‹ L'immunité dans les maladies infectieusesChapitre 57 sur 171 · CHAPITRE VllI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VllI

lents et bien mobiles, et que l’on prélève avec un tube effilé du liquide péritonéal, on constate que les vil)rions ont subi dans l’organisme réfractaire des modifications profondes. Déjà peu de minutes après l’injection des vibrions, les leucocytes disparaissent presque totalement du liquide péritonéal ; on n’y trouve que quelques petits lymphocytes et une grande quantité de vibrions, dont la majorité s’est déjà

transformée en granules (lig. 39), présentant le phénomène de Pfeitfer des plus typitpies. A côté de granules ronds, on observe des ^ vibrions gonflés, d’autres ayant conservé leur

forme normale, mais tous absolument immobiles. Quelques granules ainsi constitués se réunissent en petits amas, d’autres restent isolés dans le liquide. Lorsqu’on ajoute à la goutte pendante qui renferme des vibrions transformés, un peu de solution aqueuse étendue de bleu de méthylène, on voit que certains granules se colorent d’une façon très intense, tandis que d’autres ne prennent qu’une teinte très pâle, à peine visible. Beaucoup de ces granules sont encore vivants, car il est facile de les voir se développer en

Fig. 39. — Phénomène de Pfeiffer du vibrion cholérique dans le péritoine.

dehors de l’organisme, et s’allonger en nouveaux vibrions. Mais une grande quantité de granules ne manifestent plus aucun signe de vie et sont évidemment morts. M. R. Pfeiffer et quelques autres observateurs affirment que les granules peuvent se dissoudre complètement dans le liquide péritonéal comme un morceau de sucre se dissout dans l'eau. Nous avons beaucoup cherché cct acte de disparition des granules dans des gouttes pendantes du liquide péritonéal, mais le nombre de ces vibrions transformés ne diminuait jamais, môme après plusieurs jours, et nous n’avons pas pu non plus saisir le phénomcne delà dissolution des granules. Il est (juand même incontestable que la transformation granuleuse est une manifestation de lésions très graves, subies par les vibrions cholériques sous l’influence du liquide péritonéal de l’organisme immunise.

On a voulu préciser le mécanisme du phénomène de Pfeitfer et M. Pischer (1) a cherché a le réduire aux influences osmotiques, exei

(I) Zeitschrift fiir Ilygiene, 1900. T. XXXV, p. 1.

cées par les sels des liquides, dans lesquels sont suspendus les vibrions. Ceux-ci, sous 1 action des milieux plus riches ou plus pauvres en sels que le liquide dans lequel ils s’étaient développés, présenteraient une augmentation de leur pression intérieure, à la suite de la(|uelle les vibrions gonfleraient ou laisseraient échapper a l’un de leurs pôles une gouttelette sphérique de protoplasma. Cette explication n’a pas été suftisamment appuyée par sou auteur et ne peut être considérée comme démontrée. Au contraire, on est forcé d’admettre que la translormation granuleuse est due à une action fermentative de l’exsudât péritonéal, comme nous le verrons plus tard.

1 endant que les vibrions subissent dans le péritoine d’un cobaye immunisé cette transformation, ranimai se rétablit d’un malaise tout passager et continue a vivre, tandis que les cobayes neufs, non vaccinés, meurent avec une quantité énorme de vibrions qui grouillent dans 1 exsudât péritonéal. La dillérence entre les deux animaux est tout à fait saisissante et on comprend facilement que M. Pfeiffer, impiessionné par elle, ait pu attribuer l’immunité acquise de ses cobayes uniquement à la transformation granuleuse, provoquée 'par une substance bactéricide, contenue dans les humeurs des animaux immunisés.

