‹ L'immortalitéChapitre 7 sur 50 · MÈRE LA PATRIE, ET CETTE RÉVÉLATION LA FOI DE NOS · texte numérisé non relu

MÈRE LA PATRIE, ET CETTE RÉVÉLATION LA FOI DE NOS

Pères! En vérité, je n'ai rien supposé, je n'ai fait que traduire*, et à travers mes paroles insuffisantes le sceau de notre race est manifeste.

Nous nous croyions abandonnés de Dieu et la France près de périr, parce que nous nous étions oubliés devant des autels étrangers qui ne parlaient, plus à notre cœur ; — et voilà qu'au plus fort de notre désert moral, la Gaule du fond des âges nous envoie sa foi, pour nous rappeler à nous-mêmes, et que de l'émotion de nos cœurs nous en fassions jaillir les splendeurs.

Il n'a rien manqué à cette merveilleuse histoire, ni l'enfantement de la douleur, ni la domination de l'étranger, ni l'oubli par la France de sa propre révélation, ni l'immolation de ceux qui eurent le dépôt de ces vérités nationales, ni la successioji des prophètes, ni la cendre chaude des martyrs qui garda l'étincelle.

Ils se récrieront, ils se moqueront, les pharisiens, de ce que la foi de la France sorte d*un coin de terre ignoré et d'hommes sans nom. Eh bien ! oui, c'est là le caractère de la vérité de venir ainsi à son heure, sous une forme méprisable, et d'être méconnue du grand nombre.

' V. Triades bardiques^

Pour que le génie de la vieille Gaule produisît tout son fruit, une partie de notre race est restée pure, à Fabri de tout mélange, et, dans le secret de la méditation, a porté pendant le moyen âge ce Verbe d'espérance*

C'est de leur vie même et de leurs échecs, que nos pères ont arraché le mot de l'énigme, transformant magnanimement leur passé de guerres barbares en affirmation de sociabilité universelle, leurs rivalités sanglantes en reconnaissance du droit d'égalité, la supériorité tyrannique des individus en devoir de répandre la lumière et de se dévouer : faisant de l'aveuglement, intrépidité ; de la passivité, constance; de la résignation, héroïsme; de l'ignorance, réceptivité infinie; du malheur, vertu; des rares moments de bonheur sur terre, les pressentiments du ciel; de l'univers, le livre de la connaissance de Dieu pour l'homme.

Ils ont embrassé intrépidement tout ce qui est et ce qui n'est plus, tout ce qui se conçoit et ne peut se concevoir; pas une créature existante, ou possible, n'a été oubliée par eux, pas un état des êtres, pas un désir de l'homme, pas une activité, pas une personnalité, pas un mystère. Aussi fiers dans leur isolement, envahis par la catholicité européenne et dépossédés de leur sol, qu'ils avaient été aventureux à se répandre par le monde dans leur première effervescence, ils ont mieux aimé périr exterminés, que de transiger avec une foi étrangère qui ne pouvait contenir leur

croyance on de se mdlev à des races qni ne savaient comme eux défier la mort.

Mais aujourd'hui que le travail au grand Jour de rhumanité moderne confirme cette foi antique de nos pères, elle acquiert des puissances, elle prend des énergies qu'elle ne comportait pas dans la pensée de ses prophètes, et devient, non plus la protestation d'une race qui meurt, mais le Verbe d'allégresse de l'humanité à travers les mondes; non plus seulement l'appel aux vies futures, pour la persistance d'une race à qui la patrie manquait, mais, dès la terre, le déploiement de l'univers infini pour la perfectibilité des sociétés, par l'incessante évocation de ce qu'il y a de plus énergique dans la nature, la personnalité de chaque être^

Nous savons maintenant pourquoi l'Angleterre, en exterminant des populations celtiques entières, n'entama jamais l'esprit de nos frères de Galles, de Cornouailles, d'Ecosse et d'Irlande.

Comme les Juifs attendaient un Messie vengeur de leur race, et eurent un Messie d'amour qui constitua une humanité, les Kymrys, dans leur paradis de pierres, songeaient à leur délivrance, et leur foi en rimmortalité fera la délivrance du monde.

Pour être le soldat de ce Dieu de bonté, et l'apôtre de cette Éghse de l'immortalité, il semble que la France ait été si bien mêlée au monde, et que toutes les races aient contribué à la doter, comme une

nouvelle Pandore. En vérité, au jour de sa grande action, il ne lui resterait de tous ces dons qu'un seul, celui que reçurent les Gaulois entre tous les peuples lui suffirait : Tespérance, — mais Tespérance invincible, infinie; Tespérance aussi vaste que toutes les douleurs à soulager, que toutes les aspirations à remplir, que toutes les œuvres à entreprendre; non plus la vague et stérile espérance, qui s'ajournait après la terre, mais dès cette vie, l'espérance présente, active, énergique; l'espérance avec la certitude qu'elle ne sera pas trompée cette fois, puisqu'elle trouve dans ses œuvres sa récompense.

Si notre génération était trop malade, trop sceptique pour recevoir ce Verbe d'espérance, rien ne serait perdu, mon ami, car quel enfant, devant cet Évangile de la France, ne s'écriera : C'est maintenant que je puis entrer dans la vie. Je puis connaître, je puis aimer, je puis entreprendre, je puis souffrir, je puis mourir. — Qu'importe que ma vie soit tranchée avant l'âge, des aveugles me plaindront, mais moi, qui sais que je ne meurs point, je me réjouis, soit que je vive, soit que je meure, car Dieu m'appelle à conquérir une plus grande vie, où rien ne pourra me séparer de ceux que j'aime.

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