‹ L'immunité dans la syphilisChapitre 9 sur 42 · HAE · texte numérisé non relu

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: Qu'entend-on par immunité dans la syphilis ? MM. Levadili et Roché la définissent de la manière suivante : « C’est un état particulier caractérisé par l’insensibilité plus ou moins absolue du revêtement cutané et muqueux vis-à-vis de l'inoculation d’un Sirus capable de déterminer chez l'homme ou l'animal saim, les accidents habituels de cette infection ».

Quelle est la marche de cette immunité, quelles sont ses pro-

‘priétés, sa durée, ses degrés, son mécanisme intime ? Cela est encore bien discuté à l'heure actuelle, mais la question a fait, ces dix dernières années, surtout grâce à la découverte du tréponème, tant de progrès, qu'il est possible de dégager de l'étude des faits cliniques et expérimentaux un certain nombre de conclusions précises et définitivement acquises.

Nous étudierons surtout l'immunité plus ou moins complète conférée à l’homme par une atteinte antérieure, car le fait qui semble primer tous les autres, dans l’immunité syphilitique, c'est que cette dernière est liée à la présence de virus actif dans l'économie.

Mais auparavant, avant d'examiner de près comment réagit un organisme infecté antérieurement; à une inoculation nouyelle soit accidentelle, soit expérimentale et cela aux différents âges de la syphilis première, nous jetterons un coup d'œil rapide sur l'immunilé naturelle de certaines races ou de certains individus.

Immunité naturelle. — Tout d’abord il existe une immunité naturelle évidente pour certaines espèces animales : la pathologie expérimentale et comparée nous en montre d'autres fré-

quents exemples. Au point de vue de l’immunité particulière des espèces vis-à-vis de Ja syphilis, nous pouvons trouver tous les degrés.

On a considéré longtemps la SYphilis € comme une maladie purement humaine, lorsqu'Auzias-Turenne porta une sérieuse atteinte à cette opinion par ses inoculations animales expérimentales au cours de ses recherches sur la syphilisation, mais

on revint rapidement à la conception primitive lorsque fut dé-,

montrée la dualité des chancres, l'un premier accident d'une longue affection générale, l’autre, celui qu'Auzias-Turenne avait reproduit chez ses animaux, chancre mou, chancrelle. lésion essentiellement locale.

Après lui, Klebs (Archiv fur experimentelle Palhologie, 1879; X, p.161) tente d’inoculer la syphilis aux singes. Les accidents observés diffèrent un peu de ceux observés depuis la découverte du tréponème. S'agissait-il vraiment de syphilis ? Il est permis d'en douter encore. De même pour les expériences de Martineau et Hamonic (Bulletin de l'Académie de médecine, 1882, p. 1007, qui crurent avoir constalé chez un macaque,non seulement une lésion primitive,mais encore des accidents secondaires : érosions des muqueuses, adénopathies.

Sperk (Œuvres complèles, Paris, 1896) obtient chez un macaque une lésion locale.

Nicolle en 1893 avait déjà obtenu des résiilfats positifs, mais sur une seule espèce de macaque. En 1900, puis 1902 et 1903, il reprit ses expériences el réussit à inoculer la syphilis à trois singes macaques bonnets chinois (macacus sinicus). Après 15 ou 19 jours d'incubation, à l'endroit inoculé apparaissent des papules squameuses guéries dans l’espace de 10 à 23 jours. Dans

un cas les papules présentent une base indurée et sont accom- :

pagnées d’adénopathie des ganglions correspondants. Nicolle s'appuie sur la lenteur de l'incubation comme preuve de la nature syphilitique de la lésion.

Hamonic (lievue d'Andrologie et de gynécologie, 1903, p. 326) avec un macacus cynomolgus oblint un résultat positif: pa-

pules d'inoculation, adénopathie, guérison au bout de 9 jours.

