‹ L'immunité dans les maladies infectieusesChapitre 127 sur 171 · CHAPITRE XV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XV

aux animaux neufs par ce sérum est immédiate ; mais elle est d’une faible durée ; on la complète en faisant une injection simultanée de sang virulent ; on obtient ainsi une immunité à la fois immédiate et durable ; seulement pour arriver à ce résultat, il ne faut pas mélanger le sérum avec le sang virulent, car, dans ces conditions, l’immunité conférée est nulle ou insignifiante. Initie est au contraire complète et persiste pendant plusieurs mois lorsqu’on injecte séparément le sé-

rum préventif d’un côté du corps et le sang virulent de l’autre.

MM. Kolle et liirner ont dû défendre leur méthode contre des oIjjections et des attaques mal fondées et ils ont réussi à la faire accepter, non seulement dans la colonie du Cap, mais aussi dans beaucoup d’autres pays en Afrique, en Europe et en Asie. Déjà, en 1898, il a été résolu par une conférence, réunie à Capetown, de n’appliquer doré-

navant que la méthode des vaccinations simultanées. On l’a depuis

appliquée sur une très grande échelle et le résultat favorable ne se fît pas attendre longtemps. Le même procédfi a été reconnu comme très utile par MM. Nicolle et Adil-Bey (I), de Constantino[)le, qui préparent de grandes quantités de sérum contre la peste bovine et combattent cette maladie avec beaucoup de succès dans rempire ottoman. M. A’crsin (2) a adopté la même méthode pour lutter contre la peste bovine en ludo-Chine, où elle fait de grands ravages surtout parmi les buffles. Son institut de Nha-Trang est un centre de préparation du sérum spécifique qu’il distribue sur un vaste territoire. Aux Indes anglaises, la méthode simultanée contre la peste bovine a été a l,pUquée par M. Rogers (3). En Russie, où la peste bovine est endémique dans beaucoup de régions, c’est l’Institut de médecine expérimentale de Saint-Pétersbourg qui fournit le sérum destiné à empêcher la propagation de l’épizootie (4).

En peu d’années, la méthode des vaccinations simultanées s’est

propagée dans tous les pays ravagés par la peste bovine ; elle a déjà rendu des services immenses à l'agriculture.

V. Vaccinations anticharhonneuses . — Dans les quatre premiers paragraphes de ce chapitre, nous avons réuni les méthodes qui ont pour

(1) Annales de rinslitut Pasteur, 1899. T. XIH, p. 317. 1901 T. XV, p. 715.

(2) Recueil de médecine vétérinaire, 1901, pp. 48, 1 1.5.

(3) Report on an experimental l nvestipation of the Meth. of inoculation against Rinderpest, GalcuUa, 1900; Zeitschrift/'. Hijgiene,Péii)i). T. XXXV, p.. 59.

(4) Nencki, SisbcreLWjznikiewicZjJrc/naeA’ internat, de Pharmacod u namie , eic. , 4899. T. V, p. 475.

VACCINATIONS PRÉVENTIVES

base la vaccination par des virus, dont on ne connait pas encore la nature. Comme on ne peut pas les obtenir en cultures artificielles, on les introduit avec des humeurs animales, soit avec le contenu de pustules vaccinales ou claveleuses, soit avec la matière des centres nerveux rabiques, soit encore avec le sang- des animaux atteints de peste bovine. Dans ce dernier cas, pour empôclier fetlet trop dangereux du virus, ou le combine avec l’injection simultanée du sérum préventif.

Avec les vaccinations contre le charbon, nous passons dans la categorie des virus dont on connait bien la nature organisée et que 1 on peut injocter en culture pure, développée sur des milieux préparés artificiellement. Cette méthode constitue une des plus brillantes découvertes de Pasteur, faite en collaboration avec MM. Chamberland et Roux. Seulement, avant d’avoir trouvé une méthode suffisante de vaccinations contre le charbon, ces savants ont di\ résoudre le problème sur un exemple moins compliipie et moins difficile. Depuis le commencement de ses études sur les microbes pathog’enes, l asteur était préoccupé de trouver un moyen pour communiquer l'immunité contre ces parasites. Avec l’aide de MM. Chamberland et Roux, il ne tarda pas cà découvrir une méthode capable d’atténuer la virulence du microbe du choléra des poules et de vacciner les poules contre cette terrible maladie, en leur inoculant ce microbe atténué. Guidés par ces résultats. Pasteur, Chamberland et Roux se mirent A chercher le vaccin contre le charbon ; mais bientht ils rencontrèrent un grave obstacle dans la formation des spores qui empêchaient l atténuation des bacilles. Ils n’ont pas tardé aie vaincre, en soumettant les cultures de la bactéridie <\ des températures de 42«o. Dans ces conditions, les spores ne se développent pas et les l)acilles s atténuent au bout d un temps plus ou moins long. En possession de ces virus atténués, il a fallu encore des recherches très laborieuses pour arriver à les adapter à la vaccination des diverses espèces sensibles au charbon, notamment des moutons. Ce but a pu être également atteint et, en 1881, il y ajuste vingt ans de cela, 1‘asteur et ses collaborateurs ont prouvé l'efficacité de leur méthode sur un grand nombre d’animaux. Cette démonstration a été faite à Pouilly-le-Fort devant une commission nombreuse. Ou peut dire ([ue cette expérience célèbre a ouvert une nouv'elle voie à la science et a la praticpic des vaccinations. Elle a été exécutée sur cimpiante moutons, dont la moitié furent vaccinés, en deux séances, à 12 jours d intcrv'alle. Les 25 autres moutons ser-

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valent de témoins ; quatorze jours a{)rès la vaccination par le deuxième vaccin, tous les cinquante moutons étaient soumis à l’inoculation d épreuve par un virus charbonneux très fort Deux jours après, les animaux vaccinés restaient indemnes, tandis c[ue tous les témoins étaient morts de charbon.

