METCHNIKOFF
Pans, Instiliit Pasteur, 3 octobre iPOi-
INTUODUCTION
Imporlaiice de l'éliulc de riminunilé an point de vue général. — Rôle dos parasiles dans les maladies intcclieuses. — Inloxicaüons par les produits microbiens. — La résistance opposée par l’organisme à l’invasion des microbes.
Immunité naturelle et immunité accjuise.
Immunité contre les microbes et immunité contre les toxines.
Le prol>lôme de liinniunité vis-à-vis des maladies infectieuses intéresse non seulement la. pathologie générale, mais touche aussi de très près à toutes les hranches de la médecine prati(]ue, comme l’hygiène, la chirurgie et l’art vétérinaire. La prévention de ces maladies, basée sur la création de rimmunité ac<[uise, prend chaque jour une importance croissante. Dans le but d’cmpôchcr la multiplication et la dissémination des germes morbides, on cherche, ])ar des moyens artificiels, à rendre les individus qui peuvent se trouver en contact <ivcc ces germes, réfractaires à leur action pathogène. Les personnes (jui viennent de subir une opération et les femmes récemment accouchées sont souvent exposées à contracter une maladie post-opératoire ou une alfectiou puerpérale ; aussi s eftorce-t-on de les mettre à l’abri, en leur procurant une immunité artificielle.
L'immunisation des animaux utiles est également une question de si grande importance pour l’agriculture et l'industrie qu’elle est entrée dans la législation.
■Mais en dehors de son côté pratique, cette question de rimmunité se rattache d'une façon intime aux problèmes de pure théorie. 11 est incontestahte que le pessimisme, qui s'est développé d une façon si intense pendant le siècle ({ui vient de s'écouler, a été en grande partie suggéré par la crainte des maladies et de la mort prématurée, fléaux contre lesquels l’humanité ne possédait pas encoie de moyens suffisants. On sait que Byron et Leopardi, les principaux poètes pessimistes, étaient atteints d’anomalie congénitale et de maladie incurable et que ce sont ces maux (pu ont intluencé leur [)oésic mélancolicpie. Schoppenhauer, le principal ini-
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tiateuu du pessinüsme dans la philosophie moderne, se dislinguait
par une peur exagéree des maladies.
J'cndanl la pU,s grande partie dn xix- siècle, nos eonnaissan-
ces sur rimnumilé consistaient en <|nekpies pratuiues, il est xrai souvent criicaccs, mais purement empiriques, telles que ce les employées pour immuniser l'homme contre la variole et les bestiaux
contre la clavelée ou la péripneumonie.
Tant (pi’on ne connaissait pas la nature des virus, on ne pouvait faire d’études vraiment scieiititiques ni sur leur action, ni sur 1 immunité contre eux. La révélation de la nature organisée des virus infectieux a ouvert la voie pour ces recherches. Cette découverte, faite à la suite de la démonstration, par Ihisteur, do la nature organisée des ferments, a permis d’étahlir le rôle des agents vivants dans un grand nomhre de maladies infectieuses. Liée aux noms de Davaine, d'Obermeyer et surtout de M. Robert Koch, elle a facilité de bcaiicoiip l’étude de la réceptivité et de l’immunité naturelle dans certaines
infections.
Une étape considérable a été franchie par la découverte, par Pasteur et ses collaborateurs, MM. Chamberland et Roux, de moyens de conférer l’immunité dans plusieurs maladies infectieuses, avec des microbes atténués dans leur virulence. Grâce à cette découverte, la science s’est trouvée en état d aborder 1 étude appiofondie de l immunité acquise. Le champ de recherches fut plus tard eiicoïc élargi par la démonstration du pouvoir immunisant des produits de culture des microbes pathogènes et surtout par la découverte que le sang des animaux immunisés est capable de conférer 1 immunité a des animaux sensibles.
Avant de pénétrer dans le cœur meme du problème de 1 immunité, tel qu’il s’est révélé à la suite de ces découvertes, il est indispensable de jeter un coup d’œil sur rcnsemblc des maladies intcctieuses et leurs congénères, et de dire comment nous les concevons d après l'état actuel de nos connaissances.
