‹ L'immunité dans les maladies infectieusesChapitre 152 sur 171 · CHAPITRE XVif · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVif

les faits nombreux qui prouvent la facilité avec laquelle les leucocytes léagisseiit contre toutes sortes de poisons, toxines microbiennes ou antres, ainsi que contre les poisons organiques et minéraux, tels que les alcaloïdes et les combinaisons arsénicales. Seulement, malgré tant de données qui parlent en faveur de l’origine phagocytaire des antitoxines, il a été impossible d’appuyer cette supposition sur des faits rigoureux et faciles à interpréter comme ceux que la science possède en faveur de l’origine phagocytaire des fixateurs.

Les antitoxines ont acquis une très grande importance dans la guérison artificielle des maladies toxo-infectieuses, car il s’agit dans ce cas de paralyser 1 action des toxines déjà produites par les microbes et absorbées par l’organisme malade. Mais leur rôle est moindre dans la prévention contre les maladies où le but à atteindre consiste à réagir contre les microbes, avant que ceux-ci aient pu inonder l’organisme de leurs sécrétions toxiques. C’est pour cela que l’immunité contre les toxines doit occuper dans l’étude de l’immunité une place moins prépondérante que celle contre les microbes.

Comme, en dernière instance, les microbes subissent dans l’organisme léfractaire une digestion par des substances chimiques, élaborées par les phagocytes, les toxines éprouvent aussi une modification chimique, due aux substances, à la production desquelles les éléments vivants de l’organisme prennent une large part. L’action directe des antitoxines sur les toxines, mise si bien en relief surtout par les travaux de M. Ehrlich^ n’exclut pas néanmoins rintervention des cellules vivantes qui, quelquefois, est peu manifeste, mais qui, dans d’autres cas, est au contraire très marquée.

La léaction des éléments vivants contre les toxines microbiennes et leurs congénères, amène la production et même la surproduction des antitoxines. FourM. Lhrlich, celles-ci sont des récepteurs, ou chaînes latérales, qui, dans une certaine mesure, préexistent dans les cellules capables d’élaborer les antitoxines. Entrées en combinaison avec les molécules de toxines, les chaines latérales, indispensables pour la nutrition des cellules, se reproduisent en très grande quantité. Après avoir pour ainsi dire saturé les éléments producteurs des antitoxines, les chaines latérales superflues s’échappent au dehors et passent dans les plasmas des humeurs. Cette théorie peut être mise d’accord avec cette autre qui suppose que certains éléments de l’organisme, capables d agir sur les molécules complexes des toxines microbiennes et de leuis congénères, produisent des terments solubles particuliers.

RÉSUMÉ

Ceux-ci digèrent les toxines dont rintroduction provoque souvent riiypersccrétion de ces ferments. Il y aurait dans ce fait quelque chose d’analogue à l’hypersécrétion, par les glandes stomacales, de la pepsine, dont une partie passe dans le sang, pour s écliapper a\ec

Turine.

D’après la théorie do M. Ehrlich, les antitoxines ne seraient capables de neutraliser l’etfet nuisible des toxines que lorsque les premières se trouveraient dissoutes dans les humeurs. Les mômes récep^ teurs ({ui fixent la toxine dans les plasmas et l’empêchent ainsi d’arriver jusqu’aux éléments sensibles, amènent un résultat tout opposé, lorsqu’ils se trouvent dans l’intérieur des cellules. Dans ce dernier cas, les récepteurs, gritce à leur grande atfimté pour les toxines, attirent celles-ci et leur permettent de pénétrer dans les cellules, favorisant ainsi la fonction dangereuse du groupement toxophore.

Cette conception est une vue d’esprit, imaginée pour metire en larmonie un certain nom lire de faits d’oliservation Dans l’état actuel de nos connaissances, elle ne peut être soumise à un contrfde expérimental rigoureux. Mais beaucoup de faits bien élalilis ne s’accordent pas bien avec cette hypothèse. D'après elle, l'immunité aiititoxhpie résiderait uniquement dans les humeurs; les cellules vivantes, au heu de l’acquérir, deviendraient au contraire de plus en plus sensibles. Dans ces conditions, il est difticile de concevoir l'immunité contre les poisons des organismes les plus simples ; et cependant elle e.xiste bien en réalité. Un plasmode, qui s’accoutume a toutes sortes de substances toxiques, acipiiert une immunité contre elles et ceci grâce aux changements de sc§ parties vivantes et non pas à la suite de modifications des li({uidcs toxiques qui les baignent. Cette accoutumance biologique s’observe également vis-à-vis des facteurs physiques qui peuvent gêner la vie de ces organismes primitifs.

D’un autre côté, il faut liien accepter que les cellules vivantes d un organisme coiU[)li(pié et supérieur peuvent aussi acquérir 1 immunité contre les toxines. Le premier exemple do ce genre a été constaté pai rapport aux globules rouges des mammifères, vaccinés contre le sérum toxi(pic d’angnillc. Taudis (jueles humeurs des lapins immunisés deviennent antitoxiques, leurs hématies, complètement débariassccs du sérum, peuvent, dans certains cas, résister impunément à l'action du sérum d’angnillc. Il faut admettre dans cet exemple une immunité acquise des cellules semblable à celle des êtres inférieurs.

