DU PROGRÈS INDÉFINI
« Que peut savoir la philosophie de Tétat des âmes dans la vie future? Rien de précis ; m^iis ce que la raison peut assurer, c'est que l'état futur de l'âme ne sera pas un état d'immobilité, de contemplation oisive et stérile. Comment l'âme perdrait-elle son essence, qui est l'activité, et sa loi, qui est le progrès? Et puis^ comment pourrait-elle^ étant finie et se déployant dans le temps^ atteindre et
* Cette page est tirée des Lettres inédites, publiées récemment par M. Grotefend.
posséder son idéal éternel et infini? « Ainsi notre bonheur a ne consistera jamais et ne doit pas consister dans une a pleÎQc jouissance où il n'y aurait plus rien à désirer, et (( qi)! r^ndruit notr^ esprit stupide^ mais d^n$ un progrès cf perpétuel à dç nouveaux plaisirs et à de nouvelles per- « fections. »
Ainsi il est déjà immense le champ des confirmations de nos pères, soit dans les régions pures de la pensée, soit dans les découvertes scientifiques modernes.
Le sentiment de l'identité personnelle, la base de la philosophie gauloise (YAwen), de la doctrine mazdéenne (le Ferouer), se retrouve dans la théorie de Leibnitz comme la force qui est dans toute substance, et s'affirme de nos jours dans les expériences des physiologistes comme la manifestation plastique qui préside à la formation et à la conservation de tout organisme.
Cette victoire deFesprit dans la nature, de la liberté propre de chaque être, de Fidentité éternellement perfectible, de la conscience inamissible, apparaît la grande loi de l'univers, soit que l'homme écoute le cri de son cœur, soit qu'il se saisisse de l'infini dans l'espace, soit qu'il veuille comme l'épuiser dans l'atome.
L'astronome voit la matière cosmique engendrer des planètes * , comme le physiologiste observe sur l'objectif du microscope l'acte tout spontané par lequel la force plastique rassemble les molécules d'organismes expirés pour la formation d'un nouvel organisme '.
Ainsi même loi, que ce soit « un brin d'herbe ou un soleil, » dit Leibnitz.
Même loi, que ces organismes se trouvent à des distances ou à des profondeurs dont la pensée nous stupéfie. '
Soit que l'astronome aperçoive dans un lointain sans bornes ces nébuleuses dont la lumière met un million d'années à nous parvenir;
Soit que le physiologiste découvre le monas crépueculus (d'Ehrenberg), dont le diamètre n'a guère que 0,0005 de millimètre, ténuité telle que R. Ov^en suppose qu'une seule goutte d'eau en contient parfois 500 millions d'individus, nombre qui égale celui de l'espèce humaine répandue à la surface de la terre.
Tout se lie, tout s'enchaîne, tout se répond de la
science à la métaphysique.
Que Leibnitz, par l'intuition de l'esprit, dise : a II y a un monde de créatures, de vivants, d'ani-
« maux, d'âmes dans la moindre partie de la matière.
c( Chaque portion de la matière peut être conçue
' Le Verrier, Comptes rendus du Cosmos, t. XVII, p.'476, • V. ci-dessus concordances physiologiques,
a comme un jardin plein de plantes^ comme mi étang a plein de poissons; mais chaque rameau de la « plante, chaque membre de Tanimal, chaque goutte « de ses humeurs est encore un autre jardin et un « autre étang.... »
Les expériences des physiologistes allemands confirment cette image à la lettre dans leurs expériences sur la fécondation des plantes. Prenons un grain de cette poussière impalpable que secouent les blés en fleur dans les belles journées de juin, l'observateur y remarque deux membranes dont l'extérieure se brise lorsque le grain de pollen arrive sur le stigmate du pistil. « Alors on distingue, à travers les parois diaa phanes de la seconde enveloppe, la liqueur fécon- « dante appelée fovillay et dans celle-ci des granules « infiniment petits qui nagent dans la liqueur, s'agi- (c tent dans tous les sens, et paraissent doués de mou- « vements instinctifs^ »
Que, dans la philosophie gauloise et mazdéenne, comme dans la doctrine de Leibnitz, il n'y ait pour ainsi dire point de matière inerte, mais partout des forces (des êtres, des esprits, des âmes, peu importe le mot) dont l'activité est la mesure de l'existence ;
De même les grands botanistes allemands ne peuvent expliquer les phénomènes de la physiologie végétale qu'en reconnaissant dans la plante une âme.
* Boscowilz, VAme de la plante, Revue germanique, i*"" et 1 5 janyier 4 861 .
Et pour en venir à ce que Ton nomme si improprem^ le monde inorganique^ «le gouAre qui Pasi a longtemps séparé du monde organique a déjà été « rempli, en partie du moins, par la science. La « minéralogie, en constatant dans les corps une ten- « dance à revêtir des formes géométriques particu- « lières, y a saisi, on peut le dire, une sorte d'indice vidualité, inerte encore il est vrai, mais néanmoins « bien définie*. »
Devant ces concordances des lois divines, aussi adorables,' qu'on les surprenne par l'intuition, qu'on les sonde par la méditation, qu'on les constate par l'expérience, ces paroles de Scliiller naontent naturellement du cœur :
Ce que Iq géniç promet, la nature raccomplit.
Et elles s'associent h la pensée mère des écrits d'OErsted:
a Seules, la pensée et Timagination, fertilisées par la seienee, voient luire Téternité à traver3 la lumière des
N'est-il pas admirable que ce soit justeni^nl; dans les sciences de la nature^ réprouvée par les tbéolo*
* Laugely Revue germaniqiœ, — M. Pouchet, à qui je soumettais ce passage, me disait, avec un grand bonheur d'expression, en parlant de la cristallisation artificielle du sel gemme : On voit chaque molécule se ranger Vune contre TautrQ dans uq ordre d'une régularité admirable. Chaque molécule sent sa place.
giens comme brute , inerte et à part des lois mo- YdleSy que s'avivent aujourd'liui les sources de Timmortalité taries dans leurs dogmes immuables!
N'est-ce pas le lieu de répéter encore ces paroles de Schiller ( Les Trois Ages de la nature) :
ce La fable lui donna la ^ie, Técole la lui enleva, la raison lui rend une vie créatrice. »
Nous aurions voulu ici, au seuil du temple delà solidarité universelle, prêt à le franchir dans l'élan vers nos vies immortelles, marquer le lien profond de tous ces travaux, de toutes ces recherches, de toutes ces méditations qui n'ont eu encore que notre pensée infime pour synthèse.
Qu'on dise maintenant que la foi est morte, qu'elle esHiigdiielliaUe avec ta raison, qiland tout ce qui est de r^rivCT» u dédotttre immortel, infini et indéfiaimeal peifk^M» dans les lois d'un Dieu de bonté*
Quelle ^e soit leur insuffisance, oh m^éxcusem f)eat-êii*e de reproduire les pages suivantes qui furent écrites au commencement.de cette recherche, lorsque j'ignorais la doctrine des Triades et tout ce qui la confirme. Elles marquent le but qu^il m^a été permis d'entrevoir. — Elles essayaient, eh dehors de toute tradition, une démonstration de l'immortalité par la bonté de Dieu. La bonhomie sidiHme avec laquelle Leibnitz fonde notre personnalité indestructible sur la société de plus en plus intime de rhomme avec Dieu m'encourage à les placer ici.