CHAPITRE XV
tue donc im type paeticuliei*, intermédiaire entre les ATTCcinations préventives proprement dites et le traitement thérapeutique.
C’est à Pasteur que la science et l’humanité doivent l’invention de cette méthode. Aidé de scs collaborateurs, surtout de M. Roux, il a établi d’abord toute une série de faits importants au sujet du virus rabique et de la rage expérimentale, et s’est mis ensuite à élaborer un procédé pratique, capable d’empêcher la manifestation de la maladie chez des chiens inoculés avec du virus rabique et chez des hommes mordus par des animaux enragés. 11 a pleinement réussi à résoudre ce problème à partir de 1885.
Les vaccins antirabiques de Pasteur se préparent avec des moelles épinières de lapins, morts de rage expérimentale, à la suite de l’inoculation du virus portant le nom de « virus fixe ». Elaboré dans le laboratoire, ce virus présente ce trait caractéristique qu’inoculé sous la dure-mère de lapins, il provoque chez eux les premières manifestations rabiques après une durée de six ou sept jours d’incubation. La maladie prend bientôt la forme paralytique typique qui dure plusieurs jours. Tandis que la période d’incubation ne présente que des oscillations de temps très limitées, le moment de la mort varie d’une façon beaucoup plus grande, surtoutsuivant la saison. (Quelquefois les lapins meurent déjà le huitième jour après l'inoculation du virus; souvent la mort est retardée de un, deux jours, mais rarement davantage.
Pour l’extraction de la moelle épinière, il faut attendre la mort naturelle des lapins enragés et ne pas les sacrifier avant ce terme, car ce n’est que pendant les derniers moments de la vie que le virus rabique est abondant et se répartit d’une façon régulière dans toute la masse de l’organe. Une fois enlevée delà colonne vertébrale, la moelle est suspendue dans des flacons de verre, ayant de la potasse solide au fond. Par ce procédé, on prépare toute une série de moelles que l’on conserve dans une chambre obscure, chaiitTée à 23” ou à peu près. La dessiccation progressive que subissent les moelles dans ces conditions, diminue leur virulence. An bout de quelques jours de ce traitement, au lieu de produire la rage en 6-7 jours chez des lapins, inoculés sous la dure-mère par trépanation, les moelles desséchées la provoquent après une période d’incubation de plus en plus longue. Elles finissent même par ne pas produire du tout de maladie.
La base fondamentale de la méthode pastorienne consiste dans le fait que les moelles desséchées, inoculées en émulsion sous la peau des animaux, leur procurent une immunité certaine et stable contre
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l’inoculation du virus rabique le plus fort sous la dure-mère. Cette expérience, exécutée un très grand nomljre de fois avec des lapins et des chiens, a permis de tenter-en 1885 les premières vaccinations des personnes, mordues par des animaux, surtout par des chiens, enragés. Les résultats de ces essais étant très encourageants, amenèrent à leur suite la création de l’Institut Pasteur à Paris, consacré, en partie, aux vaccinations antirabiques. Quelque temps après, des instituts antirabiques furent créés dans beaucoup d’autres villes européennes, plus tard dans les deux Améri(jues, en Indo-Chine, aux Indes et en Afrique. Il existe actuellement en France 6 instituts pareils (Paris, Lille, Marseille, Montpellier, Lyon, Bordeaux), 9 en Bussie, 0 en Italie,etc. Le dernier de ces instituts, créés en Europe, est celui de Berlin, où il fait partie de l’Institut pour les maladies infectieuses, dirigé par M. Roliert Koch. La fondation d’un institut antirabique à Berlin présente une très haute importance à plusieurs points de vue. D’abord elle constitue la consécration définitive de la méthode pastorienne qui a été pendant si longtemps et très vivement discutée. Ensuite elle prouve que, môme dans un Etat où la police sanitaire est très bien organisée, les vaccinations antirabiques peuvent être d’une grande utilité.