11 est établi d’une façon délinilive qu'un grand nombre de maladies infectieuses de l’homme et des animaux sont dues à 1 invasion de petits organismes parasitaires, tantôt de nature animale (comme dans la gale, la trichinose, le paludisme, la fièvre du Texas, la nagaiia, ou surra et la dourine), tantôt appartenant au règne végétal, comme les moisissures (aspergillose), les hyphomycètes(aclinomycosc, maladie du pied de Madura, larcin du bamf etc.), Icslcv uics i^inaladie
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des Daphnies, quelques pseudoinyxomes et septicémies, pseudolupus). Mais de beaucoup la majeure parlie des maladies iiifeclieuses ont pour cause le développement dans rorg-anismc de plantes de la constitution la plus simple, les bactéries. Ce sont ces microbes qui produisent les inl’ections les plus graves et les plus meurtrières, comme h^s tuberculoses, la j)esle humaine, la diphtérie, le clioléra, le charbon, les pneumonies, la suppuration, l’crysipèlc, le tétanos, la morve, la lèpre, etc. Darmi les bactéries, il s’en trouve de tellement petites (ju’ellcs ne peuvent être reconnues à l’état d’individus avec nos meilleurs grossissements et ne peuvent être observées que réunies en masse. Tel est le microbe de la péripneumonie des bovidés. Cette petitesse de certaines bactéries pathogènes est très probal>lcmcnt la cause [)our hujuclle jusqu’à présent il a été impossible de reconnaître les microbes d’nn assez grand nombre d’infections, parmi lesquelles la scarlatine, la rougeole, la rage, la syphilis, la lièvre aphteuse, la variole, etc.
11 est probable qu’on parviendra à découvrir des parasites non seulement dans les maladies que je viens de citer et qui présentent les caractères des maladies infectieuses et virulentes, mais aussi dans les maladies de types tout à fait dillcrents. Malgré l’échec de plusieurs tentatives pour démontrer le parasite des tumeurs malignes, il faut espérer qu’avec le progrès des méthodes scientifiques, on finira par faire sa découverte d’une façon indiscutable. Dans beaucoup d’autres affections (]u’on considère actuellement comme indépendantes des microbes, on établira très probablement un lien étroit avec ces organismes. Jolies sont les maladies atrophiques et certaines maladies de nutrition, dans lesquelles les parasites, sans jouer un laMe direct ni immédiat, agissent [>ar leurs produits ou par les changements qu’ils provoquent dans l’organisme aflecté. Pour se rendre compte de cette possibilité, il est utile de jeter un coup d’œil sur les divers modes d’action des nombreux agents des maladies infectieuses. Les parasites qui les produisent ont, comme trait commun, leurs petites dimensions qui ne permettent de les reconnaître avec précision qn’en armant l’œil de grossissements plus ou moins [)uissants. Sous d’autres rapports, ils se distinguent par une grande variabilité, ce qui n’est point étonnant, car parmi les agents infectieux se trouvent réunis d’un côté des animaux de structure élevée (comme les acares de la gale) et de l’autre les végétaux les plus simples, comme des gonocoques ou des cocco- Jjacilles divers.
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Les acaees sont capables de perlocei* répidcnne par l'action mécanique de leurs pattes et de leurs mâchoires. Ils creusent des sdlons dans la peau et provoquent ainsi ces démangeaisons si caractéristiques de la gale. Les larves des trichines produisent également des troubles considérables par l’acte mécanique de leur pénétration dans les libres striées et leurs migrations dans le tissu musculaire. Mais dans la trichinose de l'homme, le tableau morbide est plus compliqué que dans la gale et permet de supposer une action complémentaire des excréta de la larve dans la production de l’état fébrile et de certains phénomènes généraux. Dans la maladie denagana (transmise par les mouches Tsé-tsé) il y a lieu également d’admettre le rôle prépondérant de l’action mécanique des parasites llagellés ( trypanosomes) qui
obstruent les vaisseaux des centres nerveux.
Dans les maladies provoquées par les champignons, comme les trichophyties et l’aspergillose, l'élément purement mécanique joue encore le rôle le plus important. Même quelques infections bactériennes accusent le même caractère. Ainsi, il est incontestable (pic dans la tuberculose chronique chez le cobaye, le bacille de Ivoch aniînc une substitution des éléments tuberculeux aux tissus normaux et ceci a tel point qu’il ne reste à la fm de la maladie que des traces du foie et des poumons normaux. L’animal meurt par défaut de ces organes, dont le fonctionnement normal est devenu impossible. Chez le cobaye tuberculeux, les phénomènes d’intoxication par les poisons bacillaires ne iouent qu’un rôle secondaire ; cependant il y a des exemples de tuberculose (comme la tuberculose miliaire aiguë chez l'homme ou la tuberculose expérimentale des vaches, obtenue par le procédé de M. Nocard d’inoculation dans les conduits galactophores), où rempoisonnement devient beaucoup plus imporlant.
