‹ L'Immortalité selon le ChristChapitre 31 sur 33 · I.A RESURRECTION FACULTATIVE · texte numérisé non relu

I.A RESURRECTION FACULTATIVE

« Si nous nous jugions nous-mêmes, nous ne serions pas jugés. »

Saint Paul, /«■« aita? Cor., ch. xi, v. 31.

On pourrait supposer une loi divine, ayant réglé d'avance les destinées d'une espèce d'êtres, et s' exprimant par les principes et le^ conseils suivants :

a Ceux qui sont charnels aiment et goûtent les choses de la chair; et ceux qui sont spirituels aiment et goûtent les choses de l'esprit. )>

« Or cet amour des choses de la chair est la mort; au lieu que Tamour des choses de Tesprit est la vie. »

« Si vous vivez selon la chair, vous mourrez; mais si vous faites mourir par l'esprit les œuvres de la chair, vous vivrez. »

5«8 LiXXORTXLITÉ

1 Geiui qui àème dans :» chair recueillera de la chair la eormptioa et la mort; eeiui qui àème dans resprit recueillera de L'esprit a cid «temeile, >

a De même qœ ? oos a^f^ Mt âerrlr les membres de TOtre corpâ à L'imporeté et à Tinjustice pour aboutir à la mort; de même fooâ pocnrez les £EÛre servir à la justice pow abovUir à La vie^ )>

u Lliomme qui s'assernt à la loi du péché (la loi de mort] est iilH« à regard de la justice. »

« Tous les désordres lui soat permis... mais quel firuit en retirera-t'il, puisqu'ils n'ont pour fin que la mortf »

« Tout m'est permis, mais tout n'est pas bon pour mon être ; tout m'est permis, mais je ne Teux me rendre esclave de quoi que ce soit. »

« Échappé à la loi du péché, l'homme peut vivifier ta chair; et la fin est la vie immartelle. »

(( Car le péché (le mal raisonné) donne la mort; mais l'amour et la volonté du bien donnent la vie. »

(( Quand vous faites le mal, vous retombez- dans la loi du péché (dans la condition d'une classe d'êtres inférieurs) pour y trouver la mort. »

(( La chair a des désirs (un mode particulier de sentir engendrant des désirs) contraires à ceux de Fesprit; et Tespril a des désirs contraires à ceux de la chair; ils sont opposés Tun à l'autre. »

« 11 est aisé de connaître les œuvres de la chair qui

sont la fornication, l'impureté, Timpudicité, la dissolution, l'idolâtrie, les empoisonnements, Tinimitié, les dissensions, les jalousies, les animosités, les querelles, les divisions, les envies, les meurtres, les ivrogneries, les débauches, et autres vices semblables. »

« Les fruits de Fesprit au contraire sont la charité, la joie, la paix, la patience, la bonté, l'humanité, la longanimité, la douceur, la modestie, la continence, la chasteté. >>

« Les œuvres de la chair sont les membres de Fhomme ancien (ou mortel); les œuvres de Tesprit sont les membres dei'homme nouveau (ou immortel). )>

« Faites donc mourir les membres mortels, — dépouillez le vieil homme avec ses oeuvres. »

« Et revêtez-vous du nouveau; donnez-vous des entrailles de miséricorde, de bonté, d-humilité, de i»odestie, de patience. Mais surtout revêtez-vous de la charité qui est le lien de la perfection. »

« Rien ne nous sert pour la vie éternelle que f être nouveau que nous créons en nous, »

« Nous reconnaissons à Tamour que nous avons pour nos frères que nous sommes passés de la mort à la vie. Celui qui n'aime point demeure dans la mort. Tout homme qui hait son frère n'a pas la vie éternelle résidant en lui *. »

1. Cette dernière pensée n'est pas de Paul, bien qu'incontestable-

Appliqaëcà notre nature humaine, une telle loi serait tr/»fHMige et irréprochablement morale; — elle correspondrait, avec une précision remarquable, à ce sentiment inné en chaque homme qui lui fait proportionner le mérite (le ses actes au degré de liberté qu'il a eu dans ses choix ; — elle serait claire, satisfaisante, à la portée de tous, puiscju'elU* pourrait se réduire à ce simple é»<ttcé: « pour continuer à vivre, il faut en être digne; ce que riiomme voudra ôtre, il le sera; il n'a d'autre juge et d'autre arbitre de ses destinées que lui-même. »

