‹ L'immunité dans les maladies infectieusesChapitre 46 sur 171 · I.M.MUMTÉ NATURELLE CONTRE LES MICROBES PATHOGÈNES · texte numérisé non relu

I.M.MUMTÉ NATURELLE CONTRE LES MICROBES PATHOGÈNES

Les faits que je viens de résumer ont été démontrés comme règle pour plusieurs espèces de bactéries anaérobies pathogènes. Ainsi M. besson (1) a démontré que le vibrion septique est par lui seul incapable deprovoqncr lasepticémie etexige pour cela le concoursd’autres microbes. MM. Leclainclie et Vallée (2) ont étendu la même loi au bacille du charbon symptomatique (Baci//us C/iauvaei), si important comme cause d une épizootie des bovidés. Les spores de ce microbe, chauffées a 8()o-8ô*, perdent la toxine préformée et deviennent incapables de produire 1 infection. Dans ce cas aussi, ces spores deviennent, bientôt après 1 injection, la proie des phagocytes qui les retiennent, les empêchent de germer et enraient leur action pathogène. Mais, si, à ces spores chaulfées, on ajoute une certaine quantité de toxine, elles germent dans les tissus et provoquent une infection typique. Si l’on mélange des spores chaulfées avec du sable stérile et si l’on introduit purement ces conglomérats sableux à des cobayes, ces animaux prennent presque toujours le charbon symptomatique mortel. Les spores de la partie superficielle des amas sableux sont facilement dévorées par les phagocytes ; mais celles qui sont incluses dans la partie centrale des amas, pour quelque temps abritées contre ces cellules, germent dès qu’elles sont imprégnées par les humeurs de 1 organisme. Lorsqu on enveloppe le salde dans un sac de pajiier, la protection contre les phagocytes est encore plus complète, ce qui permet à presque toutes lesspores de germer et de déterminer dans tous les cas rinfection mortelle. MM. Leclainclie et Vallée concluent de leurs expériences « qu il suffit de protéger mécaniquement la spore pourvoir l’infection se produire ; l’on ne saurait alléguer ici une modification de la virulence, comme lorsqu’on associe au virus une substance chimique, et le rôle exclusif de la phagocytose dans la protection apparaît en pleine évidence » (p. 221).

L’histoire de ces trois anaérobies prouve bien que l’immunité naturelle contre ces microbes ne peut être mise sous la dépendance ni d’un pouvoir bactéricide des humeurs, ni d’une propriété antitoxiipie quelconque, ni de l’incapacité du microbe à secréter sa toxine dans les humeurs de l’organisme réfractaire. La cause de cette immunité se réduit uniquement è la réaction des phagocytes qui empêchent les microbes de produire leurs poisons.

Tout ce qui a été dit au sujet de l’immunité naturelle des Verté-

(1) Annales de L'Institut Pasteur, 1895. T. 1,\ p 179

(2) Ibid., 1900. T. XIV, p, 202.

Cll.UMTUi': VI

lires SC rapporte aux cas de résistance contre les Bactéries. Mais peutêtre riniinimité contre les inicrol>es, appartenant à d’antres groupes, dépend-elle d’autres facteurs que nous n’avons pas encore suftisainmentfait connaître au lecteur? Parmi les plantes inférieures d y a encore des Blastoinycètes (Torulas et Levures) qui sont capalilcs de produire des infections, comiiie nous l’avons vu d’après 1 exemple t e

la maladie dos Daphnies. .

Quelques observateurs sont en effet arrivés h cette conclusion que

les différents Blastomycètes, introduits dans rorganisme ré laclaiie, y subissent une destniction comi.lèle aéj.d au l.oul de quclciues bcurcs sans aucun concours de la phagocytose. C'est ainsi que M. .loua ( ) expliiiue la disparition des levures, injcclccs dans les veines ou e iiéritoine de lapins, par rinfluence iini<iue de la propriété iiiierobicide de liquide sanguin. M. Gilkiiiet (8) s’associe à celle manière de voir.