Parmi les maladies bactériennes de l'homme, on peut citer la lèpre, dans laijuelle l’intoxication est reléguée au second plan, cédant la place à l’élément mécanique de la substitution aux tissus normaux du granulome spéciütpie. Ce n’est (jue dans les poussées lépreuses aigües qu on a})erçoit dos signes d'intoxication p:ir les produits du bacille de la lèpre.
Mais tous les cas mentionnés ne constituent (pi’une faible minorité (]ui s’efface devant la (piantité d'infections, dans lestpielles rélément toxique domine la situation. Même dans les maladies charbonneuses, l'analyse précise des ph énomèues morliides a oliligé de reconnaître une iulluence considérable du poison produit par la bactéridie. La
IMllODLICTIOX
])lupart dos mici'ohes agissent précisément en leur (pialité d’einpoisoniieurs qui s'introduisent dans l'organisme pour sécréter leurs toxines, capables de provoquer des troubles généraux de natures très diverses. Sous ce rapport les maladies infectieuses présentent toute une gamme de variations très remarquables. Ainsi beaucoup de microbes, capables de provoquer des septicémies, ont besoin de se multiplier abondamment dans rorganisme et de se répandre dans le sang, avant de produire un état morbide général, l’el est le cas du spirille do la lièvre récurrente de l’homme qui se reproduit pendant plusieurs jours et donne plusieurs générations sans provoquer le moindre malaise, lorscpie son apparition dans le sang produit brusquement une lièvre intense et des phénomènes généraux des plus accusés.
D’un autre coté il existe des bactéries fpii ont une force de reproduction beaucoup plus faible, mais qui se distinguent par un pouvoir toxique très considérable. Inca[)ables de se généraliser dans rorganisme, ces microbes restent localisés au point de leur pénétration ; de là ils sécrètent leurs poisons (pii amènent le plus souvent une intoxication mortelle. Quehjues-unes de ces bactéries, comme les bacilles du tétanos et de la diphtérie, pénètrent plus ou moins [irofondément dans les tissus vivants de l’oiganisme atteint. D’autres peuvent manifester leur action toxique pour ainsi dire à distance ou par un simple contact avec les parties vivantes. Dans cette catégorie, rentre le choléra asiatiipie. Le vibrion de Koch, installé dans les intestins v sccrete son poison ; celui-ci, résorbé par la mmpieuse intestinale, apparemment intacte, provoque une maladie foudroyante d’allure purement toxique. U est probable que, dans les maladies intestinales dont l’étiologie est encore inconnue, comme les choléras infantiles, rempoisonnement parles produits toxi(pies des microbes constitue le phénomène dominant. Les microbes ne pénètrent point dans le sang ni dans les tissus ; ils restent dans le contenu intestinal et de ‘là produisent leur intoxication funeste.
Il existe nKune des exemples où le microbe pathogène disparait de l organisme, en y laissant sa toxine qui, seule, amène la mort. Ainsi dans la septicémie spirillienne des oies, ces oiseaux meurent sans présenter un seul spirille vivant dans leur corps. Les empoisonneurs ont été détruits avant ([ue leur toxine ait achevé leur œuvre. Dans d’autres exemples, comme dans la lièvre typhoïde des chevaux, le microbe spécifi([ue disparait (gaiement avant la mort de l'animal; mais au moment de l’intoxication mortelh' j)ar h- j)oison d<‘ cett(" bâclé-
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rie, l’organisme malade est envalii par des microlres secondaires (jui n’ont rien à faire avec la fièvre typhoïde proprement dite du cheval.
