‹ L'immunité dans les maladies infectieusesChapitre 102 sur 171 · CHAPITRE XII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XII

antitoxiques d’aiilres individus de môme espèce, l'immunité antitoxique durait presque aussi longtemps que chez les chevaux vaccinés avec des toxines. M. Kausom (l) a dévelop[)é cette thèse dans un travail exécuté à 1 Institut de M. v. Behring’ à Marhourg’, et l appuie par des recherches comparatives qui démontrent la disparition plus rapide de l’antitoxine lorsqu’elle est introduite avec le sérum d’espèce étrangère, qu’avec celui de meme espèce.

Mais môme si l’on doit accepter l’opinion courante sur la plus grande durée du pouvoir antitoxicjue du sang dans rimmunilé isopathique, ce fait ne peut nullement infirmer l’hypothèse de la transformation de la toxine par des cellules de l’organisme. Si une partie de la toxine, introduite dans l’organisme, reste emmagasinée pendant longtemps dans quelque organe, on comprend qu'elle peut n’être que graduellement soumise à l’action transformatrice des cellules. Il est impossible, dans l’état actuel des connaissances, de prouver cette proposition, mais on peut invoquer en sa faveur le fait, rapporté dans le quatrième chapitre, de la j)ersistance prolongée des globules rouges, introduits dans l’organisme d’une autre espèce animale. Ces globules finissent toujours par être définitivement digérés, mais ce processus dure pendant une période de temps très longue.

La même hypothèse peut aussi expliquer le fait, établi pour la première fois par MM. Roux et Vaillard (2). Ils ont constaté qu’après des saignées répétées de lapins, immunisés contre le tétanos, la propriété antitoxique du sang se renouvelait facilement presque au même titre qu’auparavant. MM. Salomoiiseii et Madseii (3) ont contirmé le fait de la régénération de l’antitoxine après les saignées de leurs animaux j (chevaux et chèvres), immunisés contre la diphtérie. Les auteurs qui | ne croient pas à la possibilité de la transformation des toxines dans la production des antitoxines, considèrent ces faits comme absolument incompatibles avec l'hypothèse qu'ils combattent. Ainsi M. Weigert ! (/. c. p. 122) pense que la régénération des antitoxines après les saignées, ne peut être comprise qu'en admettant que l’antitoxine, de même que le sang, peut être reproduite chez l’animal immunisé activement, sans aucune nouvelle introduction de toxine. Mais il est, pensons-nous, tout aussi simple d’expliquer le fait en question parla supposition d’une provision de toxine emmagasinée dans certains

(1) Journal of Pathology and Bakteriology, 1899, August, p. 180.

(2) Annales de l' Institut Pasteur, 1893. T. VII, p. 82.

(3) Ibid., 1898. T. Vlll, p. 703.

IMMUNITE ARTIFICIELLE VIS-A-VIS DES TOXINES

éléments cellulaires. Cette même explication suffit aussi pour une autre observation de M.M. Salomoiisen et Madsen (Ij qui ont constaté que la pilocarpine est capalile d’augmenter la production de l’antitoxine. Comme ce sont les éléments vivants qui transforment la toxine et excrètent l’antitoxine, il est tout naturel que tout facteur (jui stimule la fonction cellulaire, soit capable de provoquer une augmentation du produit transformé par les cellules.

Le troisième argument que l’on invoque contre la possibilité de la transformation des toxines en antitoxines, est basé sur le fait que le sérum des chevaux neufs est quel([uefois déjà antitoxiijue, jusqu’à un certain point, vis-a-vis de la toxine diphtérique. Les chevaux n’ont jamais la diiihtéric spontanée, donc l'antidiphtérine de leur sang n’a rien a taire avec la toxine dipbtéricpie. On ne sait [>as pour quelle raison le sérum sanguin de certains cbevanx neufs se montre dès le début actit contre la toxine diphtéri(|ue, tandis que celui d’autres n’exerce aucune action sur le même poison. On sait seulement que cette propriété est loin d être constante j)our l’espèce chevaline. Peutêtre est- elle acquise à la suite de la })énéti‘ation dans l’organisme de quelque bacille pseudodipbtérifjue, dont la fréquence et le nombre sont très considérables. Pour que les produits microbiens donnent lieu à la formation d’anticorps, il n’est pas du tout nécessaire que les microbes produisent une affection manifeste. Ainsi, pour ne citer qu’un exemple, M. Fœrster (2) a observé un pouvoir agglutinatif considérable vis-à-vis du coccobacillc typhique chez un enfant qui se trouvait au milieu d une famille de typhiques, mais qui lui-même ne présentait aucun symptôme morbide.

La criticjue, dirigée contre l'hypothèse d’après laquelle la toxine modifiée entre dans la production de l’antitoxine, n’a pas pu montrer sa fausseté ; ce qui ne prouve nullement qu’elle soit exacte. Seulement, comme dans l’état actuel de nos connaissances, il est impossible de résoudre le problème d’une façon précise, et que l’hypothèse de la transformation rend le mieux compte de la spécificité de faction des antitoxines, elle a le droit d’être pi*ise en considération au moins alitant que n’importe quelle autre. ^

]\L Ehrlich (3) a formulé une autre hypothèse pour expliquer cette

(1) C. r. de V Acad, des Scie?ices, 1898. T. CXXVI, p. 1229.

(2) Zeitschrift f. Ilygiene, 1897. T. XXIV, p. .^14.

(8) Die Wertlibemessiing des Diphterieseriwis. Klinisches Jakrhuch 1897. X. VI, pp. 18-17.

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