‹ L'immunité dans la syphilisChapitre 24 sur 42 · EE PR TA REA ————————— · texte numérisé non relu

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23. — La macule supérieure devient légèrement surelevée elle est de la dimension d'une lentille, la macule inférieure est aussi surelevée, mais elle est seulement grosse comme une tête d'épingle.

24. — La papule supérieure est très nette, rose cuivré, légèrement squameuse, la papule de la 2° inoculation est toujours de la dimension d’une tête d'épingle.

26. — Les éléments d’'auto-inoculation restent stationnaires, la grosse papule supérieure est toujours recouverte d'une squame, 1" piqüre d'huile grise. (Voir la photographie.)

28. — Apparition de quelques syphilides maculo-papuleuses très discrètes sur les flancs et l'abdomen.

{ Fic, 6.

+ 16 août.— Les chancres vulvaires sont entièrement guéris. Les lésions d'auto-inoculation semblent augmentés encore, et ressemblent à des papules cuivrées secondaires. Ainsi donc, voici deux auto-inoculations de chancre syphilitique positives toutes deux au 31° jour de l'existence du 1° chancre. Mais l’une des deux donne une papule grosse comme une tête d'épingle tandis que la supérieure faite avec une quantité de virus plus considérable et dans une petite poche sous-cutanée donne une grosse lentille papuleuse recouverte d'une squame et cela après une inoculation de douze jours.

Essayons maintenant d'analyser les résultats obtenus et d'en

” tirer les conclusions logiques.

Pinard

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b0 L’IMMUNITÉ PENDANT L'EXISTENCE DU CHANCRE

Conditions pour réussir l'auto-inoculation du chancre syphilitique. — Les conditions sur lesquelles insiste avec raison M. Queyrat sont importantes à observer, leur inobservation étant souvent une cause d'échec.

1° Il faut que le chancre soit jeune, les faits actuels semblent donner comme limite le 11° jour, le 14° jour. Mais on peut obtenir des résultats avec des chancres plus âgés en insérant dans de véritables poches sous-épidermiques de plus grandes quantités de matière virulente ainsi que le montre l’obser- | vation XXIIL .

2° Pour réussir, il est nécessaire que le chancre n'ait pas été traité localement : cela s'explique aisément, un chancre syphilitique non traité renferme de très nombreux tréponèmes ainsi que le montre bien l'examen à l’ultra-microscope, le même examen pratiqué le lendemain après attouchement de la lésion avec un antiseptique quelconque montre la rareté des tréponè-

°mes dans le suc recueilli, Dans certains cas, alors qu’on en trouvait une dizaine par champ microscopique avant le pansement, on a beaucoup de mal à en retrouver 1 ou 2 après un examen prolongé, le tréponème est donc très fragile et très facile à détruire, en surface naturellement, lorsqu'on peut l’atteindre . directement.

3° IL faut aussi que le malade ne soit pas soumis à un traitement mercuriel pendant tout le temps nécessaire au développement de la lésion d'inoculation.

Nous n'avons pu déterminer de résultats positifs d’auto-ino- | culation de chancres syphilitiques jeunes si le malade était soumis d'emblée à un traitement mercuriel suffisant (huile Grise).

Lambkin avait également constaté que la mercurialisation rendait l’auto-inoculation impossible.

4 Les inoculations se font habituellement avec le vaccinostyle, soït par piqûre, soit par scarification. Il faut attendre que le vaceino-stylé soit bien refroidi après flambage et la région à inoculer doit simpletnent être lavée à l’eau chaude à

Le j *

L’IMMUNITÉ PENDANT L'ENISTENCE DU CHANCRE Ex

l'exclusion des antiseptiques, ces précautions sont indispensables, car on risquerait de stériliser la matière à inoculer.

5° Il faut observer la région inoculée pendant un nombre de jours suffisant, l’incubation étant en général de 12 à 13 jours, souvent même plus ; toute lésion développée après une incubation inférieure à cinq jours est discutable et à rejeter.

La lésion obtenue, a-t-on objecté, n'est-elle pas une lésion banale ou d'autre nature.

Il est facile d'éliminer le chancre mou.