La lacilité avec laquelle on se rend compte du changement de forme des vilirions sous l’influence des liquides de l’organisme, favorise beaucoup 1 étude de la substance bactéricide. Avant de passer à la question du rôle de cette substance dans l’immunité acquise, nous devons nous arrêter sur les propriétés principales de celle-ci. Très manifeste dans le liquide péritonéal, le pouvoir de provoquer le phénomène de Pfeiffer 1 est aussi dans le sérum sanguin de cobayes immunisés, ainsi que l'a démontré M. Bordet. Une goutte de ce sérum, lorsqu'il est tout frais, transforme facilemenL et au bout de peu de temps, une quantité de vibrions en granules. Mais il suffit que le sérum ait plusieurs jours de date ou bien qu’on le chauffe à 55« pendant une heure, pour que la substance qui produit le phénomène de Pfeiffer disparaisse totalement. Cette particularité dénonce aussitôt la présence de microcytase dans les humeurs de cobayes, ayant acquis 1 immunité contre le vibrion cholérique. Seulement, le sérum sanguin et le licjuide péritonéal de ces animauv, après avoir été dépouillé” de leur microcytase par le cbautfage à 55" ou 50°, conservent un pouvoir remarquable sur les vibrions. Ces microbes ne subissent plus la transformation granuleuse, sous rinfluence des humeurs chauffées,

GlIAPITRR VIII

mais, ils s’immobilisent, s’agglutinent en amas et acquièrent une sensibilité particulière à l’action de la cytase. J’ai H) Fi démontrer, bientôt après la découverte du phénomène de Pfeitler, que cette transformation granuleuse peut être obtenue in rzVro dans les conditions suivantes. On prépare une goutte pendante avec du sérum sanguin de cobaye vacciné contre le vibrion cholérique, sérum qui a perdu le pouvoir de transformer par lui-même les vibrions en granules. On y ajoute une gouttelette de lymphe péritonéale d'un cobaye neuf, non vacciné ; cette lymphe renferme des leucocytes morts ou vivants et est, à elle seule, également incapable de produire le phénomène de Pfeiffer. Eh liien, lors(]u’au mélange de ces deux liquides, inactils quand ils sont employés séparément, on ajoute un peu de vibrions cholériques, ceux-ci ne tardent pas à se transformer en granules. Cette transformation, obtenue in vitro, est tout à fait pareille a celle qui se produit dans le péritoine de 1 animal vacciné.

M. Bordet (2) a fait dans mon laboratoire un travail très complet sur le phénomène de Pfeiffer en dehors de l’organisme et a trouvé que, dans mon expérience, on peut remplacer la lymphe péritonéale par le sérum sanguin de cobaye neuf, sans que pour cela la transformation granuleuse subisse la moindre entrave. M. Bordet a approfondi notablement cette étude et est arrivé à ce résultat que le phénomène de Pfeiffer est dû à l’action de deux substances. L’une d elles se trouve dans le sérum sanguin et dans le liquide péritonéal de cobaye vacciné contre le choléra, chauffes à 55«-56» ou dépoudlés par un autre moyen quelconque de leur pouvoir de transformer, seuls, les vibrions en granules. Cette substance résiste a cette température et ne perd son action qu’après le chauffage à 68«-70o. u seconde des deux substances, celle qui se trouve dans la lymphe péritonéale ou dans le sérum sanguin de cobaye neuf, est au contraire détruite à 5oo-56” et n’est autre que la cytase (ou 1 alexine) ordinaire, présente dans les liquides des animaux normaux.

Les faits que nous avons relatés à propos du phénomène de Pfeiffer dans les humeurs des animaux iinnumisés doivent donc etre interprétés de la façon suivante. L’exsudât péritonéal ou le sérum sanguin frais de ces animaux produisent facilement la transformation graimlense, parce que, dans ces liquides, se trouvent réunies les deux suhstances nécessaires. Mais, comme la microcytase est une substance très

(1) Annales de V Institut Pasteur, 1895. T. IX, p. 433

(2) Ibid., p. 462.

