasantes de grandeur qui viendront assaillir ma faiblesse, j'ai pour me réfugier, j'ai pour les dominer, un axiome :

Dieu est aussi bon dans sa création qu'il est grand et fécond infiniment.

Dieu aime autant sa créature qu'il est admirable en elle.

logique, tu m'assures de l'amour de Dieu. Tu m'affirmes que sa bonté égale sa grandeur, lorsque sa grandeur éclate à tous les yeux par l'accumulation des travaux du genre humain et par les perspectives indéfinies que les sciences découvrent.

Donc, pour me rassurer, toutes les magnificences de l'univers témoignent des bienfaits dont Dieu comble incessamment ses créatures et qu'il tient en réserve pour chacune d'elles.

Que cette vérité du médiateui-, (jui fut le salut du monde, se développe dès lors avec grandeur!

Le Christ avait révélé à l'homme l'amour de Dieu, en tirant de son sacrifice ces paroles de toute vérité ; Quand vous me voyez, vous voyez mon père. — Saint Paul avait réconcilié les Juifs et les Gentils en affirmant, par-dessus toute barrière de nationalité et de caste, que Dieu est esprit, que l'homme est esprit. — La Renaissance avait intéressé l'homme à la création, en considérant la nature comme une bonne ouvrière, une compagne, une associée donnée par Dieu à rhomme pour l'aider et travailler avec lui de copcert.

Maintenant nous disons : Toutes les créatures sont entre elles leur médiateur. En chacune d'elles je vois Dieu, non-seulement Dieu grand, mais Dieu bon, Dieu

qui Taiine et qui m*aime, comme en plusieurs je le vois dans plus de grandeur et dans plus de bonté. Il est donc yrai que je suis plongé dans un infini qui m'aime, où par un nombre indéfini de frères de tout degré, de toute figure et de toute intelligence, c'est un seul et même Dieu qui les aime et qui m'aime.

Que les sciences me deviennent bienfaisantes, car dans chaque objet qu'elles éclairent, je puis connaître une face nouvelle d'un Dieu aussi bon qu'admirable î

Que l'histoire est sublime, puisque j'y puis étudier la marche de concert, du genre humain, des peuples et des individus qu'aima Dieu !

Que ma vie est enchantée, puisque en mes parents, eu mon ami, en mon enfant, je retrouve un Dieu qui les aime et qui m'aime !

Et toi, mon âme, où Dieu habite, tu es donc entre les mains d'un Dieji infiniment bon qui ne t'a créée que pour t'initier à son amour! Plus tu grandis, -plus tu deviens capable de connaître et de ressentir sa bonté infinie !

Mon Dieu ! je puis donc t'aimer enfin sans te faire descendre de ta majesté incompréhensible dans une figure indigne de ta grandeur; je puis t'adorer sans vision ni extase, mais de toutes les forces de mon intelligence et de ma raison ; et le champ immense que j'ai pour t'aimer et reconnaître que tu m'aimes est la réalité même du monde où je dois vivre.

Bonté de Dieu; tu m'assures une autre vérité aussi

nécessaire, ma victoire sur la mort, Timmortalité.

Le Christ avait parlé de sa résurrection, mais sans s'expliquer. Saint Paul disait bien : Dieu est esprit, rhomme est esprit, donc l'homme ne peut mourir; mais cette vérité, dans cette forme abstraite, restait inféconde. Nos pères, les Gaulois, étaient si sûrs de revivre, qu'ils se faisaient un jeu de mourir; mais par là ils terrifiaient les Romains, et le monde n'était point consolé.

Nous revivrons, parce que Dieu est bon, parce que Dieu est juste, autant que sa grandeur est devenue manifeste. Et si. nous devions disparaître et nous séparer à jamais de ce que nous avons aimé, il ne nous aurait point conduits à entreprendre et à commencer tant de choses vaines. Il ne m'aurait pas entr'ouvert les yeux à sa lumière pour me la retirer subitement, quand il ne m'est possible dans cette vie ni de la connaître, ni de la posséder, ni d'en jouir. Si je m'abuse par cette espérance, il n'aurait point abusé de même tous les autres hommes, car un si absurde caprice est inconciUable avec tant de grandeur manifeste, et ce serait blasphémer la divine ordonnance de ce monde que de supposer à toute cette harmonie une solution ruineuse dans le néant.

Donc tout continuera : ce qui est infime deviendra grand, ce qui est grand deviendra subUme, ce qui est mauvais deviendra bon, ce qui est bon deviendra meilleur dans des mondes meilleurs. Et dès cette vie je me penche comme sur Tabîme de mes félicités fu-

tures, pour m'ancrer dans mon éternité de vie et dans rinfini de mon œuvre.

Sois béni, ô mon Dieu ! qui me donnes, parnai tapt de misères, la récompense de tous ceux qui m*ont précédé, qui fais de mon âme, malgré ses voiles et ses limites, un concile, une Eglise où tout ce que je puis comprendre de ta création vient t'aimer, fadorer, te remercier de ton inépuisable bonté î

Ceci est la foi de la France, car c'est à la fois le réveil de la Gaule et le développement du christianisme.

C'est le réveil de la Gaule opprimée par le catholicisme romain : Ils ressuscitent en moi, mes pères. Autant ils étaient intrépides à combattre, autant je me sens intrépide à connaître. Autant ils étaient gais, insouciants à mourir, sûrs qu'ils étaient de revivre, autant, sûr de ne rien perdre ni de mes amitiés, ni de mon œuvre commencée, je me sens allègre pour la continuer de concert avec vous, mes amis, dans les voies indéfinies d'une activité infinie.

C'est le développement du christianisme, car le christianisme avait posé le princiï)e du médiateur, mais en dehors de toute intelligence, en faisant du médiateur un accident unique, un Dieu descendu sur terre dans un moment du temps. Nous, par la force de la liberté que nous ont acquise tant de martyrs et d'hommes sincères, nous sortons cette vérité du miracle où elle était incomprise, nous la démontrons

comme un axiome de la raison, lorsque tous les héros, tous les esprits de lumière, tous les hommes sublimes deviennent nos médiateurs ; et dans le présent comme dans l'histoire, nous disons de nos frères ce que 1(3S chrétiens disaient seulement du Christ : Quand îioijs les Toyons, nous voyons Dieu.

Nous rendons à la France, dans la croyance à l'immortalité, Fancienne foi de la Gaule dont des populations encore barbares, par leur mépris inconsidéré de la vie, avaient fait une religion de çang. Nous lui conservons le christianisme avec ses vérités, mais dégagé de ses superstitions. En cela nous sommes plus charitables que les philosophes qui veulent radicalement détruire l'ancienne croyance, sans voir qu'enlever à un peuple sa religion, c'est le faire mourir. Et pour qu'il ne périsse pas ce peuple, nous affirmons sa foi, mais comme il peut y croire, ferme et inépuisable, sublime et raisonnable.

Pour nous, hommes de ce temps, je ne trouve rien d'inconciliable entre l'esprit chrétien et l'esprit de nos pères. Il est bien entendu que je ne parle point du druidisme et du christianisme comme systèmes et comme dogmes inflexibles. Mais les systèmes passent dans l'intolérance de la lettre, et il reste du druidisme

et du ciiristiauisme les vérités telles qu'elles se confirment dans notre conscience.

Je mets en regard le christianisme et le druidisme sur deux questions capitales : celles du mal dans l'homme, et du Sauveur, autrement dit du Médiateur.

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