Après auto-inoculation de chancre mou,on obtient une lésion dès le premier jour, le quatrième jour il existe une pustule puis une ulcération. Il est d’ailleurs presque superflu de faire remarquer que de toutes les expériences de ces dernières années, il s'agissait de chancres syphilitiques certains et purs de tout alliage où la présence du tréponème avait été mise le plus souvent en évidence et où l’absence du bacille de Ducrey est forcément prouvée d’une façon indiscutable par ce seul fait que l’auto-inoculation est négative les premiers jours et ne devient positive que vers le 12° jour et nous le répétons avec des caractères tout différents.

La longue incubation suffit aussi à elle seule à rejeter l'hypothèse de lésions furonculoides.

M. Fournier discutant les résultats de M. Queyrat, avait fait une autre objection : « Ces accidents n’ont rien du chancre, disait-il, ce sont des lésions banales que produisait l'infection par un produit quelconque, voire même avec de la simple poussière. » (Bull. de la Soc. de dermatologie et de syphiligraphie, numéro de février 1906.)

A l'appui de cette hypothèse, on pouvait invoquer les expériences déjà anciennes de Tarnowski (1) qui par des irritations simples prétendait obtenir chez les syphilitiques des accidents qu'il affirme être nettement spécifiques.

Les irritants légers détermineraient après un temps d'incuba-

(1) Tarnowski, Irritation et syphilis. Vierteljahresschrift [ür Dermatologie, 1877, p. 19.

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tion assez long des lésions maculeuses. des irritants plus forts (brülures par les acides), la chaleur provoqueraient l'éclosion de pustules d'aspect syphilitique et ecchymateux. Toutes ces expériences on£ été faites à la période d'état des accidents secondaires, à leur apparition ou seulement 2 ou 3 jours avant. Tarnowski conclut :

1° Qu'une irritation légère peut déterminer des lésions spécifiques pendant l’éruption.

20 Que l'effet est plus intense si on se rapproche du début de l’éruption.

A ces expériences de Tarnowski, qui peuvent contenir une part de vérité, on peut répondre par les arguments suivants.

Tout d’abord ils ne sont pas constants et les auteurs qui ont voulu les vérifier, Guntz, Rieger et Kobner, ont obtenu des résultats absolument négatifs.

De plus les auto-inoculations de chancre syphilitique donnent des résultats qui apparaissent avant les lésions secondaires et ce qui montre bien que ce sont des faits d’un ordre tout différent de ceux qu'envisage Tarnowski, c’est que contrairement à la seconde conclusion de cet auteur les syphilomes d’autoinoculation sont d'autant plus nets et plus prononcés qu’ils apparaissent plus de temps avant l'apparition des accidents secondaires.

De plus si les observateurs avaient négligé dans leurs expériences de réinoculation, de pratiquer des traumatismes témoins M. Queyrat a eu soin lors de ses aulo-inoculations de faire toujours des traumatismes témoins toujours plus vulnérants, plus profonds que les autres et en un endroit homologue.

Dans la grande majorité des cas, ces traumatismes témoins sont restés sans effet. ;

Nous avons vu souvent M. Queyrat pratiquer des auto-inoculations de chancres syphilitiques, les’ traumatismes témoins étaient toujours beaucoup plus profonds et plus vulnérants que les inoculalions syphilisantes, nous avons suivi aussi la même technique el jamais personnellement nous n'avons pu voir la

oraux

RP Ave, MDP Star", L'ÉantÉR- SS ) TILL:

moindre apparence de rougeur ou de lésion quelconque se dé: velopper au point traumatisé après quelques jours, au moment où la maculo-papule d’inoculation se développait, il n'existait plus rien que la trace de la piqüre à l'endroit témoin. Il ne semble donc pas juste de dire que c’est'simplement le traumatisme qui a agi en localisant à les tréponèmes en circulation dans'le sang et que le virus est d’origine endogène comme pour les accidents secondaires. |

