‹ L'immortalitéChapitre 8 sur 50 · DE LA SOLIDARITE UNIVERSELLE · texte numérisé non relu

DE LA SOLIDARITE UNIVERSELLE

Il nous est donc expliqué parla pei'sonnalité même, ce mystère de la solidarité universelle. Il ne vient pas un homme, pas une créature au monde, dont tous les mondes ne doivent être réjouis, augmentés, glorifiés. Car plus cette créature existe en elle-même, plus elle devient nécessaire, indispensable à tout ce qui n'est pas elle.

Voilà qu'il se découvre dans sa grandeur, cet universel concert de la création, qui se joue dans Fâme individuelle comme entre les créatures. Viennent toutes les sciences, celles qui sont nées et celles à naître, jamais, en découvrant incessamment de nouvelles perspectives dans ks choses visibles et invisibles, elles n'épuiseront les harmonies de la vie en soi, de la vie dans les autres, de la vie par les autres, de la vie pour les autres. — Quelles diversités! quelles ressemblaa-

ces! quels contrastes! quels rapports! quelles combinaisons! quelles analogies! quelle analyse! quelle synthèse ! quelle solidarité et quelle libre personnalité (le ces créatures qui avancent vers la perfectibilité indéfinie, chacune dans sa mesure et son mfiuvement l>ropre, sans jamais se. perdre ni se confondre! Klends-toi, mon intelligence, pour comprendre cet univers et ce Dieu qui Thabite.

La vie de la terre est donnée à Thomme, non-seulement pour pressentir ces vérités, mais pour s'assurer (jumelles existent. Il y a dans Tâme, comme dans le milieu qui Tentoure, le germe de tout ce qui sera.

L'homme était caché à l'homme et la nature à l'homme, et voilà que, dans la foi en l'immortalité, ce devient un bonheur de voir des hommes et les œuvres des hommes, de pressentir leur âme et leurs destinées immortelles.

bonheur de parler à un homme comme à un frère .immortel! source nouvelle de tout art et de toute poésie ! Rien que par cette bonne intention, on ferait des miracles en éveillant une âme et la suscitant à sa vie.

nature, je te regarde avec une curiosité infinie. Rien de tes phénomènes ne m'est indifférent, même de ce que je ne puis comprendre. Ton spectacle n'est l)as pour moi une vaine fantasmagorie qui passe, uiais le vrai milieu de mon âme, le champ des récv

lités éteraelles où mou intelligence mesure la gi\indeur de Dieu à la perception que j'ai de ses merveilles.

Dans ce court passage sur terre, où je n'en aurai presque rien aperçu ni compris, je sais du moins qu'elles existent ces merveilles que je ne puis concevoir, et que plus je croîtrai, plus je pourrai les connaître. Heureuses découvertes des sciences, elles anticipent et m'éclairent sur le développement de mes sens dans l'immortalité I

Le microscope et le télescope ne me permettent encore d'envisager qu'un objet particulier au delà de ma vue habituelle ; mais quand cette vue indéfiniment amplifiée sera mienne, quand mes yeux seront capables de percevoir les plus petites parties de l'étendue comme les plus considérables, par une corrélation équivalente de mon intelligence,i'aurai la compréhension au même instant des plus grands intervalles de temps. — «Alors, dit M. de Humboldt, disparaîtra l'immobilité apparente qui règne dans les cieux.Les étoiles sans nombre sont emportées, comme des tourbillons de poussière, dans des directions opposées; les nébuleuses errantes se condensent ou se dissolvent; la voie lactée se divise par place comme une immense ceinture qui se déchirerait en lambeaux : partout le mouvement règne dans les espaces célestes, de même qu'il* règne sur la terre à chaque point de ce riche tapis de végétaux, dont les rejetons, les feuilles et les fleurs présentent le spectacle d'un perpétuel développement, »

C'est ainsi que, porté sur la terre ferme de la tradition de mes pères, leur croyance m'ouvre déjà la possession « de ces champs sillonnés par la lumière où germent des myriades de mondes comme Therbe d'une nuit. »

Cette terre est la base d'où mon esprit s'élance vers ses vies supérieures. Cette vie humaine est la semence de mes félicités ou de mes misères. A moi de la faire bonne ou mauvaise. C'est vanité de vouloir s'en abstraire. Il ajourne sa destinée et méconnaît l'œuvre de Dieu en lui, celui qui perd ou méprise cette vie. Le fond des vérités de la France, c'est la morale humaine. Il n'y a rien de réel pour moi que ce moment où je vis, puisqu'il enfante tous les autres.

La révélation de la France met l'homme en vue du bonheur. Mais il n'y a qu'une voie pour l'y conduire, cette vie. Le surplus est une conséquence qu'il en tire pour enchanter son labeur et sa peine.