Des expériences analogues, entreprises en France, en Hongrie, en Allemagne, en Russie et ailleurs, confirmèrent l'efficacité des vaccinations charbonneuses et conh’ibuèrent à leur extension dans tous les pays où sévit le charbon bactéridien. Dès l’année 1881, la méthode est entrée dans la pratique et avant la fin de l année, rien qu’en France, il a été vacciné G2.000 moutons et 6.000 bovidés. Comme

ces premiers essais, faits en grand, donnèrent de très bons résultats, la pratique anticharbonneuse ne tarda pas à se répandre en France, puis en Hongrie et dans plusieurs autres pays européens. Plus tard, elle s’est répandue sur d’autres continents, notamment dans l’Amérique du Sud (Argentine) (1) et en Australie. En dehors des moutons et des bovidés, les vaccinations contre le charbon ont été appliquées aux chevaux avec les mêmes bons résultats (2).

Pour la France, les vaccins anticharbonneux sont préparés et expédiés par l’Institut Pasteur de Paris. Ces vaccins sont représentés par des cultures en bouillon de bactéridies atténuées, dont les plus faibles, celles du premier vaccin, tuent la souris et les petits cobayes. Les bacilles du deuxième vaccin sont moins atténués et capables, non seulement de tuer les cobayes adultes, mais même un certain nombre de lapins, inoculés sous la peau. Les deux vaccins sont des races delà bactéridie, capables de produire des spores qui présentent le même degré de virulence que les bactéridies filamenteuses qui leur ont donné naissance.

Les vaccins anticharbonneux sont expédiés en tubes contenant la quantité nécessaire pour un grand nombre d’animaux. C'est surtout au printemps que se font les vaccinations, pour préserver les animaux pendant la saison chaude qui est en général très favorable à l’éclosion des épidémies charbonneuses.

Chez le mouton, on injecte les vaccins sous la peau, à la face interne de la cuisse. On injecte d’abord un huitième de centimètre cube du premier vaccin avec une seringue de Pravaz un peu modifiée.

(1) J. iMendez, Anales del Circulo Medico Argentino, 1901. ï. XXIV, nos 5, 6.

(2) Sur la pratique des vaccinations contre le charbon, v. Cliamberland, Le charbon et la vaccination charboimeuse. Paris, 1883.

VACCINATIONS PRKVENTIVES

Douze ou quinze jours plus tard, on fait une injection semblal)le du côté opposé avec le deuxième vaccin. Chez les bovidés, on injecte les vaccins en arrière des épaules, à Tendroit où la peau est la plus mince. Chez le cheval, les injections doivent être faites sur les côtés de l’encolure. Aux gros mammifères, on injecte non pas un huitième, mais un quart de c. c. de chaque vaccin.

Les tubes de vaccins, une fois ouverts, ne doivent plus servir une seconde fois. Il faut tâcher d’utiliser tout leur contenu en une seule séance.

Les injections vaccinales provoquent de la tuméfaction au point d’inoculation, ainsi (|ii’une légère élévation de température. Mais ces symptômes sont peu importants et disparaissent [)eu de temps a[>rès. Des complications graves et des troubles mortels à la suite des vaccins sont très rares. On évalue les pertes consécutives à ces accidents à un demi pour cent pour les moutons et à un quart pour cent pour les bovidés.

L’état réfractaire demande pour se développer è la suite des vaccinations une période de quinze jours environ. Après ce laps de temps, l’immunité est très solide et dure pendant assez longtemps. D’après M. Chamberland, (iO pour cent des moutons conservent leur immunité encore un an après avoir été vaccinés. Mais comme un grand nombre d’animaux deviennent déjà sensibles à ce moment, on a pris l’habitude de revacciner les mêmes animaux tous les ans.

D’après les renseignements fournis par le service des vaccins de l’Institut Pasteur^ il a été vacciné en France jusqu’au i®*" janvier 1900 en tout 4.971.494 moutons et 70cS.980 bœufs. A l’étranger, les chiffres correspondants sont 3.8:11.948 et 1.869.445. Au total;, le nombre d’animaux vaccinés s’est élevé à 11.381.867, dont 3.626.206 ont été traités par des vaccins fournis par le laboratoire de Budapest.

Les résultats des vaccinations anticharbonneuses se sont montrés si favorables qu’il a été inutile d’introduire aucun perfectionnement dans leur techni(pie. On a bien essayé de préparer des sérums anticharbonneux, et on a même réussi à les obtenir, mais jusqu'à.présent ils n'ont pas été utilisés pour l’usage pratique.

VL Vaccinations contre le charbon symptomatique. — Cette maladie, que l’on confondait souvent avec le charbon proprement dit, est provoquée, comme l’ont démontré MM. Arloing, Cornevin et Thomas, par un microbe anaérobie particulier qu’ils ont désigné sous le nom

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