Une seule fois dans les nombreuses inoculations pratiquées s'est développé une toute petite maculo-papule au point correspondant au traumatisme témoin. Cette lésion contenait des spirochètes (coupes à l’argent) mais comme le fait remarquer avec raison M. Levaditi « cette lésion ne prouve rien contre la facon de voir des partisans de l’auto-inoculabilité du chancre syphilitique au porteur car la lésion n’avait pas été couverte, c'est-à-dire mise à l'abri d’une infection ultérieure toujours possible ». R

M. Queyrat a encore fait plus, il a inoculé du pus de blennorragie, de balano-posthite et n’a rien obtenu de semblable.

Cette lésion d’auto-inoculation de chancre syphilitique est donc nettement individualisée. Elle ne peut être simulée par des lésions d'infection banale ou par des traumatismes témoins. Pouvons-nous prouver par des preuves irréfutables sa spéeilicité ?

Ces syphilomes d’auto-inoculation sont des lésions secondaires,a-t-on dit,et Neumann et Cehak (1) ontessayé desoutenir expérimentalement cette opinion.

La lésion d’auto-inocuiation commence par une macule, disent-ils, et c’est seulement quand les accidents secondaires apparaissent qu’elle devient papule.

Ces auteurs n'ont d’ailleurs obtenu que quatre résultats pouvant entrer en ligne de compte.

Dans leur observation I les papules se sont montrés 24 heures

(1) Neumann et Cenak, Wien. med. Blälter, 1890, n°$ 23, 24, 25,

avant la roséole. Dans les observations IT et IV, les papules se sont montrées 4 heures après la roséole.Mais il faut remarquer que c’est le 10° et le 12° jour après l’inoculation, c’est-à-dire au moment où la lésion doit devenir papuleuse même dans les cas où la roséole ne survient que plus longtemps après comme le prouve grand nombre d’auto-inoculations relatées précédemment. Enfin dans l'observation VI la tache saillante s'est montrée le 10° jour de l’inoculation et a coïncidé avec les accidents secondaires. !

Il est encore utile de faire remarquer que roséole n'est pas synonyme d'éruption papuleuse et qu’il est de règle de voir les syphilomes d’inoculation devenir papuleux alors même que l’éruption sera une syphilide seulement érythémateuse ou maculeuse.

En réalité, voyons si la lésion obtenue par aulo-inoculation de chancre syphililique mérile le nom de chancre.

L'incubalion du syphilome de réinocubation varie de 6 jours à 28 jours. Elle est en moyenne de 17 jours. Elle est donc, quoique longue, inférieure encore à l’incubation du premier chancre syphilitique qui est, ainsi que M. Fournier l’a établi, de 25 à 28 jours.

Cette incubation plus courte est probablement explicable par des modifications humorales, une immunité relative, comparable, ce qui viendrait encore à l'appui de cette opinion, à l’incubation écourtée de l’accident primitif, chez les singes inférieurs qui ont eux une certaine immunité naturelle. MM.Metchnikoff et Roux ont en effet fait remarquer que chez les catarrhiniens inférieurs l’incubation est manifestement plus courte que chez les anthropoïdes.

Dans quelques cas, beaucoup plus rares, les incubations du premier et du second chancre sont à peu près égales, quelquefois même l'incubation du deuxième chanere peut être plus longue que celle du premier.

La lésion oblenue par aulo-inoculation de chancre syphilitique a-l-elle l'aspect du chancre ?

:L'IMMUNIPÉ PENDANT L'EXISTENCE DU CIANCRI 55 ER ,

Evidemment le plus souvent si l’on n'était prévenu de l'étiologie de cette lésion, on hésiterait beaucoup sur la nature de l’accident qui n’a rien de l'exulcération ordinaire, qu'est le chancre syphilitique.

Il semble que l’on se trouve en présence d’un chancre syphilitique atténué et arrêté dans son- développement. Lorsqu'on a l'occasion, d’ailleurs assez rare, d'observer un chancere syphilitique dans les premiers temps de son existence, il présente des caractères analogues à ceux de ces syphilomes de réinoculation.

C'est cet aspect particulier du chancre syphilitique à sa période de début, qu'avaient bien vu les cliniciens d'autrefois qui n'avaient pas craint d’'inoculer à des sujets sains du virus syphilitique. Ils avaient pu ainsi sur des lésions suivies « ab ovo » décrire le développement exact de l'accident primitif. Rollet insiste aussi sur cette période du chancre avant l’ulcération, macule d’abord, qui se développe. puis devient papuleuse.