11 a iiiiecté de la levure de bière {Sacha, -omyces ccrcsme) dans 1 orgaiiisiiic do lapins et l’a vue disparaître peu de temps apres. La i estriictioii de la levure, d’après cet observateur, « se fait par 1 iiitcrmédiaire des sucs plasmatiiii.es » et .. tient à une propriété specil.que des liquides organiques », dont la nature est « totalement inconnue dans son essence ». La phagocytose ne joi.eraitaucim rôle dans ce phénomène. llfitoiis-noiis de dire que déjà avant la publication travaux que nous venons de citer, avait paru un mémoire de M. bcliatte.ifrol. (3) sur le même sujet. Cet oi.servateur, qui a execute ses expériences dans le laboratoire de M. H. Ilucb.ier, à Munich a très bien vu et décrit la deslruclioii des levures iiijectces par les pliagocj tes Par contre, ses essais sur le pouvoir inicrobicide du sang et du sérum ont échoué. Ce témoignage est d’autant plus important qu il émane d’une école où le pouvoir microbic.de des humeurs est considéré comme la principale arme do défense de 1 organisme. Les faits rapportés par M. Seliattenfroli, sont parfaitement exacts et ont pu elle confirmés dans mon laboratoire par M SUelmvan (4). Cet observateur ne s’est pas contenté d’injecter des levures ordinaires 1 levure rose, Sacha, -omyces l‘aslo,-ia,w>-), mais a fait à des cobayes des inocu a lions de levures pathogènes, isolées par M. Curt.s (.i) dans un cas de

(1) Centralblatt f. Bakteriologie, 1897 T XXI, p. 147.

(“2) Archives de med. expénm., 1897. 1. IX, p- 88 .

(3) Archiv für Hygiene, 1896. ï. XXVI, p. -3^

(4) Annalesde l’Institut Pasteur, 1899. T. XIII, p. 7iU.

(5) Ihid., 1896. T. X, p. 448.

IMMÜiXITÉ NATURELLE CONTRE LES MICROBES PATHOGÈNES

tumeur my.vomateusc chez l’homme. Le cobaye est réfractaire aux petites doses de celte levure, mais succombe aux injections de plus grandes quantités. M. Skebiwan s est assuré que l’eng-lobement des levures non patliogènes se fait avec une grande rapidité. Ainsi le Sacharomi/ccs Pasforianus est englol)é dans le péritoine de colnaye, déjii au bout de deux heures, pres(|ue exclusivement parles micropba- ^es. tjucbjues (d-4) heures apres rinjection, rensemenccment de

I exsudât [)éritonéal ne donne [)lus de cultures. Par contre, les levures pathogènes de (jurtis résistent beaucoup plus longtemps à l’action des phagocytes. Après une période de phagolyse dans la cavité péritonéale, les leucocytes nouvellement arrivés en grand nombre commencent à saisir les cellules de levure. Le plus souvent plusieurs macro- })hages se réunissent autour d un môme globule de levure, formant une sorte de rosace très caractéristique. Quelquefois, les macrophages se fusionnent jiour [iroduirc une cellule géante, dont le centre renferme la cellule de levure. Celle-ci scdéfentl contre la [ibagocytose, en sécrétant une membrane assez éjiaissc. La lutte entre les deux éléments vivants est assez longue ; 21 à 18 heures après l’inoculation, toutes les levures sont entourées de phagocytes, parmi lesquels les inicroiihagcs sont exceptionnels. Mais les parasites restent vivants encüic T a 0 jours après leur injection dans le péritoine, ce qui est prouvé parles cultures que l’on obtient avec de l’exsudât ensemencé.

II faut donc en conclure que les levures ont été entourées de phagocytes lorsqu’elles présentaient tous les signes de vie. M. Skclmvan n’a pas mieux réussi que .M. Schaltcnfroh à démontrer un pouvoir inicrobicide quelconque des humeurs vis-à-vis'dcs Blastomycètes.

Il n \ a donc pas de doute que la résistance de l’organisme contre les levures suive les mêmes règles que dans la défense contre les bactéries.

Les microbes de nature animale sont beaucoup plus rares dans les maladies infectieuses que les végétaux microscopiques. L'impossibihté d’en obtenir des cultures rend la recherche encore plus difficile.

Et cependant il existe des faits, capables de nous renseigner sur les moyens dont dis[msc 1 organisme réfractaire vis-à-vis de quelques protozoaires [larasites. Parmi ceux-ci les Trypanosomes jouent un rôle des plus importants. Une espèce de ce genre (T. Uwisi) produit une maladie infectieuse chez les rats et surtout chez le surmulot {Mus decumanus). Le sang de ces rongeurs en renferme souvent une très grande quantité et les petits Flagellés se conservent bien dans le

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