La grande varial)ilitc dans l'action des divers agents pathogènes, est encore accrue par la ditlerence des rappoids entre les paiasites et l’organisme atteint. Certains microbes sont capaliles de produire la maladie typii|iie, (|uel c]ue soit 1 endroit par leijnel ils pénètrent dans rorganisme. Mais ce sont les moins nomljreux. Le bacille tuberculeux fait partie de cette minorité. Entré sous la peau, dans l’œil, dans les voies respiratoires, digestives on génito-urinaires, il produit invariablement des lésions tuberculeuses, plus ou moins graves et plus ou moins capables de généralisation. Au contraire, un très grand nombre d’autres microbes ne produisent leur action pathogène que dans les cas où ils s’introduisent dans des points déterminés de l’organisme. La bactéridie charbonneuse, introduite par la moindre lésion de la peau ou des muqueuses, produit chez l’homme et un grand nombre de mammifères une maladie très grave et le plus souvent mortelle. Absorbée avec les aliments à l’état végétatif, elle est presque toujours inoffensive. Le vibrion cholérique nous présente le cas contraire. Inoculé même en grande quantité sous la peau de l’homme, il disparait rapidement et ne provoque que des troubles insignifiants ; introduit dans le tube digestif, le môme vibrion se développe et produit le choléra asiatique si souvent mortel.
Toutes ces variations et particularités, liées à la nature des agents infectieux, présentent une grande importance au point de vue de l’immunité.
Dans le grand problème, depuis longtemps discuté parles pathologistes, à savoir si les maladies viennent du dehors ou bien si leur cause réside en dedans de l’organisme, les savants qui avaient découvert la plupart des microbes pathogènes, s’étaient rangés en faveur de la première supposition. Pour la grande majorité d'entre eux, la seule cause des maladies infectieuses consistait dans la pénétration du microbe pathogène du monde extérieur dans le sein de l’organisme. Cette théorie se trouvait en parfaite harmonie avec un grand nombre de données épidémiologiques, d’après lesquelles les virus des maladies épidémiques des plus graves, comme le choléra asiatique, la fièvre jaune, la peste bubonique, devaient être importés dans un pays auparavant indemne pour y produire le développement d épidémies. Dans les maladies charbonneuses et la trichinose, les
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parasites devaient aussi venir tonjonrs du deliors. Voici pourquoi, dans la recherche des microbes pathogènes, on suivait toujours cette règle qu'il faut trouver le microbe spécifique dans tous les cas de la maladie en question, et constater son absence chez des individus bien portants ou atteints d'autres affections. Ainsi, dans ses recherches mémorables sur le choléra asiatique, M. Koch fl) insista beaucoup sur ce point (jue les vibrions choléri(|ues ne se trouvent ([UC dans les cas de cette maladie et jamais chez des personnes bien portantes. Presque en meme temps, M. Lœftlcr (2). au cours de son travail sur l’étiologie de la diphtérie, constata la présence du môme bacille non scidement dans un grand nombre de cas de cette maladie, mais aussi dans la gorge d’un enfant bien portant. Ce fait l'empècha de considérer son bacille comme cause véritable de la diphtérie.
Le point de vue, auquel s’étaient placés les deux éminents bactériologistes, ne peut plus être maintenu. Il cstimpossiblc de considérer que chaque fois (ju’un microbe pathogène |)énètre dans l’organisme d'une espèce sensible, sa présence doit inévitablement produire la maladie spécilique. La découverte par Lœftler du bacille diphtérique dans la gorge d'individus bien portants a été depuis maintes fois confirmée et cependant il n’est pas possible de douter du rtile étiologique de ce microbe dans la diphtérie. D'un autre C()té, il a été établi que le vibrion de Koch, bien qu'étant réellement le facteur étiologique du choléra asiati([ue, peut cependant être retrouvé dans le tube digestif de personnes bien portantes.
Aussitôt après sa naissance, l'homme devient l’habitat d’une végétation microbienne extrêmement riche. La peau, les muqueuses, le contenu gastro-intestinal se peuplent de toute une flore de microbes, dont on ne connaît jusqu’à présent qu’un petit nombre. La cavité buccale, l’estomac, les intestins, les organes génitaux nourrissent des bactéries et des champignons inférieurs de diverses espèces. Pendant longtemps, on pensait ([ue tontes ces flores chez les individus sains sont constituées par des microbes inotFensifs et quelquefois même utiles. On supposait que cha(|ue fois qu’il se produisait une maladie infectieuse, à cette flore bénigne s’ajoutait le microbe pathogène spéeifnpie. Mais des recherches bactériologiques précises ont facilement démontré qu'en réalité la végétation variée des per-
{\) Deutsche medicinische Wochenschrift, t88t, pp. 490, .'519.
i'i) Mittheilungen ans d. k. Gesundheitsamte, 1884, T. Il, p. 481.
