‹ L'immunité dans les maladies infectieusesChapitre 45 sur 171 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

que le cobaye. M. J. Bordet (1) a fait à ce sujet un travail dans mon laboratoire. Il a vu que l’injection de streptocoques dans le péiitoine y provoque une forte leucocytose qui alioutit a une destiuction complète des microbes. Les leucocytes englobent rapidement la giandc majorité des streptocoques et les détruisent; il ne reste plus que quelques individus isolés et libres qui se défendent, en s’entourant d’une auréole claire, mais qui finissent aussi par devenir les victimes de la voracité des phagocytes. Lorsqu’on augmente la dose de microbes injectés, la phagocytose se produit encore, mais quelques streptoco ques réussissant à s’échapper, on voit se produire alors toute une nouvelle génération qui se distingue par l’épaisseur de Lauréole protectrice. Malgré l’aftlux d’un grand nombre de leucocytes, ceux-ci n’englobent plus les microbes, ce qui amène leur généralisation dans l’organisme et la mort de l’animal. L’immunité naturelle peut donc être supprimée dans certaines conditions déterminées. M. Bordet (2) a voulu se rendre compte si les leucocytes ne remplissaient pas leur fonction phagocytaire à cause d’une paralysie de leurs mouvements, ou bien par suite d’une autre infirmité. Dans ce but il injectait dans le péritoine de cobayes, au moment où les streptocoques commençaient à prendre le dessus sur les leucocytes, une certaine quantité de culture de Proteus vulgaris. Ces petits bacilles devenaient au bout de peu de temps la proie des phagocytes qui, en même temps, se refusaient a

englober des streptocoques (fig. 36). Il se produisait une sorte de sélection de microlies dans le péritoine. Les Proteus disparaissaient à la suite de la phagocytose, tandis que les streptocoques prospéraient dans le liquide de l’exsudât et se multipliaient de plus en plus.

péritoine.

Fig. 36. — Exsudât péritoneal de cobaye avec des streptocoques libres et des bacilles Proteus, englobes par les inicropbages.

sit facilement, démontre d’une façon très précisela

(1) Annales de U Institut Pasteur, 1897. T. XI, p. 177 (2i Ibid., 1896. T. X, p. 104.

IMMUNITÉ NATÜHKLLE CONTRÉ LES MICROBES PATHOGÈNES

différence entre la sensibilité [lositiA^e des leucocytes (vis-à-vis du Protcus) etnég-ative (vis-à-vis du streptocoque). M. llordet, conformément à l’opinion généralement acceptée, considère cette sensibilité comme une chimiotaxie, c’est-à-dire une sensation de la composition chimique du milieu environnant. 11 tant bien admettre que la substance qui provoque la chimiotaxie des leucocytes n’est pas facilement ditlusible et ne doit pas, par conséijuent, se trouver à l’état dissous dans le plasma de l exsudat péritonéal. Autrementles leucocytes refuseraient d englober non seulement les streptocoques, mais aussi les petits bacilles Proleus, baignés dans le même liquide repoussant. Ilestplutôt probable que la substance qui excite la chimiotaxie négative est contenue dans l’auréole qui entoure les streptocoques, qu’elle ne s échappe que difficilement et à faible distance.

àl. Marchand (1) a repris la recherche du môme sujet au laboratoire de M. Denys à Louvain. 11 a étudié la résistance naturelle du cobaye, du lapin et du chien contre le streptocoque. Lui aussi est arrivé à cette conclusion que la phagocytose constilue la principale arme de détense de 1 organisme de ces mammifères dans leur lutte contre un microbe pathogène des plus redoutables. En partant d’une seule colonie de streptocoques, M. Marchand a obtenu deux races diftérentes, dont 1 une est très virulente pour le lapin, tandis que 1 autre se heurte à une résistance naturelle des plus efficaces. Cefte immunile est due à l’activité des phagocytes qui détruisent les microbes de la façon ordinaire. 11 annonce comme résultat général de ses études qu’ « un streptocoque atténué est un streptocoque facilement phagocyté », tandis qu’ « un strejitocoque très virulent est un microbe délaissé parles leucocytes » et il ajoute qu’ k un streptocoque est virulent parce qu il n’est pas phagocyté » (Le., p. 270). Jusque-là, les opinions de M. Marchand sont conformes à celles de M. Bordet ; mais elles deviennent contradictoires à partir du moment où il s’agit d^’exphquer 1 origine de la différence dans la conduite des leucocytes.

