‹ L'immunité dans les maladies infectieusesChapitre 121 sur 171 · CHAPITRE XIV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIV

réfractaires, résistent et se montrent incapables de contracter la malaria même dans les autres pays paludéens. M. Glogner cite à l’appui de son opinion le cas des enfants de l’orphelinat à Semarang- (Java) qui pendant des années sont sujets à des récidives et à des réinfections malariques, incapables d’acquérir la moindre immunité. D’après M Koch, l’exemple de M. Glogner n’est pas comparable à celui des enfants delà Nouvelle-Guinée. Dans le premier cas, la marche naturelle de la maladie est interrompue parle traitement avec de la quinine, ce qui doit empêcher l’immunité de s'établir ; tandis que, dans le second, les enfants sont abandonnés à leur sort et, en dehors de tout traitement, acquièrent lentement l’immunité véritable. Il est évident que cette immunité acquise dans le paludisme est un phénomène complexe qui demande de nouvelles recherches ; mais on ne peut pas contester que, dans certaines conditions, elle rentre dans la règle générale et peut être naturellement acquise.

Gette règle est que, dans les maladies infectieuses, l’immunité se développe généralement après une première atteinte. Cet état réfractaire acquis est très long dans certains cas et au contraire très passager dans d’autres. A la découverte de la vaccination par les microbes atténués, faite par Pasteur et ses collaborateurs, on faisait souvent cette objection que beaucoup de maladies, telles que le charbon, peuvent récidiver. Ce fait est incontestable ; le charbon bactéridien peut atteindre le même individu à plusieurs reprises, et malgré cela l’immunité acquise contre cette maladie est absolument réelle. Seulement cet état réfractaire ne dure qu’une seule ou peu d’années seulement, au lieu de persister pendant un temps beaucoup plus long, comme dans la fièvre typhoïde, les oreillons et la variole. Voilà pourquoi le fait de la possibilité d’une maladie de récidiver ne doit jamais arrêter les tentatives de vaccinations artificielles.

I^armi les exemples d’immunité, acquise par voie naturelle, il faut citer celui de la syphilis, qui présente un cas très particulier. Il est bien établi depuis longtemps et par des expériences nombreuses sur l’homme, que les personnes, ayant présenté les accidents primaires de la syphilis, contractent une immunité très grande vis-à-vis d’une nouvelle infection. Le chancre syphilitique ne récidive pas et cependant cette immunité si manifeste et si persistante n’empêche pas l’individu, indemne contre la réinfection, de continuer à être malade et de servir de terrain pour les phénomènes consécutifs syphilitiques. Cet état réfractaire particulier a pu rendre de grands services dans l’établisse-

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ment de l’étiologie de certaines maladies, dans lesquelles on avait le droit do soupçonner l’origine syphilitique. Beaucoup de cliniciens avaient admis cette origine pour la paralysie générale progressive.!) autres niaient le lien causal entre les deux aHections. M. Krafft-Ebing (1) a résolu cette question par l’application de la loi de l’immunité syphilitique acquise. L’inoculation du virus syphiliti(|ue à dix personnes, atteintes de paralysie générale, n’a jamais été suivie do chancre au point d’inoculation, ni d'aucun autre accideni primaire ou secondaire de la syphilis. Les paralytiques généraux présentent donc une immunité réelle contre ces accidents ; par conséquent la paralysie générale elle-même est une manifestation tardive de la syphilis.

L’immunité acquise contre la réinoculation par le virus syphilitique s’établit aussitôt après la fin de la période d’inculjalion de la première infection et dure pendant tout le reste de la vie (2). En dehors de cette immunité si particulière et pour ainsi dire partielle, il existe dans la syphilis un second genre d’immunité ac<juise plus générale. D’après la loi, connue sous le nom de loi de Bauniès-Colles, la mère qui allaite son enfant, infecté héréditairement de syphilis par l’intermédiaire du père seul, jouit d’une immunité antisyphilitique véritable.