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sonnes incn porlantos renferme souvent des représentants des espèces bactériennes nocives. En dehors du l)acille de la diphtérie et dn vibrion cholérique qui, à maintes reprises, ont été trouvés à 1 état virulent chez des individus parfaitement indemnes, on a démontré que certains microlies pathog'ènes, parmi lesquels le pneumocoque, les staphylocoques, les streptocoques et les colibacilles, se trouvent constamment ou presque toujours parmi la flore microbienne des
personnes saines.
Cette découverte a dû nécessairement amener à la conclusion qiCcn dehors du microbe il existe encore une seconde cause des maladies infectieuses qui est la prédisposition, ou l’absence d’immunité. Un individu qui renferme une des espèces pathogènes citées, manifeste vis-à-vis de celle-ci un état réfractaire permanent ou passager. Mais dès que la cause de celte immunité cesse, le microbe prend le dessus et provoque la maladie spécifique. C’est ainsi que chez les diahéthiues, la furonculose se produit à la suite du développement du staphylocoque, ce microbe pyogène qui se trouve presque toujours en abondance sur la peau et les muqueuses de rhomme. Le diabète dans ces cas est la cause de la suspension de rimmunité qui existe chez l’individu bien portant.
Les personnes qui portent le pneumocoque sur leurs muqueuses, peuvent rester longtemps sans être atteintes de pneumonie fibrineuse ou d’une autre maladie quelconque due à ce microbe. Mais souvent, à la suite d’une circonstance particulière, par exemple d’un refroidissement, l’état réfractaire cède sa place à une sensibilité plus ou moins grande.
11 est inutile de multiplier le nombre de ces exemples qui démontrent de la façon la jilus claire qu'en dehors des causes de maladies qui viennent du monde extérieur et qui sont représentées par les microbes, il y a encore d’autres causes qui résident dans l’organisme. Lorsque ces facteurs internes sont impuissants à empêcher le développement des germes morbides, il se produit une maladie ; lorsqu’au contraire ils résistent bien à l’envahissement des microbes, l’organisme se trouve à l’état réfractaire et manifeste l’immunité.
Les maladies en général et les maladies infectieuses en particulier se sont développées sur la terre à une époque très reculée. Loin d’être la particularité de l’homme, des animaux et des végétaux supérieurs, elles attaquent les organismes inférieurs et sont très répandues même chez les êtres unicellulaires, infusoires et algues. Il est incontestable
INTR01)Ü(/riü.\
(jue les maladies jouent uii gTaiid rôle dans l’instoire du monde vivant de notre planète et il est très probable (pdelles ont largement contribué à rcxtinction de certaines espèces. Lorsqu'on observe les ravages produits par les champignons parasites chez de jeunes poissons qu'on clicrclic à élever, ou la destruction des écrevisses dans certains pays, à la suite de la pullulation des germes épizoothjues, on est involontairement amené à cette supposition que les microbes pathogènes ont dii occasionner la disparition de certaines espèces animales et végétales.
Dans le chapitre sur l'e-xlinction des espèces de son livre « Sur l’origine des espèces». Darwin ( l)s’a[)pnie sur l’autorité de plusieurs observateurs ({ui aftirment que les insectes gênent à tel point les éléphants, que ces gros mammifères deviennent incapables de se reproduire suftisamment. Lh bien, il est démontré qu’un grand nombre d’insectes inoculent des microbes pathogènes, transportant ainsi des maladies meurtrières. Une épizootie des plus redoutables provoquée par un infusoire flagellé, le Trijjianosoma llrucci., est inoculée à de gros mammifères dans l’Afrique méridionale par une monche qu'on appelle Tsé-tsé. Dans certains pays, cette maladie est si répandue et si meurtrière que l’élevage des animaux domestiques devient impossible.
Les parasites sévissent donc avec une grande intensité, faisant périr une (jnantité d’hommes, d’animaux et de plantes. Lt cependant, malgré la disparition d'un grand nombre d’espèces, la terre reste suftisamment peuplée. Ce fait prouve (pie, par les moyens propres de l’oi-ganisme, sans aucun concours de l’art médical ni de l'intervention humaine en général, beaucoup d’espèces vivantes se sont bien conservées à travers des siècles. Tout le monde a pu voir comment les chiens lèchent leurs blessures, les humectant avec leur salive, remplie de microbes. Ces plaies guérissent très bien et rapidement sans pansements ni autisepticpies.
