CHAPITRE XIV
la paroi intestinale, dcnudée de son revêtement épithélial. Quelquefois ce microbe se généralise même dans l’organisme et se retrouve dans le sang et dans beaucoup d'organes.
Les faits que je viens de résumer brièvement peuvent être utilisés pour e.xpliquer certaines particularités que l’on trouve dans les bumeiirs des personnes guéries du choléra. Bientôt après la découverte des antitoxines tétaniques et diphtériques et presque aussitôt après celle du pouvoir préventif du sang, on s’est mis à appliquer les nouvelles données au choléra asiati(jue, profitant de l’épidémie qui s’est développée en Europe à [)artir de LS92. Nous avons déjà mentionné dans un des précédents chapitres le fait que le sérum sanguin ou le sang il hommes bien portants et n ayant jamais eu le choléra asiatique est capable d’empêcher la péritonite cholérique chez le cobaye, inoculé avec le vibrion de Koch. Mais pour obtenir ce pouvoir préventif il est nécessaire d'injecter une assez forte dose, un demi c.c. environ. Cette propriété n’est pas du tout spécifique, car le même sang, injecté à mêmes doses à des cobayes, peut les garantir non seulement contre ce vibrion, mais aussi et indifféremment contre beaucoup d'autres bactéries, comme les coccobacilles typhiques, le colibacille, etc.
Le sang ou le sérum sanguin, provenant de personnes guéries du choléra asiatique. peut, au contraire, acquérir un pouvoir préventif spécifique. 11 peut bien empêcher l’infection par d’autres microbes ; seulement, pour obtenir cet effet, il faut en injecter les mêmes quantités que de sang provenant d’individus normaux. Au contraire, lorsqu’il s’agit d'empêcher la péritonite cholérique chez le cobaye, il suffit d’introduire des doses très petites de sérum de personnes guéries du choléra. C'est M. Lazarus (1) qui a fait pour la première fois cette intéressante constatation. Dans trois cas de choléra qu’il a étudiés, le sérum retiré quelque temps après la guérison présentait un pouvoir préventif extraordinaire : un décimilligramme de sérum sanguin suffisait déjà pour empêcher la mort de cobayes, inoculés avec le vibrion cholérique dans le péritoine. Bientôt après, M. G.Klemperer (2) fit la constatation analogue dans deux autres cas de guérison, seulement le sang, chez ses convalescents, s’est montré beaucoup moins actif que dans les exemples de M. Lazarus.
M. Issaëtt (3j a examiné à l’Institut de M. Koch à Berlin le sang de
(1) Berliner klinische Wochenschr., 1892, p. 1072 ; 1893, p. 1241.
(2) Ibid., 1892, p. 1267.
(3) Zeitschrift f. Uugiene, 1894. T. XVI, p. 308.
IMMUNITÉ ACQUISE PAR VOIE NATURELUE
plusieurs personnes, guéries du choléra, et est arrivé au résultat que le sérum acquiert toujours une propriété préventive spécifique ; seulement elle ne se développe jamais avant la troisième semaine après le début de la maladie et disparaît déjà complètement trois mois après cette époque. Quelques exemples étudiés par M. A. Wassermann (1) etM. Sobernheim (*2), corroborent bien cette conclusion. Nos propres recherches (3) sur 24 cas indiquent une très grande variabilité du pouvoir préventif du sang des personnes guéries du choléra. Nous avons pu le trouver dans un peu plus de la moitié fo8 O/Oj des cas. Quelquefois ce pouvoir était très prononcé, presque aussi fort (jue dans l’exemple de M. Lazarus, tandis que dans d’autres il n’était que faible, souvent même nul. On ne pouvait non plus constater aucun rapport entre la gravité de la maladie et la force de la propriété préventive du sang. Ainsi, dans un cas de choléra moyen, il suffisait d'une (juantité très petite de sérum (0,001 c.c.) pour préserver le cobaye de la péritonite cholérique mortelle, tandis que dans un autre, d’une gravité extraordinaire, même 2 c.c. étaient incapables de [)roduire le même eti'et. Dans ces deux exemples, le sang avait été retiré à la période correspondante après le début de la maladie (73® et 75® joui's). M. Sobernheim (Le.) a trouvé le plus fort pouvoir ])révcntif du sérum chez une personne qui renfermait des vibrions cholériques dans ses déjections normales, mais qui se portait toujours bieu et n’avait été soumise à l’examen que parce qu’elle habitait avec des cholériques.
Toutes ces données démontrent que ni la guérison ni l’iinm unité contre le choléra ne peuvent être considérées comme conséquence du pouvoir préventif du sang. Ce dernier ne se manifeste ({u’assez longtemps après la guérison définitive et disparait à une époque trop rapprochée de celle-ci, c’est-à-dire à un moment où l’immunité acquise doit encore se maintenir. D’un autre côté, l'irrégularité du pouvoir préventif du sang indique que cette pro[)riété iiumorale se présente comme quel(|ue chose de secondaire. Comme le choléra asiatique est une intoxication par la toxine choléricjuc, on conçoit facilement que le pouvoir préventif, résultant de l’invasion des parties vivantes de l'organisme par les vibrions, ne doit y jouer qu’un rôle de peu d’importance. Nous savons déjà que ce pouvoir est dû à des substances élaborées par des éléments phagocytaires, mis en contact avec
(1) Zeitschrift f. Ihjgiene, 1893. T. XIV, p. 42.
(2) Ilygienische Rundschau, l89o, p. 1G7.
(3) Annales de l'Institut Pasteur, 1893. T. VII, p. 417.
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