Dans la tuberculose, les quelques faits d’immunité acquise que l’on observe, présentent une certaine analogie avec l'immunité dans la syphilis. Un grand nombre de données bien observées prouvent qu’une personne qui a eu des scrofules ou des manifestations de la tuberculose proprement dite, ne peut pas compter sur une immunité contre la phtisie [uilmonaire. On pourrait donc croire qu'il n’existe aucun état réfi*actairc, acquis dans cette maladie. Et cependant M. R. Koch (3) a bien démontré que les cobayes tuberculeux, auxquels on introduit sous la peau des bacilles de la tuberculose, réagissent vis-à-vis de ceux-ci d’une façon très particulière. La présence de ces microbes provoque aussitôt une forte inflammation au point d inoculation qui déter-

mine l’expulsion de ces bacilles avec l’exsudât. Il se déveJoppe une escarre volumineuse qui entraîne avec elle, en tombant, une quantité de bacilles. Ce processus n’est suivi ni de la formation d'un ulcère permanent, ni de I hypertrophie des ganglions voisins. Comme dans la syphilis, rorganisme a ac(]uis riminunité contre la réinfection par

(1) Discours prononcé au Xlle Congrès international de médecine à Moscou, 1897. (S) V. M. Hudalo, Annales de Dennatolotjie et de Si/philif/rap/n'e, 1801. T. H, pp. 3o3. 470.

(3) Deutsche medicin. WocheJischr , 1891, p. 101.

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le virus tuberculeux, ce qui n’empêche nullement la première inoculation de se généraliser et de provoquer la tuberculose mortelle de presque tous les organes. Les observations de M. Koch, qui lui ont servi de bases dans ses recherches sur la tuberculine, ont été confir mées par plusieurs autres chercheurs. La réaction de l’organisme tuberculeux conti’c la réinfection a été désignée sous le nom de « phéno mène de Koch ».

La médecine clinique a réuni beaucoup de données de la plus haute importance au sujet de l’établissement d’une immunité acquise dans un grand nombre de maladies infectieuses; mais l'étude scientilique du mécanisme de cette immunité n’a pu être faite que grâce aux résultats des recherches microbiologiques, obtenus pendant la dernière période du mouvement scientifique. Le résultat général qui se dégage de ces recherches^ est que rimmunité, acquise par voie naturelle, est très analogue à celle que l’on obtient artificiellement par des vaccinations par les divers procédés que nous avons déjà mentionnés. Les phénomènes qui se passent chez des animaux, inoculés avec des vaccins de toutes sortes présentent une grande ressemblance avec ceux que l’on observe pendant la guérison d’une maladie, contractée dans les conditions naturelles. Pour appuyer cette thèse, il nous aurait fallu parcourir le mécanisme de la guérison, ce qui nous entraînerait trop loin, le sujet étant trop vaste pour être résumé ici. Nous devons donc nous contenter de quelques remarques, capables d’édifier le lecteur à ce sujet.

Ce sont surtout les maladies, contre lesquelles il n’existe pas de remède, qui sont capables de nous fournir des renseignements importants sur l'immunité acquise par voie naturelle. Nous avons vu déjè, dans l’exemple du paludisme, à quel point la thérapeutique peut modifier la marche naturelle des phénomènes. C’est pourquoi il sera utile de nous arrêter d’abord sur l’immunité acquise à la suite d’une première atteinte de la fièvre typhoïde. L’immunité qui se développe dans cet exemple est très forte et persistante; riiitervention thérapeutique qui pourrait troubler les phénomènes naturels, est nulle.

On ne connaît pas encore le mécanisme de la guérison dans la fièvre typhoïde. Cette maladie , atlectant exclusivement l’espèce humaine (la péritonite expérimentale des animaux, provoquée parle coccobacille typhique, s’en distingue par des difierences très grandes), il est très difficile de trouver moyen de l’étudier d’une façon suffisante à l'époque de la guérison. Mais, à défaut de ces connaissances.

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V ig U.

