CHAPITRE VIII
bacille tUi rouget des porcs ne disparait de l’organisme vacciné cpie 8 à 10 heures aj)rcs son introduction. Il n'est donc plus question d’une action bactéricide rapide, comparable à celle du sublime, qui détruirait les microbes introduits en moins d’une heure. La limite de 8 à 10 heures, acceptée par M. Lmmerich, est encore trop courte et est combattue par mes expériences ; mais elle suftit déjà pleinement pour que la réaction phagocytaire se fasse librement. C/est ce qui a lieu en réalité. M. Emmerich n’a pas poussé ses recherches vers ce point et ses rétlexions théoiâques n’ont pu allaihlir en quoi que ce soit la valeur de mes arguments, tirés de la constatation du fait de l’englobement et de la destruction intracellulaire des bacilles par les phagocytes.
Après une pause qui s’est produite dans la recherche du mécanisme de l’immunité contre le rouget des porcs, la découverte du phénomène de Pfeitfer a de nouveau revivifié l’étude de ce problème. Un élève de M. Pfeilfer, M. Voges (1), a cherché à appliquer les résultats, obtenus sur le vibiion cholérique, à l’immunité acquise vis-à-vis du bacille du rouget des porcs. Il s’est mis à étudier le sérum sanguin des animaux, vaccinés contre ce microbe, et a cru pouvoir affirmer l’existence d’un pouvoir bactéricide acquis. Dans aucune condition, il n’a pu observer rien de comparable au phénomène de Pfeiffer et il a dû avouer que l’influence bactéricide du sérum est faible et ne s’exerce que vis-à-vis des bacilles jeunes, munis d’une membrane encore très mince et peu résistante. M. Mesnil (2) a répété dans notre laboratoire ces recherches, mais il est arrivé à des résultats tout opposés à ceux de M. Yoges. Le sérum sanguin des lapins, Inen vaccinés contre le bacille du rouget des porcs, s’est montré plutôt un bon milieu de culture pour ce microlie et M. Mesnil affirme, à la suite de nombreux faits bien établis, que « in vitro, le sérum deslrpins immunisés contre le rouget a un pouvoir bactéricide nul ou insignifiant ». Par contre, le même liquide a manifesté un pouvoir agglutinatif très marqué. Le bacille du rouget des porcs, étant par lui-même immobile, ne présente pas ce changement brusque que l’on observe avec les vibrions ou le coccobacille typhique, soumis à l’influence des sérums spécifiques, car ces microbes perdent aussitôt leur mobilité dans ces conditions. Mais le bacille du rouget, introduit dans le sérum spécifique des animaux vaccinés, se réunit en amas qui deviennent de plus en
(1) Zeitschrift fiir Ifijgiene, 189(5. T. XXII, p. 5IT5; Deutsche medicin. Ifochenschr., 1S9S, p. 49 cl Zcitschri ft fiir Uggieue, 1898. T.X.WIII, p. 38.
(2) Annales de l'Institut Pasteur, 1898. T. XIT, p. liSl.
plus volumineux et tombent au fond du vase, laissant surnager un liquide limpide. Lorsfjue l’on ensemence ce bacille dans le sérum des vaccini's, on le voit se développer sous forme de chaînes, composées d un grand nombre d’articles, qui se déposent an fond du tulje. Seulement ces bacilles agglutinés ou dévelopj)cs en cliaînes ne se pré sentent nullement atteints dans leur virulence. Débarrasses par le lavage du sérum quiles baigne, ils sont tout aussi virulents que les bacilles, développés dans du sérum de lapins neufs, non vaccinés. 11 est important de constater (jne cette virulence se maintient, malgré que les bacilles, mis en contact avec le sérum d’animaux immunisés, s’imprègnent de fixateur spécifique, ainsi qu’il résulte des expériences de MM. lîordet et (Icngou (1). Ces observateurs ont constaté en effet (jue, maintenus pendant heures dans le sérum spécifique, chauffé à 55®, les bacilles du rouget des porcs acijuièrent la propriété d’absorber les cytases, contenues dans le sérum des animaux neufs, non chauffé.
L’étude de l'immunité acijuise vis-à-vis du microbe du rouget des porcs nous apprend d’abord qu’elle n’est pas due à une destruction cxtracellulaire, comparable à celle du phénomène de Pfeiffer ; cette immunité amène la production d’un fixateur et d’une substance agglutinafivc spécifiques, dont rii^luence sur la résistance de l’organisme est faible on nulle, à en juger par la virulence entière des bacilles agglutinés et imprégnés de fixateur. Ouant à la réaction phagocytaire, c est elle qui domine chez les animaux immunisés et qui amène la destruction infracellnlaire des bacilles.