Al’ERÇU DES FAITS SUR L’IMilUKlTÉ ACQUISE COISTRE LES MICROBES 227

labile qui, sous riuflueiice du temps ou du chauffage à 5o®-oG% se détruit, les liquides des animaux immunisés la perdent avec une grande facilité. Le sérum sanguin devient donc, après quehjues temps de séjour en dehors de rorganisme, incapable de transformer les vibrions en granules. Seulement, lorsqu’on lui ajoute un peu de cytase qui se trouve dans le sérum sanguin ou dans la lymphe péritonéale do cobaye neuf, la transformalion se produit avec une grande rapidité. On restitue donc au sérum des animaux immunisés, devenu inactif, sa pro|)riété de provoquer le phénomène de Pfeiffer. Cette interprétation, formulée par M. lîordet, correspond à tout l’ensemble de faits connus et est acceptée d’une façon générale.

Gomme les liquides des animaux immunisés, devenus incapables de transformer les vibrions en granules, conservent leur pouvoir d immobiliser ces microbes et de les réunir en amas, on pourrait se demander si cette substance agglutinative ne serait pas la substance thermostaljilo qui est nécessaire pour la production du phénomène de Pfeilîer. Pendant quelque temps, on a pu croire en effet que ce phénomène est dti a la microcytase, agissant sur des vibrions, impressionnés d abord par la sul)stance agglutinative. Celle-ci résiste au chauffage a et n est détruite qu’à des températures plus élevées ;

elle se conserve dans le sérum sanguin longtemps après que la cytase a complètement disparu. L analogie entre la substance agglutinative (les liquides des animaux ayant acijuis l’immunité, et la substance tliermostabile des mêmes humeurs est incontestable et pourtant ces deux substances ne sont pas ideiiticjues. Toute une série de faits, dont nous ne tarderons pas à entretenir le lecteur, démontrent cette thèse d’une façon définitive. Un sérum peut être très agglutiiiatif sans être capable de faciliter la transformation des vibrions en granules, et inversement. La substance qui favorise le phénomène de PfeilTer et (jui se trouve dans les humeurs de coliayes immunisés est une « substance fixatrice » analogue à celles (]ue nous avons déjà rencontrées dans les sérums des animaux, habitués à résorber les divers éléments cellulaires. De même que dans la résorption des cellules, dans la destruction des microbes, les fixateurs sont aussi spécifiques. Celui qui favorise la transformation en granules est non seulement diffélent des fixateurs (|ui sensibilisent les hématies ou les spermatozoïdes, mais est aussi différent des fixateurs qui sensibilisent les autres bactéries. Cette spécificité a été dévoilée et beaucoup étudiée par M. Pfeilfer qui a établi (ju'elle [)cul servir même [)our la

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distinction des espèces Ijactériennes. Un sérum de cobaye, immunisé contre le vibrion cboléri(|ue, sensiljilise uniquement ces vil)iions a l’action de la microcytase. Mémo des vibrions voisins, comme beaiiconp de vibrions des eaux, par exemple, ne sont pas sensibles au fixateur du sérum anticholérique. D’un autre côté, les sérums, obtenus après l’inoculation de ces vibrions aquatiques, sont incapables d’amener la transformation granuleuse chez le vibrion cholérique.

Lorsqu’à un seul et même animal, ou injecte plusieuis especes vibrionieinies, on obtient un sérum ou un liquide péritonéal qui pioduisent le phénomène de Ufeitfer avec les vibrions de toutes les espèces qui ont servi à faire les inoculations. Ce sérum antivibrionien ne rciiferine qu’une seule cylasc pour les vibrions, mais contient autant de fixateurs ditléreiits qu il y a eu d espèces inoculées.

