CHAPITRE VIII
pliagolyse. Lorsqu’on retire, avec des petits tuLes, de 1 exsudât péiilonéal, peu de temps après l'injection des Yil)rioiis dans le péritoine, on ne constate en ctt'et qu’un phénomène de Pfeiller très intense, la phagocytose faisant complètement ou presque totalement défaut. Mais ce procédé est insuftisant. 11 est nécessaire, pour se rendre compte de ce qui se passe réellement dans la cavité abdominale, de saciitiei l’animal et d’examiner soigneusement le péritoine et surtout l épiploon. Comme l’ont démontré d’ahord M. Max Griihcr (l) et plus tard M. Cantacuzène (2), le grand épiploon est dans ces cas recouvert d’une couche épaisse qui renferme une gi-ande quantité de leucocytes, dont une partie sont remplis de vilirions ; en outre, cette couche contient une masse de vibrions, en partie transformés en granules, en partie agglutinés ou isolés, ayant conservé leur forme vibrionienne intacte. La phagocytose, avec le temps, devient de plus en plus prononcée et il est impossible de nier son existence ou de ne lui attribuer qu’un rôle secondaire.
Nous avons vu que la suppression du phénomène de Pfeiffer dans la cavité péritonéale et dans le sang, ou son absence totale dans le tissu sous-cutané et dans la chambre antérieure de l’œil, n’eidèvent aucunement au cobaye vacciné son immunité acquise. L’animal résiste très bien aux vibrions, sans que ceux-ci se transforment en granules dans les humeurs. Et cependant, cette Iransformatiou a lieu, mais uniquement dans l’intérieur des phagocytes. Comme il a déjà été exposé à propos de rimmunité naturelle (chap. ’S I, Ml), les vibrions englobés par les microphages y suliissent presque aussitôt un changenient de forme, tout à fait pareil à celui qui s^observe dans le vrai phénomène de PfeilFer. Les microphages sont souvent remplis d’une quantité de granules, issus des vibrions englobés, qui se digèrent totalement au bout de peu de temps. Ce fait, si constant dans la phagocytose des vibrions, nous fournit une preuve de plus de l’origine microphagique de la microcytase.
Si le phénomène de Pfeitler ne présente qu’un cas particulier, dans lequel les vilirions se transforment eu granules dans les liquides, contenant de la microcytase, il est tout naturel que sa suppression n^entrahie point l’iiifection mortelle des animaux vaccinés. Par contre, si la réaction phagocytaire, si répandue, joue réellement un lolc important dans rimmunité acquise, tout ce qui entrave la phagocy-
(1) Münchener medic. Wochensclu'., 1896, pp. 277 et 310.
(2) Annales de l' Institut Pasteur. 1898. T. XII, p. 273.
Al’ElKjU DES FAITS SUR L’IMMUNITÉ ACQUISE CONTRE LES MICRORES 2ol
tose doit en même temps compromettre l’état réfractaire. Dans l’intention de résoudre ce problème, M. Cantacuzène (1) a entrepris, dans mon laboratoire, un travail circonstancié à ce sujet. 11 a établi que 1 injection de 1 opium, en dose non mortelle, narcotise le cobaye et empêclie en môme temps les mouvements des leucocytes. Des petits tubes de verre, contenant des vibiions choléri(|ues et introduits sous la peau de cobayes vaccinés, se remplissent d’une quantité de leucocytes chez 1 animal non uarcolisé ; chez le cobave, (jui a reçu de la teinture d opium, les tubes, pendant plusieurs heures, ne renferment pas de leucocytes et ces cellules ne commencent à y pénétrer que plus tard. J'Ji bien, lorsque !\1. Cantacuzène injectait dans le péritoine de cobayes solidement vaccinés, une forte dose de vibrions cholériques, les animaux résistaient facilement à l’inoculation. Mais (juand ces cobayes étaient soumis à rintluence de la teinture d opium, la môme dose tle vibi-ions [)rovoquait la mort. Chez CCS animaux narcolisés, malgré la dilatation et riiyperbémic considérables des vaisseaux, malgré riiyperlcucocytosc notable du sang", la diapédèse ne se produit pas pendant les premières heures après l'injection de 1 opium et ce n est (jue [)lus tard (o, b heures après l'injoction) que les leucocytes commencent à apparaître dans la cavité péritonéale. Les vibrions protitent de la période d'inactivité des [)hag’ocytes et pullulent, conservant leur mobilité et la propriété de se colorer [>ar les couleurs d’aniline basitpies. Lors(juc les leucocytes retardés arrivent dans le péritoine, ils le trouvent déjà envahi par une masse de vibrions. Malgré cela les leucocytes, notamment les inicrophages, englobent une (juantité énorme de ces microbes, ce c[ui n empêche pas cependant les cobayes de mourir, quoique (jucl- (pies heures plus fard que les témoins non vaccinés. Au moment de la mort, on ne trouve plus de vibrions libres dans l'cxsudat, car ils ont été tous englobés par les microphages, dans l'intérieur desquels ils ont subi la transformation granuleuse. A l’autopsie de l’animal, 011 trouve sur ré])iploon une grande quantité de petits amas Vibrioiiiens qu'on ne rencontre jamais chez les animaux non soumis à l’action de l’opium.
11 a donc suffi de retarder seulement de quelques heures la réaction phagocytaire, pour que des cobayes, bien vaccinés, succombent sous 1 action des vibrions. On comprendra facilement qu’en présence de
(I) Annales de l'Institut Pasteur, 1898. T. XII, p. 288.