L histoire de la bactéridie charbonneuse, un autre représentant du groupe des bacilles immobiles, est particulièrement intéi'cssanfe et ceci d autant plus que pendant longtempsles recherches sur l’immunité accpiise se sont concentrées prcscpie uniquement à l’analvse des faits, observés chez des animaux, soumis aux vaccinations anticharl)onncuses à l’aide des deux vaccins pasteuriens. On a réussià rassernhlcr de cette façon un grand nombre de faits importants, dont les principaux doivent être {)résentés au lecteui'.
Déjà dans mon [)remier travail à ce sujet (‘2), j’ai remanpié (pie, chez le lapin, vacciné contre le charbon, les bactéridies, inoculées sous la [leau, deviennent bient(')t la pi’oie des leucocytes qui s’accumulent a 1 endroit menacé. Chez les lapins témoins, non vaccinés, les bacilles charbonneux restent au eoiitraire dans le liipiide de l’exsudai sous-
(1) Annales de. l'InsfUnt Pasteur, 1901. T. XV, p. 29o.
(2) Virchow s Archiv, 1881, T. XGVH, p. tJüü,
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cutané à l’état libre et seulement quelques rares bAtonnets s'ol)servent clans l'intérieur des phagocytes. Ce fait a depuis été confirmé par moi-môme (1) et doit être considéré comme définitivement acquis. Il en résulte que, chez les lapins vaccinés, les leucocytes manifestent visà-vis des hactéridies une chimiotaxie positive très prononcée, tandis que chez les lapins neufs, non vaccinés, la chimiotaxie des leucocytes dans le charbon du tissu sous-cutané est très nettement négative. Lorscpi’on inocule un peu de culture charbonneuse sous la peau de lapins vaccinés et de lapins neufs, on constate déjà au bout de quelques heures une différence très grande. L’endroit inoculé présente chez les premiers la formation d’une infiltration indurée qui pullule de leucocytes, surtout des microphages, en train de dévorer les bactéridies. Chez le lapin neuf, sensible, l’exsudât qui se produit est au contraire mou, riche en liquide et très pauvre en leucocytes. Les vaisseaux au voisinage sont fortement hypérémiés et le fait que les leucocytes n’arrivent pas au point inoculé ne tient nullement à l’absence de la dilatation vasculaire qui empêcherait leur diapédèse. Les vaisseaux sont beaucoup plus dilatés que chez le lapin vacciné, et cej)enclant l’émigration chez ce dernier est incomparablement plus forte Cette différence essentielle doit être attribuée à la sensibilité des leucocytes qui manifestent une chimiotaxie négative chez le lapin neuf et une chimiotaxie positive très accusée chez le lapin vacciné.
Il est facile de s’assurer, et cela a été fait à maintes reprises, que l’exsudât sous-cutané, très riche en leucocytes qui ont eu le temps d’englober toutes les bactéridies, inoculé à des cobayes, leur donne le charl)on généralisé et mortel, ce qui prouve que la phagocytose s’est exercée vis-à-vis de bactéridies virulentes et partant bien vivantes. M. Marchoux (2) a exécuté, dans le laboratoire de M. Houx, des expériences nombreuses sur la vaccination des lapins et a pu observer
aussi que les bactéridies inoculées provoquent une exsudation très riche en leucocytes et que ces cellules englobent et détruisent ces microbes. Les phagocytes débarrassent facilement l'organisme réfractaire des bactéridies à l’état végétatif, mais les spores résistent beaucoup plus longtemps. Dévorées par les leucocytes, elles y restent, sans germer, pendant des mois. M. Marchoux a obtenu des cultures bactéridiennes avec l’exsudât sous-cutané de lapins vaccinés, retiré70 jours après l’inoculation.