La transformation des vibrions en granules, lorsqu’elle se produit fortement vis-à-vis des vibrions virulents, sous l’intlucnce des li(iuides de l’organisme d animaux immunisés, est un indice très précieux de la présence simultanée delà cytase et du fixateur spécifique. Comme nous l’avons exposé plus haut, au commencement de ce récit sur l'immunité acquise de cobayes contre le vibrion cholérique, le jihénomène de Pfeiffer se manifeste dansle liquide péritonéal de ccsariiinaux déjà peu de temps (o à 20 minutes) après l'inoculation des vilirions. Ceci démontre que, dans ce liquide, il y a réellement les deux substances réunies et que le fixateur et la cytase se trouvent dissous dans le plasma de l'exsudât. En est-il de même dans toutes les parties du corps des cobayes immunisés ? Si, au lieu du péritoine, nous introduisons le vibrion du choléra dans le tissu sous-cutané ou dans la chambre antérieure de l'œil de ces animaux, le phénomène de Pfeiffer ne se produira pas du tout. Les vibrions, isolés ou réunis en petits amas, ne subissent pas de transformation granuleuse ; ils conservent bien leiii forme vibrioiiiemie normale et restent vivants beaucoup plus longtemps que dans le péritoine. On en trouve qui vivent encore 2i heures après l’injection sous la peau et plusieurs (4-6) jours dans la chambre antérieure de l’œil. Lorsqu’on introduit le vibrion cholérique dans l’œdème de la patte, produit à la suite de ralentissement de la circulation, le phénomène de Pfeiffer n’aura pas lieu non plus et les vibrions survivront pendant un temps assez long. Ces faits indiquent bien que dans le liquide de Tœdèine passif, comme dans l’humeur aqueuse de l’œil ou dans le tissu sous-cutané, il n’y a pas les deux substances nécessaires pour amener la transformation granuleuse. Mais sont

elles absentes toutes les deux ou bien n’y en a-t-il qu’uue seule qui manque ? Cette question est facile à résoudec à l’aido de l’addition aux liquides inentiounés de sérum de cobaye neuf, sérum quq parluimeme, est incapable de produire le phénomène de Pfeiffer. M. Hordet (1) a fait ces expériences et est arrivé au résultat que le liquide de Tœdème passif du cobaye immunisé, additionné de sérum neuf, transforme le vibrion clioléri([ue en granules, mais en moindre proportion que ne le fait le sérum du mCune cobaye immunisé, chaulfo à et également additionné de sérum neuf. Il y a donc lieu de conclure que le liquide de Tœdème ne renferme pas de cytase, mais contient une certaine quantité de choléra-tixateur, moindre cependant (jue celle qui se trouve dans le sérum sang'uin. Quant à riiumeur aqueuse de l’œil des animauximmunisés, les expériences analogues ont démontré qu’elle ne renferme aucune des deux substances, nécessaires à la production du phénomène de l'feiffer.

A l’aide des faits (pie j’ai ra[iportés sommairement, on arrive à la conception suivante. Chez l’animal, immunisé contre le vibrion cholérique, la microcytase se trouve dans l’exsudât péi'itonéal, mais ne passe ni dans le licpiide de Tœdème passif, ni dans riuimeur aipieuse de l'adl ; le choléra-tixateur se trouve également dans le liquide [)éiâtonéal et passe dans l’œ.dème, mais ne pénètre pas dans le liquicle de l’œil. Ceci indique (jue la microcytase se trouve dans les humeurs, riches en leucocytes, et mampiedans celles qui no renferment cpie très peu ou [>as du tout de ces cellules.

L’introduction de vibiâons dans la cavité péritonéale de cobayes immunisés, amène aussit(')t le phénonièno do Pfeiffer et provocjuo en mémo tempsla disparition do la plupart des leucocytes de la Ivmpbe du péritoine. Nous avons eu déj.à plusieurs fois occasion de parler de cette pliag’olyso, car elleso [U'odiiità la suite de l’injection de sang, de sperme ou de toutes sortes de litpiidos dans le péritoine. La phag'olyse est d’autant plus forte (pie la quantité do liquide injecté est plus grande et (pie sa température diffère [ilus de celle du péritoine normal.

M. Piorallini ci) a étudié dans mon lalioratoire la phagolvse dans la cavité péritonéale du cobaye et est arrivé plusieurs résultats, dignes d’attention. De tous les liquides, [lar lui employés, tels que eau, bouillon, cultures microbiennes filtrées, solution physiologbpie de chlorure

(1) Contribution à Tétude du sérum clioz les aninian.x vaccinés. Annales de la Soc. r. des sciences natuTelles et médicales de Bruxelles, T. IV.

(5) Annales de rinstitul Pasteur, 1897. T. XI, p. 308.