L'homme est perfectible. La société est perfectible.

Le jour d'une plus grande justice se lève incessamment- sur cette terre, éclairant plus d'hommes, plus de peuples.

Ils ne sont pas morts poiur la vie, ces hommes obs-

curs. Ils n'ont pas passé, ils ne passent point rejetés de la lumière^ ils auront leur avènement.

Elles ne sont pas mortes ces idées ajournées. Elles couvent, se purifient et se complètent, et ce qui a fait le scandale du monde fera sa réconciliation.

Elles auront leur résurrection et leur justice, ces nations martyres qu'on croyait exterminées et disparues de la terre. Ds ne sont pas voués à un étemel oubli les peuples qui paraissent n'avoir plus d'histoire. L'immortalité leur assure leur place dans le concile du genre humain. Chacun a son droit, sa vérité, et, à mesure que l'histoire les réveille dans notre souvenir, nous reconnaissons en chacun d'eux, comme dans une image agrandie, une partie de notre révélation qui se découvre.

Ils ont passé ces peuples et ils revivent dans le souvenir et la justice de l'histoire.

Ils ont passé et ils revivent en des sociétés meilleures.

Ils ont passé ces hommes et ils ont leur continua* tion et leur accompUssement en d'autres honunes.

Ils ont passé et ils sont allés se perfectionnant ailleurs.

Ainsi double action de tout homme, de toute société, immortalité en soi, immortalité dans les autres*

Maintenant regardons sans vertige ces inégalités dont les uns ont voulu s'abstraire, que d'autres ont espéré anéantir dans leurs système^ : elles existent partout; elles sont mieux qu'un accident transitoire, elles sont la vérité de chaque âme et la condition essentielle de vie pour les sociétés. Elles sont fondées on raison, car naturelles ou volontaires, elles dérivent do la liberté et de l'activité de l'homme dans ses existences antérieures et dans cette vie.

Ces inégalités de nature et de mérite, qui tendent toujours à s'accroître, loin d'être un obstacle à l'égalilé sociale, sont les éléments mêmes de l'harmonie dans une société de frères immortels.

En prenant pour type la divine ordonnance de l'univers où l'unité de Dieu éclate dans la diversité harmonique des créatures qui toutes procèdent de lui, (juoique différant entre elles, et tendent toutes, par les voies les plus diverses, à se rejoindre en leur auleur, — l'harmonie d'une société consiste dans la plus grande inégalité des aptitudes, dans la plus grande diversité des activités; — mais avec des moyens d'éducation qui sollicitent toute âme de faire cesser l'inégalité qu'elle subit, par une supériorité propre qu'elle acquière sur les autres; — mais avec la conscience d'une religion commune qui réunisse toutes ces destinées diverses dans l'unité d'une même famille dont Dieu est. le père.

De sorte que le but de l'éducation, dans une société immortelle, est de faire de chaque âme une indivi-

dualité sî forte qu'elle devienne par cela même indispensable à l'ensemble, à cause des avantages qne seule elle peut donner.

De sorte que le but de la religion est de réunir toutes ces âmes en Dieu, père de cette famille, qui se réjouît d'autant plus que chacun de ses enfants ressemble moins à l'autre, et que sa famille devient une har-^ monie de plus en plus complète, parce qu'elle représente mieux l'infinie diversité de ses dons.

Ce n'est pas seulement l'individu, maïs la société, mais l'histoire qui a son explication dans la croyance en l'immortalité, et nous pouvons vraiment dire : les âges de la conscience commencent.

nations, quand vous saurez que la France, dans sa foi, n'a rien d'iiostile ni d'exclusif, mais qu'elle vous convie à élever cette^nouvelle Église où chacune de vous représentera les vérités que Dieu lui a confiées et qu'il semble n'avoir confiées qu'à elle, tant elles se sont empreintes du caractère même de chaque race et de chaque nationalité, alors cette terre se renouvellera d'une humanité nouvelle.

Les mêmes vérités se sont répandues dans tout l'univers, mais dans chaque nation et dans chaque homme comme elles ne sont nulle autre part. C'est cette reconnaissance des mêmes vérités, sous les formes les plus diverses, qui sera le lien de lai^ôu-

Telle alliance entre les nations^ les classes et les individus.

Que ces paroles d'immortalité aillent d*abord à ceux qui souffrent.

Frères, notre pouvoir n'égale pas encore notre vouloir. Limités, imparfaits comme nous sommes, nous ne pouvons, nous ne savons vous aider assez. Mais nous vous apportons la bonne nouvelle que vous serez consolés et que chacun de vous aura la plus grs^de vie et le plus grand bonheur qu'il puisse souhaiter par la possession de plus en plus complète de sa personnalité propre.