IMMUNITÉ ACQUISE PAR VOIE NATURELLE

il est possible de se rendre compte des changements que subit le liquide sanguin dans le cours de la fièvre typhoïde, ainsi que pendant et après la convalescence.

Il y a déjà assez longtemps, MM. Ghantemesse et Widal (1) ont remarqué que le sérum sanguin des personnes, atteintes de fièvre typhoïde, acquiert la propriété d’empêcher la péritonite expérimentale des animaux de laboratoire, provoquée par le coccobacille typhique. Le sang des malades devient préventif. Goiitre cette conclusion, on a formulé l’objection qu’avec les fortes doses de sérum, employées par les savants cités, on peut obtenir un effet préventif meme en SC servant du sang d'homincs normaux, non atteints de fièvre ty[)hoïde, ni guéris de cette maladie. Les recherches ultérieures ont cejiendant confirmé la découverte de MM. (ihaiitemesse et Widal. 11 est bien vrai que souvent il suflit d’injecter un demi-centimètre cube de sérum humain normal dans le péritoine d’uii cobaye neuf, pour le rendre réfractaire à une dose sûrement mortelle, pour le témoin, de coccobacillcs typhiques. Il s’agit ici d’une action préventive banale, que nous avons relatée dans le chapitre X. Mais le sang des tjqihiques est capable de protéger les animaux neufs, môme à des doses qui ne manifestent jamais d’effet préventif avec nn sang normal.

Le pouvoir préventif du sérum sanguin des convalescents a été étudié avec un soin tout particulier par MM. IL Pfeiffer et Kollc (2). Ghez quel([ues personnes, des quantités minimes ((fOOl c. c.) de ce liquide suffisaient déjà pour assurer à des cobayes l’immunité contre la péritonite typhique mortelle. Seulement ce pouvoir si fort ne se manifestait que pendant les premières semaines de la convalescence. Dans un cas, où ces observateurs ont pu étudier les propriétés du sang à deux reprises, ils ont constaté que deux mois après le premier e.xarnen, le pouvoir préventif présentait une diminution notable. Dans un autre exemple, où le sang a été recueilli un an après la guérison d’une fièvre typhoïde grave, ils n’ont trouvé que des indices faibles de la propriété préventive spécifique. « fout se présente — concluent MM. Pfeiffer et Kolle — comme si les substances typhiques préventives étaient rapidement éliminées du coui'ant sanguin. Si les recherches ultérieures venaient à confirmer ces résultats encore peu nombreux, on pourrait en déduire (]ue riminunité qui persiste après line atteinte de fièvre typhoïde [lendant des années, souvent môme

(1) Annales de l'Institut Pasteur, 189:2. T. VI, p. 773.

(2) Zeitschrift f. llygiene, 1896. T. XXI, p. 213.

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pendant tout le reste de la vie, serait indépendante de la teneur du sang- en substances préventives toutes prêtes » (/. c. p. 218). Les faits qui ont servi i» cette conclusion, confirment encore une fois cette thèse générale que même l’immunité acquise n’est pas du tout fonction d'une propriété humorale quelconque.

On sait que, dans les sérums préventifs, se trouve constamment le fi.xateur spécifique (la substance sensibilisatrice de Jlordet, ou le corps intermédiaire, ou ambocepteur d'Elirlich). Il a donc été tout naturel de rechercher cette substance dans le sang- des personnes atteintes ou guéries de la fièvre typhoïde. MiM Bordet et Gengou (1) ont pu facilement démontrer par la méthode qui a été exposée plus haut (dans le neuvième chapitre), l’existençe de typhofixateur dans le sérum sanguin de deux eonvalescents de cette maladie.