Enfin Metchnikoff et Roux (Annales de l'Inslilul Pasteur, 1903, 1904) démontrent la possibilité de l’inoculation de la syphilis à certains singes. Ils inoculent du virus syphilitique à des chimpanzés et provoquent régulièrement des symptômes locaux ét généraux ressemblant aux symptômes de la syphilis humaine. Ils démontrent en même temps l’authenticité des syphilis inoculées à des singes inférieurs en inoculant des chimpanzés non plus avec du virus humain, mais avec des lésions provenant des macaques et qui reproduisent des lésions syphitiques incontestables. |

Ces expériences sont confirmées par de nouvelles recherches de Neisser,Lassar, Baermann et Halberstander à Breslau et à Batavia. puis par celles de Finger et Landsteiner, de Hoffmann, de Levaditi, de Thibierge et Ravaut.

On s'aperçoit que de même que la réceptivité varie chez les espèces différentes, il en est de même de la marche de la maladie.

HT chimpanzé offre une réceptivité absolue. Aucun des 22 chimpanzés inoculés à l'Institut Pasteur ne s’est montré réfractaire. Lassar en inocula deux, Neiïisser trois, et tous avec un résultat positif, le gibbon est également très réceptif.

L'orang-outang l’est moins constamment.

Le bonnet chinois (Macacus sinicus),le macacus cynomolgus et deux variétés de cynocéphales, l’hamadryas et le sphinx, offrent une sensibilité très nette, ils prennent la syphilis dans une proportion variant de 50 à 66 pour 100, le rhesus semble un peu plus résistant. Finger et Landsteiner par leur procédé des poches sous-épidermiques arrivèrent à réussir leurs inoculations chez les singes inférieurs dans 90 pour 100 des cas.

Quant à la marche de la maladie, chez le chimpanzé, après une incubation variant d'après MM. Metchnikoff et Roux de 22 à 39 jours, apparait l'accident primitif avec adénopathie correspondante et suivie d'accidents secondaires de la peau et des muqueuses. Les accidents les plus communs sont les syphi-

PR a

£ liscutable. *L

lides papulo-squameuses, la roséole est plus discutable. La rale est hypertropliée et perceptible au palper. Dans deux cas MM. Roux et Metchnikoff ont observé de la parésie des mem-.

bres postérieurs ayant abouti à une véritable paraplégie avec

exagéralion des réflexes rotuliens: Ces troubles, après avoir persisté trois semaines chez l'un et sept semaines chez l’aütre, fini rent par guérir. Il en est de même du gibbon. Quand à l’orang il sert de chaînon intermédiaire entre les précédents et les caterrhiniens.Il ne réagit que par l'accident primitif, l'incubation est chez lui plus courte que chez le chimpanzé, elle est en moyenne de 24 jours. :

Les singes inférieurs ne réagissent ainsi que par l'accident primilif,sans adénopathie en général,et sans accidents secondaires, semble-t-il, quoique Siegel se soit élevé contre cette opinion mais sans apporter de faits démonstratifs.

Mais si l'on peut étudier avec fruit chez les singes l'incubation et le développement des accidents primitifs, cela est déjà plus difficile pour les accidents secondaires que présentent seuls les singes supérieurs comme le chimpanzgé et le gibbon. Quant aux accidents tertiaires, on n’en connaît pas encore d'exemple probant. À

Bientôt on arriva aussi à tr NaoTe la syphilis à des animaux

moins coûteux, le pore, la brebis, le chien (1) (et surtout le la- Ê pin, le cobaye et le chat). Mais il fallut pour cela employer des artilices, car les‘inoculations sous la peau SORT négatives chez ces animaux le plus souvent. ‘

C'est Haensell (2).qui longtemps avant Bertarelli, réussit à reproduire des lésions syphilitiques chez le lapin par inoculatiôon dans la partie centrale de la cornée et dansla chambre antérieure de l'œil, mais il n'avait pu en apporter la preuve bactériologique. De même Siegel et Schulze. Bertarelli (3) donne la preuve de la spécificité des lésions reproduites ainsi expérimentalement

(1) SÉRSANT et BruniNG, Deulsche med. Woch., 1907, n° 14.

