‹ L'immunité dans les maladies infectieusesChapitre 103 sur 171 · CHAPITRE Xll · texte numérisé non relu

CHAPITRE Xll

spécificité et aussi rorig’ine des antitoxines en général. C’est l'iiypoth('se si ingénieuse des chaines latérales, ou des récepteurs, dont il a déjà été question dans plusieurs autres chapitres de cet ouvrage. Pour la première fois, elle a été exposée à propos des antitoxines proprement dites, c est-à-dire des substances capables d’empêcher l’empoisonnement par les toxines microbiennes. Pour rendre son hypothèse aussi claire que possible, M. Ehrlich l’a expliquée d’abord sur l’exemple concret de 1 antitoxine tétanique. « Lorsqu’on introduit à un animal une petite quantité de toxine tétanique, il est facile à j)rouver d’une façon exacte qu’elle est bientôt fixée par le système nerveux central, probablement par les cellules motrices des ganglions ; que le système nerveux central attire plus que n’importe quel autre organe la toxine tétanique et en retient très solidement les molécules toxiques. » Ce sont les chaines latérales du protoplasma qui accomplissent ce rôle et qui soumettent le protoplasma vivant à l’action prolongée du poison. Une fois combinée, la chaine latérale devient incapable de remplir sa fonction normale, ce qui amène du côté des parties vivantes la production de nouvelles chaines semblables. Suivant la loi que la réaction est plus forte c[ue l’action, il y a lieu à une surproduction de ces chaines latérales qui finiront par gêner la cellule qui les a développées et être excrétées par elle dans le plasma sanguin. Une fois expulsées dans celui-ci, elles continueront à manifester leur affinité pour la toxine tétanique, affinité qui doit même être plus grande dans le cas où les chaines se trouvent dans le sang cjue lorsqu’elles étaient liées à la cellule. Grâce à cette affinité, ces chaines, dans le sang, fixeront la toxine tétanique, introduite dans l’organisme et l’empêcheront d’atteindre les éléments nerveux sensibles. Les antitoxines, d’après cette hypothèse, ne sont donc autre chose que des chaines latérales surproduites et déversées dans les humeurs. M. Ehrlich étendsa théorie à toute la série de corps, capables de provoquer la formation des antitoxines et des antidiastases. « Il est probable — dit-il — que tous les corps analogues ne peuvent devenir toxiques pour l’organisme qu’à condition que celui-ci soit capable de fixer leurs groupements toxophores dans certains de ses organes importants pour la vie » (P- 17).

D'après cette théorie, l’antitoxine tétanique doit préexister dans l’organisme normal et se trouver dans le système nerveux central. Dans l’organisme immunisé, les mêmes chaînes latérales doivent se reproduire en très grande quantité dans les cellules nerveuses et de là

IMMUNITÉ ARTIFICIELLE VIS-A-VIS DES TOXINES

passer dans la circulation. Partisan de cette théorie, M. A. Wassermann est allé justement chercher l’antitoxine tétanique dans les centres nerveux des animaux neufs. Mn collaboration avec M. Takaki, il ( 1 ) a fait la découverte importante que le cerveau et la moelle épinière de mammifères (tels que cobayes, lapins), triturés avec de la toxine tétanique,empêchent son action toxi(|ue de se manifester chez les animaux des plus sensildes au tétanos. Le cerveau s’est montré toujours plus actif que la moelle épinière. La propriété de neutraliser la toxine tétanique appartient aux parties solides des centres nerveux, taudis que le liquide de l’émulsioii cérébrale est incapable de l’exercer.

Lette découverte a été aussitôt confirmée de tous côtés. M. Ransom (2) la faite meme presque en même temps et indépendamment de MM. M assermann et Takaki ; le fait lui-même est donc incontestable. Il s agit seulement d’établir si T « antitoxine » des centres nerveux des animaux neufs est réellement la même que celle qui se trouve dans les humeurs des anituaux immunisés contre la toxine tétanicjue, comme 1 admettent \L Wassermann et les autres partisans de la théorie deschaines latérales. La première se distingue ])ar une action très localisée, n’étant pas capable de se dissoudre et de se répandre dans l’organisme. Ce fait résulte des expériences deM. Marie (3), exécutées

dans mon laboratoire, et des miennes (4). Il suffit d’introduire sous la face dorsale de la cuisse d’un cobaye de la substance cérébrale, en quantité suffisante pour neutraliser une dose plusieurs fois mortelle de toxine tétanique, et sous la peau de la face ventrale de la même cuisse, la dose mortelle de cette toxine, pour que le cobaye prenne le tétanos mortel. L’action antitoxique de la substance nerveuse ne se répand donc même pas à faible distance; elle est strictement locale.

L’opinion que 1 action de la substance des centres nerveux broyés est différente de la neutralisation de la toxine par l’antitoxine des humeurs a été encore corroborée par le fait que la fixation du poison tétanique à la substance cérébrale est très fugace. Nous avons constaté que le même mélange de toxine et de cerveau broyés qui ne provoque aucun phénomène tétanique, lorsqu’il est injecté dans le péritoiiîede cobayes, donne à ces animaux un tétanos grave, lorsqu’il est introduit

sous la peau de la cuisse. Dans ce dernier cas, la toxine se sépare des

(1) Derliner klinische Wochenschr , p. I.

(2) Deutsche rnedic. Wochenschr . , 1898, p. 68.

(3) Aruiales de l'Institut Pasteur, 1898. T. XII, p. 91. (■'0 Ibid., pp. 81 et 263.

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