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CHAPITRE XVII

organes des sens ou les fibres museulaires, selon leur sensibilité spécifique (1). Les cellules mères des vaisseaux capillaires sont aussi guidées par la sensibilité, loi'squ elles se dirigent dans un tissu néoforiné ou lorsqu’elles doivent se rencontfcr entre elles, pour tbriuer une anse vasculaire.

Les phénomènes de l’organisme qui portent un cachet physique et chimique des plus nets, subissent aussi rintluence des sensations cellulaires. Ainsi, dans la digestion gastro-intestinale, la sécrétion des sucs actits est subordonnée a la commande des centres nerveux et môme des centres psychiques. La vue des divers aliments provoque d une façon inconsciente le travail des dillérentes glandes digestives, par voie rétlexe. De môme la contraction du contenu cellulaire d’une plante, soumise à la plasmolysc, amène la sécrétion d’acide pour augmenter la pression osmotique.

La sensibilité, dont la part est si grande dans renscmble des phénomènes de 1 Immunité, est une propriété générale des êtres vivants, réglée par une loi commune. C’est ainsi que, dans la chimiotaxie des organismes unicellulaires les plus inférieurs, comme dans les mouvements et la réaction osmotique des plantes, se manifeste cette môme loi psycho-physique de Weber-Fechner qui règle nos propres sensations.

loutes les cellules peuvent, en modifiant leur fonctionnement sous la direction de la sensibilité, s’adapter aux changements des conditions ambiantes, fous les éléments vivants peuvent donc acquérir une certaine immunité. Mais parmi toutes les cellules de l’organisme, ce sont les éléments ayant conservé le plus d’indépendance, les phagocytes, qui, le plus facilement et les premiers, acquièrent l’immunité dans les maladies infectieuses. Ce sont eux qui se dirigent vers les endroits où parviennent les microbes et les poisons, et qui manifestent une réaction contre eux. Les phagocytes de l’organisme indemne englobent et détruisent les microbes et absorbent les toxines et autres poisons. L’acte final de la réaction des ])hagocytes est constitué par les processus chimiques ou chimico-physiques de la digestion des microbes, à l’aide des cytases, favorisées par les fixateurs ; dans la défense contre les poisons, les phagocytes doivent aussi exercer une influence chimique. Mais, avant que ces phénomènes se mettent en jeu, les

Ç) Herbsl, Biologisches Centralblalt, 1894, 1895. T. XIV, XV. Forssmann, clans Ziegler’s Beitriige zur pathol. Anatomie, 1898. ï. XXIV, p. 56.

RÉSUMÉ

phagocytes manifestent des actes purement biologiques, tels que a perception des sensations chimiotaclitjues et autres, les moinements dirigés vers les endroits menacés, renglobement des niicrobes et 1 absorption des toxines et enfin la sécrétion des substances qui doi\ent être utilisées dans la digestion intracellulaire.

L’immunité dans les maladies infectieuses se présente donc comme une partie de la physiologie cellulaire et surtout comme jjbénomène de la résorption des microbes. Celle-ci se faisant par un acte de digestion intracellulaire, l’étude de l’immunité rentre dans le chapitre de

la digestion au point de vue général.

Comme dans la lutte de l’organisme contre les agents mtectieux, les phagocytes jouent le rôle principal, il arrive que dans quelques maladies, pour manifester leur ellet morbide, les microbes doivent se trouver à l’abri de ces cellules défensives. C’est pour cela que le vibrion cholérique, peu nuisible lorsqu’il est introduit sous la peau de riiomme, devient très redoutable quand il réussit à pénétrer dans le tube digestif. Incapable de soutenir la lutte contre les jibagocxtes, le vibrion peut sans difficulté vaincre les obstacles qu il rencontre dans l’estomac et dans les intestins. Voilà pourquoi, dans l’immunité contre les maladies infectieuses, la porte d’entrée des microbes joue quelquefois un si grand rôle.

On s’est demandé souvent si l’étude théorique de rimmunité était capable de rendre des services dans la recherche des moyens pour assurer l’immunité à l'organisme. Il ne faut pas oublier que la théorie et la pratique marchent souvent de pair, mais que quelquefois elles progressent sans se beaucoup préoccuper l’une de l’autre. Ainsi les premièi-es inoculations préventives contre la morsure des serpents, contre la variole et la péripneumonie, tentées par les gens du peuple, se faisaient évidemment en dehors de toute idée théorique quelconque, mais étaient guidées par l’empirisme le idus pur. D’un autre côté, les recherches théoriques sur la nature et 1 origine des ferments ont amené la découverte des vaccinations par les microbes et les produits microbiens qui ont rendu des services immenses à la pratique.