MM. Widal et Le Sourd (2) ont étendu cette découverte au sang des malades en cours de fièvre typhoïde. Les dix cas étudiés par eux ont tous donné un résultat positif, tandis que tous les échantillons de sang de personnes atteintes de toutes sortes d’autres maladies, se sont montrés dépourvus de typhofixateur. On ne sait pas encore si cette substance persiste pendant longtemps après la guérison. Sous ce rapport, on a beaucoup plus de renseignements sur une autre propriété humorale des typhiques, l’agglutination spécifique. Guidé par le fait que,*déjà au cours de la maladie, le sang des personnes, atteintes de fièvre typhoïde, devient préventif, M. Widal a recherché si le pouvoir agglutinatif des humeurs apparait aussi de si bonne heure. On sait que le résultat de ses études a été positif et que le sang des typhiques peut devenir agglutinant dès les premiers jours de la maladie. Ce fait a servi à M. Widal pour établir le séro-diagnostic de la fièvre typhoïde, procédé généralement appliqué dans la clinique médicale. La question qui nous intéresse surtout en ce moment, est de savoir si cette propriété agglutinative acquise persiste longtemps après la guérison et peut être employée comme mesure de l’immunité.

Dans quelques exemples, le sérum s’est montré assez fortement agglutinatif encore très longtemps après la guérison. Mais ces cas sont rares et le plus souvent le pouvoir agglutinatif, comme la propriété préventive du sang, baisse bientôt après la guérison. M. Bensaude (3)

(1) Annales de l' Institut Pasteur, i90l. T. XV, p. 289.

(2) Bulletin et mémoires de la Société médicale des hôpitaux, 1901, 20 juin,

(3) Le phénomène de I agglutination des microbes, Paris, 1897, p. 76.

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a assisté à la disparition du premier entre le dixième et le quatre-vingtquinzième jour de l’apyrexie. MM. Widal et Sicard (1) ont observé chez quelques-uns de leurs malades la disparition complète du pouvoir agglutinatif du sang qui s’est effectuée dans un cas au dix-huitième, dans un autre au vingt-quatrième jour de la défervescence. Chez beaucoup de convalescenls, quinze à trente jours après le début de l’apyrexie, le pouvoir agglutinatif commence à s’atténuer.

Avant ces recherches sur les propriétés préventive et agglulinative, M. Stern(2) s’était déjà demandé si l’on ne pouvait pas tirer quelque indication générale du pouvoir bactéricide du sérum sanguin des convalescents de la fièvre typhoïde. Il avait remarqué que les coccobacilles typhiques se conservent beaucoup moins bien dans le sérum du sang des personnes l)ien portantes que dans celui des convalescents, dans lequel ils donnent des cultures abondantes. MM. Widal et Sicard (/. c.) ont soumis cette question à un nouvel examen et ont constaté (jue, sous ce rapport, il n’existe aucune différence constante, ni marquée. Ainsi, sur 10 échantillons de sérums d’individus n’ayant jamais été sous l’influence de l’infection typhique, (juatre se sont montrés bactéricides pour le coccobacille typhique. Sur 12 autres échantillons, provenant de convalescents de la fièvre typhoïde, cinq ont manifesté un pouvoir bactéricide vis-à-vis du même microbe.

Toutes les recherches, faites sur l’immunité acquise après guérison

de la fièvre typhoïde, démontrent bien que, dans ce cas, il est impossible de l’attribuer aux modifications humorales qui, en général, sont plus passagères que l’immunité.

L’immunité qui succède à une atteinte de choléra, est loin d être aussi forte et prolongée que celle qui s établit après la fièvre typhoïde. Il V a des personnes qui prennent le choléra deux fois pendant une même épidémie. Mais ces exemples sont exceptionnels, tandis ipie l’immunité acquise, pour un certain temps au moins, constitue la règle générale. Bien des points dans la pathogénie du choléra intestinal sont encore obscurs j néanmoins on ale droit d affirmer que cette ma ladie est une véritable intoxication par le poison cholérique., éjaboré par les vibrions de Koch dans 1 intestin grêle de 1 homme. L action de la toxine vibrionienne suffit pour déterminer le choléra grave et si souvent mortel ; mais dans la plupart des cas, il s associe a cet empoisonnement une infection secondaire par le xibrion (]ui pénétré dans

(1) l'resse médicale, 1896, n® 83.

(2) DeiUsche 7nedicin. Wocheixschr., 189“2, p 827.

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