(I) Virchow' s Ai'chiv., f888. T. CXIV, p. 465
("2) Annales de Vlnstitnt Pasteur, 1897. T. IX, p. 80.5,
aperçu UES FAITS SUR L’IMMUNITÉ ACQUISE CONTRE LES MICROBES 253
Comme le ponvoii* bactéricide du sérum sanguin par rapport à la bactéridie est surtout prononcé chez le rat, il était indiqué de chercher chez ce rongeur raugmentation de cette propriété à la suite de la vaccination. M. Sawtchenko (1) a tenté d'aboutir à ce résultat dans un travail, fait dans mon laboratoire et déjà cité dans le sixième chapitre. 11 a réussi à lûen vacciner les rats blancs contre le charbon virulent et il a pu établir que chez ces animaux, rendus réfractaires, le sérum du sang « est bactéricide au même degré que chez les rats non immunisés ». Chez les rats vaccinés, « l'exsudât sous-cutané était aussi dépourvu de substances bactéricides (jue lalymphedestémoins». M. Sawtchenko ii'a pu constater d’augmentation du pouvoir bactéricide (jue dans l'exsudât péritonéal des rats vaccinés j)ar injection de culture dans le péritoine.
Eli l)ien, malgré l’absence d’augmentation dans la propriété bactéiâcide du sérum sanguin et de l’exsudât sous-cutané chez des rats vaccinés, la réaction cellulaire se fait chez eux d’une façon toute dilférente des rats neufs, sensildes. Déjà au bout de peu de temps (3 à o heures) après l’injection sous-cutanée de bactéridies, chez les rats témoins (sensibles), il se produit un œdème évident, tandis que, chez le i‘at vacciné, il ne s’en forme pas du tout. L’exsudât, très peu abondant chez ce dernier, contient déjà une quantité de leucocytes et une phagocytose très déterminée, en môme temps que chez le témoin, « les leucocytes ne se rencontrent que rarement, et parmi eux il y en a peu qui renferment des microbes ». Plus tard, cette dilférence devient encore [)lus accentuée. L’œdème du témoin se développe abondamment, s’appauvrit en leucocytes et s’enrichit en bactéridies qui continuent à pulluler. « Chez le rat immunisé, on trouve par contre non pas un exsudât clair, mais un liquide épais et purulent, rempli de leucocytes ». Ces cellules dévorent toutes les bactéridies et il n’en reste plus du tout de libres. « Encore après li heures, on voit des bactéridies englobées par les leucocytes, et l’on peutobtenir une culture charbonneuse en puisant au point d’inoculation. De plus, les cobayes Ou les rats, inoculés par une goutte de cet exsudât (qui ne renferme pas de spores charbonneuses) succombent au charbon».
Bien avant ces recherches sur l’immunité des rats, on a cherché à se rendre compte des ditlerences que peuvent présenter les humeurs de. s animaux vaccinés, comparativement à celles des témoinssensibles
(I) Annahs de l'Inslilal Pasteur, I8'J7. T. NI, [i. 881.
GilAlMTliE VIII
au charbon. Ainsi j’ai pu (1) constater en 188G que la bactériclio se développe abondainnient dans le sang défiljriné de moutons, ayant acquis riinmunité à la suite de la vaccination parla méthode pastorienne. Lorsque ces bacilles renferment des spores, leur inoculation à des lapins provoque le charbon morlel à bref délai ; mais dans des cas, où les s[)ores ne se développèrent ])as, l’injection des bactéridies n’amena plus la maladie mortelle et fut bien supportée par leslapins. De ce fait, je conclus alors que le bacille charbonneux subissait dans le sang' des moutons vaccinés une véritable atténuation de la virulence, interprétation qui plus tard s’est monti'ée erronée, comme nous le verrons dans le prochain cbapiti'c.
i\l. Nuttall (2) a constaté de son côté que le sang défibriné des moutons réfractaires était capable de développer des cultures du bacille cbarboimeux. Lu faisant des rccbercbes comparatives, par la méthode des plaques, sur le pouvoir bactéricide du sang des moutons vaccinés et neufs, il a observé que, dans les deux cas, il se produisait au commencement une certaine diminution dans le nombre des bactéridies ensemencées, plus marquée chez les vaccinés que chez les témoins. Néanmoins, déjà 8 heures après le début de rexpéiiencc, les J)acilles charbonneux produisaient dans le sang des moutons réfractaires des bactéi'idies innombrables. M. Nuttall s’est assuré lui-méme (jue ce faible pouvoir bactéricide n’était pas à comparer avec celui, beaucoup plus fort, du sang de lapin, animal sensible au charbon.