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de sodium, c’est ce dernier qui provoque la phagolyse la moins intense, cependant encore suffisamment évidente. Aussitôt après l’injection des liquides, la quantité de leucocytes dans la lymphe péritonéale diminue très notablement et ces cellules se retrouvent réunies en amas sur l’épiploon. Beaucoup d’entre elles manifestent des signes évidents d’affaiblissement et de destruction partielle. A côté des leucocytes, se trouvent des masses fibrineuses, ce qui confirme qu’une partie des leucocytes a subi une avarie grave et a cédé le fibrin-ferment qui détermine la coagulation de la fibrine. Lorsque M. Pierallini injectait des liquides qui contenaient en suspension des poudres colorées, telles que l’encre de ('bine et le vermillon, il voyait ces substances s’accumuler sur le grand épiploon qui se montrait teint en noir ou en rouge. L'examen microscopique lui révélait une phagocytose peu intense et une quantité de grains colorés libres, au milieu de filaments de fibrine.

Les leucocytes qui, pendant cette phagolyse, laissent échapper le fibrin-ferment, pourraient bien aussi donner lieu au dégagement d’une certaine quantité de leur microcytase. Celle-ci passerait dans le liquide péritonéal et amènerait la production du phénomène de Pfeiffer. Si cette supposition est exacte, la suppression delà phagolyse aurait comme conséquence l’absence de la transformation des vibrions en granules. Il n’est pas difficile de vérifier l’hypothèse, car on connaît le moyen d’empêcher la phagolyse ou au moins de la réduire d’une façon très considérable. M. Issaêff (1), dans un travail, exécuté dans le laboratoire de M. Pfeiffer, a démontré qu’une injection intrapéritonéale d’eau physiologique, de bouillon, d’urine, etc., renforce les leucocytes et en amène une grande quantité dans le péritoine. Il a été facile de prévoir qu’une pareille injection servirait à diminuer l’intensité de la phagolyse. En effet, si l’on injecte d’abord quelques centimètres cubes d’eau physiologique ou de bouillon frais dans le péritoine d’un cobaye et si le lendemain on renouvelle la même opération, on constate qu’après la seconde injection, la phagolyse est beaucoup moins forte qu’après la première. M. Pierallini, qui a répété ces expériences, a observé que la phagocytose des grains colorés est beaucoup plus complète chez les cobayes, préparés parune première injection dans le péritoine. La quantité de fibrine sur l’épiploon est dans ce cas beaucoup plus réduite et tout l’ensemble des phénomènes démon-

(1) Zeitschrift fur Hijgiene, 1894. T. XVI, p. 287.

tre que l’avarie des leucocytes, chez ces col>ayes.est très considérablement atténuée.

Idi bien, nous avons pu étalilir que, dans le cas où la pbag’olyse est ainsi diminuée, le pliénomène de Pieiller ne se produit pas ou bien ne se manifeste (|ue d une façon très laible. Si 1 expérience a bien léussi, le liquide que 1 on retire du péritoine d un cobave, préparé la ^eilleet injecté a\ cc une culture cboléri([uc, estopaijue et épais comme du pus II contient une masse de leucocytes en bon état, dont un grand nom lue se chargent déjà après [leu de minutes d’une (|uantité de vibrions. Le plasma de cet exsudai contient peu de vibrions, ayant bien conservé leur forme normale et (pii no présentent pas, sauf quelques exce[)tions, de transtormation granuleuse. Un peu plus tard, il ne reste [ilus du tout de vibiions libres ; ils sont tousdans l’intérieur des