Malheureusement l'hypothèse d'une telle loi serait de tout point insoutenable sur notre terre, puisqu'elle est démentie par la nature 'elle-même. Soit pendant la vio, soit après l'accidqnt que nous nommons la mort, il n'y a aucune différence appréciable entre le corps de riioirune bon et celui de l'homme méchant, entre la chair du juste et celle du pervers; ce sont lés mêmes scMis que les uns font seiTÎr à la poursuite ardente du vrai, du beau et du bien, et les autres ù la satisfaction plus ou moins brutale, plus ou moins raffinée et habile, de loulivs les passions de l'animal. Pour les uns comme pour les autres, il se fait, durant la vie, entre eux et leur milieu, un échange semblable des mêmes atomes de

ment inspia^o par lui; elle est empruiUt^e à Tune de ces épîtres dont il est si dirtioilo do connaîti-e aujourd'hui l'époque et l'auteur. {Jean, ép. l'"''» ch. m, V. U-15.)

matière, figurant en même nombre dans des composés parfaitement identiques. Pour les uns comme pour les autres, la force vitale qui donnait Tunité à leur être charnel n'est pas plutôt éteinte qu'elle laisse le chainp libre à toutes les autres forces décomposantes et recomposantes de la nature ; et ces forces font bientôt participer à mille combinaisons nouvelles la matière indifférente qui se trouvait réunie pour constituer leur corps le jour où il a cessé de vivre.

L'idée d'une transformation facultative du corps au moyen des œuvres de l'esprit, toute satisfaisante qu'elle serait au point de vue de la morale, est donc démontrée fausse par le fait lui-même. Mais d'ailleurs, à qui avonsnous emprunté les aperçus épars de cette idée? —A une doctrine dans laquelle ils n'étaient qu'une superfétation illogique; à une doctrine qui ne peut d'aucune manière se relier à un système quelconque de lois générales instituées en vue de résultats naturels, étant issue de précédents aussi locaux, aussi spéciaux que possible, et instituée tout entière en vue d'événements prochains exactement définis.

Il est vrai qu'on a mis depuis longtemps en usage

un moyen radical et simple d'associer les idées hébraïques à toutes les conceptions possibles sur Dieu, la nature et l'homme. Ce moyen consiste à placer tacitement, en regard de chaque verset de l'Ancien et du Nouveau

Testament, et soayent en regard de chaque mot, cet avertissement restrictif : Ceci doit être entenda autrement que ce n'est exprimé. Par quel autre procédé une philosophie rationnelle quelconque parviendrait-elle à trouver le plus petit accès dans un cycle intellectuel qui, par sa nature m^me, lui est irrévocablement fermé? Et quelle est la théodicée, quelle est la doctrine eschatologique qui se soit mise sincèrement et résolument en face de cette question et qui, dédaigneuse des accommodements furtifs, ait procédé à un inventaire exact et nominatif de toutes les assertions bibliques qu'elle est contrainte d'écarter ?

Eh bien ! supposons tout ce qu'une philosophie qui tient compte de Tétat actuel des lumières est obligée de supposer pour établir un semblant d'accord entre elle et le christianisme. Supposons que la création du monde soit un acte assez raisonné pour que le péché du premier habitant de l'un des plus petits globes d'un système planétaire perdu parmi des millions d'autres, n'ait pu suffire à déterminer le repentir du créateur. Supposons que, depuis Tapparition de la vie intellectuelle et morale sur la terre, l'humanité, expression collective de ce grand phénomène, ait pu durant quatre mille ans présenter un autre intérêt que celui de sa division en circoncis et en incirconcis. Supposons que le vertigineux espoir qui s'est communiqué, il y a dix-huit siècles, de Jérusalem

au monde grec et latin, ait été autre chose que la gratuite annonce d'un événement qui n'a pas eu lieu. Supposons... toutes les rectifications historiques devenues indispensables; supposons tout enfin... A quoi cela nous amène-t-il en dernier lieu? A reconnaître que l'idée chrétienne actuelle, en tant que relative aux destinées de rhomme, n'a absolument rien d'hébraïque, et qu'elle est entièrement grecque! ! — Oui, ce que nous nommons aujourd'hui le christianisme n'est qu'une infidélité flagrante à Moïse, à Jésus et à Paul, en faveur de Platon. Oui, — spectacle digne de tous les étonnements de l'avenir ! — nous, descendants de l'antique race spiritualiste des Aryas, nous avons reconquis le dogme cher à nos pères d'une vie éternelle réservée aux âmes des justes en un séjour inconnu; mais, enchaînés par une foi étrangère, nous continuons à abriter cette idée sous le patronage du seul Dieu des temps anciens qui ait dénié à l'âme humaine la vie extra-terrestre et Timmatérialité !

