‹ L'immunité dans les maladies infectieusesChapitre 10 sur 171 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

cités sont rccUenient capaliles de s adapter au sang défibriné et au sérum sanguin de lapin. Le bacille typbiqiie, d après ces recherches, s accoiitnnic avec beaucoup plus de facilité que le vibrion du choléia.

L’iiuuumité ou raccoutuiuance des organismes nuisibles aux dillereutcs toxines présente une analogie incontestable avec les phénomènes d’adaptation de ces êtres aux poisons minéraux ou organiques. On sait depuis longtemps (]uc les mêmes espèces de protozoaires se rencontrent dans les eaux douces et salées et qu’il est possible d habituer les infusoires et les amibes à suppoi'ter des quantités de sel marin qui leur étaient absolument mortelles au début, (.jette accoutumance ne s’acquiert que si l’on a soin d’ajouter du sel par petites quantités, un changement trop brusque amenant inévitablement la mort. Par ce procédé, Cohn(l) avait habitué les Euplotes d’eau douce à vivre dans l’eau de mer artiticielle c|ui renfermait 4 ®/o de chlorure de sodium. Dans les expériences de Balbiani (2), les Monadiens d’ean douce [Menoidium inctirvum et Chtlomonas paramecium) mouraient très vite après l'addition de 1/2 7o ce sel ; mais lorsqu’on le leur ajoutait par petites doses successives (0,05 par jour), ils s’habituaient facilement à une concentration de 1 “/g. A l’état de kyste, les protozoaires résistent encore mieux qu’à l’état libre aux différents sels que l’on ajoute à leur milieu de culture normal. Il est probable que la paroi du kyste empêche la pénétration de ces substances dans le contenu. Lorsqu’on additionne d’un peu de couleurs d’aniline un liejuide, renfermant des infusoires enkystés, on constate que la membrane kystic[ue se colore d'une façon très intense, tandis cjue le corps de l’infusoire reste incolore. La membrane absorbe une grande quantité de matière colorante, après cjiioi, se trouvant saturée, elle n’en prend plus et ne laisse pas pénétrer la couleur dans le contenu.

Après avoir comparé l’action sur les infusoires des sels de sodium avec celle des sels de potassium et de lithium, Balbiani {/oc. cit., p. 580) arrive à la conclusion que l'influence nuisible de ces substances ne s’explique qu’en partie seulement par les phénomènes osmotiques. En dehors de ceux-ci, une action purement chimique doit également être invoquée. Balbiani appuie son opinion sur le fait que les solutions isotoniqncs des trois sels exercent sur les infusoires de

(1) Entwickelungsgeschichte der mikroskopisc/ien Algen und Pilze, Nova Acta Academiae Cars. L. Carolina,, t854.

(2) Aclion des sels sur les infusoires, Archives d' anatomie microscopique. T. Il, 1898, p. 595.

IMMUNITE CHEZ LES ORGANISMES UNIGELLULAIRES

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môme espèce et de même origine une influence différente. Les sels de potassium et de lithium agissent d’une façon beaucoup plus énergique que les sels de sodium. Eh bien, les protozoaires peuvent s'adapter progressivement aussi bien aux influences nuisibles d’ordre physique qu’aux actions de nature chimique. Ainsi on peut accoutumer des infusoires et des rhizopodes à de hautes températures, à une lumière intense etc. D’un autre coté, on peut les habituer aussi à l’action toxique de véritables poisons. Davciq)ort et Neal( J) ont établi que les stentors, maintenus pendant deux jours dans une faible solution de sublimé (0,()Üü0o ®/o), acquièrent une immunité contre la dose quatre fois mortelle de ce poison pour des individus, maintenus dans de l’eau pure. La môme règle a été observée pour l’action toxique de la quinine. Cette immunité ne peut pas être attribuée à une sélection d’infusoires qui possèdent une résistance naturelle pour le sublimé. Elle est réellement acquise à la suite d'une influence chimique directe et graduelle sur le protoplasma des stentors qui, une fois accoutumés, survivent tous à des doses, mortelles pour les témoins non habitués.