leucocytes. M. IMeiller d) s’est élevé contre les faits que je viens de résumer, car il n a jamais pu cmpécbcr la transformation granuleuse des^lbllons, malgré 1 injection pi’eparatoirc de chlorure de sodium. M. Abel (2), quia répété les memes expériences, exprime une opinion moyenne : chez les cobayes préparés par des injections faites la veille, il a observé qu’une partie des vibrions se transformait en granules, tandis qu une autre partie de ces microbes devenait la proie des leucocytes. Le fait est que la suppression do la pbagolyse exige des conditions particulières : le bouillon àinjecterdoit être fraiebement préparé et, avant son introduction dans le péritoine, il doit être cbaulfé à «1/ -3.) . Même, en prenant ces [irécautions, il arri\"e quebjuefois (jue 1 expérience ne réussit [>as bien. Lu la faisant, il faut se guider par l’aspect du liquide péritonéal que l’on extrait avec des petits tubes de veiie. Si le li(|uide qui [)éii(‘tre dans le tube est clair ou à peine trouble, ceci indique que la pbagolyse a eu lieu, malgré l’injection [>réparatoire. L expérience réussit bien dans les cas où l’exsudât péritonéal est très trouble et ressemble à du pus.

Comme la constatation de la suppression du phénomène de Pfeiffer on même temps cpie celle de la pbagolyse présente une impoHance fondamentale, j’ai demandé à M. (îarnier (3) d’exécuter des expériences nouvelles dans le but de trancher la question d’une façon définitive. Il a essayé toute une série de liquides pour l’injection prcqiaratoire et a établi que le bouillon frais est celui qui donne les meilleurs

(1) Deutsche medicin. Wochenschr., 1896. p. 120.

(2) Centralhlntt f. Bnkteriolof/ie, \m].T . XX. p. 761.

(3) Annales de l'fnsUtiif Pasteur, 1897. T. XI, p. 767.

CHAl'lTUl-: Vlll

1-ésullats. (Uiez des cobayes, où la phagolyse avait pu être cediiite au miiiiinuui, la phagocytose commençait aussitôt apces 1 injection des

vibrions. Déjà 2 et 5 minutes après, iiii grand nombre de microbes se trouvaient dans rintérieur des leucocytes, tandis que les vibrions libres étaient à ce moment peu nombreux et ne subissaient pas de phénomène de IMeitler. M. Garnier a joint à son mémoire des reproductions photographiques de leucocytes, bourrés de vibrions, ce qui devrait persuader le lecteur le plus sceptiipie. Depuis sa publication, il ne s'est produit aucune oljjection, de sorte que cette question de la suppression de la traiisformation granuleuse des vibrions doit être considérée comme délinilivement réglée. Du reste, j’ai pu en taire la démonstration à un grand nombre d’observateurs qui se sont assurés de la réalité du fait. 11 faut donc bien accepter ce résultat que le pliénomène de Dfeilfer ne se produit dans le péritoine qu’à condition (pi’il y ait phagolyse. Et comme ce fait rend très jirobable que la inicrocyiase, nécessaire à la transformation des vibrions, s échappe des leucocytes avariés, il est nécessaire de vérifier cette supposition par une série d'autres e.xpériences. Dans le casoù cette hypothèse serait exacte, le phénomène de Pfeitfer ne devrait pas se produire dans les endroits du corps qui ne contiennent pas ou presque pas de leucocytes préformés. Ces conditions peuvent être réalisées en injectant des vibrions cholériques dans le tissu sous-cutané ou dans la chambre antérieure de l’œil de cobayes, bien vaccinés contre le vibrion cholérique. Dans ces conditions, lès vibrions conservent bien leur forme normale et ne se transforment jamais en granules, comme j’avais pu le démontrer dans mon travail sur la destruction extracellulaire des vibrions cholériques. M. Pfeitfer a combattu ce résultat, en aftirmant que sous la peau de cobayes vaccinés la transformation granuleuse se produit régiihè-

rement,quoiqued’unefaçonplusfaible et plus tardquedans le péritoine.

La contradiction entre les expériences de M. Pfeitïèr et les miennes s’explique de la façon suivante. En inoculant les vibrions dans le tissu sous-cutané ou en retirant l’exsudât formé à cet endroit, on produit quelquefois de petites hémorragies, ce qui amène la mise en liberté d’une certaine quantité de la microcytase des leucocytes qui se trouvent dans l’épanchement sanguin et qui abandonnent aussi dans le sang extravasé une partie de leur fibrin-ferment. Lorsque l’expérience réussit, c’est à-dire lorsqu’il ne se produit aucune hémorragie pendant les opérations, l’exsudât sous cutané ne renferme que des vihrions normaux, sans trace de phénomène de Pfeiffer dans le liquide.