M. Marchand se refuse à appliquer la théorie de la chimiotaxie dans ce cas et admet « que la phagocytose dépend de cpielque propriété physique du microbe et se trouve par conséquent sous la dépendance des fonctions tactiles des leucocytes » (p. 202). Les expériences sur lesquelles il appuie sa conclusion ne peuvent cependant pas être considérées comme absolument démonstratives. Ainsi M. .Marchand a

(I) Archwes de médecine expérimentale, 1898. T. X, j>. ^5.3

GHÂIMTRE VI

observe que les streptocoques atténués, transportés clans le de

culture de la variété virulente, sont tout aussi bien ‘1' e

lorsqu’ils ont été injectés seuls, 11 n’y a donc pas poui lu c liquide de culture du streptocoque virulent de substai .

capable de.vciter la chimiotaxie négative des leucocytes. Mai est-il bien prouvé que cette substance doit nécessairement passer dans nîrat d’une cluure virulente '? Si elle adhère intimement h I auréole glaireuse, comme nous l’avons supposé, elle peut bien rester avec les coriis des microbes, sans passer au travers du filtre d une acoii soit lien appréciable. La question ne peut pas être considérée cornu e délinitivenimit résolue, mais toute la vraisemblance est du cote de la

théorie de la chimiotaxie. dn

M Marchand a également recherché s. 1 immunité vis-a-Ms d

streptocoque atténué ne pourrait pas être expliquée par le pouvoi l>acîéricide des humeurs des animaux réfractaires. Ses ^

été constants et précis. Le sérum sanguin de ses animaux i a ai ^ manifesté aucun pouvoir bactéricide contre le «“d" «

atténuée, comme la race virulente, se développaient très bien, toutes les deux dans les sérums de lapin, de chien et de cobaye.

Plus récemment. M. Wallgrcn (1) a repris l’étude de ®

de la réceptivité do lapins vis-à-vis du

sont en -énéral conformes à celles de ses prédécesseurs. Il a mi aussi nue si le microbe injecté n’était pas très virulent, la phagocytose commençait bieiit.'.t après l’injection dans le péritoine et durait tant qi y U encore de‘s streptocotpies disponibles. Dans -s au c- Lire, où la race des microbes était doiiee d’une -’l’ - f Pj.^^ il se produisait une phagocytose passapre au c e i lesleu-

mais les streptocoques réussissaient à s’adapter a la lutte avec leslei locvtes et les repoussaient à distance. La pullulation des microbes con- ,inu"ait alors sans entraves et l’animal ne tardait pas à ««“J™ une infection généralisée. M. Wallgren pense que, dans la delei se c Zgarlle centre le streptocoque, les produits des leucocytes détruits

‘*^L::rî^:::rL=;ntabirel,e dans .s trois gi^s des bactéries - bacilles, spirilles (avec vibrions « ^

une très grande analogie, on pourrait croire qu il est supeillu de co Uniier l’aLlyse de ce id-nomèiie. El cependant notre aperçu ne seia.t

(’l) Ziegler’s Beitrdge zar pathologischen ÀJiatomie, 18 J9.

XXV, p,

IMMUiXITli XATÜUELLK COXTRF^ LES MICROBES RATflOGÈNES

pas complet si nous laissions, sans la mentionner, l’immunité naturelle de lorganisme animal contre des microbes qui se distin.çiient pai unetox'icité exceptionnelle. La première place danscegroupe appartient incontestablement an bacille du tétanos.