Les propriétés du sérum de moutons, vaccinés contre le charbon, ont été plus récemment étudiées avec l)eaucoup de soin par M Sobcrnbeini (3j. 11 a pu constater aussi que ce sérum permet un développement abondant de la bactéridie et qu’en dehors de l’organisme, il n’exerce aucun pouvoir bactéricide d’une façon tant soit peu plus marquée que le sérum de mouton normal. Même le sérum des moutons les mieux vaccinés s’est montré incapaljle do détruire des quantités très petites de bacilles charbonneux. Le seul changement que M. Sobernbeim ait pu ol)scrver, concernait l’épaississement do la membrane bactéridienne et encore cette modification n’était point constante et manquait dans le sérum de plusieurs moutons vaccinés.
Le sérum des moutons vaccinés par M. Sobernbeim ne manifestait aucune augmentation du pouvoir agglutinatif par rapport à la bac-
(1) Annales de l’Institut Pasteur, 1887. T. I, p. 4:2.
(2) Zeitschrift fur Hygiène, 1888. T. IVb p. 353.
(3) Zeitschrift fur llggtene, 1899. T.XXXt, p. 89.
tériclic virulente. M. Gengou( l) a au contraire étalili que les injections répétées de cultures du [)rcinier vaccin pasteurien à des chiens amenaient une aiiginentation nolalde du même pouvoir. Seulement cette agglutination ne se produisait qu’avec la Ijactéridie atténuée. Le bacille cliarboniieux virulent, développé en ijàtoniiets isolés, au contraire Il était pas du tout influencé par le sérum très agglutinatif pour la bactéridie du premier vaccin. M. Gengou a fait aussi une expérience inverse avec le sérum d’un cbieii, ainjucl il avait injecté jiréalablemcnt une quantité de bactéridies virulentes. Le ebien, natm*ellenient réfractaire au charbon, a très bien résisté à rinoculation, mais son sérum n’a pour cela acipiis aucun jiouvoir agglutinatif visà-vis du [iremier vaccin. i\[. Gengou en conclut que « le rôle des agglutinines dans la défense de l’organisme doit être considéré comme extrêmement problématique » (p. 339). l’ar contre la léaclion [)ba-
gücytaire chez les moutons vaccinés est extrêmement prononcée et constante. M. v. Hebring (2i exprime dans une de ses dernières publications cette opinion que cet exem[)lc d’immunité acquise doitêb-e rangé
clans la catégorie d’immunité phagocytaire.
Dans ce groupe de bacilles, dans lecjucl nous avons étudié plusieurs exemples, le coccobacille typbicpie se rapproche encore lopins des vibrions et des spirilles au point de vue des pro[)riétés humorales. Avec Inion observe une sorte do phénomène de l*feitlêr atténué et des moditicatioiis assez profondes sous 1 intlncnce du sérum des animaux vaccinés. Le bacille pyocyanique se montre déjà plus résistant à l’intlncnce nuisible des liquides, retires aux animaux immunisés. Cette résistance s’accentue chez le bacille du rouget des porcs et devient encore plus grande chez le bacille charbonneux. Mais, tandis (juc ces propriétés humorales sc présentent très variables et de force inégale, la réaction phagocytaire sc trouve constamment dans tous les cas et se montre toujours très active. Les leucocytes qui, chez les animaux sensibles, manifestent une chimiotaxie négative très prononcée ou n’accusent qu’une chimiotaxie positive tardive et incomplète,* présentent dans l’organisme vacciné cette sensibilité positive développée à un très haut degré.
Avant de quitter le groupe des bactéries, il nous faut jeter encore
(1) Archives internationales de Phannacodynamie et de Thérapie, 1899 T. VI. pp. 303, 338.
(2) Infect io7isschuts und Jnnnufiitdt, dans Eulenbura Enci/clon. Sahrbüchcr 1900. T. IX, p. 202.
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im coup d’œil sui* le mécanisme de l’immunité acquise vis-à-vis des représentants des microbes spliériques. Parmi les cocci, ce sont les streptocoques qui ont été surtout étudiésaupointde vue de cette immunité. Pendant longtemps, on a rencontré de grandes difficultés pour vacciner les animaux contre ces cocci en chapelets de grains. Mais MM. Roger (1)^ Marmorek (2), Denys et Leclef (3j les ont vaincues et ont réussi à immuniser des lapins, espèce des plus sensibles à l’action pathogène des streptocoques. Plus tard, on a avec succès immunisé des grands mammifères, notamment le cheval. On est parvenu ainsi à réunir un certain nombre de données importantes, dont la connaissance est utile pour compléter cet aperçu des phénomènes de l'immunité acquise.