Al’ElK.lU DES FAITS SUR L’IMMUNITÉ ACQUISE CONTRE LES MICROBES -23^

Si la tl’aiisformatioii extracellnlaire des vibrions eu granules était la cause véritable de rimniiinité acquise, l’absence de ce phénomène dans le tissu sous-cutané chez le cobaye vacciné devrait amener sa mort. En réalité, il n en est rien et l’animal résiste très bien à l’inoculation des vibrions. Cette conclusion permet cependant une objection sérieuse. Comme le vibrion cholérique, dans la très grande majorité des cas, est incapable de produire l’infection mortelle lorsqu’il est inoculé sous la peau, même à des cobayes neufs, non vaccinés, cet exemple d’immunité doit être rangé dans la catégorie de rimmunité naturelle. Or, ce genre d immunité peut dépendre d’autres causes (]ue 1 immunité acquise. Pour répondre à cette objection, il a fallu choisir une race de vibrions, capable de donner la mort par injection sous-cutanée. M. Mesnil (1), chef de notre laboratoire, s’e.st chargé d exécuter les expériences avec le vibrion de Massaouli qui est considéré par quelques auteurs comme appartenant à l’espèce cholérigène. Inoculé sous la peau de cobayes neufs, il provoque la formation d’un œdème, dans lequel pullulent les microbes ; il ne tarde })as à se généraliser dans l’organisme et amène la mort dans les 24 heures, hh bien, ce même vibrion, injecté dans le tissu sous-cutané de cobayes bien vaccinés, est très bien supporté par ces animaux, sans qu il se produise le moindre phénomène de Pfeiffer. Dans ces conditions, une partie des vibrions se réunissent d’abord en amas, mais il reste une proportion assez forte de miembes isolés et mobiles. Quelques heures après l’inoculation, le nombre des amas diminue ; les vibrions isolés deviennent plus nombreux, ce qui indique une certaine adaptation du microbe au milieu où il se trouve. Mais jamais, tant que les vibrions restent libres dans l’exsudât sous-cutané, ils ne se transforment en granules.

M. Salimbeni (2), dans un travail exécuté dans mon laboratoire, a voulu se rendre compte si le phénomène de Pfeiffer se produit dans le tissu sous-cutané d’un cheval hyperimmunisé contre le vibrion cholérique. Cet animal avait reçu pendant 14 mois des quantités considérables de ce microbe et le sérum de son sang transformait les vibrions en granules avec une grande rapidité et intensité. Eh bien, malgré ces conditions si favorables pour la manifestation du phénomène de Pfeitfer, celui-ci ne se produisait jamais sous la peau du cheval. Les vibrions, injectés à cet endroit, subissaient en peu de

(1) Annales de l'Inslitut Paslenr, ISOB. T. X, p. B75.

(“2) lljid., tS98. T. XII, p. 199.

(JIIAI'ITUK VIII

temps une immobilisation complète, mais ils conservaient leur forme vibrionienne et restaient vivants pendant une série d heures. L exsudât, retiré jusqu’à 48 heures après 1 inoculation, donnait encore des cultures du vibrion cholérique.

Comme il est plus facile d’introduire, sans ettusion de sang, le vibrion cholérique dans la chamlire antérieure de l œil que sous la peau, et comme l’humeur aqueuse ne renterme pas de fixateur, l’absence de la transformation granuleuse dans le premier de ces deux endroits a pu être oliservée aussi par M. PleilFer lui-même. La constatation de ce fait ne présente aucune difticulté et on voit pendant longtemps des vibrions libres et parfaitement moljiles s agiter dans l’humeur aqueuse. L’exsudât de l’œil renferme beaucoup de ces microbes vivants et son ensemencement sur des milieux de culture accuse un développement, même lorsque le liquide est retiré de 1 œil plusieurs jours après l’inoculation.

