‹ L'Immortalité selon le ChristChapitre 32 sur 33 · Traduit par M. A. Pictet de Tallemand de Max Muller · texte numérisé non relu

Traduit par M. A. Pictet de Tallemand de Max Muller

Un hymne nous a toujours particulièrement séduit dans la collection du Rig, comme figure de V aurore intellectuelle de cette race spéculative entre toutes , posée dès son origine en interrogation vivante derant tous les problèmes de la nature. Nous avons recours ici -à la traduction de .M. Langlois :

M Aurore , le moûde entier sommeillait ; voilà que tu arrives pour annoncer que le temps est venu de marcher, de jouir de la vie, de songer au soma (boisson partagée avec les dieux familiers), et d'augmenter son bien-être. Richesse, abondance, honneur, doux sacrifices, wilà les biens vers lesquels tout ce qui respire va marcher à la lumière de tes rayons... Depuis combien de temps les aurores se sont-elles succédé? Ils sont morts les hommes qui voyaient l'éclat de l'antique aurore; nous aurons leur sort, nous qui voyons celle-ci; ils mourront aussi ceux qui verront les aurores futures. L'aurore ne connaît pas la vieillesse, elle est immortelle...— Levez-vous, enfants; l'esprit vital est venu pour nous; allons reprendre les travaux qui soutiennent la vie. — Aurore , bénis, en lés éclairant de tes rayons, le père de famille et ses enfants. (!«' ashtakam; 8°« adhyâya). »

Ne trouve-t-on pas aussi le germe de toutes les qualités distinctives de la race dans ce passage : « Le sage est tel qu'un cheval attaché à un char, il porte volontairement sa charge ; c'est ce que je fais. Je ne demande pas à être délivré de ce fardeau , je ne veux point le repousser. — Le sage est fait pour diriger les autres dans la voie droite où il marche le premier. » (4"" ashtakam; !«' adhyâya).

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Que le physicien le reconnaisse donc; et qu'il se sache compétent dans une question qu'il nie ou dont il se tient volontairement écarté : ce n'est pas seulement dans leurs expressions physiques que toutes les forces de la nature sont corrélatives; cette grande loi s'étend au monde moral, conaposé de phénomènes aussi réels, aussi positifs que l'autre ; là , comme ailleurs, rien ne se perd, aucun effet n'est vain, aucunes conditions phénoménales ne restent non avenues ; tout ce qui se montre est quelque chose, tout ce qui a les caractères de l'être est ; rien de ce dont on a pu constater l'être ne doit être considéré comme détruit, tant que sa destruction n'est pas démontrée; tant qu'un phénomène général échappe à la définition, aucune expression particulière de ce phénomène ne peut, à 'priori, être écartée comme irrationnelle : étant donné, par exemple, le phénomène encore inexpliqué de la vie, aucune expression de ce phénomène ne peut, à priori, être déclarée plus inexplicable qu'une autre.

En regard de l'illusion de ceux qui s'obstinent à confondre le positif ayec V incomplet, il faut placer l'illusion de ceux qui s'obstinent à confondre l'idée spiritualiste avec l'idée chrétienne, et, adoptant celle-ci, s'ingénient à donner des preuves intrinsèques de l'immortalité de l'âme. Qu'on se considère au moins comme dispensé de ce soin , quand on adhère à la théodicée

qui résulte de ce point de vue. En un tel système, il est de toute évidence qu'il ne saurait être question de preuves. La résurrection ne ressort et ne peut ressortir d'aucune loi naturelle ; chaque fait de résurrection ne peut être considéré que comme un miracle. Que signifient donc les preuves de l'immortalité de l'âme fournies par les docteurs chrétiens? Ils ne réussissent qu'à donner ainsi naissance à nous ne savons quelle métaphysique ^ui generis , cent fois plus nébuleuse encore que la métaphysique émanée directement des écoles spiritualistes de la Grèce.