Comme c'est à l’Institut Pasteur de Paris que fut élaborée la première méthode de vaccinations antirabiques et comme elle a subi la plus longue épreuve, c’est elle qui sert de modèle pour la pratique do presque tous les autres instituts. Dans quelques-uns, on a introduit des méthodes plus ou moins différentes, mais qui relèvent toujours du meme principe fondamental.
D'après la méthode pastorienne proprement dite, on commence les inoculations vaccinales avec des moelles desséchées pendant 14 jours et ayant perdu leur virulence. On en j>rélève un morceau long de cimj millimètres (pie l’on broie avec du bouillon de veau très faible, b’émulsion ainsi préparée est injectée en (juantité de 8 c.c. sous la j)eau du tlanc. Le môme jour, on fait à l’endroit correspondant du ccUé opposé une seconde injection avec la môme quantité d’une émulsion de moelle, desséchée pendant l.‘î jours. On progresse tous les jours en injectant des émulsions de moelles de plus en plus fraîches et on finit par introduire des moelles virulentes, conservées à 23° seulement pendant trois jours. Le traitement ordinaire moyen dure quinze jours. Les cinq premiers jours, on fait clnnpie jour deux injections vaccinales ; les dix derniers jours, lorsqu’on se sert de moelles moins desséchées
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et de plus en plus virulentes, on ne fait qu’une seule injection par jour. Les injections se pratiquent av’’ec des seringues du type de Pravaz et se font dans des conditions de propreté rigoureuse.
Si les morsures sont nombreuses ou si elles siègent sur des parties nues, le traitement se prolonge pendant 18 jours et se distingue encore par ceci que les moelles de quatre et de trois jours sont injectées un plus grand nombre de fois.
Dans des cas particulièrement graves, lorsque les morsures ont été faites à la tête, on applique un traitement qui dure trois semaines. On progresse plus rapidement en faisant les deux premiers jours quatre injections au lieu de deux et on arrive à injecter plus de moelles virulentes que dans les deux premiers types de traitement.
L’effet des vaccinations antirabiques est en général très bon. Pendant les premières années de leur application, on discutailles résultats à tous les points do vue et on s’ingéniait à trouver des objections de toutes sortes. Afin d’obtenir des statistiques rigoureuses, on a séparé à l’Institut Pasteur les cas de personnes traitées après morsures faites par des chiens, dont la rage a été constatée par voie expérimentale (injection de l’émulsion du bulbe sous la dure-mère ou dans la chambre antérieure de l’œil des lapins et des cobayes). D’un autre côté, on a établi une statistique particulière pour des morsures produites par des animaux dont la rage a été reconnue par l’examen des vétérinaires. On a mis à part les individus mordus par des animaux simplement suspects de la rage.
Grâce à cette séparation systématique, on a pu établir à l’Institut Pasteur de Paris que les vaccinations antirabiques, pratiquées sur des personnes mordues par des animaux incontestablement enragés, ont comme conséquence une mortalité par rage extrêmement faible. Dans l’impossibilité d'attaquer ce résultat, démontré avec la rigueur d’une expérience de laboratoire, les adversaires de la méthode pastorienne ont prétendu que, même en dehors de toute vaccination, les cas de rage chez des personnes mordues par des animaux enragés ne sont pas plus fréquents. Un échec dans l’application du nouveau procédé vaccinal n’a pas tardé à démontrer toute la fausseté de cette objection. A l’Institut bactériologique d'Odessa, créé en 1886, c’est-à-dire presque aussitôt après celui de Paris, les premiers essais de vaccination furent suivis d’une mortalité par la rage dans la proportion de 5,88 7o> chiffre. incomparablement plus élevé que celui de l’Inslitut parisien. En analysant les causes probables de cet insuccès, on arriva à ce ré-
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snltat que les lapins russes, étant heancoiip plus petits que les français, ne fournissaient qu’une quantité de matière vaccinale beaucoup trop faible. Après cette constatation, il a suffi d’introduire un traitement plus intensif pour que la mortalité descende brusquement à 0,8 °/o- 1^6 fait, réuni à tant d’autres preuves, a fini par convaincre les plus sceptiques et parfaire accepter la méthode pastorienne d’une façon générale.