Il y a entre nous des barrières, des obstacles physiques, des malentendus, des ignorances. Si j'allais à vous dans ma personne vivante, vous ne m'entendriez pas. Mais vous entendrez ce mot que je tire de la foi de la France:

Frères, si mes yeux pouvaient s'ouvrir, je verrais Dieu en vous.

Frères, si vos yeux pouvaient s'ouvrir, vous verriez un Dieu bon, même dans ces hommes qui vous méconnaissent ou vous maltraitent.

Dans cette société dont vous êtes les victhnes et pour laquelle votre vie n'est qu'un sacrifice sans récompense, vous travaillez à des œuvres qui ne s'arrêtent pas à ce monde.

Votre labeur ingrat vous gagne un bien autre bon*

heur que celui que vous pourriez envier aux heureux de la terre. La privation, par devoir, de ce qui est le plus nécessaire à Thomme, le met dans l'état humain par excellence, l'héroïsme.

Privés encore des lumières de l'immortalité, les hommes n'ont ni repos ni trêve. Us cherchent le bonheur, car c'est l'instinct de toute créature, mais si aveuglément qu'ils s'exterminent eux et leurs frères dans un travail meurtrier. Poussés dans le vertige de la nécessité, comme par l'épée vengeresse, jamais ils ne se relèvent pour regarder la face de Dieu.

n n'est pas si ennemi de l'homme, ce Dieu, qu'il faille tant de douleur pour le connaître. Il est partout visible, manifeste dans la création, dans la société, dans l'individu quand on s'est reconnu soi-même.

Qu'ils sachent, ces mercenaires, sevrés d'im air pur et des splendeurs de Dieu, qui toujours travaillent sans relâche pour le salaire du jour, que leur âme a autant de prix pour Dieu que celle du riche, que leur destinée sera aussi magnifique que celle du puissant et de l'homme illustre qui à peine les regarde !

Qu'ils sachent, ces riches insolents qui ne songent qu'à se faire un paradis pour leur corps, que tout n'est pas fini pour eux avec cette vie qu'ils perdent dans la prospérité, et qu'un jour, pour expiation, ils sentiront la pauvreté de leur âme !

Qu'ils sont admirables, ceux qui travaillent et qui

souffrent et pour qui ces vérités de Timmortalité n*ont pas lui encore! Mais ils ont Dieu quelque part, car c'est dans les momente surtout où la vie pèse que rhomme se sent libre en son âme.

Maintenant ô bonheur de voir la campagne, de respirer dans le plein air cette espérance infinie ! bonheur de regarder le ciel ! bonheur de voir une fleur ! bonheur d'avoir un ami !

Que sera-ce donc d'aimer une femme et de lui dire : Voici ma vie et son immortalité. Voici ma vérité qui comprend toute vérité. Voici ma foi qui comprend toute foi et toute science, où toute inquiétude peut s'apaiser, tout amour se satisfaire ! Inépuisable cœur de femme, ouvre-toi, Thomme te revient capable d'aimer comme il n'a pas aimé encore.

Mon enfant, ce que tu vois, c'est déjà la demeure de Dieu, c'est le commencement de la Société étemelle.

Tu es le bienvenu maintenant, car d'où que tu viennes, tes yeux pourront s'ouvrir dans cette vie à la vérité de ta destinée. Que tu sois une malheureuse créature vouée à l'expiation; que tu sois un esprit immortel venu pour affranchir et consoler ce monde.

divine doctrine du Messie ! Ce n'est plus un

homme, ce n'est plus le Christ seul, ce peut être tout enfant qui naît.

Si tu es le Sauveur du monde, vois que d'hommes à sauver, que de lumière à répandre, que de dévouements à accompUr !

Si tu es de ceux qui ont besoin d'être sauvés, ne désespère point, ils ne te manqueront pas les guides et les sauveurs. Regarde ton peuple, comme il fut plein de vanités, de doutes et de ténèbres! Que de fois il parut perdu et pourtant il portait le Verbe de l'espérance infinie. Mon enfant, n'oublie jamais que dans la croyance en l'immortelle vie : 11 n'est pas d'homme, si abandonné qu'il soit, que Dieu n'ait réservé pour sa gloire.

Mon Dieu, vous m'avez animé pour que je pusse vous comprendre. Comme tous les hommes qui m'ont précédé, j'ai cherché passionnément votre lumière. Soyez béni de m'avoir permis de l'entrevoir.

Certes, je n'ai rien résolu de vos mystères insondables, mais en vérité je suis dans la voie de les résoudre. En parlant de vous, je ne serai plus ni impie, ni absurde, car au lieu de la terreur, je puis mettre votre bonté; au heu du hasard, votre justice; au lieu de la fatalité, la raison; et pour vaincre le mal qui est en moi et dans le monde, ma liberté, mon énergie, l'amour et votre grâce.

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