Cette papule rosée ou cuivrée, infiltrée plus ou moins se recouvre d’une squame, les squames se concrètent, deviennent une petite croûtelle et si l’on enlève cette croûtelle on trouve au-dessous d’elle une ulcération ; à ce moment le chancre est véritablement constitué, c’est la lésion à la période d'état que nous ne voyons le plus souvent que seulement à cette époque de son évolution. |

Cette lésion d’auto-inoculation ressemble aussi à s'y méprendre à ce qu'est le chancre syphilitique au début, tel que le décrit M. Fournier (1) et qui ést constitué à cette époque « par un tout petit bouton très légèrement papuleux, lenticulaire de forme rougeûtre, desquamatif ou croûtelleux à la surface ».

Notre syphilome d’aula-inoculation, papule infiltrée, est donc bien un accident primitif syphilitique, moins développé qu'ordinairement, modifié légèrement, qui s'est arrêté dans son évolution par suite d’une immunité commencçante qui met obs-

tacle à son développement parfait.

(1) Fournier, Traité de la syphilis, 1892, L. T, p. 32.

D'ailleurs, il est des cas ou le syphilome d’auto-inoculation peut s’ulcérer soit tout à fait spontanément, soit aidé par des circonstances étrangères. f

Dans ces auto-inoculations expérimentates résumées dans le tableau d'ensemble précédent,nous voyonsque l’ulcération peut exister et nous la trouvons sous forme de tubercules érosifs dans le cas de Sperino : il semble qu'il y ait eu aussi ulcération dans le cas de Fournier et de Poisson, Bidenkap dit qu'il a obtenu des lésions qui papuleuses au début, prirent l'aspect de chancres infectants, Diday dans son Jlisloire naturelle de la Syphilis dit expressément d’une de ses lésions d’auto-inoculation : «la papule occupe une étendue de 6 millimètres, elle est le siège d’une desquamation blanche ; je soulève le bord des écailles avec le bout d’une allumette. Je donne ainsi issue à une gouttelette de sérosité un peu sanguinolente et je découvre une exulcération très superficielle ». Losch dans un cas a noté une ulcération profonde, étendue, indurée. :

Dans l'observation XVIII citée précédemment, M. Queyrat a obtenu une lésion d'auto-inoculation ulcéreuse, comme le montre aussi la photographie, mais dans ce cas, il est possible que l’ulcération ait été aidée par le frottement du pantalon car l’inoculation avait été faite à l'abdomen.

Faisons remarquer d’ailleurs, que les réinfections se font le plus souvent sur la peau et que les chancres cutanés sont croûteux, quelquefois même peuvent rester papuleux. On peut d’ailleurs en observer qui, pour une raison ou une autre, ne sont pas ulcérés, je n'en veux pour preuve que l'observation de Belhomme citée au chapitre [*". Malade de constitution scrofuleuse, n'ayant jamais eu la syphilis et inoculé à plusieurs reprises avec du virus prélevé sur le chancre syphilitique d’un autre malade, les lésions d’inoculation sont restées des papules, sans devenir de vrais chancres et le malade eut bien la syphilis puisque survinrent des accidents $econdaires variés et multiples.

Il semble que cet aspect avorté des chancres soit dû, dans ce cas particulier, à ce fait que le malade était soumis même avant

Lit

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l’inoculation à un traitement mercuriel et ioduré, traitement qui s’est opposé, en réalité,au développement complet de l’accident primitif.

Ge sont d’ailleurs des phénomènes de même ordre que nous révèlent les expérimentations sur les singes et les chancres avortés, incomplets que l'on observe si souvent chez ces animaux ne sont dus qu'à l'immunité naturelle relative dont ils jouissent.