Avec le temps, le nombre des cas observés est devenu très considérable et l’expérience dans le maniement de la méthode très grande. Les perfectionnements dans les détails de la pratique vaccinale ont amené une diminution progressive de la mortalité des personnes traitées. De (),0i "/g en 1880, la mortalité (comptée à partir du seizième jour après la fin des vaccinations) est descendue en 1897 à 0,39 °/o, en 1900 à 0,28 %. Dans Lespacc de 15 ans (1880-1900) il a été traité à Paris 21.005 personnes dont 107 sont morts de rage, ce qui fait en moyenne 0,13'’/^ (I). Mais, comme la plus forte mortalité a été enregistrée pendant les premières années de l'application de la méthode, le taux des dernières années (I89()-1900) a oscillé entre 0,39 "/q et 0,20 Vo.
Les résultats obtenus dans la grande majorité des autres instituts antirabiques, ne font que corrol)orcr ceux de l'Inslitut Pasteur de Paris. Ainsi, d’après la dernière statistique de l’Institut de St-Pétersbourg (2), la mortalité parmi les personnes ayant fini les vaccinations, en 1899, a été à peu près de 0,5 ®/o- Berlin (3), il a été traité pendant la meme période 381 personnes, dont deux moururent de rage pendant le traitement, tandis (pi’une troisième succomba le quatorzième jour après la fin des vaccinations. C’est cette dernière seulement qui doit, d’après le principe généralement accepté, être comptée comme un cas d’insuccès, ce qui correspondrait à 0,20 ^ j ^ de mortalité.
Dans ces derniers temps, on a renforcé le traitement antirabique de façon à le terminer par l’injection de moelles de deux et meme d’un jour. Les résultats de ce traitement intensif n’ont pas pu encore être appréciés.
D’après les renseignements de l’Institut de Berlin, la rage est loin
(1) Rapport (le .M. Viala dans los À7X7iales de. l'histitut Pastciu', 1901. T. XV, p. On trouvera dans le livre de M. Marie. La i'age (Collection des aides-mémoires, Paris, 19Ü0), beaucoup de données détaillées sur les vaccinations antirabiques.
(2) D’après .M. Krajouclikine, dans les À7'chn7es des scie7ices biologiques, 1901. T. VIII, p. 349.
(3) D’après M. Mar.x, dans Klmisches Jahx'buch, 1900. T. VII, p. 1.
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d’être aussi rare en Allemagne qu’on le supposait généralement. Pendant l’année 1899, on l’a constatée parla méthode expérimentale, sur 206 chiens provenant de diverses régions. C’est surtout en Silésie, dans la Prusse occidentale et en Posnanie que la rage des chiens a été observée le plus fréquemment.
En dehors de l’homme, les vaccinations antirabiques sont pratiquées sur les herbivores (moutons, chèvres, bovidés et chevaux) que l’on immunise à l’aide de virus rabique injecté dans les veines, d’après la méthode proposée par M.\I. Nocard et Roux (1), à la suite des expériences de M. Galtier (2).
IV. Vaccinations contre la peste bovine. — Depuis longtemps déjà, on s’est efforcé de trouver un moyen d’immuniser les bovidés et les autres ruminants sensibles à la peste bovine, contre cette maladie terrible. Elle fait de grands ravages dans des régions où elle est endémique et de plus grands encore dans celles où elle ne fait qu’apparaitre sous forme d’épidémie. Les bons résultats de la clavelisation ont suggéré l’idée d’immuniser contre la peste bovine, par inoculation du virus pesteux, mais toutes les tentatives entreprises dans cette direction n’ont donné que de mauvais résultats, l’inoculation provoquant une peste bovine aussi grave, aussi souvent mortelle que la maladie naturelle. Ce n’est que dans ces dernières années que l’on a réussi à élaborer des méthodes de vaccination réellement capables de lutter efficacement contre la peste bovine.