La découverte des antitoxines, si riche en applications pratiques, a été influencée par les recherches fhéoriques sur le mécanisme de rimmunité. Jtl. V. Behring a commencé la série de ses travaux importants dans cetfe voie par l’étude de l’immunité des rats contre la bactéridie

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charboiiiieuse. 11 ne viendra a 1 idée de personne de supposer fjue cette question puisse présenter le moindre iutérét pratique immédiat et, cependant, en partant d elle, M. v. Behring, après avoir abandonné la théorie de la propriété bactéricide des humeurs comme cause de 1 immunité, est arrivé d étape en étape à la découverte du pouvoir antitoxique du sérum. Lorsqu’on s’est mis à étudier les propriétés du sang' des animaux, traités avec des globules rouges d’espèce étrangère, persomie ne pouvait soupçonner que ces recherches aboutiraient à la découverte de nouvelles méthodes pour reconnaître le sang humain dans les recherches médico-légales ou déterminer l’origine du lait dans l’intérêt de riiygiène.

La théorie cellulaire de l’immunité est de date encore trop récente pour qu’on ait le droit de lui demander d’avoir à son actif des applications de pure pratique, l^t cependant elle a déjà permis son utilisation dans la recherche des problèmes touchant de très près à la pratique médicale. Le plus grand chirurgien du dix-neuvième siècle. Lord Listcr(l), s’est demandé commentles plaies pouvaient guérir «par j)remière iidention dans des circonstances jusque-là incompréhensibles, cette union primaire se produisant parfois pour des plaies traitées avec des pansements a 1 eau, c est-a-dire par une couche de charpie humide recouverte d’un tissu mouillé de soie pour conserver l’humidité. Le pansement, quoique appliqué dans les meilleures conditions de propreté, était invariablement putride au bout de vingt-quatre heures. La couche de sang entre les surfaces coupées se trouvait donc exposée, à la sortie de la plaie, à l’action d’un foyer septique des plus intenses. Qu’est-ce donc qui l’empêchait de se putréfier comme cela fût arrivé si, au lieu de se trouver entre des tissus vivants divisés, elle se trouvait entre deux plaques de verre ou de toute autre matière indifférente? »

« Qu’est-ce donc qui empêche la bactérie de la putréfaction de se répandre dans cette couche décomposable? Le phagocytisme donne la réponse. Le sang, entre les lèvres de la plaie, se peuple rapidement de phagocytes qui montent la garde et saisissent les microbes de la putréfaction dès que ceux-ci essaient de pénétrer. Si le phagocytisme est toujours a même de combattre les microbes pathogènes dans une forme aussi concentrée et aussi intense, il est peu probable qu il puisse se trouver en défaut vis-a-vis de ceux qui, dans une condition très inférieure,

(1) L’art de guérir et la science, discours prononcé à Liverpool en septeinlire 189(), Jxevue scieiitifique, t89(), 'le série. T. VI, p. d81.

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peuvent se trouver dans l’air. Ceci confirme notre conclusion qu il n y a pas à s’inquiéter de la poussière atmosphérique dans nos opérations, et les travaux sur la réaction des phagocytes ont coniplété d une façon importante la théorie du traitement antiseptique en chirurgie ».

On peut même essayer d’augmenter la phagocytose dans les opérations chirurgicales, surtout dans celles de la cavité péritonéale, en provoquant dans cet endroit une intlammation asepti(|iie artificielle, a Taide des diverses substances, par elles-mêmes inoflensives, qui attirent une quantité de leucocytes. Dans la [)ratique de laboratoire^ ce procédé est employé journellement pour augmenter la résistance de l’organisme vis-à-vis des injections intrapéritonéales de dillérents microbes. M. Durham a conseillé d étendre la même méthode à la médecine humaine et quelques chirurgiens ont déjà commencé des essais dans cette direction.

L’application de la théorie cellulaire de l’immunité à la recherche de nouveaux microbes des maladies infectieuses a déjà été couronnée de succès. MM. Doux et Nocard ont essayé de cultiver dans l’organisme le virus de la péripneumie des bovidés. Ils ont arrêté leur choi.x sur le lapin, animal naturellement réfractaire contre cette infection. Supposant que, dans cette immunité, les phagocytes doivent jouer un rôle important comme destructeurs des microbes présumés, ils ont eu l’idée de soustraire le virus à leur voracité. Dans ce but, ils ont rempli avec le virus péripneumoniquc des sacs de collodion ou de la moelle de roseau et les ont introduits dans le péritoine de lapins. Quelque temps après, ces savants ont pu constater,dans le contenu des sacs, imprégné d’humeurs de lapins, animaux indemnes, le développement de microbes spécifîcjues, les plus [)etits qui aient été jusqu a présent découverts. A l’aide de cultures de ce microbe, préparées dans des milieux appropriés, ils ont élaboré une méthode de vaccination des animaux qui commence déjà a donner de bons i*ésultats dans la pratique, comme nous l’avons mentionné dans le cjuinzième chapitre. Ce procédé a pu ainsi augmenter les bienfaits de la prévention des maladies, cette branche de nos connaissances qui a réalisé des progrès si grands, depuis que la médecine est devenue science exacte sous l’inspiration des découvertes et des idées de Pasteur.

En peu de temps, riiumanité a été mise en possession non seulement d’une foule de notions médicales de la plus haute importance, mais aussi de moyens efficaces pour combattre toute une série de maladies des plus redoutables pour riiommc et pour les animaux domestiques.

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