Le spiritualisme de toutes les nuances n'a aujourd'hui qu'un seul credo; c'est celui-ci :

S OC RATE, entouré de ses amis et sur le point de prendre le poison : «Les vrais philosophes ne s'appliquent ici-bas qu'à vivre comme s'ils étaient déjà morts. Si donc cela ^st vrai, ne serait-il pas absurde, après n'avoir toute sa vie aspiré qu'à mourir, de s'affliger

en voyant venir la mort qu'on poursuit depuis longtemps 7

... « Te paraît-il digne d'un philosophe de rechercher ce qu'on appelle les plaisirs? par exemple ceux du boire et du manger, les plaisirs de l'amour (physique), et tous les autres plaisirs qui regardent le corps, c'est-àdire les .vêtements élégants, les brillantes chaussures, et les autres ornements? Crois-tu qu'il les estime ou qu'il les méprise, toutes les fois que la nécessité ne le force pas de s'en servir?... Il te semble donc que le philosophe doit, non pas s'occuper de son corps, mais au contraire s'en séparer autant que possible et douner tous ses soins à l'âme... Et cependant il semble à la plupart des hommes que, lorsqu'on ne prend pas plaisir à ces sortes de choses, autant vaudrait ne pas vivre.

... « Quand l'âme trouve-t-elle la vérité? car, pendant qu'elle la cherche avec le corps, nous voyons clairement que le^orps la trompe et l'induit en erreur; — n'est-ce pas en se dégageant autant que possible de tout commerce et de tout contact avec le corps que l'âme aspire et parvient à connaître ce qui est?

« Le juste, le bon, le beau, sont-ils quelque chose ou ne sont-ils rien? Et cependant as-tu vu ces choses-là? Est-ce par le moyen du corps qu'on parvient à les découvrir, on n'approche-t-on pas d'autant plus de leur connaissance qu'on s'est plus isolé du corps? A la recher-

che de l'essence des choses, on ne peut employer que la pensée pure.

« Donc le vrai philosophe doit penser, ainsi : il y a grande apparence que la raison ne peut arriver au but de ses recherches qu'en prenant un sentier détourné; tant que nous aurons notre corps, jamais nous ne posséderons l'objet de nos désirs, c'est-à-dire la vérité. Il nous est donc bien démontré que, si nous voulons savoir véritablement quelque chose, il faut nous séparer du corps et contempler avec l'âme les choses en ellesmêmes. C'est alors vraisemblablement que nous jouirons de la sagesse dont nous nous disons si passionnément épris; c'est-^-dire, non durant cette vie, mais après notre mort... Il faut de deux choses l'une, ou qu'on ne connaisse jamais la vérjté, ou qu'on la connaisse après la mort... Ne permettons donc point au corps de nous remplir de sa corruption naturelle, et conservons-nous purs, si nous voulons arriver à la vérité pure; car, à ce qui n'est pas pur, il n'est pas permis de toucher à ce qui est pur... Aussi, ce w\^aqe qu'on m'a ordonjié me remplit-il d'une douce espérance. Je vais donc posséder ce dont la recherche m'a coûté tant de peine jusqu'ici ! Il en sera de même de tout homme qui croira que son âme est préparée puisqu'elle est purifiée. L'âme purifiée est celle qui, dans cette vie et dans Vautre, vit pour elle-même.

« Ne serait-ce donc pas une chose ridicule qu'un

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homme, après s'être exercé toute sa vie à vivre comme s'il était mort, se fâchât en voyant la mort arriver? — • Dites, ne serait-ce pas ridicule ?

« Ainsi, toutes les fois que tu verras un homme reculer devant la mort, ce sera une marque sûre que c'est un homme qui n'aime pas la sagesse, mais le corps ; et quiconque aime le corps aime les honneurs et les richesses.