De même encore la clinique nous fournit des faits analogues. Lorsqu'il existe des chancres successifs les derniers se présentent avec des caractères de moins en moins nets et accentués. Dans l'observation de M. Queyrat, sur onze chancres apparus dans le laps d’un mois,trois étaient des chancres syphilitiques typiques, «quant aux huit autres, dit M. Queyrat, ils ressemblent à des chancres syphilitiques qui n'auraient pu subir leur complète évolution, à des chancres syphilitiques avortés, et cet aspect est d'autant plus accusé, que ces ulcérations se sont montrées à une date plus récente. Tandis, en effet, que ces deux que vous voyez à la racine de la verge participent des caractères du chancre syphilitique, celles qui existent près du limbe à droite ne sont plus que des petites lamelles lenticulaires, foliacées ».

D'ailleurs le mot importe peu, que l’on appelle chancre ou bien syphilome de réinoculation, accident dû à une réinfection, c’est le fait en lui- même qui offre de l'intérêt: on trouvera des cas où le syphilome de réinoculation ressémblera en tous points à un chancre, surtout quand la réinfection aura été pratiquée le plus près possible du début du premier chancre, dans d’autres cas, il ressemblera trait pour trait à une papule secondaire.

Dans notre observation XXIII, deux auto-inoculations furent pratiquées au 31° jour, l’une de façon habituelle, l’autre plus profondément avec de plus grandes quantités de virus, positives toutes deux, douze jours après ; la seconde était plus développée mais fait curieux, ces syphilomes de réinoculation après s'être développés semblaient regresser au bout de 3 semaines, lorsqu'ils subirent une nouvelle poussée qui les fit ressembler

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. s. | FA: Ê 58 L'IMMUNITÉ PENDANT L'ENISTENCE DU CHANCWUE

aux papules secondaires qu'on pouvait trouver très discrètes sur le reste du corps. Ë Il semble donc que la’ superinfection est possible et que le

. syphilome de réinoculation, qui n’est pas le fait du traumatisme,

mais bien dû à l'introduction de nouveaux tréponèmes se fait sur un type différent suivant la nature des accidents dont le malade est actuellement porteur.

C’est la période de la maladie dans laquelle il se trouve qui règle la nature de l’accident de superinfection, et ce fait avait déjà été énoncé par Finger et Landsteiner.

Celle lésion d'aulo-inoculation s'accompagne-t-elle d'adénopathie ?

Le chancre syphilitique s'accompagne habituellement d’adénopathie ; les ganglions sont augmentés de volume, durs, roulant sous le doigt, sans périadénite, indolents, l’un d’eux est en général plus développé que les autres.

Voit-on semblable adénopathie accompagner les lésions d’auto-inoculation ? À

Les auteurs qui ont fait les réinoculations ne s’en sont pas souvent occupés. D'ailleurs les réinoculations ont souvent été faites dans des régions voisines du premier chancre et tributaires du même groupe ganglionnaire.

M. Queyrat a cherché cette adénopathie de parti pris dans les h premiers cas positifs et l’a trouvée deux fois dans l’aisselle correspondante. Cette adénopathie était bien due à l'infection spécifique locale, car il n'existait pas encore de généralisation ganglionnaire.

En dehors de ces arguments cliniques on peut apporter la preuve que ce syphilome de réinfection est bien un chancre, cette preuve c'est l'examen histologique et bactériologique.

Le syphilome d'aulo-inoculalion à la structure histologique du chancre syphililique et il renferme des, tréponèmes.

Cette preuve élait en effet apportée pour la première fois par M. Queyrat le 20 janvier 1906. Deux lésions d'auto-inoculation

se:

étaient en.effet biopsiées par lui et examinées par M. Levaditi qui en donnait la note suivante.

« Lésions d’auto-inoculations. Biopsie du 20 janvier 1906. Fragment À (procédé de la pyridine).

L'épiderme non ulcéré est légèrement boursouflé et épaissi. Les prolongements interpapillaires de l’épiderme sont plus longs et plus gros que d'habitude, les couches profondes sont

infiltrées par des polynucléaires, bien conservés. Les lésions du derme sont relativement peu développées.Confluentes au niveau du soulèvement de l’épiderme (régions papillaires) ces lésions se présentent sous forme de bandes isolées dans les régions plus profondes. À un fort grossissement on constate que dans la zone confluente, les altérations sont constituées par une accumula-

tion d'éléments mononucléaires autour des vaisseaux. Ceux-ci

60 L'IMMUNITÉ PENDANT L'EXISTENCE DU CHANCRE a

sont en général obstrués par le gonflement de l’endothélium dont les noyaux gros et clairs sont très apparents. Autour des : vaisseaux éparpillés dans un réticulum fibrillaire très fin et qui fixe légèrement l'argent on distingue une quantité de cellules rondes ou ovalaires pourvues de noyaux arrondis ou allongés.