M. Roger s’est mis d'ahord à étudier les propriétés du sérum sanguin des lapins vaccinés vis-à-vis du streptocoque et a établi que ce liquide était incapable d’exercer une action bactéricide tant soit peu marquée : le streptocoque y poussait tout aussi bien que dans le sérum de lapins neufs, non vaccinés. Seulement, lorsqu’il injectait des cultures, développées dans du sérum des animaux immunisés, à des lapins, ceux-ci ne mouraient pas et ne présentaient que des lésions passagères et insignifiantes. De ce fait, M. Roger a conclu à une atténuation du streptocoque par le sérum réfractaire, opinion qui fut partagée par plusieurs autres savants. Mais, en la formulant, il n'a pas été tenu compte de la possibilité d’une action de ce sérum non pas sur le microbe qui s’y est développé, mais surtout sur l’organisme, auquel on l’avait injecté. M. Rordet (4) a en effet démontré que le streptocoque qui pousse dans le sérum des animaux immunisés n’est nullement atteint dans sa virulence. Lorsqu'il prenait une race très virulente pour le lapin (le streptocoque de Marmorek) et qu’il en injectait une très petite dose de culture, développée dans le sérum d’animaux immunisés, les lapins mouraient comme les témoins, car la quantité de sérum introduite était trop petite pour exercer une intluence quelconque. De meme, lorsqu’il filtrait la meme culture et la débarrassait du sérum qui baignait les streptocoques, elle se mon-
(1) C. r. de la Soc. de Biologie, 1891, p. 538 ; 1893, pp. L24, 224 ; Revue de médecine, 1892.
(2) Annales de l'Institut Pasteur, 1893. T. IX, p. 393.
(3) La Cellule, 1893. T. IX, p. 173 ; Bulletin de U Académie R. de Belgique, 1893, n'* ! I.
(4) Annales de l Institut Pasteur, 18J7. T. XI, [). 191.
trait tout aussi virulente que celle développée dans du sérum des animaux; sensibles, non vaccinés.
M. IJordet a démontré, en confirmation de la découverte de M. Roger taite avec le sérum de lapins vaccinés, que le sérum sanguin des chevaux, fortement immunisés contre le streptocoque, ne niaiiiteste aucun pouvoir bactéricide. Par contre, il a constaté (pie ce sérum donne lieu a un développement de streptoco(]ues un peu agglutines et qu il est aussi capable de réunir en amas des streptocoques cultivés sur des milieux ordinaires. Résumant ses recherches sur les propriétés de ce sérum, I\i. Rordet conclut cju’il « n’exerce sur le streptocot[ue aucune altération profonde. La végétabilité du microbe n est pas sensiblement diminuée, sa morjihologie reste la meme, sauf quelques variations dans la longueur des chaînettes. Meme le pouvoir agglutinatit, que les recherches récentes reconnaissent à de nombreux sérums, n est, dans le sérum antistreptococcique, développé qu’à un faible degré » (p. 196).
M. V. Liiigelsheim ( l ) a plus récemment étudié les propriétés du sérum d animaux ([u il avait solidement vaccinés contre le streptocoque. Il a pu observer un certain ralentissement dans le développement de ce microbe dans ce sérum comparativement aux cultures, faites dans du sérum des animaux neufs, sensibles. iUais ce retard n était que peu prononcé et passager et se manifestait surtout dans des
séi’ums auxquels M. v. Lingelsheim ajoutait des leucocytes, d’aprf’S le procédé de M. Denys.
M. V. Lingelsheim a constaté aussi un certain degré d’agglutination du streptocoque par le sérum des animaux vaccinés, quoique beaucoup plus faible que dans les cas du vibrion cholérique ou du bacille typhi{{ue, agglutinés par des sérums correspondants. Il considère en général l’action directe des humeurs comme insuffisante pouramener la destruction rapide des streptocoques dans l’organisme vacciné. (( Ruisque faction des substances bactéricides est limitée par le temps, les streptoco({ues peuvent s’adapter à elles et reprendre leur éi>ergie antérieure. Comme les ])hénomènes de dissolution extracellulaire, dans le genre de ceux qui s’observent sous l'influence des anticorps cholériques, font défaut dans le cas du streptocoque et comme d’un autre C(jté on observe un englobement considérable de ces microbes par les leucocytes » ... <( on devra chercher dans l’activité de ces
(I) Ajxinves internutionales de I‘harmaco(h/nainie et de Thérapie, 18119. T. VI, P* 73 ; Beitrdge car experimenlellen de Beliriiig. 1899. T. I.
