‹ L'immunité dans les maladies infectieusesChapitre 14 sur 171 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

encore une ou môme plusieurs substances qui dctcr minent la contraction du protoplasma et finissent par le tiici .

Lorsque M. Laurent immergeait dans le liquide, produit par le colibacille, des tubercules provenant des races de pomme de terre des plus résistantes à la pourriture bactérienne, et qu’il inoculait ensuite ces tranches avec ce inicrolje, il voyait toujours les cellules végétales profondément atteintes.

Eli bien, les sécrétions alcalines du bacille étudié par M. Laurent peuvent être neutralisées par le suc acide de la pomme de terre. Lorsque certaines races de tubei-cules manifestent rimmunité à la pourriture, cela est dû, d’après le même observateur, à la production de sucs cellulaires d’acidité suffisante. Aussi il est arrivé à communiquer une immunité artificielle à des variétés de pomme de terre des plus sensibles à la pourriture, en les plongeant pendant quelques heures, dans une solution de plusieurs acides organiques. Au contraire, lorsque M. Laurent traitait les variétés, qui possèdent une immunité naturelle des plus manifestes, avec des solutions alcalines, les tubercules devenaient très sensibles à la pourriture causée par son

bacille.

La lutte entre la pomme de terre et le Colibacille se réduit donc à l’action chimique des sécrétions cellulaires alcalines chez le microbe et acides chez la pomme de terre. Ce fait d’ordre général explique, d’après M. Laurent, le rôle de certains engrais dans la sensibilité ou la résistance aux maladies infectieuses de la pomme de terre et de beaucoup d’autres végétaux.

On sait que l’addition des phosphates au sol accroît l’immunité de certaines plantes cultivées. Ces sulistances sont avidement absorbées par les racines et donnent naissance à des sels acides (pii se dissolvent dans le suc cellulaire. Les engrais azotés, potassi([ues et calcaires, diminuent au contraire la résistance des mômes plantes, probablement parce (pi’ils amènent une diminution de 1 acidité du suc cellulaire.

Mais les memes engrais peuvent agir d’une façon ditTérente sur des plantes diverses. Ainsi les memes phosphates qui communhpient à la pomme de terre l’immunité contre la pourriture bactérienne, rendent au contraire le topinambour plus sensible à l’attaque par la ScléroLuiia.

M. Laurent explique ce fait par la ditlcrence du milieu qui favorise l’action des ferments solubles des deux parasites. Le ferment

RENSI':iGNI':MENrS SUR L IM\IUN1TE CHEZ LES PLANTES PLUIGGELLULAIRES 39

du bacille dig'ère la membrane cellulaire dans un milieu alcalin ou faiblement acide ; l’hyperacidité qui résulte de l'absorption des phosphates, cm])ôche cette digestion, et par conséquent aide la plante dans sa lutte. Au contraire^ le ferment de la Sclerotinia, comme il résulte des recherches de de Ilary, digère la cellulose dans un milieu nettement acitle. L’hyperacidité, à la suite de l’engrais phos[)haté, favorise dans ce cas le parasite et lui permet de prendre le dessus dans sa lutte contre le topinambour.

En dehors de la neutralisation des produits microbiens, les acides du suc cellulaire sont encore nuisibles à la plupart des bactéries, qui ne se dévelo[)pent que dans les inilioii.v neutres ou alcalins ; voilà pourquoi les maladies bactériennes sont beaucoup [)lus rares chez les plantes, que chez les animaux.

La sécrétion des sucs cellulaires chez les plantes est donc un très important élément de défense, dont il est utile de pénétrer autant que [)Ossible le mécanisme intime. Les cellules végétales sont en général très sensibles aux influences qu’elles subissent et distinguent, avec une grande précision, les changements qui surviennent dans leur entourage. Elles sont aussi bien capables d’apprécier les propriétés physiques que la composition chimique du milieu dans lequel elles vivent.

Les cellules végétales apprécient nettement la pression osmotique du li(juide qui les baigne ; elles réagissent vis-à-vis de cette solution en augmentant ou en diminuant leur propre pression interne. Dans un travail très soigné;, M. van Uysselberghe (1) montre, en effet, que lorsqu’on place des cellules végétales (en particulier les cellules épidermiques de certaines Tradescantia) dans une solution plus concentrée que celle à laquelle les cellules sont habituées, la pression intracellulaire augmente ; dans le cas contraire, la pression diminue. Ces changements de pression osmotique sont dus à des variatiqns de la concentration du suc cellulaire, et ces variations sont elles-mêmes provoquées par des transformations chimiques. Ainsi, lors(jue la cellule est touchée par une solution trop concentrée, elle produit de 1 acide oxalique qui se dissout dans le suc cellulaire, et qui, grâce à la petitesse de sa molécule, est très osmotique.

Dans rintention de démontrer ce résultat par des faits précis, M. ^ . Uysselberghe a étudié les acides du suc cellulaire de Trades-

(1) Réaction osmotique des cellules végétales . Mémoires couronnés de l’Académie r. do Bclgi(}ue. Bruxelles, 1899.

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cantia. Dans le suc nonnal, il constate la présence constante d acide malique, et, dans des cas rares, des traces seulement d acide oxalicuie Ensuite il détermine les acides dos lenilles de la meme plante ayant séjourné pendant plusieurs jours dans des solutions assez concentrées de sucre de canne. Dans cha.p.e analyse, d trouve de l’aeide oxalique en quantité facilement appréciable. 11 y a donc rée loment, chez la plante qui s’adapte aux solutions plus concentrées cln milieu,' production d’acide oxali(iuc pour augmenter la pression du

SUC cellulaire. ,

L’origine de cet acte ii’a pu être démontrée d’une façon précise,

mais m” van Rysselberglie considère comme prolialde qu’il se forme

aux dépens du glycose.

Comme l’acide oxalique se localise, d’après les recherches de Giessler, surtout dans l’épiderme et en général dans les tissus périphériques des plantes, il est très prohahle qu'il remplit un rôle protecteur contre toutes sortes d’influences nuisihles. Les hotanistes pensent qu’il empêche les animaux herbivores, notamment les limaces et les pucerons, de s’atta([uer aux plantes riches en acide oxalique. Cette substance sert aussi pour conserver riuimidité dans les cellules superficielles. Mais il est très prohahle qu’elle joue également un rôle important comme facteur de rimmimité des plantes contre les

maladies bactériennes.

Le protoplasma végétal, capable d’augmenter la production des acides pour relever le pouvoir osmotique, peut aussi, en eas de besoin, en diminuer la quantité.

Lorsqu on transporte les cellules de Iradcsccinlici dune solution concentrée dans une autre beaucoup plus diluée, on constate souvent une précipitation, dans le suc cellulaire, de cristaux d oxalate de calcium, ce qui amène une diminution du pouvoir osmotique. Lu changeant la concentration du milieu, lorsqu on transporte de nouveau le tissu végétal dans une solution plus forte, on constate la dissolution des cristaux d’oxalate, à la suite d’une production nouvelle d’acide.

Ces opérations chimiques, si importantes pour la vio des plantes en général, et pour leur assurer rimmunité contre les agents infectieux en particulier, dépend ont de la sensibilité du protoplasma. Lmprisonnée par sa membrane résistante et plus ou moins épaisse, la partie vivante de la cellule végétale apprécie avec une grande finesse tous les changements qui se passent autour d’elle.

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