CHAPITRE III
liquide et très abondante, lorsqu’il leur donnait des acides, des substances amères ou d’autres choses qu’ils n’aimaient pas. Au contraire, la présence des aliments dans la bouche ou même leur simple vue, provoquaient la sécrétion d’une salive épaisse, renfermant une grande quantité de mucine. Dans le premier cas, le rôle de la salive était de diluer autant que possible les substances nuisibles, dans le second elle devait faciliter la déglutition de la nourriture.
En général, l’organisme manifeste la tendance à produire plus de ferments digestifs qu’il n’en faut pour la digestion. C’est probablement pour cette raison qu’on en trouve souvent en dehors du tube digestif. Parmi ces ferments, ce sont surtout la pepsine et l’amylase qui ont été, avec beaucoup de précision, trouvés dans l'urine de riiomme et de quelques mammifères, notamment du chien. Les données sur la présure et la trypsine sont moins bien établies. Mais, comme plusieurs de ces ferments, tels l'amylase et la trypsine, peuvent avoir plusieurs origines dans l'organisme, leur élimination par l’urine a moins d’importance pour la thèse que je viens de formuler que celle de la pepsine.
La pepsine a été retrouvée dans l’iirine par Brücke, il y a juste 40 ans. On la trouve le plus souvent dans l’urine matinale, tandis qu’elle fait défaut dans celle qui a été émise aussitôt après le principal repas. Léo et Senator (1) n’ont aperçu que des traces de pepsine pendant la période de jeûne prolongé chez l’italien Cetti ; mais le lendemain du jouroù celui-ci recommença à manger, ils constatèrent déjà une quantité considérable du même ferment dans son urine.
MM. Delezenne et Froin, dans le but de rechercher l’origine de la pepsine urinaire, ont pratiqué l’ablation totale de 1 estomac à un chien. Après son complet rétablissement, il se nourrissait très bien ; ils ont alors examiné son urine à différentes périodes de la journée. Par les procédés qui ont révélé la présence de la pepsine chez tous les chiens normaux, pris comme témoins, ils n’ont jamais pu déceler la moindre trace de cette diastase dans l’urine du chien opéré. Par contre, un chien dont on avait simplement séquestré l’estomac, renfermait dans son urine sensiblement la même ([uantité de pepsine que des chiens normaux. Cette expérience prouve entre autres que la pepsine, avant d’être éliminée par les reins, a dû être résorbée par la paroi de l’estomac.
(1) Virchow s Archiv . Supplément au T. CXXXI, 1893, p. 142. La question des ferments urinaires est résumée Neubaueru. Vogel, Analyse des Harns, IQe édition, 1898, p. 599.
De l’ensemble de toutes ces données, il faut bien admettre que la pepsine qui se trouve dans le sang- et passe de là dans l’urine ne peut être que d origine stomacale. Comme elle ne présente aucune utilité pour 1 organisme, on est obligé de conclure qu’une partie de la pepsine, sécrétée par 1 estomac et non employée pour la digestion, a été rejetée comme supertlue.
L étude de la fonction digestive des animaux nous renseigne sur un grand nombre de faits de la plus haute importance pour la compréhension de l’immunité. La digestion intracellulaire, si répandue parmi les animaux intérieurs, se rattache d’une façon tout à fait intime aux phénomènes qui se passent lors de la destruction des microbes dans 1 organisme. La digestion extracellulaire nous fournit des renseignements sur beaucoup de faits d’adaptation progressive, semblables a ceux que l’on constate dans l’immunité acquise.
Lorsque 1 on envisage les phénomènes de la digestion intracellulaire et ceux de la digestion sécrétoire dans leur ensemble, on voit que dans les deux, les processus chimiques sont soumis à l’influence des parties vivantes de 1 organisme. Chez les animaux inférieurs, c’est le protoplasma des cellules amiboïdes qui régularise le chimisme digestiL, chez les animaux supérieurs, ce rôle est accompli par un appaieil très compliqué, dans lecpiel le système nerveux occupe une place prépondérante.