CHAl’lTHE Vm
cellules U II second élément iinpoidant de la défense de rorganisine » (p,78).
C’est à M. Saliinbeni (1) qui a fait à ce sujet un travail dans mon laboratoire, que nous devons les meilleurs l'enseignements sur cette réaction phagocytaire dans rimmunité acquise contre le streptocoque. Il a étudié surtout les phénomènes dans le tissu sous-cutané d’un cheval hypervacciné contre la race du streptocoque de Marmorek, qui avait reçu à plusieurs reprises environ cinq litres de culture vivante. Malgré cet état réfractaire il s’est produit bientôt un œdème au point d’inoculation, dans lequel les microbes restaient libres et les leucocytes étaient rares. Mais la réaction cellulaire, rare au début, progressait avec une grande rapidité et amenait une quantité de leucocytes, parmi lesquels les macrophages étaient de heaucoup les plus nombreux. La phagocytose se faisait encore attendre pendant quelque temps, mais elle augmentait progressivement et 20 à 24 heures après rinoculation, elle était complète. La phagocytose, une fois accomplie, l’œdème commence à disparaître. Dans Lexsudat épais, renfermant une masse de leucocytes, les macrophages sont remplis d’une très grande quantité de streptocoques entassés. Ces microbes se développent dans l’intérieur de ces cellules, les font éclater et redeviennent libres pour quelque temps. Seulement il se produit une nouvelle arrivée de leucocytes, cette fois en majeure partie des microphages. Ceux-ci s’emparent des streptocoques libres qui ont si victorieusement lutté contre les macrophages et cette seconde phase phagocytaire est définitive. Les streptocoques se maintiennent encore pendant plusieurs jours vivants dans l’intérieur des microphages, mais ils finissent par être tués et digérés par ces phagocytes. A une période où, 5 à 6 jours après l’injection, on ne trouve que des traces iiisigiiifiantes et rares de streptocoques dans les microphages, l’exsudât ensemencé dans des milieux nutritifs donnait encore des cultures abondantes.
Les péripéties de cette lutte entre le streptocoque et l’organisme démontrent le rôle important des phagocytes. Le fait que les macropha ges périssent et laissent échapper les microbes, prouve bien que ceux-ci ont été englobés vivants et virulents et que par conséquent le liquide de l’exsudât a été incapable de les détruire et même de les atténuer. Les macrophages aussi ont été impuissants à aboutir à ce
(1) Annales de VInstiiut Pasteur, 1898. T. XII, p. 192.
APERÇU' DES FAITS SUR L’IMMUxNlTÉ ACQUISE CONTRE LES MICROBES 2o9
résultat et Tintervention des micropliages est devenue nceessaire pour amener la disparition des microbes. Mais ce sont toujours les phagocytes qui assurent la résistance détinitive de l’organisme.
En présence de ces résultats si précis du travail de M. Salimbcni que nous avons suivi de très près, les recherches antérieures de MM. Denys etLeclet(/. c.), faites dans de moins bonnes conditions sur les lapins vaccinés, perdent de leur importance. Ces observateurs ont voulu se rendre compte de la différence dans la réaction de l’organisme à la suite de 1 injection des streptocoques dans la plèvre des lapins immunisés et des lapins neufs, sensibles. Ils sacritiaient les animaux inoculés et constataient une diminution très grande des microbes dans l'exsudât pleuréticpie des premiers. Cette diminution ne pouvait être attribuée à une dissolution des streptocoques pai- les humeurs, car il n’y avait jamais de signes de leur destruction. La phagocytose, ti'ès faible dans les premières heures, ne pouvait non plus être considérée comme cause de la disparition d’un grand nombre de streptoco(pies. IMM. Denys et Leclef s’arrêtent à une troisième hypothèse (jui atti'ibue cette disparition à la résorption rapide par le courant lymphati(]ue du liquide injecté qui renfermait les microbes. En parcourant l'exposé de leurs expériences, on voit que, chez les lapins vaccinés, la quantité de l’exsudât pleurétique était toujours beaucoup plus failde que chez les lapins neufs. En présence de ce fait, il v a lieu de se demander, si, dans cet exemple des streptocoques, une grande partie de ces microbes n’était pas fixée, en même temps que les leucocytes, sur la paroi des plèvres d’une façon semblable à ce qui a lieu chez des coliayes, inoculés dans le péritoine. Au lieu de se contenter d’examiner l’exsudât liquide, il fallait donc encore racler la surface des plèvres et chercher si la réaction phagocytaire ne se localisait pas surtout dans cet endroit.