Les microbes végétaux qu’on cultive avec beaucoup plus de facilité que les protozoaires, manifestent fréquemment des phénomènes d’accoutumance des plus caractéristiques. Les [)remières recherches systémati([ues dans cette dii'ection ont été exécutées par M. Ivossiakoff (2) dans le laboratoire de M. Duclaux. Il a étudié l’action antiseptique du borax, de 1 acide borique et du sublimé sur la bactéridie charbonneuse et plusieurs autres bacilles {Hacillus subtilis^ Th urotrix scaber et tcnius) et est arrivé a ce résidtat que tous ces microbes peuvent être graduellement accoutumés à des doses, sûrement antiseptiques pour les mômes espèces non habituées. Le Tlujrolnx tenuis supporte près de deux fois plus de bichlorure quand il est habitué que lorsqu’il ne l'est pas. Le bacille charbonneux ordinaire ne se développe point, si le milieu de culture renferme plus de 0.005 d’acide borique, tandis que le même microbe, accoutumé par des cultures successives, pousse bien malgré la présence de 0,007 du môme antiseptique. Depuis, des faits analogues ont été constatés par plusieurs autres observateurs, de sorte que l’accoutumance facile des bactéries aux poisons est admise

[\) O II the^ acclimatisation of orqnnims to po/sonous Chemical substances, Archiv fûr hntwickelungsmechanik (1er Orf/anismen. T. II, 189(5, p. oüi.

(“2j Eossiakoff, Sur l’accoulumaiice aux anliseptiiiues, Annales de ’ l'Institut Pasteur. T. I, 1887.

GHAPITRli PREMIER

comme règle générale. M. Danysz (/oc. c?/.), clans le but cl élucider le mécanisme de cette adaptation, a étudié l’action de l’acide arsénicjue sur la bactéridie charbonneuse. Il a démontré que ce bacille s’habitue à pousser clans du bouillon, renfermant une close d’acide arsénique qui, au début, empêchait tout développement. Pendant ce phénomène d’accoutumance qui s’acquiert après une série de passages dans des milieux de plus en plus arséniqués, la bactéridie sécrète un manchon de substance muqueuse qui protège les parties sensibles de la cellule microbienne. Il se produit donc ici quelque chose de tout à fait semblable à ce que le même observateur a conslaté chez des bacilles charbonneux, adaptés au sérum de rat. Cette analogie s’étend même à rélimination de la substance protectrice clans le liquide de culture. Lorsqu’on ensemence une bactéridie ordinaire, non accoutumée, dans du bouillon arscniqué, auquel on a ajouté du liquide, provenant d’une culture de la bactéridie accoutumée, le développement se produit d’une façon marquée. Lorsqu’au contraire on fait le même ensemencement dans du bouillon arséniqué de même composition, mais auquel on a ajouté du lic]uide filtré d'une culture non accoutumée, la bactéridie se développe beaucoup moins bien. La différence s’explique par la présence, clans le liquide où avait poussé le bacille accoutumé, d’une certaine quantité de la substance mucjueuse c]ui fixe l’arsenic et l’empêche d’agir sur le protoplasma des microbes.

Les levures s’adaptent aussi très facilement aux antiseptiques. Cette propriété a même amené une application pratique. On sait que des petites closes d’acide fluorhydric|ue sont capables d’empêcher la prolifération de la levure de bière. Or, Effront (1 ) a accoutumé cette plante à vivre dans des milieux renfermant une c|uantité d'acide tluorhydric[ue c|ui est absolument antiseptic|ue pour la levure non habituée. Dans ces conditions, les cellules accoutumées subissent une excitation qui amène la production d’une plus forte cjuantité d’alcool. En s’habituant aux closes antiseptiques (300 mm. d’acide tluorhydrique pour 100 c. c. de moût de bière), la levure acquiert une sorte d’immunité qui lui mancjuait au début. Cette nouvelle propriété peut se transmettre par hérédité à de nouvelles générations, développées clans du moût de bière ordinaire, non additionné d’acide fliiorhydricjue. L’action stimulante de cette substance sur la propriété fermentative ne dépend pas de la réaction acide de l’acide tluorhyclric[ue, car d'autres acides, non

(1) Moniteur scientifique du Quesneville, 1890, 1891, 1892, 1894.

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