(2) P. Harnsecr, Graefe’s Arch. f. Ophthalmologie, vol. 27. (3) Ro Rodirte d' Ve 1906, vol, 17 et 18.

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chez le lapin, il montra également que l’on ne peut arriver à reproduire à coup sûr des lésions syphilitiques chez tous les lapins ; il étudie les passages et montre que le virus loin de s'alténuer augmente au contraire sa virulence. |

Ces: expériences furent confirmées par de nombreux chercheurs, -Scherber, Greef et Clausen,Hoffmann, Schneht, Milian et Roussel (1).

Parodi (2) arrive à des résultats positifs par lPinoculation dans le testicule du lapin et Levaditi et Yamanouchi (3) par l'introduction de fragments riches en tréponèmes sous la muqueuse préputiale.

Mais si l'accident primitif de ces animaux, quoique inconstant, est incontestable, les accidents de généralisation sont exceptionnels et d’ailleurs nullement prouvés.

Aussi uous n'avons pu relirer grand bénéfice au point de vue de l’immunité humaine de ces recherches chez les animaux. Personpellement nos inoculations et même les dépôts de chancres sous la peau de cobayes ou de lapins ont toujours été négatives. Nous avons pu reproduire seulement, mais pas dans tous les cas,des lésions de l'œil après inoculation intracornéenne d'après la technique de MM. Milian et Roussel chez le lapin.

L'étude de la syphilis chez les animaux permet seulement, à l'heure actuelle, les conclusions suivantes au point de vue de l’immunité. t

La syphilis spontanée n'existe pas chez les animaux, la dourine ou maladie du coït chez le cheval en est bien différente, c’est une trypanosomase. |

La plupart des animaux ne réagissent à l'inoculation syphililique que dans des conditions bien déterminées el encore pas

à coup sûr.

(4) Murian et Roussez, Les kératites syphilitiques du lapin. Progrès médical, 1909, n° 3. ,

(2) Paronr, Centralblatt für Bacteriolog. (Orig.), 1906, vol. 44, fase. 5.

(3) Levapiri et Yamanoucuy, Comptes-rendus de la Soc. de Biologie, 1908, vol. 64, p. 937. -

Ils réagissent par un accident local le plus souvênt se CoMportant par exemple comme le chien vis-à-vis de la morve.

Bertarelli a bien étudié limmunité du lapin. dans la syphilis cornéenne, pensant qu'il trouverait là des faits analogues à ceux de l'immunité vaccinale. |

Dans les inoculations faites avec du virus humain, Bertarelli remarqua qu'il lui était impossible d’infecter la deuxième cornée après guérison de la première cornée ; mais avec du virus renforcé par passage au lapin, les essais furent beaucoup moins concluants. |

fl reproduisit une kératite syphilitique sur l'œil gauche d’un lapin alors que l'œil droit était en pleine évolution de lésion spécifique. "

Sur trois inoculalions faites sur des cornées guéries de lésions syphilitiques, il obtint deux insuccès et un succès. Il est donc difficile d'admettre des conclusions fermes sur limmunité locale conférée à la cornée du lapin soit par des lésigns anciennes de cette même cornée, soil par des lésions de la cornée du côté opposé. |

De même, Bertarelli a essayé de conférer au lapin l'immunilé cornéenne par des injections sous-cutanées à doses croissantes de cornées de lapin syphilitiques.

Sur quatre lapins ainsi préparés, trois eurent une Kératite syphilitique, la seule conclusion que Bertarefli put tirer de ces expériences, c'est qu'il y a tout au plus un retard dans Féclosion de la kératite.

L'immunité de certaines espèces animales nous fait passer naturellement à l’'immunité de certaines races.

Existe-t-il des races vraiment immunisées contre la syphilis, comme la race nègre est immunisée contre la fièvre jaune, le paludisme. \

‘On connait la rareté de la syphilis en Islande. Mackensie, Thorstensein, Schleismer, Jacotot avaient invoqué des raisons ethniques ou de climat. Il semble que la vérité soit tout autre,

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