Dans tous les cas, ces résultats incomjilets sur l’immunité active des lapins n’infirment en rien les données positives, obtenues dans le tissu sous-cutané du cheval, d’après lesquelles la réaction phagocytaire joue un rôle vraiment prépondérant.
L’exemple des streptocoques complète la série des bactéries dans leurs rapports avec les propriétés de l’organisme, ayant acquis l’immunité. Il nous reste à voir si l’immunité acquise contre les microbes d’origine animale est soumise aux mêmes lois que celle vis-à-vis des bactéries.
Depuis un certain nombre d’années, on s’est mis avec beaucoup de
CHAHTRI': VIII
riCo
zèle à étudier les maladies infectieuses, produites par des microbes animalcules. En dehors du paludisme qui occupe le premier rang^ on a attiré l’attention sur les maladies des animaux domestiques, provoquées par des hématozoaires endoglobulaires et des flagellés et on a réuni un assez grand nombre de données précises sur la fièvre du Texas et le Piroplasma bigeminum^ son parasite, ainsi que sur les épizooties dues aux Trypanosomes (maladie de la tsé-tsé, ou nagana, dourine, etc.).
C'est à MM. Smith et Kilborne (1) qu’on doit les premiers renseignements sur rimmunité acquise des bovidés vis-à-vis de la fièvre du Texas. M. R. Koch (2) y a ajouté des observations d’une grande précision sur rimmunité des veaux qui avaient été d’abord soumis à Tiiioculation de parasites atténués dans le corps des tiques [Booplnlus hovis). M. Lignières (3) s’est beaucoup occupé de cette question dans la République Argentine et a trouvé un moyen sûr de vacciner des bovidés contre la « Tristezza », qui est le nom local de la fièvre du Texas. Il a apporté à Alfort des échantillons d’hématozoaires atténués et a pu faire, en présence de M. Nocard, des essais de vaccination, couronnés de succès. M. Lignières s’occupe actuellement d’élaborer une méthode pratique, capable d’assurer l’immunité dans les conditions particulières du pays de la « Tristezza ». Mais jusqu’à présent, on n’a pas encore de connaissances suffisantes sur le mécanisme de l’immunité acquise dans ce cas. On a de meilleurs renseignements sur les phénomènes intimes qui se passent dans l’organisme de rats, vaccinés contre le Trypanosome [Trypanosoina Lewisi). C’est à Madame L. Rabinowitsch et à M. Kempner (4) qu'on doit les premières données importantes sur la possibilité d’immuniser les rats blancs ou tachetés contre la maladie, produite par cet Infusoire flagellé. Ils ont observé que ces animaux, inoculés avec du sang de rats gris, renfermant des Trypanosomes, ne prennent qu’une maladie de courte durée qui leur assure l’immuinté contre l’infection subséquente. Les flagellés disparaissent du sang après quelques semaines, après quoi des injections nouvelles de ces parasites restent sans eflèt pathogène.
(1) Smith et Kilborne, Department of animal bidustr y, Report fcv. 189.3.
(2) Koch, lleiseberichte, etc. Herlin, 1898.
(3) Hecneil de médecine vétérinaire, .juillet 1900 et Ann. Inst. Pasteur, 1901,
(4) Zeitschrift fiir Ilyyiene. T. XXX, 1899, p. 251.
APERÇU DES FAITS SUR LTMMUNITE ACQUISE CONTRE LES MICRÜRES x>Cl
MM. Laverai! et Mesnil ( I ) ont pu confirinei* ces faits et leur ont ajouté tles observations très soignées sur le mécanisme de cette immunité acquise. Après avoir inoculé plusieurs fois du sang, renfermant des Trypanosomes, à des rats lilanes, ils ont étudié les propriétés du sérum sanguin de ces animaux immunisés. Ils ont d’abord étalili que ce sérum ne possède aucun pouvoir microliicidc vis-à-vis des rrypanosomes. Par contre il agglutine ces Flagellés, sans les jamais immobiliser. « Les amas sont décomposaliles en rosaces dans les- ([uellcs les 1 rypanosomes, unis seulement [lar leur extrémité postérieure, ont leurs flagelles lilires et mobiles à la périphérie ».