... « Mais on peut s'abstenir des passions du corps dans la crainte de se ruiner et de tomber dans la pauvreté, ou de manquer de crédit et de réputation. Les vrais philosophes n^gissent pas ainsi; ils prennent intérêt à leur âme, et tls ne vivent pas comme ceux qui ne savent oii ils vont; persuadés qu'il ne faut rien faire qui soit contraire à l'amour de la sagesse, rien qui s'oppose à Vaffranchissement et à la purification que cet amour opèrCj ils s'abandonnent à sa conduite et le suivent partout où il veut les mener.

... « Chaque plaisir du corps attache l'âme au corps comme avec un clou , la rend corporelle et lui fait admettre pour vrai ce que le corps lui dit... ce qui la prive de tout commerce avec l'essence pure, simple et divine... »

« De quelle manière t'ensevelirons-nous? » demande Griton.

« Gomme il vous plaira ; si toutefois vous pouvez me

saisir et que je ne vous échappe pas. » Et, en même temps, nous regardant avec un sourire doux et calme : « Je ne saurais venir à bout, mes amis, de persuader à Criton que Socrate est celui qui s'entretient présentement avec vous, et qui dispose toutes les parties de son discours. Il s'imagine toujours que je suis celui qu'il va voir mort tout à l'heure, et il me demande commentée veuï m' ensevelir!... Tout ce long discours que je viens de vous faire pour vous prouver que, dès que j'aurai bu

le poison, je ne demeurerai plus avec vous, mais que je

vous quitterai pour aller jouir de la félicité des bienheureux ; enfin , tout ce que j'ai dit pour votre consolation et pour la mienne est, à ce qu'il paraît, autant de perdu à son égard. Soyez^donc mes cautions auprès de Criton, mais d'une manière toute contraire à celle dont il a voulu lui-même être ma caution auprès des juges ; car il a répondu pour moi que je ne m'en irais point. Répon-

dez-lui pour moi que je ne serai pas plus tôt mort que je m'en irai ; afin que le pauvre Criton supporte plus facilement les choses , et qu'en voyant brûler ou mettre en terre mon corps il ne gémisse pas sur moi comme si je souffrais de grands maux, et qu'il ne dise pas à mes funérailles qu'il expose Socrate, — qu'il emporte Socrate, — qu'il ensevelit Socrate. Car il faut que tu saches, mon cher Criton, que s'exprimer improprement n'est pas seulement inconvenant en soi , mais c'est en outre

une sorte de mal que l'on fait aux âmes. Il faut avoir plus de courage et dire que ce que tu enterres, ce n'est pas moi, mais mon corps. — Enterre-le du reste comme il te plaira et de la manière qui te paraîtra la plus conforme aux usages. »

Ce magnifique langage n'est que l'expi'ession épurée, au noble foyer hellénique, de l'idée aryenne, trésor commun, impérissable héritage de la race expansive dont nous sommes les extrêmes rameaux. Il n'est presque pas d'hymne védique où nous n'en trouvions le témoignage; et là, pour le découvrir, nous n'avons pas besoin de torturer les mots ; partout le sens est net , précis, indiscutable. Bornons-nous à citer quelques strophes de ce doux chant des morts composé avec des fragments du Rig-Véda :

« Pars, va par ces antiques chemins qu'ont suivis nos pères... Rends-toi auprès des Pères, demeure avec Yama dans ce ciel suprême que tu as bien mérité... Ne le brûle pas, Agni ( le feu divinisé qui consume le corps mort ) ; ne lui fais pas de mal ; quajid tu l'auras pénétré, envoie-le vers les Pères;... la portion immortelle de son être, réchauflfe-la de ta chaleur; pénètre-la de ta flamme éclatante ; prends une forme heureuse pour la transporter au monde des hommes pieux... — Que Yama te concède là -haut une demeure nouvelle. — Ceiu que leurs austérités ont conduits au ciel, ceux qui

ont pratiqué la pénitence , — rends -toi auprès d'eux tous. Ceux qui ont lutté dans les combats, ceux qui sont morts en héros , ceux qui ont offert mille sacrifices , — rends-toi auprès d'eux tous. Ceux qui ont pratiqué le bien, aimé le bien, fait prospérer le bien... les poètes inspirés aux mille chants, les gardiens du soleil, — rends-toi auprès d'eux tous *. »

Issue des révélations directes de la nature, puisée à

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