Ce sont en partie des cellules du type lymphocytaire en partie des éléments plus gros qui rappellent les plasmazellen. Ga et là on rencontre une figure karyokinétique. Plus loin de la surface, les altérations deviennent discrètes, elles ne sont plus représentées que par des amas de cellules rondes disposées le long des capillaires et des petits vaisseaux du derme,

$ée

On observe sur la coupe un assez grand nombre de spirochèles. Les parasites existent, soit au piveau de l'épithélium épidermique. éparpillés entre les cellules, soit dans la profondeur autour des vaisseaux. L'accumulation des spirochètes autour des vaisseaux et leur prédilection pour l’endothélium de ces vaisséaux, apparaît d’une façon très nette. Rien de particulier quañt à la forme des spirochètes qui est typique.

Fragment B. Il présente les mêmes altérations que le précédent mais moins accentuées.

Ce protocole anatomo-microbiologique fait par un technicièn comme M. Levaditi ne laisse plus place à la discussion et tranche définitivement la question.

Comme le démontrent clairement aussi les deux figures accompagnant la présentation M. de Queyrat, les lésions d'aulo-inoculalions ont la structure histologique du chancre syphililique el ren-

ferment de nombreux lréponèmes.

Il y à encore une question à se poser : Que doit-on penser de la théorie de l'immunité régionale ? Certains auteurs, dont M. Gaucher, émettent l’avis que l'immunité syphilitique pourrait être d’abord régionale par voie lymphatique à cause de la progression du viruset qu'une réinoculation a plus de chance de réussir si on la fait à distance du premier chancre.

Cette théorie pourrait séduire au premier abord. M. Landouzy (1) a bien montré toute l'importance de la défense ganglion naire dans la syphilis montrant que les syphilis malignes précoces évoluaient souvent chez des sujets dont les ganglions n'avaient pas réagi, de même on voit quelquefois des chancres du menton ou de la lèvre évoluer sans adénopathie et être suivis d'une éruption secondaire plus rapide et plus intense ; on pouvait également penser que dans les cas de chancres, les ganglions correspondants ayant été plus vite influencés par le virus l’immunité s’était-dans cette région fait plus vite que partout ailleurs.

(1) Lanrouzv, Syphilis maligne précoce sans adénopathie, Soc. franc. de dermatologie et de syphiligraphie, 1898.

En réalité il n’en est rien, la défense ganglionnaire n'est pas tout, l’organisme réagit par la formation d’anticorps qui sont entraînés par la circulation dans tous les points de l'organisme el l’immunité ne se fait pas de région en région, si elle s'établit lentement elle semble mettre le même temps pour les régions plus où moins éloignées du premier chancre.

C'est ce que démontrent clairement les auto-inoculations : Possibles en général pendant les onze premiers jours seulement, elles se développent absolument semblables faites à l'abdomen ou au bras dans les cas de chancre génital ;

Ainsi dans l'observation XVI (M. Queyrat) l’auto-inoculation à l'abdomen donne deux papules des plus nettes comme le montre la figure et comparables aux résultats obtenus à la région deltoïdienne quoique le chancre inoculé date déjà de dix jours.

De même dans l'observation XVIII (M. Queyrat) l’auto-inoculation à l'abdomen pratiquée avec la sécrétion d’un chancre du sillon âgé de trois jours donne une lésion des plus nettes et même érosine (voir fig. 7 et 8). |

, L'observation XVII (M. Queyrat) est encore plus démonstrative puisque sur le même malade, on pratique des auto-inocula-

tions à la région deltoïdienne et à la,région abdominale, les :

résultats sont à peu près comparables ainsi qu'on peut le voir sur les photographies :

On est donc en droil de dire que l'aulo-inoculation du chancre syphililique donne des résullals posilifs pendant au moins les on2e premiers jours qui suivent son apparilion et dans les conditions d'expérimentalion ordinaires c'est-à-dire piqüre au vaccinostyle ou scarificalion.