MM. Laverai! et Mesnil ont étudié ensuite les phénomènes qui évoluent dans l’organisme réfractaire. Injectés dans le péritoine des rats immunisés, les trypanosomes ne subissent aucune action nocive des humeurs. Par contre, ils sont dév'orés par les leucoeytes. Voici comment MM. Laverai! et Mesnil s’expriment à ce sujet : «... nous avons constaté nettement et à maintes reprises que les Trypanosomes sont englobés vivants, parfaitement isolés et très mobiles, par des phagocytes, et nous avons suivi le détail de ee processus d’englobement qui rappelle l’engloliement des spirilles pas les leucocytes du cobaye. Nous considérons donc l’immunité comme étant d'ordre phagocytaire ».
Les faits principaux, établis sur l’immunité acquise dans des exemples variés eontre les microbes des maladies les plus diverses, faits que nous venons d exposer, amènent déjà à certaines conclusions générales. Ils nous montrent d’abord que l’immunité acquise s’accompagne de [ihénomènes plus compliqués (jiie ceux que nous avons décrits dans l’immunité naturelle. Parmi les deux catégoiâes de processus qui s’observent dans l’immunité acquise, la réaction phagocytaire est la seule absolument constante. On la trouve dans les exemples où l’influence des humeurs est la plus manifeste, comme dans la péritonite cholérique expérimentale du cobaye, tout aussi liien que dans les cas où l’action humorale est des plus faibles, comme dans le charbon ou dans la maladie des rats, provoquée par les Trypanosomes 11 s’agit maintenant d’établir les rajijiorts qui existent entre la phagocytose et le rôle des liquides de l'organisme immunisé, dans le but de donner autant que possible un tableau général du mécamsine intime de rimmunitc acipiise contre les microbes. Comme
(t) Annale.'^ (h rinsfitut f'asfrin', U.lOI. T. XV, sopleiiihro.
CHAI'ITHK VIII
pour atteindre ce résultat, il est necessaire de présenter au lecteur encore un certain nombre de faits bien établis^ nous le renvoyons au chapitre prochain qui sera entièrement consacré au problème que nous venons de mentionner.
CIIArMTRE IX
Cytascs et. rixatoiirs. — r,c ne sont que ces dernier.s qui sont augmentés dans l’organisme immunisé. — Propriétés des fixaleui's. — Leurs dillérences avec les sulistances aggliilinatives. — Le rôle des dernières dans l’immunité acquise. — Propriété préventive des humeurs |)rovenant do l'organisme immunisé. — Action stimulante des humeurs.
Le pouvoir préventif du sérum ne peut pas servir comme mesure de rimmunilé acquise. — Exemples il'immunité aC(|uiso, dans lesquels les sérums ne manifestent pas de pouvoir préventit. — Phagocytose dans l’immunité acquise. — Chimiotaxie négative des leucocytes. — Théorie de ratléniialion des microbes par les humeurs des animaux immunisés. — Rétulalion de cotte théorie. — La |ihagocvtoso s'exerce sans que les toxines microbiennes é|)rouvent une neutralisation préalable. — L’origine des propriétés fixatrice et préventive îles humeurs. — Le rapport de ces propriétés avec la phagocytose. — I^a théorie des chaines latérales d’Ehrlich et la théorie des phagocytes.
raiidis que, dans l’immunité naturelle contre les microbes, les phénomènes luimorau.x ne jouent aucun rôle saillant, dans rimmunité acquise nous les voyons prendre une importance beaucoup plus grande. Le pouvoir bactéricide des humeurs, dans l’immunité naturelle, est réduit à bien pou de chose, car il a été établi ([uc la propriété des sérums normau.x de détruire les bactéries, ne correspond à aucun phénomène propre à l'organisme vivant, mais dépeml des cytascs, sorties des phagocytes iti vitro, lors de la formalion du caillot et de la séparation du sérum. La présence du fixateur, cet autre élément important dans l’immunité, n'a pu être démontrée dans les humeurs normales que dans des cas exceptionnels et en faible quantité. La propriété agglutinative de ces humeurs s’est également montrée [leii développée et dépourvue d'importance dans l'immunité naturelle.
Dans rimmunité acipiise contre les microbes, nous voyons au contraire les [louvoirs bactéricide et agglutinatif des humeurs s’accroître dans une grande proportion. Lorsqu’on eut découvert la propriété bactéricide si développée dans les sérums des animaux, vaccinés