Un second exemple de l’immunité des globules rouges a été observé

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par MM. Ehrlich et Morg-enioth chez leurs chèvres, préparées avec des injections du sang d’autres individus de môme espèce. Dans ce cas, on ne trouve, d apres ces auteurs, aucun concours d'antitoxine. Les humeurs des chèvres ne deviennent pas capables de neulraliser la toxine du sérum liémolytnjue, tandis cjue les g’iobules rouges acijiiièrent eux-memes une immunité contre cette toxine, immunité entièlement cellulane. IM. Lhrlich essaie de pénétrer dans le mécanisme intime de la résistance des hématies, en supposant que celles-ci, au lieu de reproduire leurs récepteurs, comme dans les cas de production d antitoxines, s en débarrassent complètement, Pi ivées de récepteurs, elles ne peuvent plus être touchées parla cytase hémolytique qui, comme l’admet M. Ehrlich, ne pénètre dans les globules louges que gièce a 1 affinité de la substance intermédiaire (lîxateurj pour le récepteur. Cette hypothèse du mécanisme de rimmimité cellulaiie acquise ne s accorde pas bien avec 1 idée du rôle essentiel des récepteurs pour la nutrition des éléments vivants.

L immunité cellulaire peut etre le plus facilement démontrée par rapport aux globules rouges du sang, car ce sont des éléments très nombreux et capaliles d’étre bien isolés et débarrassés du liquide qui les baigne. Pour cette raison, la seiencene possède pas encore de données aussi précises sur rimmunité d’autres cellules des animaux supérieurs. Mais beaucoup de faits indiquent qu’elle existe en réalité. 11 y a certainement des éléments vivants qui n’acquièrent rimmunité que très péniblement et lentement. 1 elles sont les cellules nerveuses, ces éléments sensibles par e.xcellence. M. v^. Behring a beaucoup insisté sur ce fait que chez les animaux, soumis aux’injections répétées de toxines bactériennes, les centres nerveux non seulement ne s’accoutument pas a leur effet nuisible, mais môme acquièrent une hypersensibilité souvent très grande. Le fait est parfaitement exact, mais il n’est pas moins vrai que la période de cette sensibilité exagérée est suivie par une autre, où la sensibilité devient moins grande et finit par céder la place à une véritable accoutumance. On est donc obligé d’admettre que môme les cellules nerveuses ne font pas exception à la règle générale et peuvent acquérir aussi raccoutumance contre les poisons.

Plusieurs faits d’une autre catégorie confirment cette conclusion. Dans le fonctionnement du système nerv'cux, on a souvent occasion d’observer les faits d’accoutumance. Je citerai comme exemple l’accoutumance des animaux a la commotion médullaire, étudiée par

uiisu.Mii;

M. J. Lépine (1). Eu percutant la région lombaire de lapins et de cobayes, on peut leur donner une paraplégie immédiate. Celle-ci est passagère et dure tout au plus pendant (juelques heures. Le phcno mène peut être reproduit plusieurs fois chez un môme animal. « Mais tlit M. Lépine — lorsqu’on poursuit pendant plusieurs jours ou plusieurs semaines ces expériences, en Irappant toujours au même niveau, on ne tarde pas à voir que la résistance des animaux aux chocs s’accroît très rapidement, et (pie des excitations (jui, sur des animaux neufs, produisent des parajilégies de plusieurs heures de durée, restent sans etfet sur d’antres (pii sont depuis plusieurs jours en expérience ». Il s’agit dans cet exemple d’une véritable accoutumance de la région de la moelle soumise a la commotion.

Des faits analogues sont connus de tout le monde, d après 1 expérience de la vie courante. On s’iialiitue plus ou moins facilement à toutes sortes de sensations violentes. La lumière et les bruits tiop in teuses(pii, au début, provoquent des rétlexes exagérés, finissent par être perçus sans le moindre mouvement. Meme dans la sphère psychique, i’habitude émousse les sentiments pénibles, et il est très probable que toute la gamme de l’accoutumance, à partir des êtres unicellulaires qui s’habituent à vivre dans un milieu qui leur était impropre, jusqu’aux hommes cultivés qui s habituent a ne jias croire à la justice humaine, repose sur une même propriété fondamentale de la matière vivante.

Envisagée à ce point de vue, rimmunité devient un phénomène très général, dépassant de beaucoup la résistance de l’organisme dans les maladies infectieuses. En dernière analyse, elle se réduit toujours a la sensibilité cellulaire qui dirige tant de phénomènes de la vie des plantes et des animaux. C’est cette sensibilité qui pousse la tige vers la lumière et la racine vers le sol, qui dirige le spermatozoïde vers l’ovule. Dès le commencemeut de la vie embryonnaire, les cellules, dérivées de la segmentation de l’auif, manifestent déjà une sensibilité marquée M. Wilhelm Doux i;2) a observé que les premières cellules de l’embryon de grenouille, si on les sépare par une interveution artificielle, se rapprochent, guidées par leur chimiotaxie positive. Dans la construction des tissus, la sensibilité cellulaire joue un nMe incontestable. Les prolongements des cellules nerveuses se dirigent vers les

(1) Comptes vendus de la Soc. de Htolofjie, 1900, p. 38o.

(2) Uehev die Selhsiordnuufj dev Furclmngs-ellen, Bevwhte d. nalurwrss.,

Vereins eu Innshruck, 1893. T. XXI.

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