La résistance de rorganisme dans tous ces exemples est la consé- (pience de l’immunité, phénomène très répandu dans la nature. Cette immunité vis-a-vis des maladies intectieuses est très complicpiée et son étude ap[)rofondie n’a pu être commencée que de[)uis l'époque où on a ac(piis des connaissances étendues sur ces maladies et où on a élaboré des méthodes de recherches suflisantes.
(1) On the Orifiin of Species. Cinquième édition. Clmp. 11.
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dO
P<ai* rimiTumité contre les maladies infectieuses, nous entendons la résistance de l’organisme vis-à-vis des microbes qui les déterminent. Il s’agit ici d’une pro[)riété organique des êtres vivants et non pas de l’immunité que peuvent présenter certains pays ou localités. ^ oilà pourquoi on ne trouvera point dans ce livre de renseignements sur les causes de rimmunité de l'Murope et des régions montagneuses yis à vis de la fièvre jaune, ni les raisons (]ui font que la plupart des Knropéens ne prennent pas la fièvre récurrente. Les habitants de notre continent ne possèdent l’immunité oi*ganique ni contre le virus de la lièvre jaune, ni contre le spirille d Obermeyer de la fièvre récurrente. Leur organisme est an contraire très sujet a coii" tracter ces maladies. Seulement les conditions de vie, dans la plupart des pays européens, empcclient la pénétration des germes spccititjues et ta création des foyers épidémiques. Le même point de vue doit être appliqué aussi aux animaux. Nos petits rongeurs de laboratoire, souris et cobayes, sont beaucoup plus sensibles au charbon, inoculé sous la peau ou dans n’importe quelle autre partie vivante du corps, que les grands mammifères domestiques, tels que le bœuf et le cheval. Et cependant ces deux especes sont fréquemment sujettes aux épizooties charbonneuses, tandis que les rongeurs mentionnés ne sont peut-être jamais atteints de charbon spontané. Cette immunité apparente ne dépend nullement de l'existence d’une véritable immunité de l’organisme, mais a pour seule cause les conditions dans lesquelles vivent les souris et les cobayes.
Nous ne traiterons donc dans ce volume que des phénomènes de l’immunité organique chez les êtres vivants et même, renfermé dans ces limites, le problème se présente encore comme très complexe. Dans le but de rendre son étude aussi facile que possible, il est utile de la commencer par un exposé des phénomènes de rimmunité des organismes les plus inférieurs.
L’immunité contre les maladies infectieuses doit être comprise comme l’ensemble des phénomènes, grâce auxquels un organisme peut résistera l’attaque des microbes qui produisent ces maladies. 11 est impossible de donner dès à présent une délinition plus précise et il est même inutile d’insister là dessus. On pensait qu’il était nécessaire de distinguer entre l’immunité proprement dite, c’est-à-dire un état réfractaire durable, et la « résistance )),ou une propriété tonte passagère de s’opposer à 1 invasion de certains microbes infectieux. Nous ne pouvons pas maintenir cette distinction, car en réalité les limites entre les deux groupes de phénomènes sont loin d’être tant soit peu constantes.
INTRODUCTION
L’immimité peut être innée ou acquise. La première est toujours naturelle, c’est-à-dire indépendante de rimmixtion immédiate de l’art humain. L’immunité acquise est souvent aussi naturelle, car elle s’établit à la suite de la guérison spontanée des malndies infectieuses. Mais dans un très grand nombre de cas, rimnuinilé acquise peut être le résultat de l’intervention bumaine directe, comme dans la pratique des vaccinations.
Pendant longtemps, on a réuni tous les phénomènes de l'immunité contre les maladies infectieuses en un seul bloc. Plus tard, on a reconnu, à la suite des constatations résumées au commencement de ce chapitre, qu’il est nécessaire de distinguer nettement entre l’immunité contre tes microbes pathogènes mômes et celle contre les poisons microbiens. De là la notion d’immunités antimicrobienne et antitoxique. Dans le courant de cet ouvrage, nous devrons toujours tenir largement compte de cette distinction essentielle.