Que faudrait-il pour que le Spiritualisme antique, dépouillé de son caractère trop exclusivement intellectuel et adouci par son long commerce avec l'idée hébraïque de la charité, acquît par lui-même celte popularité qui a toujours fait défaut à ses assertions abstraites? Il faudrait qu'il pût se placer dans des conditions concrètes analogues à celles qui ont fait le succès des prédications de l'apôtre Paul.

Si le spiritualisme dit vrai, il faut que ce qu'il soutient se traduise par un fait individuel, réel, concret, positif, définissable, comme le faisait la doctrine qui donnait à Paul tant de prise sur les esprits de son temps. Si le spiritualisme veut être cru, sans s'appuyer sur aucune autorité surnaturelle, il faut qu'il fournisse à chaque homme on particulier les moyens de vérifier,

par une observation directe , l'exactitude de ses assertions.

Or, sur ce point, la nature humaine se prête à la plus rigoureuse installation des procédés ordinaires de Tinvestigation scientifique.

L'homme vivant est un appareil dans lequel le type général de l'animalité peut éprouver ou ne pas éprouver une transformation remarquable, à savoir: une division en deux personnes distinctes. Ceci n'est pas de la métaphysique, c'est du positivisme du meilleur aloi; car, au reboui^ de la majorité des phénomènes à l'égard desquels la difficulté scientifique consiste à instituer un mode d'observation qui les embrasse dans leur entier, ici Vobjet à observer est aussi intégralement saisi que possible, puisque, se faisant mje^ c'est lui-même qui s'observe. — Quel est donc le phénomène que s'offre à lui-même l'homme juste, l'homme bon, l'homme échappé par une voie quelconque (et particulièrement par les influences attachées au travail) à la loi d'égoïsme qui asservit toute l'animalité? — Ce phénomène peut s'analyser et se décrire avec une précision proportionnée au degré de valeur morale du sujet. Plus cette valeur est élevée, — plus, d'une part, l'être qui s'observe peut reconnaître en lui-môme deux systèmes sensibles et moteurs à la fois, qui se distinguent nettement Tun de l'autre par la nature très-différente des sensations et des

impulsions qui appartiennent en propre à chacun d'eux; — et plus, d'autre part, l'un de ces deux systèmes se pose à regard de l'autre en antagoniste vigilant et sûr de vaincre en tout conflit. L'observation la plus rigoureuse, en même temps que la plus facile, montre, en ce cas-là, que celui des deux systèmes rivaux qui est habituellement vaincu réside et se localise en divers points assignables de la personne que le phénomène de la mort viendra un jour décomposer et détruire; mais on chercherait en vain une expression matérielle et essentiellement terrestre du moindre des éléments composant le système habituellement vainqueur. Or, ce système de sensations et d'impulsions purement immatérielles, qui se connaît et s'affirme, et qui, de plus, impose ses volontés à la personne charnelle, corporelle, actuelle, éminemment terrestre et manifestement périssable, — ce système dominateur est apparemment et à fortiori une personne aussi. Donc, la nature humaine est arrivée dans ce cas, et dans ce cas seulement, à donner naissance, au sein de l'ancien type animal, à un être nouveau.

Mais ne nous voici-t-il pas ramenés aux termes mêmes de la doctrine de Paul spiritualisce et universalisée?

Le Créateur des lois du monde moral aurait ainsi d'avance satisfait au vœu que l'apôtre laissait échapper en ces termes : « Si nous nous jugions nous-mêmes, nous ne serions pas jugés. »

Ainsi se trouverait réalisée, ou plutôt individuellement réalisable, cette édification (otxoSojjiYî) cette construction intérieure, mécanique et facultative, qui faisait dire à Paul : « Rien ne nous sert pour la vie étemelle que TÊTRE NOUVEAU que nous créons en nous. »

Et quel est ici le critérium scientifique? il consiste à reconnaître, par une eocpérience immédiate, si l'on a échappé à cet amour exclusif de soi qui est la loi de mort commune à toute Fanimalité ; et ce critérium peut se formuler ainsi : « Nous reconnaissons à l'amour que nous avons pour nos frères que nous sommes passés de la mort à la vie. Celui qui n*aime point demeure dans la mort. Tout homme qui hait son frère n'a pas la vie éternelle

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