M. R. Koch (3) est allé dans la colonie du Cap où la peste bovine, récemment apparue, a occasionné des pertes énormes, dans l’intention de trouver un moyen pratique pour enrayer le fléau. Malgré sa technique et son habileté incomparables, il n'a pas plus réussi à démontrer le parasite de la peste bovine que tous les autres chercheurs.
Le microbe de cette maladie reste jusqu’à présent inconnu. Il fallait néanmoins chercher un remède ; M, Koch, étudiant les propriétés de la bile des animaux morts de peste bovine, reconnut que l’injection de i cette bile à des animaux neufs leur procure une immunité assez certaine ; ce fait pouvait servir de base à l'élaboration cl une méthode pratique pour combattre la peste bovine sur une grande échelle. Ce procédé fut d'abord accueilli avec beaucoup d’enthousiasme, mais
(1) Annotes de Vlnstiixit Pasteur, 1888, p. 341.
(2) Comptes rendus de l'Acad. des sciences, f881. T. XGIll, p. 284.
(3) Deutsche medic. Wochensctir. t897 j)p. 22o, 241.
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l’expérience prolongée n’a pas tardé à démontrer les inconvénients qu’il présente dans lieaucoup de circonstances MM. Kolle et lurncr (1 ) qui ont continué les recherches sur la peste bovine dans la colonie du Cap, préconisent la méthode de M. Koch au début de l’épidémie, dans le but de créer autour du foyer primitif une zone indemne qui empêcherait la propagation du mal. Mais ils ont reconnu en même temps (|ue cette méthode ne peut pas être employée d’une façon générale, car elle ne procure l’immunité qu’au bout de huit jours, pendant lesquels les animaux peuvent contracter la maladie. De plus, elle demande le sacrifice d’un grand nombre d’animaux pour fourni]' la bile vaccinale nécessaire aux vaccinations ; enfin elle ne confère qu’une immunité de peu de durée (4 à 6 mois).
Il a donc fallu autre chose de plus généralement applicable. M. Koch lui-même a commencé à étudier dans ce but le sérum sanguin des animaux guéris spontanément de peste bovine. Il a pu s’assurer, ainsi que plusieurs autres observateurs, que ce sérum est capable de rendre réfraetaires des animaux neufs auxquels on l’injecte. MM. Dordet et Danysz, notamment, qui étudièrent la peste bovine au Transvaal en 1897, firent beaucoup d’expériences dans cet ordre d’idées et élaborèrent une méthode qui donna de bons résultats dans la pratique. Mais ce sont surtout MM. Kolle et Turner qui ont étudié un procédé simple et facilement applicable, qui est devenu bientôt d un usage général. Cette méthode est connue sous le nom de « vaccinations simultanées ». Elle consiste dans l'injection du sérum préventif en même temps que du sang virulent. Pour préparer le premier, les auteurs que je viens de nommer se servent d’animaux guéris spontanément de peste bovine ou bien de liovidés, immunisés par la bile ou par n'importe quel autre moyen. On a reconnu que le pouvoir préventif du sérum des animaux guéris est très faible et ne peut communiquer rimmimité à des animaux neufs que lorsqu’on l’injecte en fortes doses. MM. Kolle et Turner ont montré que si l’on injecte à des bovidés, guéris spontanément, des quantités très grandes de sang virulent, provenant des animaux mortellement atteints, on renforce iiQtalilement le pouvoir préventif du sérum des premiers et l’on obtient un sérum actif à petites doses, donnant de bons résultats dans la piatique. Ce sérum peut être longtemps conservé à condition d’être addibonné d une petite quantité d acide phénique. L immunité conféiée
(1) Zeitschrift fur Ihjgiene, 1898. T. XXIX, p. 309.