Tout cet ensemble de faits soigneusement élablis démontre d'une

façon bien précise que la microcytase ne se rencontre dans les

humeurs de l’animal vivant que dans les endroits où il y a beaucoup

de leucocytes préexistants et dans des conditions où ces cellules

subissent une phagolyse plus ou moins profonde. Ce résultat peut

être corroboré par une expérience décisive. Lorsqu a un cobaye bien

vacciné contre le vibrion cholérique et dont le sérum produit ui vitro

le phénomène de Pfeiffer avec une grande rapidité, on injecte dii’ec-

tement dans les veines une suspension de ces inicroheS;, ceux-ci ne

subissent pas le phénomène de Pfeiffer. Cette expérience a été exc-

. cutée et décrite par M. Bordet (l). Après avoir injecté danslajngu-

' laire d’un cobaye bien vacciné contre le vibrion cholérique, une

suspension de ce microbe, il sacrifia l’animal une demi-heure après

et constata, dans le sang du cœur, des vibrions, ayant conservé

1 intactes leur forme et leur propriété de se colorer par le bleu de

i méthylène. L’ensemencement du sang du cœair, du foie et de la rate

donna des cultures de vibrions. Chez un autre cobaye, liypervacciné > ^

contre le même microbe, et inoculé par le même procédé, le sang, retiré peu de temps (4-15 minutes) après, renfermait sur des préparations, traitées par le lileu de méthylène, des vibrions bien colorés, avec leur forme normale et parfaitement intacts. C est la preuve la plus directe de l’absence du phénomène de Pfeiffer dans le

(1) Annales de la Son. des Sc. >néd. et nat. de tîruxelles , 189.o. 1. IV .

Jiquide sanguin de l’animal vivant, jouissant d’immunité acquise très développée. Les vibrions, trouvés avec leur forme intacte, étaient logés dans l’intérieur des leucocytes.

M. Levaditi (1) a répété ces expériences dans mon laboratoire. Il a varié les conditions dans lesquelles les vibrions étaient injectés dans les vaisseaux sanguins. Il a pu oliserver quelquefois la pbago- Ijse des leucocytes du sang et leur disparition presque complète de la circulation périphérique. Dans ces cas, les leucocytes avariés s’accumulaient dans les capillaires pulmonaires et on en voyait des masses qui entouraient une quantité de vibrions, transformés en granules. ]\lais il a été tacile d éviter la pbagolyse, en préparant les animaux avec des injections d eau pliysiologi(jue ou de bouillon. Dans ces conditions, les leucocytes restaient dans le courant sanguin et englobaient les vibrions au bout de très peu de temps. Mais, tandis que les vibrions, qui se trouvaient encore libres dans le plasma du sang, conservaient leur forme et leur colorabilité intactes, ceux d’entre eux que l’on rencontrait dans l’intérieur des micropbages, étaient déjà en grande partie transformés en granules. La rapidité avec laquelle ces phagocytes englobent et provoquent les changements des vibrions, est vraiment extraordinaire.

i\ous voyons donc, dans ce cas, qui nous présente un exemple typique de réaction de l’organisme dans l’immunité acquise, une phagocytose très prononcée et presque instantanée. C’est ce même processus que nous avmns déjà décrit dans le péritoine des cobayes vaccinés, chez lesquels la phagolyse était absente à la suite d’injection préparatoire. Dans le tissu sous-entané et dans la chambre antérieure de l’œil, où le phénomène de Pfeiffer fait régulièrement défaut, la phagocytose suit son cours habituel et amène la destruction des vibrions. Ce résultat a été confirmé un grand nombre de

fois, comme en témoignent les travaux cités de :\IM. Bordet Mesnil et Salimbeni.

11 suffit de comparer l’extension du phénomène de Pfeiffer et* celle de la phagocytose chez les animaux, immunisés contre le vibrion cholérique, pour s’assurer que le premier phénomène est limité, tandis que le second est général. On pourrait opposer à cette dernière conclusmn le fait de l’absence de l’cnglobcment des vibrions dans le liquide péritonéal des cobayes immunisés et non préservés contre la

(I) Anna/ps de l'Institut Pasteur, 1901. T. XV.

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