Ce laps de lemps parait devoir être prolongé, si l'on fait l'inoculalion plus profonde dans une pelile. poche sous-épidermique el si l’on introduil une grande quantilé de virus, ainsi que l'ont dit les premiers, Finger et Landsteiner et comme notre observation personnelle XXIHIT le démontre nettement, puisqu'elle fut positive au 31° jour.

Quoique sur ce point, l’expérimentalion sur les singes n'ait pas la même valeur que ces auto-inoculations humaines car les réactions ne sont pas entièrement comparables, ces réinoculations ont été étudiées aussi chez les animaux et les résultats confirment ceux que nous venons de passer en revue.

Aulo-inoculation de chancre syphilitique au’ singe. — Metchnikoff et Roux qui tout d’abord avaient cru pouvoir conclure que l’immunité se développait très rapidement après l'infection de l’animal montrèrent que cet état réfractaire à une seconde infection, commençait seulement quelque temps après l’éclosion du chancre.

.Leurs recherches furent complétés par Finger et Landsteiner ‘et par Neiïsser et ses collaborateurs.

Finger et Landsteiner entreprirent une série de neuf expériences de réinfection sur le macacus rhesus.

Ils obtinrent six résultats positifs, un douteux et deux négatifs. Voici le tableau récapitulatif de ces expériences.

INCUBATION NOMBRE DE JOURS INCUBATION CAS DE LA Â'® INOCU-[ÉCOULÉS ENTRE LES|IDE LA 2€ INOCU- REMARQUES LATION 2 INOCULATIONS . LATION x L

1 13 14 D Deuxièmes inoculations sans résultat.

6 14 19 yl

8 14 17 0 Effet douteux de la 2e inoculation.

Ces auteurs ont donc pu réinoculer avec succès chez le maca-

cus rhesus deux chancres de cinq jours.

MM. Metchnikoff et Roux (1) prétendent que cela est possible les dix premiers jours.

4) MercaniKorr et Roux, La s HE expérimentale. Arch gén. de méde- YP F cine. 1905, p 1623.

De son côté, Neiïsser fit 37 essais de rEEUaoU sur des macacus cynomolgus, des Gibbons et des Orangs-Outangs et il obtint neuf succès incontestables. L'incubation fut de 28 jours pour le premier accident et de 29 pour le second, ce qui est loin

. d’être conforme aux observations de Finger et Landsteiner, qui dans leurs neuf cas, trouvèrent une première inoculation de 13 jours en moyenne, tandis que la seconde était de 6 jours seulement.

Chez les singes comme chez l’homme, il n'existe donc pas encore à l'apparition du chancre, une immunité absolue, mais là encore la façon dont l'organisme réagit vis-à-vis du virus a subi des modifications. |

Les seconds chancres sont ‘plus atténués, durent moins de temps que les premiers et leur incubation est plus courte.

Ces résultats de la plus haute importance fournis par l’expérimentalion sur l’homme et sur les singes nous permettent d'expliquer et de comprendre ce que nous voyons si souvent chez les malades.

Il nous est possible d'interpréter à la lumière de ces expériences les chancres successifs qui surviennent spontanément chez les malades et qui sont séparés par des intervalles de temps assez prolongés.

Chancres successifs contractés après l'apparition du premier chancre. — L'expérience a prouvé que les réinoculations peuvent se faire avec résultats positifs pendant les douze premiers jours de l’existence du premier chancre et même: avec

des conditions d’expérimentation un peu différentes pendant les 28 premiers jours.

Il en est de même en clinique et les malades par leur peu de souci des moindres précautions hygiéniques savent fort bien’ réaliser ces inoculations successives. [Ils s’infectent soit par voisinage, soit en transportant à distance le virus sur d’autres régions. Souvent une plaie préexistante ést un endroit tout préparé pour une nouvelle inoculation.

Dans d’autres cas moins fréquents, on n'a plus à faire à une

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