Il doit paiaîtie très cboqnant d’entendre dire que les animaux très sensiblesaii tétanos, comme le cobaye et le lapin, sont doués d’immunité naturelle vis-à-vis du bacille tétanique. Et cependant, ce fait si paradoxal a été établi d’une façon irréfutable par M. Vaillard et ses collaborateurs MM. Vincent et Kouget (I ). Lorsqu’on injecte un peu de culture tétanique a un des animaux que nous venons de mentionner, le tétanos ne tarde pas à se déclarer. Après une période d’incubation, certains muscles se raidissent et le tétanos, de local qu’il était au début’ se généralise enamenant l’issue fatale. Eh bien, lorsqu’on inocule des quantités de bacilles beaucoup plus considérables, mais que l’on a soin de débarrasser de la toxine tétanique, élaborée dans le liquide de culture, les animaux résistent sans présenter aucune trace de tétanos. Cette e.xpérience, répétée maintes fois avec le même résultat, démontre bien que le bacille tétani(iue, privé du concours de la toxine, rencontre dans l’organisme des animaux, si sensililes à celle-ci, une opposition des plus efficaces. En quoi consiste-t-elle?On pensait que, dans des maladies qui présentent un caractère si

prononcé d’intoxication, comme

le tétanos, la résistance ne dépendait nullement de la fonction phagocytaire. Aussi MM. Yaillard et Vincent étaient tout préparés a n’attribuer aucun r<Me aux phagocytes dans l’exemple d’immunité naturelle qu ils avaient découvert. Malg-ré cela, 1 analyse détaillée des faits les a persuadés du contraire. Les cobayes et les lapins

ne prennent pas le tétanos, après l’inoculation cl'nnc (jiiantité de spores (I) ISiH. T. V,,.. | ; ,sn2.T. \ l,n. 385 ;

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Fig. 37. — Leiicocvles de lapins, remplis de spores lélaniques.

CllAPlTRi': VI

et de bacilles tétaniques, débarrassés de la toxine, uniquement grâce a la phagocytose très pi'ouoncée. Cette injection est bientôt suivie d un aftlux très considérable de leucocytes qui se bourrent^de spores et de bacilles, sans en être aucunement incommodés (tig. 37). Une ïois que les phagocytes ont dévoré tous ces microbes, ceux-ci deviennent incapables de produire leur ellet morbide. Les spores ne germent pas dans l'intérieur des phagocytes, mais y subissent au contraire une o’rave détérioration et finissent par disparaître complètement au bout d’un temps plus ou moins long.

Lorsqu’au contraire le bacille ou les spores tétaniques sont accompagnés de toxine préformée, celle-ci provoque, d’après l’avis de M." Vaillard, la chimiotaxie négative des leucocytes qui se tiennent à l’écart des microbes et leur permettent de se reproduire et de séci'éter une quantité nouvelle de toxine. L immunité naturelle de l'organisme contre le bacille tétanique peut être supprimée chaque fois que la défense phagocytaire est entravée par un moyen (luelconque. Dans les conditions naturelles, ce sont le ^hus souvent les microbes adjuvants qui favorisent rinfectioii tétanique, en empêchant les phagocytes de s'emparer des spores avec une rapidité suffisante pour empêcher leur germination. Ce résultat fondamental, établi par MM. Yaillard et Vincent, a été souvent contredit à l’aide d’expériences insuffisantes (MM. Sanchez- foledo, Klipstein, lloncali), mais, dans la suite, sa justesse a été confirmée pleinement. On a cité des cas dans lesquels les spores tétaniques, débarrassées de toxine, provoquaient quand même un tétanos mortel. Chaque fois que l’on inocule un petit fragment de culture tétnnique en gélose, préalablement chauffée à 85° pour détruire la toxine, on produit le tétanos. MM. Yaillard et Rouget ont démontré que, dans ces conditions, les leucocytes ne pénètrent que dans la couche superficielle de la gélose, tandis que les spores germent et les bacilles pullulent dans sa profondeur. On peut également provoquer chez des animaux le tétanos mortel à l’aide de spores, débarrassées par le chaullage de leur toxine, eu les inoculant avec de la terre stérilisée. Les particules de la terre protègent les spores contre l’agression des phagocytes et leur permettent de germer et d’empoisonner l’organisme. L’acide lactique produit un etfet analogue, en détruisant et atfaihlissant les phagocytes. Les microbes secondaires, le plus souvent inotfensifs pai eux-mêmes, empêchent aussi la phagocytose des spores tétaniques et par cela même favorisent l’intoxication.

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